AVANT-PROPOS
juement ingéniés à en reproduire tous les détails, qui ont utilisé parfois les échafaud dressés
Doucet qui se sont success au cours des restaurations et atteint des détails que soupçonne à peine l'œil du visiteur. Ces deux cent vingt-cinq planches en héliogravure sont toutes exécutées d'après les documents antérieurs à 1914. Quelques
documents anciens ont encore été utilisés dans le texte pour compléter les indications fournies par les planches sur tel ou tel
détail. Mais nous avons donné surtout, dans le texte, un assez grand nombre de clichés postérieurs aux destructions pour fixer l'état de la cathédrale et de sa décoration pendant et après la guerre. Quelques-uns de ces derniers clichés sont encore dus à M. Doucet, la plupart à M. Antony Thouret, trésorier de la Société des amis de la cathédrale de Reims.
Les documents que nous avons pu ainsi recueillir ne concernent que l'architecture et la sculpture. Il est malheureusement
l'intention de présenter une
impossible d'en trouver l'équivalent pour la série des vitraux. Nous n'avions pas, à vrai dir
monographie complète de la cathédrale qui eût comporté une partie consacrée à la description du mobilier el une partie à
l'analyse architecturale de l'édifice. Nous nous sommes borné, après une notice historique aussi précise el succincte que pos-
ée la série des grands
sible, à donner dans nos planches et dans la table descriptive et critique que nous en avons dre. aspects du monument et tous les détails possibles sur sa décoration sculpturale, sur les parties qui en sont conservées et sur celles, hélas! si nombreuses dont nos planches auront à fixer le souvenir ; nous renvoyons pour l'étude archéologique ou hislorique du monument aux savants travaux de MM. Demaison, Moreau-Nélaion, Bréhier, etc., d œux qui pourront se
produire encore, au sujet d'un monument dont le martyre récent aura encore accru la gloire ancienne.
Juillet r919.
Cüiche Antony Thouret.
Masque de la figure de l'Église retrouvé
écombres (1918).
dans les d
ENPRO DUC MONA TIONTONNTE
femp
const drale,
tard,
pillag
’époq
Remi La basilique occupait alors la moitié à peine de
circulaire qui commémorait le martyre de saint N
ille était dédiée aux Apôtres. C
cet ac
lacement qu'occupa plus tard
ruisit vers l'an 400, sur l'em une église dédiée à la Vierge
l'évêque fut massacré par les
orte de son église et celle-ci dut
e et l'incendie des barbares.
ue carolingienne et c’est elle a
te décisif pour les destinées d
; En 496.
a superficie de la cathédrale
icaise, la « rouelle de saint
La première cathédrale qu’ait connue la ville de Reims et sur aquelle nous n'avons du reste que des renseignements assez
incertains, s'éleva au 1v£ siécle, dans l’intérieur de la Cité, sur
l'église Saint-Symphorien.
st l'évêque saint Nicaise qui placement actuel de la cathé- Marie. Quelques années plus Vandales envahisseurs à la subir une premitre fois le Ile subsista toutefois jusqu'a
ui vit sans doute s’accomplir
e l'Église et de la monarchie
françaises, le baptême du roi des Francs Clovis par l’évêque saint
actuelle. En effet, un édicule
Nicaise », dont la place est
marquée aujourd'hui par une inscription, se voyait dans la nef de l’église un peu avant l'entrée du chœur, dans
la sixième travée à partir du portail.
L'édifice fut reconstruit et sans doute déjà agrand
i au 1x siècle par les archevé
ques Ebbon et Hincmar. Les
travaux avaient été encouragés à l’origine par l'empereur Louis le Débonnaire. Dés cette époque, Reims avait
été choisie pour être une des vingt-deux métropoles de l'Empire et la juridiction de l’archevêque s’étendait
sur douze évêchés, de Soissons à Tournai, compris ceux de Laon et d'Amiens. L'église de Reims était vérita-
privilège de couronner les rois de France.
L’archevéque Adal asteyrie et M. Louis fenêtres garnies de vi dissements encore en
tail neuf flanqué de deux tours. L'édi
époque le caractère qu'il pouvait présenter.
En 1210, un imme
a cathédrale, donna
par le pape Etienne IV, que l’usage s’imposa à tous les rois de France de recevoir l’onction sainte dans
béron remania et embellit encore en 976 la cathédrale primitive dont M. le co Demaison ont étudié, d’après les témoignages contemporains, les dallages de mar
traux, les voûtes enrichies de peintures et la toiture couverte en plomb. Nouveaux
e remplacer au siècle suivant, et il est facile d'imaginer par toutes les constructions qui subsistent d
nse incendie qui dévora une partie de la ville et semble avoir anéanti presque tots
ieu à de nouvelles ambitions architecturales et à la réalisation de l'édifice magni
lement la métropole religieuse du royaume et c’est à partir du sacre de Louis le Débonnaire à Reims, en 816,
a basi-
ique de Saint-Remi, usage consacré par la papauté qui reconnut au xne siècle aux archevéques de Reims le
mte de bre, les
agran-
1152 sous le rêégne de Louis VIT; deux travées sont ajoutées à la nef ainsi qu’un por-
ce roman devait avoir, à peu de chose près, l'ampleur de celui qui allait
eNCeLte
alement
ique et
en quelque sorte définitif que nous connaissons. C’est l'époque où l’art de la construction gothique, avec ses
antérieur, où la plupart Pari
Noyon, Senlis, Soissons, Bourges; celle d'Amiens seule allait suivre en 1220: À Reims même, l’église abbatiale
hardiesses et ses élégances nouvelles, s’est dégagé entiérement des formules de l’äg
des grandes cathédrales sont en cours d'exécution, quelques-unes même presque achevées : Chartres,
aint-Remi avait connu, dès 1170, des adjonctions telles que son chœur gothique, suivant et développant
de Ê le type du chœur de Saint-Denis créé en France par l'abbé Suger dés 1144, et pouvait fournir des exemples
et des modeles à la nouvelle cathédrale. Mainte église en Champagne s’était également élevée d’après les prin-
cipes nouveaux de la croisée d'ogives et de l’arc-boutant; telle par exemple la charmante église abbatiale d’Or-
bais, construite entre 1180 et 1200, et peut-être, nous le verrons tout à l'heure, par un architecte qui allait
être appelé à travailler à Reims.
Le siège archiépiscopal de Reims était occupé à ce moment par l'archevêque Aubri de Humbert qui paraît
avoir déployé dans la circonstance une grande initiative et une grande activité. La catastrophe datait du 2 mai
1210; un an après, au jour anniversaire, le maître d'œuvres choisi, les plans arrêtés, les premieres ressources
réunies, l'archevêque posait la premiére pierre de l'édifice nouveau. Des quêtes furent organisées par tous les pays chrétiens avec l'appui de la papauté que nous voyons encore intervenir en 1221, en 1246, en 1251, à certains moments critiques où les fonds s’épuisent, où le chapitre
est accablé de dettes et où de nouveaux appels à la libéralité des fidèles sont nécessaires, tant dans la province
ecclésiastique de Reims qu'au dehors; des bulles pontificales accordérent généreusement des indulgences aux
bienfaiteurs de l’église.
Quant aux maîtres d'œuvres qui conduisirent le travail pendant presque tout le cours du xm£ siécle, nous les connaissons grâce aux figures et aux inscriptions du Labyrinthe qui se voyait jadis dans le pavement de la nef. Cest d'aprés ces inscriptions, malheureusement disparues et transcrites de façon plus ou moins exacte et complète aux xvié et xvine siècles, que M. Louis Demaison a établi une suite chronologique d’après laquelle
Jean d'Orbais serait auteur initial du plan de la cathédrale et des travaux du chœur, suivi par Jean le Loup qui
travailla pendant seize ans, par Gaucher de Reims pendant huit ans, enfin par Bernard de Soissons pendant trentecinq ans. C’est par conjecture que l’on place vers 1290 la mort de Bernard de Soissons dont M. Demaison a retrouvé trace de l'existence en 1287. Cette dernière date est du reste le seul point fixe de cette chronologie qui reste semée d’incertitudes.
Tout récemment M. Deneux, architecte de la cathédrale, étudiant de prés les relevés de l'architecte du
xvie siècle, Jacques Cellier, qui nous a conservé le dessin du Labyrinthe et des figures des maîtres d'œuvres,
et se conformant à l’ordre même où les figures apparaissaient dans le labyrinthe quand on en suivait les détours, a proposé de placer Gaucher de Reims, en tête de la liste, puis Jean le Loup, puis Jean d'Orbais, enfin Bernard de Soissons. D’après ses déductions, que confirment l'étude archéologique du monument lui-même et l’âge apparent de ses diverses parties, mais qui s'appliquent plus difficilement à certains termes employés dans
es transcriptions des écritures du Labyrinthe au xvut siècle, les deux premiers architectes auraient élevé les
parties basses du chevet, le déambulatoire et les chapelles, commencé les portails du transept, (il est question
ares et de portaux »). Jean d'Orbais serait venu ensuite et aurait commencé « la
dans les textes de « vou
coiffe », c'est-à-dire les parties hautes de l'abside, d’une ordonnance beaucoup plus légère et plus hardie, ou peut-être seulement, suivant M. Deneux, lé comble et la charpente. On sait que le chœur fut inauguré en 1241. Jean d'Orbais aurait ensuite continué par la nef et peut-être entamé la partie la plus admirée de l'édifice, le grand portail occidental ; Bernard de Soissons aurait terminé la nef et continué le portail, dont
en plein xut siècle.
ensemble aurait été exécuté, statuaire comprise,
Ce dernier point avait déjà été admis par M. Demaison qui avait le premier démontré l'inanité de l'opinion
qui voulait jadis dater ce portail du xrv® e et en placer l’achèvement en 1381. Le texte qui nous permet
d'affirmer que Bernard de Soissons conduisit l'ouvrage jusqu’à la rose, « le grand © », attribue sans conteste
possible au xin£ siècle tout cet ensemble; mais nous pensons, avec M. Demaison, que quelques morceaux
de la sculpture du portail purent étre préparés dans le chantier, d'assez bonne heure, dès 1220 certainement
pour les statues archaïques des prophètes de la porte droite, primitivement destinées aux « portaux » de
Gaucher de Reims et de Jean le Loup, vers 1240-1250 pour celles des grandes figures qui se rapprochent
Fic. 1. — Portail occidental en 1625 d’après une gravure de Nicolas de Son.
Fic. 2. — L'abside en 1855.
phie des Monuments historiques.)
(D'après une photog
Quant à Hugues Libergier, dont le nom est un des plus anciennement connus parmi ceux des architectes rémois du xmu° siècle er dont la dalle funéraire avec effigie subsiste encore et figure même aujourd'hui en place d'honneur à la cathédrale, il faut lui laisser le grand mérite d’avoir exécuté ce chef-d'œuvre, malheureusement disparu, qu'était l'église Saint-Nicaise; mais rien ne nous avertit qu'il ait jamais participé aux travaux de la cathédrale.
Villard de Honnecourt enfin, l'architecte de Cambrai et de Saint-Quentin, passa certainement à Reims et nota sur son célèbre carnet des détails de la construction, mais en visiteur et non en collaborateur ou en directeur des travaux.
Aprés Robert de Coucy on connaît encore, aux x1ve et xv° sicles, quelques noms d'architecte: maître Colard vers 1328, maître Gilles vers 1352-1358, maitre Jean de Dijon après 1389, qui durent diriger l’achèvement, assez lent, des travaux du portail et des
tours. Les tours paraissent avoir été terminées seule-
ment dans la première moitié du xv* siècle. Le grand
du style des ateliers d'Amiens (le portail à Amiens
avait été commencé avant le chœur et dès 1220) ; beaucoup d’autres figures, du reste, plus avancées de style se rapprochent davantage de la mort de saint Louis (1270) et relèvent de la direction même de Bernard de Soissons qui dut mettre en place ces morceaux de date et d'esprit divers, les compléter et régler l'ensemble tel qu'il se présente à nous aujourd'hui.
Il ny a plus lieu de tenir compte de la théorie que n'appuie aucun texte, qui, attribuant une partie de ces travaux au xive siècle, concluait même à un déplacement vers l'Ouest du portail commencé. Après Bernard de Soissons, intervint sans doute cet architecte à qui l’on attribuait jadis tout l'honneur d’avoir construit la cathédrale, Robert de Coucy, dont on sait qu'il fut maître d'œuvre de la cathédrale en
même temps que de Saint-Nicaise, mais dont la date
de mort, 1311, qui est connue depuis longtemps, aurait dû interdire de jamais voir en lui le directeur initial d’une œuvre entamée en 1211. Nous ne pouvons le considérer autrement que comme un continuateur de Bernard de Soissons pour les travaux
du portail et de la nef.
FiG. 3.— Tour Sud et galerie de la nel
(D'après une photographie des Monuments bisloriques.)
enthousiasme du xme siècle était tombé, les ressources manquaient et les temps incertains et troublés de la
guerre de Cent ans n'étaient guêre favorables aux grandes entreprises architecturales. Les travaux de la cathé-
drale étaient cn suspens, sans doute, au moment du sacre de Charles VI et de l'émouvante cérémonie à laquelle participa Jeanne d'Arc en 1429. Ils durent être poussés plus activement par la suite et les tours, la galerie des Rois, ainsi que le jubé qui clôturait le chœur, furent terminés sous les ordres de Colard de Givry qui mourut en 1452. Mais les tours du transept et les flèches de celles du portail manquaient toujours, lorsque, en 1481,
un nouveau sinistre, dû à l'imprudence d'ouvriers qui travaillaient dans les combles, ruina toute la charpente
avec le clocher qui s'élevait à la croisée du transept. On fut même forcé, outre le rétablissement de la charpente, exécuté de 1484 à 1492, de refaire alors les
pignons du transept et leur décoration extérieure, de rétablir la galerie de pierre qui courait autour des combles.
Fic. 4. — Le chœur avant 1914.
Ces travaux traînérent jusqu'en 1512 et laissérent amorcé le grand clocher de la croisée dont la plate-forme
seule fut exécutée en 1512. Un élégant clocher, par contre, s'était élevé sur le chœur avec des ornements
et des cariatides d Les travaux de
d'entretien as:
l’ensemble en 17
de 1739 à 1748;
e plomb et une figure dominante qui l'avait fait appeler le Clocher à l'ange.
la fin du xvi, du xvrré et du xvi siècle sont médiocres et témoignent cependant d’une volonté particulière. Ils affectérent surtout le grand portail dont les voussures en 1611-1612, tout 37, Subirent des réparations graves. L'intérieur fut remanié également, notamment le chœur, e magnifique jubé, ainsi que des autels et des vitraux furent supprimés. Les cérémonies des
sacres redonnaient périodiquement une vie intense à la cathédrale, attiraient l'attention sur les réparations
entrainaient fatalement des bouleversements et des rajeunissements assez fâcheux.
nécessaires, mais
La Révolution, qui désaffecta l'édifice pour un temps, ne lui fit subir que peu de dommages ; la statuaire fut
respectée, même les effigies de rois; mais l'entretien laissait à désirer et les restaurations commenctrent dés le Premier Empire pour se continuer sous la Restauration et la monarchie de Juillet, assez maladroites encore, jusqu'à celles de Viollet-le-Duc, qui débutérent en 1860. Plus savantes à partir de ce temps, elles furent peut-être
parfois trop radicales et trop inventives, témoin celle qui consista, sous l'architecte Millet en 1878, à remplacer par une composition nouvelle la galerie flamboyante de 1506 qui courait à la base du comble de la nef. Ruprich-Robert puis Darcy se montrèrent plus respectueux dans la réfection devenue nécessaire des pignons du transept. M.-Goût enfin eut à s'occuper, dans les dernières années avant la guerre, de la façade occidentale et mena à bien l'opération particulièrement délicate de la réparation de la rose. Une crevasse s'était produite dans le mur de façade à la base des tours et il fallut soutenir toute cette partie de l'édifice compromise, par un
grand arc en ciment armé qui fut jeté entre
les tours au-dessus de la rose. Ce soutien
invisible a peut-être été, avec la robustesse
" : naturelle de la construction générale et : l'épaisseur particulière des voûtes de la nef, parmi les facteurs qui ont assuré la résistance victorieuse de la cathédrale au terrible traitement qu’elle allait subir pendant la guerre de 1914 à 1918 et qu'il nous reste maintenant à raconter sommairement.
Reims, ville ouverte, fut occupé le 4 septembre 1914 par un corps d'armée saxon; mais dès ce jour-là (le fait fut qualifié plus tard de méprise), un corps d'armée prussien bombardait la ville: 182 obus ont été comptés qui firent en ville plus de 200 victimes et dont un certain nombre dégradérent déjà les sculptures du portail et atteignirent le croisillon nord du transept. Ce n’était, hélas ! qu'une préface. Le 12 septembre, la victoire de nos armées sur la Marne obligeait les Allemands à évacuer Reims où le général Franchet d’Esperey rentrait le jour même.
L'ennemi, malheureusement, S$installait
re dans les forts qui dominent la ville d’où
il commença à la bombarder dès le 17,
- Le comble après l'incendie de septembre 1914.
pour ne s’arrêter que le 5 octôbre 1918.
Il apporta dans cette opération un acharnement et une méthode qui ont amené la ruine presque complète de la malheureuse cité.
La cathédrale, malgré la protection illusoire du drapeau de la Croix-Rouge, malgré les protestations qui s’élevérent dans le monde entier dés les premiers coups qu'elle reçut, et bien qu'aucune installation militaire n'y ait jamais figuré, notamment dans les tours, sauf aux tout premiers jours de la campagne, la cathédrale ne fut pas épargnée. Certes, si le tir des batteries allemandes avait été, en permanence, concentré sur elle, le mal serait encore plus grand que nous n'avons à le déplorer. Il y eut peut-être, à certains moments, hésitation ou restriction. Mais les coups qui l’atteignirent ne sont ni des coups de hasard, ni des coups justifiés par une
ité militaire quelconque. Le général von Heeringen portera la responsabilité du tir qui, le 19 septembre,
mit le feu au comble et à l’échafaudage, et par deux fois dans la suite, pendant les périodes qui furent les plus
critiques pour l’armée allemande, en avril 1917 et pendant l'été 1918, il est certain que la cathédrale fut visée ct que les dommages lamentables qu’elle subit alors par les gros obus qu'elle reçut dans ses œuvres vives, furent volontaires. L'Allemagne, parmi toutes les cruautés et les barbaries de cette guerre, est coupable des blessures profondes
, Sinon irrémédiables, portées au chef-d'œuvre de l'architecture gothique, coupable de la des-
truction, irréparable celle-là, de nombre de morceaux de sculpture qui comptaient parmi les créations les plus
notables du génie humain.
FiG. 6. — La cathédrale après l'incendie de septembre 1914.
Les 17 et 18 septembre, la cathédrale, où avaient été réunis les blessés abandonnés par l’armée allemande en retraite, avait déjà été touchée à plusieurs reprises par le tir de l'artillerie; mais c’est le 19, vers trois heures de l'après-midi, que l'incendie fut allumé par plusieurs obus successifs. Le feu consuma d’abord l’échafaudage qui enveloppait la tour nord en restauration ; il dévora ensuite le comble qui fut attaqué par l'abside, puis par la nef centrale, sur les versants nord et sud; il y aurait eu, en effet, sur les toitures, au témoignage de Mgr Landrieux, alors curé de la cathédrale, qui assistait au désastre et de nombreux témoins cités par lui, « quatre
foyers distincts, en comptant celui de l’échafaudage », le tout devant se transformer peu après en un immense brasier. De plus, l'incendie, soit par les flamméches qui pénétrèrent par le portail, soit par le plomb fondu qui coulait de la toiture en feu, se propagea à l'inté-
rieur de la cathédrale, dans la paille qui y avait été
entassée pour les blessés, et gagna les tambours du
xvire siècle qui garnissaient les portes latérales.
Au lendemain de ce désastre la cathédrale appa-
raissait rasée au niveau du haut de ses gros murs: les
voûtes à nu, mais non crevées, la charpente, le clocher
à l'ange, le carillon détruits, la galerie du comble endommagée. Plus graves peut-être encore étaient les dommages subis par la Tour nord, presque entiérement calcinée et rongée avec les statues de ses contreforts et celles du portail placé à sa base (voir fig. 14) détruites par le feu ou mutilées par la chute des poutres de léchafaudage. A l'intérieur, les sculptures des linteaux et toute la partie basse de l'encadrement des portes latérales subissait le même traitement par
suite de l'incendie des tambours. Le mal même ne put
se mesurer
de suite dans toute son
étendue ; car la pierre, rongée par le feu, continua à se déliter par la suite et de nombreux fragments des sculptures se détachérent encore pendant les années suivantes (voir fig. 17 et 18). La reine de Saba, très touchée dés l’abord, ne fut plus qu'un tronçon informe. Quant au merveilleux ange de Saint- Nicaise, les fragments, pieusement recueillis, n'ont permis de restituer qu'incomplètement sa tête charmante (voir fig. 21).
Pendant la fin de 1914 et toutes les années
1915 et 1916, les canons allemands, à intervalles irréguliers continuérent la destruction de la ville et la cathédrale fut fréquemment atteinte par des 150 ou des 210;
les galeries, les contreforts furent touchés, les verriéres 21 février 1915, puis le r1 juillet 1916, les voûtes qui avaient résis à l'incendie et que les intempéries endommageaient plus sûrement encore, furent crevées à deux endroits. Aucun travail de préservation n'était possible ; car, dès que les ouvriers paraissaient sur la cathédrale, l'ennemi, feignant de croire à la présence d’observateurs, bombardait à outrance ; l'eau ruisselait dans les nefs pendant l'hiver de 1916-17. Mais, à la suite peut-être de l'intervention pontificale, obtenue £
aux insistances du cardinal Luçon, archevêque de Reims, et à ses protestations solennelles que la cathédrale n'avait jamais servi à des fins
militaires, une sorte de répit fut observé jusqu’au 16 avril r9r7. Au
contraire, au moment de l'avance française, de véritables rafales
contenant jusqu’à des 305 et des 340 S'abattirent sur la cathédrale.
Cliché Antony Thouret
Fi. 8. — Pile Sud-Est du transept en 1918.
Ce fut encore pire l'année suivante, au moment où, ce quir
tait de la population rémoise ayant été évacuée,
avec le cardinal et le maire, la désolation du champ de bataille s’étendit sur la ville et où aucune protection,
aucune sauvegarde ne fut plus possible pour ses maisons, ni pour ses monuments, où l'incendie ravagea quartier après quartier, où la cathédrale fut frappée si sauvagement que son existence même fut en danger.
Des mesures de protection hâtives avaient été pris dès les premiers jours, le trésor, les tapisseries, le
mobilier avaient été mis à l'abri, plus tard les verriéres, ou ce qui en restait, avaient été démontées, les statues du portail avaient été protégées par des sacs de terre. Mais ces murailles de sacs, bonnes pour arrêter quelques éclats de bombes, n’empéchérent pas, au portail occidental, un obus de décapiter deux des prophètes de la porte droite. La protection fut surtout insuffisante, ou ne put être renouvelée et complétée à temps, au portail
septentrional, où, après la mutilation du Beau Dieu, un obus vint détruire tout un registre du portail Saint-Sixte.
Cliché Antony Thouret.
FiG. 9. — La cathédrale à la fin de 1918.
Enfin, c’est au cours du printemps de 1918 que les coups les plus graves furent tirés du fort de la Pompelle, qui venait d’être abandonné par nos troupes, sur la façade sud du transept. L'un d'eux détruisit entièrement, à la hauteur de la rose, l'admirable figure de l'Église; un autre, frappant en plein la pile sud-est de la croisée du transept à la hauteur du triforium, faillit amener l’écroulement total du centre de l'édifice.
Les voûtes ont cédé en cinq ou six endroits différents, notamment (dès avril 1917) à la croisée du transept
(où un éboulement postérieur eut lieu en janvier 1919), à la première travée du croisillon sud, à la 5° et à 10° travée de la nef, à la ro° travée du bas-côté sud, dans l’avant-dernière chapelle du chœur du côté sud, etc. Deux arcs-boutants de la nef ont été disloqués et deux de labside également; cinq des grands anges qui les
ornaient, décapités ou détruits, etc.
Mais surtout, de tous côtés, les éclats, les menues dégradations ont égratigné, et comme souillé, cette œuvre magnifique, blessée de toute part, diminuée, sinon dans sa beauté massive, qui reste entière, au moins dans sa valeur artistique de détail qui était si singulière et si frappante.
Dés le moment où ils furent possibles, à l'automne 1918, les travaux de déblaiement et de consolidation de l'édifice ont commencé. M. Deneux en assure la direction comme architecte en chef des Monuments Historiques, assisté de M. Sainsaulieu, architecte ordinaire. Des mesures de consolidation de fortune avaient déjà été
prises par eux en plein bombardement, particulièrement aprés le coup qui avait frappé le pilier du transept.
L'édifice est en bonnes mains; il peut et doit revivr
Quelle sera au juste la mesure de la restauration ? C’est affaire à la Commission des Monuments Historiques
villwald et Genuys se sont déjà activement
et particuliérement à ses inspecteurs généraux, dont MM. Boe: intéressés à sa surveillance, de la maintenir, comme il convient, discrète et respectueuse des témoins du crime commis contre la cathédrale. Mais s’il convient, croyons-nous, de s'abstenir de toute réfection des chefs-d'œuvre de la sculpture qu'aucun pastiche ne remplacerait, il sera nécessaire et même indispensable, après avoir paré au plus pressé et assuré la stabilité de l'édifice, de ne rien négliger de tout ce sans quoi la cathédrale elle-même
cesserait d’être, de tout ce sans quoi le chef-d'œuvre blessé serait anéanti.
Fi. 10. — La cathédrale ruine. Vue prise en avion (1916).
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