LVIIL. — Transept. — Étage des roses
1. Croisillon méridional. Tour gauche, face Ouest. 2. Croisillon septentrional. Tour droite, face Ouest.
Figures de rois.
Ces figures décorent les tours qui flanquent chacun des croisillons ; elles sont placées sur les deux contreforts de chacune des faces antérieures et latérales de ces tours. Seule la face des tours Sud-Est et Nord-Est qui regarde
l’abside ne comporte qu’un roi. L'ensemble se compose donc de quatorze figures.
L'identification en a prêté à de longues discussions qui ne paraissent pas clos
Une opinion traditionnelle
veut y voir la suite des rois de France sacrés à Reims et plusieurs sont désignés nommément comme Charlemagne ou Pépin le Bref, Philippe Auguste ou saint Louis. Cette opinion, acceptée par M. Demaison, a été reprise et défendue récemment avec force par M. Bréhier, qui a essayé de l’appuyer sur la concordance entre le nombre des figures qui prennent place tant au transept que sur les tours de la façade, et celui que pouvaient donner les Chroniques du temps pour établir la liste généalogique des rois de France, Il faut reconnaître que cette concordance est assez incertaine et que les dénominations données à telle ou :telle figure, sont presque entièrement arbitraires. Nous serions plus touché par l'argument tiré de la présence certaine dans la série des vitraux de l’abside de figures royales modernes, portant des attributs caractéristiques et même des noms propres, et juxtaposées à celles des archevêques
avaient sacrés.
qui le Néanmoins l'autorité de M. Mâle continue à défendre la théorie des figures bibliques et à voir ici les rois
de Juda, ancêtres de la Vierge, dont la présence complète le cycle iconographique des portails. Nous n'y contredirons pas. M. Mâle concède toutefois qu'au portail occidental, les imagiers, qui poursuivirent au xiv< et au xv® siècle les travaux de la cathédrale, peuvent avoir eu l'intention de figurer dans la galerie des tours, à la suite de la scène du baptême de Clovis, qui est indéniable (voir pl. IT), une série de monarques français (voir fig. 14); les rois du transept, au contraire, resteraient bien, suivant lui, des rois de Juda.
Quoi qu'il en soit, tandis que les figures des parties hautes du portail occidental sont déjà tardives, maladroites, caricaturales et de plus, pour la plupart, refaites au xIxe siècle, ce qui leur retire tout intérêt plastique, ces quatorze figures du transept sont presque toutes des morceaux de premier ordre d’une vérité et d’une noblesse d’attitude remarquables dans leurs proportions colossales. Le caractère des physionomies, sans que nous voulions pour cela
prétendre que l'aitiste ait eu l'intention d'y faire le portrait de tel ou tel monarque, y est parfois indiqué avec un sens
aigu de l'individualisme qui rend au moins très tentantes les identifications dont nous parlions tout à l'heure. La date
de l'exécution est évidemment contemporaine de celle des plus belles figures du grand portail, vers 1250, 1260. Ilest
difficile toutefois de reconnaître la manière exacte d'aucun des ateliers que nous avons pu établir ou soupçonner et il est possible que nous ayons affaire ici à un atelier spécial que nous pourrions baptiser celui du « maître des
Rois ».
édente.