‹ La cathédrale de Reims;Chapitre 8 sur 25 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L’AVENIR

Ce chapitre^ écrit en 19 1 5, nest plus au point.

Mais.^ pendant deux ans et demi., il a concordé avec la réalité. Il a fixé un état de choses et un état dame. Il clôt V instruction du premier attentat; car il y en eut deux^ il y en eut trois quHl ne faut pas confondre. Il marque les étapes ; il correspond aux phases successives du désastre.

A ce titre., il garde sa valeur documentaire ; il a sa raison d'être : c'est un jalon dont nous avons besoin pour prendre la mesure des autres crimes.^ qui furent pour la Cathédrale plus funestes encore que le premier ; car les pires blessures., celles qui Vont atteintes dans ses œuvres vives., ne datent pas de septembre 1914 ? mais du printemps de 1917 et des mauvais jours de 1918.

Le 6 mai 1210, la Cathédrale carolingienne d’Ebbon et d’Hincmar s’effondra dans un incendie

effroyable, qui dévora, comme celui de septembre 1914, une partie de la ville.

La Cathédrale actuelle est née de cette catastrophe.

L’architecture religieuse venait d’entrer dans une phase nouvelle : la robuste arcade romane s’allégeait, se soulevait en ogive.

On avait bâti déjà à Saint-Denis, à Noyon, à Sens, à Senlis, à Laon surtout, puis à Paris, de superbes églises où ce mouvement d’ascension s’accusait plus hardi, plus souple et plus fier, à chaque étape. Et, sous l’inspiration d’un maître maçon, dont le nom est oublié, mais qui fut un génie, le style médiéval avait trouvé, dans la restauration de l’église de Chartres, après l’incendie de 1194, son orientation définitive.

A l’aube de ce xiii® siècle, qui attendait Saint Louis et qui marquait l’apogée de l’ordre social chrétien, les cathédrales surgissaient partout, en une splendide floraison de pierre, comme un effort sublime de l’Art et de la Foi en tension vers le ciel.

L’Archevêque de Reims, Albéric de Humbert, n’hésita pas longtemps. 11 entreprit de relever son église sur un plan plus vaste, avec Lambition de surpasser tout ce qu’on avait fait jusqu’alors. Et, au jour anniversaire du désastre, le 6 mai 1211, il posait la première pierre de notre Cathédrale*

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Trente ans plus tard, le chœur était construit; le Chapitre y faisait ses offices.

Avant la fin du siècle, l’église tout entière était livrée au culte h

On mit près de deux siècles encore, en des temps fort troublés, pour monter et ouvrer les parties hautes de l’édifice.

En i48i, il ne restait plus que les flèches à ériger sur les tours du portail : les architectes avaient réalisé la conception géniale de Jean d’Orbais, synthèse magnifique de puissance, de grâce et de beauté. Notre-Dame de Reims, « l’église des rois et la reine des églises “ », apparaissait, dans son charme virginal, comme une évocation de la majesté religieuse descendue sur la terre, quand tout à coup un vulgaire accident, un incendie allumé, par mégarde, dans les combles, mit cette merveille dans l’état lamentable où le crime des Allemands la replonge aujourd’hui.

C’était le 24 juillet i48i. Comme hier, tout ce qui pouvait brûler brûla. Les voûtes étaient à nu ; les plombs, la charpente, le grand clocher central, la flèche du chevet, les pavillons du transept étaient anéantis ; les cloches brisées ou fondues.

^ Au XIII® siècle, Reims a construit, non seulement sa Cathédrale, mais le chœur de Saint-Remi et Saint-Nicaise, cette autre merveille d’Art gothique.

“ La Cathédrale de Reims. C. Enlart. CL L'Art et les Artistes, n® spécial.

Dès le lendemain, 25 juillet, en assemblée capitulaire, la restauration fut décidée; et, dans la semaine qui suivit, on se mit à dresser des devis, à débattre des marchés.

En i5i5, Notre-Dame avait repris son allure.

La Révolution confisqua, en profanant, sans trop endommager ; en sorte que, depuis le xv® siècle, la Cathédrale ne souffrit guère que des ravages du temps. Mais c’est assez de la lente et sournoise morsure du temps pour faire des ruines : les pierres ont leur vieillesse et leur décrépitude.

Les restaurations partielles de la première moitié du XIX® siècle ne furent que des palliatifs.

En 1875, l’Archevêque de Reims, M^’^Langénieux, justement préoccupé de l’état de délabrement que chaque hiver voyait empirer, attira l’attention du gouvernement sur l’urgence d'une restauration immédiate et complète.

Le 23 octobre, il recevait à sa table quatre ministres qui étaient ses amis, M. Dufaure, ministre de la Justice, M. Wallon, de l’Instruction publique et des Cultes, M. Léon Say, des Finances et M. Caillaux, des Travaux publics, avec les préfets de la Marne et des Ardennes, le maire de Reims, etc.

Il ht avec eux, sous la conduite de l’architecte, M. Millet, une visite minutieuse du monument, depuis la base jusqu’au sommet. Il leur montra les lézardes inquiétantes, les trous, les pierres bran-

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lantes, les statues rongées, usées par les pluies, les chéneaux rompus, par où les eaux s’infiltraient dans les murs, les contreforts dénudés, la crevasse du portail, l’affaissement de la Grande Rose. Et, là-haut, dans les galeries, il y eut, sous la forte impression de ces constats sur le vif, un petit Conseil de cabinet : pas l’ombre de discussion sur le fond, les désirs concordaient; quelques échanges de vues sur les moyens d’aboutir ; et, pour conclure, les regards se tournèrent vers le ministre des Finances. M. Léon Say tira de sa poche un pli cacheté : ce C’est, dit-il, l’état du budget ; on me « l’a remis ce matin et je ne l’ai pas encore « ouvert. )) Il accusait un boni de 76 millions : la cause de Notre-Dame était gagnée.

Le 21 décembre, le Parlement votait, avec les crédits nécessaires, par annuités, la restauration totale de la Cathédrale de Reims L

Pendant quarante ans, sans relâche, avec respect, avec amour, les architectes s’y employèrent. Ils ont repris l’œuvre pierre par pierre. Au mo-

i Le 26 juin 1876, TArchevêque bénissait les chantiers pour l’inauguration des travaux et les architectes déposèrent à l’angle droit de la niche du 7® contrefort (façade méridionale), sous le larmier, cette inscription d’une épigraphie sans élégance, mais qui atteste la part qui revient au Cardinal Langénieux, dans cette restauration ;

République française. — Sous la présidence du maréchal de Mac-Mahon, — Sur les instances de Monseigneur Langénieux, — Archevêque de Reims, — Le 21 décembre 1875, — Une loi est votée, — Pour la restauration de la Cathédrale .

ment de la déclaration de guerre, ce travail, le plus considérable , le plus consciencieux qu’on ait réalisé depuis le xv® siècle, touchait à son terme : quelques mois encore et c’était fini ! Notre- Dame de Reims, libérée enfin de ses derniers échafaudages, allait nous être rendue dans sa splendeur rajeunie, prête à défier les siècles.

Gomme une bête sauvage, l’Allemand a passé : il a souillé, mutilé, ravagé ! Il a mis à néant tout cet effort I

1210! 1481 1 1914 î Dates douloureuses et tragiques qui s’appellent et se répondent, à la lueur sinistre des incendies !

Nos ancêtres du xiii® et du xv® siècles, impuissants comme nous, en face du même désastre, ont dû éprouver cette sensation d’accablement que nous avons ressentie nous-mêmes.

Ont-ils songé, sur leurs ruines, à la vision d’Ezéchiel : « Penses-tu que ces ossements desséchés puissent revivre? » En tout cas, ils se sont ressaisis. Deux fois le souffle qui vivifie a fait le miracle : il a ranimé les courages; il a relevé les pierres; la Cathédrale a ressuscité.

Le passé nous oblige. Cette ténacité de nos pères à ne s’avouer jamais vaincus, à recommencer sans cesse, nous trace aujourd’hui notre devoir.

Si la Cathédrale avait été, comme on l’a dit.

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comme on l’a cru un moment, anéantie, il est vraisemblable que, l’eût-elle voulu, la France épuisée par la guerre se serait sentie incapable de la rebâtir : nous ne sommes plus au xiiF siècle. Mais, puisqu’elle n’est pas abattue, que le gros œuvre n’est pas entamé, que les parties essentielles ont résisté, que les voûtes n’ont pas cédé, puisqu’elle est réparable, c’est pour nous, en face du monde, une question de dignité, de fierté que de la réparer.

Elle veut guérir, cette grande blessée de la guerre. Elle veut se relever encore, avec la France.

Et nous la relèverons.

Ceux qui disent non — ils sont plusieurs — l’aiment autant que nous. Leur cœur a frémi comme le nôtre. Seulement, dans un premier sursaut de colère, ils ont été plus préoccupés de venger la victime que de panser ses plaies. Mais ce oui et ce non sont frères ; ils procèdent d’un même sentiment; ils se rejoignent dans un commun hommage à Notre-Dame de Reims.

Poètes, ils ont crié leur indignation, en des pages vibrantes qui sont... des chants de poètes et qui nous ont émus :

Je voudrais qu’on gardât^ sans y toucher du tout.

Le monument blessé tant quil tiendra debout,

Avec ses trous béants, avec ses meurtrissures Sans s’aviser jamais de panser ses blessures^.

^ Miguel Zamacoïs.

afin (( d’attiser la haine et d’empêcher l’oubli et de rendre impossible à jamais l’amnistie ».

A serrer un peu ce raisonnement, on en arriverait à conclure qu’il faut faire, de toutes nos villes saccagées, autant de cités mortes, autant de Pompeï, pour que « la rancune garde mieux sa vigueur et que, plus aisément, la haine revienne au cœur par les yeux ».

Et je vois, dans une étude où sont résumés leurs arguments, qu’ils ne l’ont pas seulement pensé, mais qu’ils l’ont dit, qu’ils ont osé l’écrire : « Nous (c adjurons Arras, Malines, Louvain, toutes les (( villes de Belgique saccagées, de garder intactes (( leurs plaies et de les montrer sans cesse aux (( passants de la postérité b »

Cette adjuration, paraît-il, a pris assez de consistance pour que le Gouvernement belge se soit cru obligé d’y répondre : « La Belgique na pas (( besoin de conserver^ comme d' aucuns Vont pro- (( posé^ ses monuments ruinés^ pour se souvenir (( de ses malheurs. Elle a la fierté de vouloir (( reconquérir son intégrité première. Un monu- (( ment dans chaque localité., portant les noms (( des soldats morts pour la patrie et des hahi- « tants assassinés.^ une inscription commémorative (( sur chaque habitation^ sur chaque édifice re-

i Cf. Illustratioîit du 3 mars iQiS,

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(( levé^ suffiront pour nous rappeler le passé \ »

Ils ont dit encore, les poètes, pour flétrir les vandales, en évoquant les débris sublimes des Temples grecs, sur l’Acropole :

Une honte pour eux ; pour nous, un Parthénon “ /

Mais peut-on assimiler Notre-Dame de Reims au Parthénon ?

Quand ils Font saccagé à coups de canon, le Parthénon était déjà mort. C’était un temple vide, temple désaffecté d’un culte éteint depuis longtemps, un corps sans âme, un corps superbe qui n’avait même plus son âme païenne pour le ranimer. La catastrophe où il sombra ajoutait, à sa beauté, la majesté des grandes ruines : on l’a gardé tel pour l’admirer.

Notre-Dame de Reims a été frappée en pleine vie, en pleine activité. Elle a sa raison d’être, toujours ; elle n’a pas fini sa mission. Elle est blessée, elle est meurtrie, comme la France et avec elle, dans les mêmes combats ; mais, pas plus que la France, elle n’a fléchi, elle n’a cédé. Elle est debout. Elle ne veut pas mourir ! Et comment pourrait-elle mourir si la France ne meurt ! Sans

^ Rapport du ministre des Travaux publics sur la reconstruction des monuments et des villages détruits (Cf. Moniteur belge, octobre

- Ed. Rostand.

ce sanctuaire, sans ce diadème, sans sa Cathédrale,

La France de demain ne serait plus la mème^ .

N’ont-ils pas parlé encore de la transformer en musée lapidaire où elle étalerait les débris de sa gloire, pour devenir le cimetière de sa propre grandeur ; ou bien encore en ossuaire où l’on rassemblerait les restes de nos soldats inconnus, épars dans nos champs, au hasard des combats ? Pieuse et patriotique pensée qui sera réalisée quelque jours, mais ailleurs et autrement.

On ne peut pas faire de la Cathédrale de Reims, Baptistère et berceau de la France chrétienne, une nécropole, pas plus qu’on ne peut la laisser figée dans sa sublime détresse, pour la livrer demain, comme toutes les ruines grandioses, à la curiosité indiscrète et frivole des touristes. C’est là que serait le sacrilège ! Aujourd’hui on dit : « Relique sacrée du temple profané, trophée du crime, qui crie vengeance et que les pèlerins du patriotisme, de l’art et de la foi n’aborderont qu’avec respect ! » Ce sont là des mots sincères, mais sans consistance, qui n’ont pas de lendemains.

J’imagine que si les vieux architectes du moyen

^ P. Dubois.

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âge qui ont conçu, dans une extase \ ce poème de pierre, qui ont créé, bâti, ciselé pièce à pièce cette splendeur, Jean d’Orbais, Jean le Loup, Gaucher de Reims, Bernard de Soissons, Robert de Goucy et les autres, étaient appelés à délibérer, en 1919, sur le sort de Notre-Dame, ils n’auraient d’yeux que pour elle ; l’idée ne leur viendrait pas, pour confondre l’allemand, de la laisser pantelante. Ils ne se résigneraient pas à une déchéance. Ils croiraient la venger plus sûrement en compensant l’outrage par un surcroît de gloire : « Tu L'as souillée parce qu'elle était belle : nous la referons plus belle! » Ils s’y remettraient avec passion, de toute leur âme ; ils reprendraient l’œuvre que les siècles passés n’ont pas achevée; ils la feraient monter, avec ses flèches, triomphalement jusqu’aux nues.

Est-ce un rêve.^

Si demain on le tentait, cet effort, les tours le supporteraient-elles? On peut craindre que non.

Du moins, qu’on aille jusqu’au bout du possible ; car la France, celle d’aujourd’hui, telle qu’elle est, sans distinction d’opinions ni de croyances, a dit trop haut combien elle y tenait, pour qu’on ne lui rende pas sa Cathédrale.

^ « Les artistes qui ont fait cela, écrit Rodin , en parlant de Notre-Dame de Reims, ont jeté dans le monde un reflet de la divinité. ))

Aux Beaux-Arts, à la Commission des monuments historiques, on y est tout disposé. On veut sauver tout ce qui peut être sauvé et réparer tout ce qui est réparable.

Pourquoi d’ailleurs traiterait-on aujourd’hui Notre-Dame de Reims autrement qu’on a traité jusqu’alors nos cathédrales de France?

Elles font partie du patrimoine national. Elles sont bâties pour durer toujours. Elles survivent aux siècles qui les virent éclore et se fient aux autres pour ne jamais mourir. Chaque génération, solidaire du passé, responsable pour l’avenir, y a mis la main, y apporta sa pierre avec une sollicitude sans cesse croissante, car plus elles vieillissent, plus elles se chargent de souvenir, plus elles sont vénérables, plus on les aime et plus on les admire.

N’a-t-on pas réparé et, du mieux qu’on a pu, parmi tant d’autres, Notre-Dame de Paris, Saint- Denis, Saint-Front de Périgueux, la façade de Rouen, Laon, Soissons, la Merveille du mont Saint- Michel... et Notre-Dame de Reims?

Il n’y a qu’à reprendre et à continuer ce qu’on était en train de faire, à Reims, depuis près d’un demi-siècle.

Il semble même que la loi de décembre 1875, qui n’est pas abrogée, suffise pour couvrir le principe au moins de cette restauration.

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La question de dépense, si lourde soit-elle, ne saurait être un obstacle. La France victorieuse retrouvera des jours de prospérité.

Mais pourquoi imposerait-on pas cette charge à ï Allemagne ?

L’attentat contre Notre-Dame de Reims n’est pas noyé dans la masse des déprédations qu’a laissées derrière elle cette armée de sauvages. Il émerge. Il a un sens que n’ont pas les autres. C’est, comme on l’a dit : le Crime allemand^ l’insulte directe à la France, dont la réparation doit faire l’objet d\in article spécial du traité de paix.

Cette sanction, cette flétrissure serait autrement sensible à leur orgueil que la leçon muette des ruines, trop délicate pour qu’ils la comprennent et dont ils tireraient cyniquement vanité : cr Nous l’avons abattue, ils n’ont su la relever. Le dernier mot reste à nos canons 1 »

Et, pour en accentuer la portée, pour en étaler la honte au grand jour, pour que ni nous ni les autres ne soyons tentés d’oublier, au lieu de nous infliger à nous-mêmes le spectacle navrant de ces chefs-d’œuvre souillés, qu’on grave donc de chaque côté du portail, avec le burin de Tacite, — la place est toute prête ^5 — deux inscriptions vengeresses qui accuseront en même temps, sur l’œuvre res-

^ La face lisse des deux contreforts (îxtrêmes, à droite et à gauche du portail, de de haut, sur 3“, 55 de large.

taurée, leur impuissance et leur scélératesse. Et, en face, sur le Parvis, le mufle levé, la gueule au mur, comme deux bêtes enchaînées, deux des gros canons allemands qui ont craché sur Notre- Dame.

Et, pour parler aux yeux, nous exposerons encore, au Trésor de Notre-Dame, en notre Musée de guerre, ostensoir perpétuel des Saintes reliques de la martyre, les débris précieux des statues, les fragments de sculpture, des lambeaux de verrières, parcelles d’art, miettes de beauté, avec les éclats d’obus qui les ont mutilés ; des morceaux de nos cloches fondues, des coulées de plomb Agées à la gueule des gargouilles, des ferrures tordues des âges passés, comme autant de pièces à conviction, afln que l’âme la plus fruste et la plus humble se rappelle et s’indigne.

Tout le monde est d’accord pour conserver une preuve palpable, irrécusable du crime. Mais celle-là doit suffire, puisqu’elle flétrit l’Allemagne sans humilier Notre-Dame. Et je suis plus à l’aise pour aborder une question délicate que discutent encore les architectes et les artistes les plus résolus aux promptes réparations : les statues du portail I

Ils sont nombreux ceux qui font, sur ce point? d’expresses réserves. Qu’on restaure l’édifice.

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disent-ils, qu’on lui rende sa physionomie, son caractère, ses lignes architecturales, qu’on lui rende son atmosphère de prière, son silence, son âme, sa vie liturgique, ses chants, la magnificence royale de ses solennités religieuses, mais toucher aux statues du portail, ce serait un autre sacrilège.

Un double sentiment les fait parler ainsi, ce souci toujours de perpétuer l’odieux souvenir et l’appréhension aussi de déflorer l’œuvre en y portant la main.

Ce souci de dresser un pilori est légitime ; mais, puisqu’on peut y pourvoir autrement, nous ne nous résignerons pas à y sacrifier la splendeur de Notre- Dame. Quant à cette peur des réparations malhabiles, est-elle vraiment justifiée ?

Il est évident que « l’irréparable », au sens large du mot, est là.

Le XIII® siècle, le siècle de la grande foi et du grand art, avait mis sa marque sur ces pierres merveilleuses, <( les plus nobles qui soient au monde », disait Montalembert, et le temps, doucement, avec des caresses, y avait ajouté cette chaude coloration qui leur donnait ces tons adoucis de vieux bronzes florentins.

On ne refera pas cela. Est-ce à dire qu’il ne faut rien refaire ?

A se placer ici à un point de vue trop spécial.

on risquerait de n’être plus au vrai point de vue.

Si l’on prend une à une ces admirables statues, dont la moindre est encore un chef-d’œuvre, si on les considère à part, isolées, chacune pour sa valeur intrinsèque, comme on le fait d’une pièce rare de musée, l’original une fois perdu, tout est

On ne restaure pas une statue du xiii® siècle, pas plus qu’un marbre antique.

Mais nous sommes en face de la Cathédrale. Un peu de recul est nécessaire. Ces statues disparues faisaient partie du monument. Elles n’étaient qu’un détail de l’ornementation, fleurs superbes de la gerbe immense. Et c’est par rapport au portail, en vue de l’effet d’ensemble, et non pas seulement pour leur charme individuel, qu’il faut les apprécier. Et alors, nous n’avons plus le droit d’être aussi absolus. Le portail de Notre-Dame de Reims a-t-il besoin oui ou non de cet élément pour être complet, pour recouvrer toute sa beauté, son intégrité, sa grande allure de Majesté triomphale?

Il ne s’agit pas d’une reconstitution hasardée. Les documents ne manquent pas pour en assurer la rigoureuse précision, et ce serait faire injure à l’art français du xx® siècle que d’avouer ici une impuissance. Nos grands artistes, les maîtres de la sculpture française, dans un bel élan de foi patriotique, devraient se partager la tâche et revendi-

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quer l’honneur de faire revivre, chacun, un de ces chefs-d’œuvre, comme un hommage à Notre-Dame de Reims.

Parmi ceux qui hésitent, combien en est-il que les exagérations regrettables de la presse ont impressionnés plus qu’il ne convient.

La plume tremble lorsqu’on insiste un peu sur cet argument. On a peur de fournir un prétexte à l’exagération contraire et de paraître atténuer le crime des Allemands.

On ne veut ni l’atténuer, ni le grandir ; et, si l’on constate avec soulagement, que la victime a pu supporter de pareils coups sans mourir, on n’entend pas le moins du monde en savoir gré à l’assassin.

Prenons donc la Cathédrale dans l’état où ils l’ont laissée : le mal est assez grave pour qu’on n’y ajoute rien.

La moitié du grand portail est saccagée, c’est incontestable. Les larmes aux yeux, la mort dans l’âme, nous en avons compté les plaies ; et nos pauvres mots sont trop froids sur le papier pour en faire comprendre, à ceux qui ne l’ont pas vue, l’inexprimable détresse. Le peintre avec ses couleurs y réussirait mieux.

Mais, dans ce ravage des masses sculpturales, il est pourtant vrai que sur les 35 grandes statues

des porches, auxquelles on pourrait ajouter les i3 du portail nord, 5 seulement n’ont plus de tête : la reine de Saba, l’ange de saint Nicaise, le jeune diacre, en face, un saint Remi et son voisin.

Si l’on songe que nous avons pu retrouver la tête de la reine et celle de l’ange, que cet ange et la reine de Saba ont leur moulage au musée de sculpture comparée du Trocadéro, et que les autres ont été vingt fois photographiées, il faut avouer que « l’irréparable » se réduit à des proportions moins tragiques.

Elles sont donc là toujours, sauf 5 dont l’absence déparerait l’ensemble, ces merveilleuses figures de vierges, d’anges, de saints, qui ne sont plus de la terre, mais qui demeurent, dans leur extase, par le trait et l’expression de physionomie, si fortement apparentées à notre race ; avec cette grâce souriante qui reflète, à travers la beauté, la bonté, et qui semble incliner le ciel jusqu’à nous. Il sera aisé de refaire ces cinq là, sans qu'il soit besoin de recourir aux répliques qu’on possède à Bamberg, même s’il était admis, comme d’aucuns le prétendent^, sans l’avoir prouvé encore, que le Maître de Bamberg soit notre Gaucher de Reims, celui-là précisément « qui ouvra aux voussures et aux portaux ».

Des 75 groupes qui décorent les voussures de la façade, j’en compte une demi-douzaine totale-

^ Cf. Revue des Deux Mondes, i5 décembre 1918, p. 876.

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ment détruits et lo sérieusement entamés, dont 6 où les têtes n’ont pas été touchées.

Enfin, aux revers dévastés des porches latéraux du portail, sur 32 statuettes, 17 têtes sont restées en place ou ont été recueillies.

Dans ces conditions, la tâche, ramenée à ses justes proportions, n’apparaît plus, il faut en convenir, ni si ardue, ni si complexe.

C’est ici qu’il faut faire état des nouveaux désastres.

J’ai voulu juger sur place. J’avais revu Reims, en 1916 et en 1917, en pleine tribulation; je l’ai revue deux fois, en 1918, dans sa morne solitude, immense désert de cendres et de ruines. J’ai exploré la Cathédrale minutieusement, comme on ausculte un blessé ; et, sans m’attarder à une description détaillée des mutilations nouvelles, j’en veux noter les plus graves et en signaler l’importance.

Jusqu’au 16 avril 1917, nous disions : elle est découronnée, elle est défigurée, elle est criblée de plaies, meurtrie en tous ses membres, mais, l’ossature n’est pas entamée.

Nous ne pouvons plus le dire aujourd’hui.

En quatre jours, en quelques heures, les 3o5 et les 340 lui avaient déjà fait plus de mal que l’incendie de 1914 et trois années de bombardement ;

les assauts de 1918 l’enfoncèrent d’un degré encore dans la détresse.

— Le coup le plus funeste qui lui fut asséné, c’est celui qui a ébranlé la pile d’angle, à la croisée sud-est du transept (24 avril 1917).

L’architecte, M. Sainsaulieu, qui a soutenu la lutte au jour le jour, en y risquant plus d’une fois sa vie, a pu aviser et parer au danger, c’est bien ; mais toute cette région est en piteux état. (PL 78.)

Les voûtes, ici et là, sont crevées. Je compte huit ou neuf ouvertures qui se découpent lamentablement sur le ciel ; mais, pour en apprécier les proportions, c’est à terre qu’il faut regarder, ramoncellement de pierres qui s’entassent en montagne sur le sol.

La plus considérable est au-dessus du sanctuaire (21 avril 1917) (PL 79) ; un éboulement et de nouveaux coups en 1918, ont fini par mettre à jour une travée et demie. Le maître-autel est enseveli sous un monceau de décombres de 80 à 100 mètres cubes. (PL 80.)

Au-dessus de la lampe, la percée du 21 février 1915, la première et l’unique pendant près de deux ans, pas plus large que les deux mains (PL 67) , avait, en 1917, les dimensions des oculi de la nef : elle a triplé en 1918.

Au transept, vers les sacristies, celle du ii juillet 1916 est aussi démesurément agrandie.

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Du côté de la chaire, la voûte de la 5® travée a perdu, en même temps que ses nervures, deux de ses contreforts, au nord et au sud : elle ouvre sur le ciel, juste dans Taxe de la nef, une brèche circulaire qui fait songer aux grands lucernaires des catacombes.

A quelques pas de là, au pied d’un pilier, gît intact un 3o5 qui a fait sa trouée à la 7® travée de la basse nef, sans éclater. Plus loin, deux travées encore, 9® et io% sont percées ; percée aussi la voûte de la chapelle Saint-Joseph, à l’abside. Les autres trous, au-dessus de la chaire de l’arrière-chœur, dans les nefs, au fond de la sacristie basse, sous la salle des Rois, sont de moindre importance

Dans la grande nef, le sol est défoncé par 5 trous d’obus.

Ce qui restait des verrières a sombré dans la débâcle. Je compte (1918) quatre fenêtres totalement détruites et quatorze fortement endommagées : tantôt c’est le meneau qui a sauté, tantôt c’est la rosace.

— A l’extérieur, c’est surtout en face de l’abside qu’on éprouve une impression de dévastation.

Quelle eurythmie merveilleuse des lignes, dans cette zone des contreforts du chevet î Quels effets gracieux de perspective ! Quelle légèreté dans ces doubles ressauts des arcs-boutants qui s’élancent,

d’une pile à l’autre, jusqu’en haut, avec la souplesse des lianes dans la forêt ! Quelle sensation d’ordre, d’harmonie, d’élégance en même temps que de force tranquille et de simplicité ! C’est vraiment un enchantement des yeux : on dirait qu’un monstre en fureur s’est vautré dans cette beauté, comme un sanglier dans un parterre de fleurs. (PI. 8i et 82.)

A partir de l’axe jusqu’au transept sud, la balustrade à claire-voie qui court d’un contrefort à l’autre est abattue ; des 12 animaux fantastiques qui la décoraient, il en reste 2, sur la partie épargnée, le bœuf et la licorne ; plus loin, l’éléphant solitaire est décapité (PI. 82) ; des couronnements entiers de contreforts, niches, statues, pinacles ont disparu ; 4 volées d’arcs-boutants sont rompues. Sur les combles des chapelles rayonnantes, des grosses têtes de gargouilles, des débris d’anges, de chimères, de marmousets, de cariatides, qui sourient encore, qui grimacent toujours, culbutés pêle-mêle parmi les écroulements de pierres, font Peffet d’un horrible jeu de massacre.

Je relève, dans cette région, d’autres plaies qui datent de 1918 : des masses importantes de maçonnerie sont enlevées aux entre-deux des fenêtres de la chapelle de Sainte-Gilinie ; la galerie haute a été frappée au point d’arrivée du 2® et du 3® contreforts ; la face sud du contrefort du transept

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est ravagée ; seule, la statue se dresse intacte sur son socle disloqué, sans niche, sans pinacle.

Le saccage se poursuit sur la façade du transept sud, très accentué sur la droite ; l’obus du 24 avril 1917 qui a mis à mal la grosse pile d’angle du chœur, a passé par là avec bien d’autres. La tourelle de l’escalier est éventrée deux fois, et, des 4 grandes niches qui flanquent la Rose, aucune n’a été épargnée, la i*"®, à droite, n’existe plus (16 avril 1917). (PL 78.)

Il y a là une perte artistique à déplorer, l’élégante statue de la Loi nouvelle, appariée avec la Synagogue et apparentée, par son inspiration et sa facture, à la reine de Saba du grand portail, est détruite. Elle avait été mutilée déjà en juin iqiS. (PL 83.)

Tout de suite après, sur une longueur de plusieurs travées, la galerie haute est pulvérisée ; la maçonnerie a subi là un véritable pilonnage. Derrière, sur les combles, les grands arcs massifs de la croisée des transepts portent les traces de furieux coups de bélier. (PL 84.)

Le long de la nef, 4 des contreforts avaient déjà souffert, le 4^ en particulier, rompu à la volée inférieure (1917) ; 3 autres accusent de profondes blessures (1918) : le 6® qui est découronné; le 5® qui a été secoué et qui n’a plus son ange ; le tout premier, celui de la tour, amputé de la moitié de

son clocheton, qui étale de graves meurtrissures au-dessous du larmier. (PI. 85.)

La tour des bourdons, à peine égratignée jusqu’alors, est maintenant aussi maltraitée que la tour nord : à la hauteur des combles de la basse nef, la grande baie ajourée d’arrière est effondrée ; dans la partie sombre de l’escalier qui monte, la colonne d’axe est déjetée et tout un bloc de 4 ou 5 marches a cédé ; enfin, de l’escalier à jour, il reste à peine l’amorce, la cage est vidée jusqu’en haut, et la calotte de la tour est crevée sur un quart (1917).

L’escalier à jour de la tour nord, triste pendant de misère, présente le même aspect de délabrement. En sorte que, depuis le 16 avril 1917, Teuton voulu, il était impossible d'accéder au sommet des tours ^ et surtout de la tour sud. (PI. 86.)

En 1918, je constate, dans cette partie nord, de grosses avaries qui correspondent évidemment aux fameuses observations de la note Hindenburg. Il est étrange pourtant, que, visant la tour sud, puisque, quatre fois sur cinq, c’est elle qui est mise en cause, ce soit la tour nord seulement qui ait été frappée.

Toute la tourelle de droite est démolie, depuis la base jusqu’à l’amorce de la flèche : ses 3 colonnettes, si menues et si hardies, sont en miettes ; seuls les 3 chapiteaux pendent aux fers, dans le

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vide. Le petit dôme (qui mesure tout de même 6 ou 7 mètres) est en Pair, sans étais, comme un dais au-dessus d’une statue ; il n’est retenu que sur un point, par adhérence à la tour centrale. (PI. 87.)

Les 2 tourelles de gauche, sur la rue, ont aussi une de leurs colonnettes brisée.

Plus bas, les gros contreforts en retour ont beaucoup souffert dans leurs parties ouvragées ; ceux d’arrière sont écrasés jusqu’à la naissance de la Galerie des Rois.

Au i®** contrefort de la nef, niche et clocheton sont écroulés ; il reste un débris d’ange sur un débris de socle ; celui d’après a été rudement bousculé ; le 3® est rasé par le milieu, son arc-boutant supérieur est cassé (16 avril 1917). La Galerie accuse de sérieuses encoches. (PL 85.)

Au porche droit de la façade, dans cette région jusqu’alors préservée, deux des grandes statues ont été rudement frappées, à l’ébrasement de gauche; les têtes sont tombées.

Le portail du transept nord a pâti et ses pires mutilations, au premier aspect, m’intriguent : le Beau Dieu d’abord, sous son revêtement de « sacs à terre », est décapité, sans qu’on voie tout de suite par où a pu passer le projectile ; mais la palissade a été refaite; et, au fronton de la porte (2® registre) toute la scène de saint Remi chassant les diables incendiaires, que Yencesse a si finement repro-

duite au revers de sa médaille « le Sourire de Reims », est enlevée si proprement qu’on se demande comment ce travail a pu être fait par un obus, sans que le fond soit entamé davantage.

On peut noter quelques éclats dans les voussures. Tout en haut, le clocheton du contrefort de gauche est défoncé et le réseau de la Rose est endommagé.

Le petit mur de protection, qu’on avait élevé là récemment pour protéger la gracieuse statue d’Eve, a été abattu ; sans ce fragile bouclier, ce morceau délicat, qui est vraisemblablement, sinon de la même main, du moins du même atelier que la Vierge du trumeau, eût été perdu.

Ce constat est assurément pénible. Que la situation ait empiré, c’est incontestable. Mais, de quelle façon et dans quelle mesure ce surcroît de malheur doit-il peser sur nos résolutions ? A un double point de vue seulement : le temps et l’argent.

Ce sera plus long, ce sera plus coûteux ; beaucoup plus long et beaucoup plus coûteux ; mais ceci n’est pas essentiel.

Puisque la Cathédrale est toujours debout et que ses blessures plus graves ne sont pas mortelles, la tâche devenue plus délicate et plus laborieuse, reste possible, et nos arguments gardent leur valeur.

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Il en est un encore qui domine tous les autres : la foi ! Point n’est besoin d'insister pour qu’on en sente le poids

Le patriotisme, l’art, l’histoire, notre dignité nationale réclament la restauration de Notre-Dame de Reims : est-ce trop de dire que la Religion l’exige ?

Pourquoi nos pères Font-ils faite si belle, sinon parce qu’ils avaient conscience de bâtir un Temple au Seigneur, une Église, « la Maison de Dieu ».

Ils savaient que ces mots expriment autre chose qu’une simple affectation cultuelle, au sens où Fentendent les autres confessions religieuses, mais qu'ils visent les réalités eucharistiques, l’Autel, le Tabernacle, et que nos sanctuaires catholiques sont, dans la force du terme, des maisons habitées où le Sacrement fixe la présence de Dieu.

Ils travaillaient pour Notre-Dame, dont la dévotion embaumait tout le Moyen Age. C’était le temps où l’on disait : Regnum Galliæ^ Regnum Mariæ ! Pour le Christ, les hommes d’armes s’en allaient batailler aux croisades. Pour Marie, les Évêques et le peuple bâtissaient des cathédrales. Pour elle, rien n’était trop grand, rien n’était trop beau. Et alors le génie des artistes stimulé par cette foi, par cette piété, a enfanté la Merveille !

Or, puisque les Allemands ont commis ce crime inouï de saccager le Temple, de mettre fin au culte

et d’expulser, à coups de canon, Notre-Dame, la même foi, la même piété ne nous imposent-elles pas l’obligation d’effacer la trace du sacrilège, de restaurer l’église en relevant l’autel et de rendre au palais sa splendeur, pour y faire rentrer la Reine ?

Enfin, on a bien voulu dire que « toutes les voix « devaient être entendues, voix des artistes, des c( savants, des lettrés, des patriotes, des croyants, « des femmes, des soldats, et..., dans un émou- (( vant solo, la voix de Reims^ ».

Reims a eu maintes occasions d’exprimer son sentiment, et nous savons ce qu’elle pense. Reims estime qu’elle a assez souffert pour qu’on ne la fasse pas souffrir encore. Reims, qui entend relever ses ruines, ne comprendrait pas qu’on l’obligeât à faire une exception pour celle-là, de toutes, la plus triste, la plus tragique, la plus révoltante. Reims a conscience de n’avoir pas mérité l’humiliation de garder sa Cathédrale défigurée, amoindrie. Reims déclare qu’elle l’aime trop et qu’elle en est trop fière pour se résigner jamais à la voir moins belle !

^ Cf, H. Lavedan. Illustration du i3 mars i9i5.

APPENDICES

APPENDICE A

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