MOBILIER
Autels. — Schadeus et Grandidier comptent plus de 50 autels qui autrefois se trouvaient à la Cathédrale. Les anciens ont été détruits au XVIe siècle et c’est regrettable, car dans le nombre il y avait certainement des œuvres d’art. En 1782 Grandidier en énumère 12. Presque tous furent détruits durant la Révolution. Nous avons dit comment furent sauvés ceux de la chapelle Saint-Laurent.
Après la Révolution il s'agit de pourvoir aux besoins du culte. Les deux autels de la chapelle sainte Catherine furent remplacés par de vieux autels de l’église Saint- Etienne, cédés par la ville. En 18 j 2, la fabrique fit construire l’autel actuel au prix de J74} frs. que la ville lui remboursa ensuite ; il va être remplacé.
Ce fut aussi probablement sur un autel ancien que l’on plaça, en 1805, la vieille statue de la Vierge douloureuse, vénérée depuis des siècles, au couvent de Sainte-Marguerite. L’autel actuel, œuvre de M. Müller, a été posé en 1868 aux frais des fidèles, grâce aux soins du vénéré archiprêtre Spitz.
Quand il s’agit de relever l’autel du chœur démoli, il fallut chercher des ressources. Autrefois le Grand-Chapitre s'en était chargé, mais il avait disparu et ses biens avaient été confisqués. En toute justice l'État, qui avait été le spoliateur, devait endosser aussi les charges, mais il aima mieux s’en décharger sur les départements qui formaient le diocèse. Dans une lettre de l’an XIII imprimée dans les feuilles publiques, le ministre des cultes déclara que les frais de l’arrangement intérieur de la Cathédrale regardent tout le diocèse, tandis que les paroisses seules sont à la charge de la ville. Cette règle fut observée près d’un demi-siècle; le maître-autel reconstruit de 1807 à 1809, mais non pas aussi riche que l’avait fait autrefois Massol, a coûté 10,071 frs. 85 c. Les deux départements contribuèrent à ces dépenses qui n’étaient .pas encore soldées en 1821.
A l’occasion de cette reconstruction, on imprima une feuille volante devenue assez rare, destinée à en conserver le souvenir; on y lit le nom de l’évêque et ceux des membres du conseil de fabrique qui avaient eu l’honneur de mener à bien cette entreprise : c'étaient MM. Laurent Marchai, docteur en médecine, conseiller municipal, L. Zæpfel, membre du corps législatif, président du tribunal civil, Antoine Kentzinger, directeur des douanes et de Humbourg, secrétaire du tribunal de commerce.
Aujourd'hui la Cathédrale compte 14 autels, parmi lesquels on peut signaler celui de Saint-Laurent et un autel à triptyque, placé au bas du chœur, à droite (pl. 49). Ce dernier, un bon travail de 1522, est décoré des statues de saint Pancrace, saint Nicolas, sainte Catherine et de celle du pape saint Corneille. Les volets, peints à l'extérieur, représentent la naissance du Christ et l'adoration des Mages. 11 vient de l’église de Dangolsheim et a été donné à la Cathédrale par feu M. l'abbé Mühe, de sainte mémoire.
Chaire. — La chaire la plus ancienne de la Cathédrale se trouvait dans le transept nord à côté de l’entrée de la chapelle Saint-Jean-Baptiste, où elle existait encore en 1782. Elle était en pierre et ornée des images de la Sainte-Vierge, de
saint Laurent et de saint Jean- Baptiste. La chaire actuelle (pl. 13) construite en i486 pour Geiler .de Kaysersberg, le grand prédicateur strasbourgeois dont la tombe fut creusée au pied même de cette chaire qu'il avait occupée pendant j 2 ans, fut faite sur les dessins de l’architecte Jean Hammerer. En 1521 elle fut entourée d’une grille, une porte fut posée par les soins du Grand-Chapitre et munie d’une serrure. Elle eut d’abord un abatvoix en bois de tilleul qui, étant vermoulu en 1616, fut remplacé l'année suivante par celui dont on voit le dessin ci-contre et qui fut doré par le peintre Dieterlin. Démolie par précaution au commencement de la Terreur, cette chaire fut remplacée, au sortir de la Révolution, d’abord par une chaire en bois garnie d'un drap rouge brodé de soie jaune. Sous l'Empire elle fut couronnée par un dais formé de draperies tenues dans les serres d’un aigle ; plus tard, on y plaça plusieurs anges dont l’un tenait une croix dorée et l’autre un calice. Enfin l’ancienne chaire fut reconstruite, mais sans abat-voix. En 1811, le sieur Bauer, appareilleur de l’Œuvre Notre-Dame, en avait projeté un nouveau, mais le maire Kentzinger se prononça pour le rétablissement de l'ancien, dont le modèle existait encore. Les choses en restèrent là, et c’est en 1824 seulement que l’abat-voix actuel fut fait par Vallastre.
a La chaire, dit Victor Hugo, est un petit édifice du XVe siècle, gothique fleuri, d’un dessin et d’un style ravissants. t> On voit sur le devant un Christ en croix, entre la sainte Vierge et saint Jean, à l’entour les 12 apôtres et quelques anges tenant les
instruments de la passion. Plus bas, sont les quatre évangélistes, plusieurs martyrs et quelques Pères de l’Eglise. Le tout en pierre, sauf les statuettes qui sont en marbre ou en albûtre.
Le Baptistère. — Le baptistère actuel, exécuté par l’architecte Jodoque Dotzinger aux frais de la fabrique, fut posé à la Cathédrale le 21 septembre 1455. Victor Hugo en est ravi. «.C’est, dit-il, un vase entouré d'une broussaille de sculptures.» Il paraît n’avoir été placé que depuis la Révolution à l'endroit où il est aujourd'hui. Dans le principe, le baptistère était situé du côté de la chapelle Sainte-Catherine; on baptisa longtemps avec l’eau du puits qui se trouvait de ce côté. La Cathédrale de Wernher doit avoir eu un baptistère construit en dehors et près de l’église. Plus tard la cuve baptismale fut placée à l’intérieur dans le transept nord; les plans les plus anciens nous la montrent entre la grosse colonne du milieu de ce transept, et l’autel actuel de saint Jean- Baptiste, plus tard à côté du chœur^ là où se trouve aujourd'hui l’escalier latéral.
Horloge. — Nous donnons (pl. 33) une vue de l’horloge ancienne, d’après une gravure, et (pl. 32) celle de l’horloge actuelle, au sujet de laquelle nous renvoyons à une publication spéciale faite par M. Schwilgué fils. Quelques notes historiques suffiront.
La première horloge fut établie de. 1352 à 1554, dans le transept, en face du chœur et de l’horloge actuelle. On voit encore dans le mur les consoles qui la soutenaient. La seconde (pl. 33) fut commencée en 1547, mais non achevée; reprise en
1571 elle fut terminée en 1574. Les peintures qui l’ornaient étaient de Tobias Stimmer.
Restaurée en 1669 et en 1752, elle s’arrêta en 1789.
En 1836, on se décida à la rétablir et, de 1838 à 1842, un Strasbourgeois, le mécanicien Schwilgué, construisit l’horloge actuelle, en ne conservant que la cage de l’ancienne dont le mécanisme est déposé au musée de l’Œuvre Notre-Dame.
Vitraux. — On voit (pl. 50 et 51) les verrières de deux fenêtres du bas-côté nord. Le manque de place nous défend de parler en détail des vitraux et nous renvoyons le lecteur à un livre très savant écrit par un ancien professeur du Grand-Séminaire, le feu chanoine Victor Guerber, ancien curé de Haguenau. Bornons-nous à signaler le grand vitrail du XIIIe siècle placé à côté de l’horloge et qui représente saint Christophe en pied, la plus grande figure qui se voie à la Cathédrale. Du côté opposé, on remarque
le vitrail qui surmonte la porte de la chapelle Saint-Jean-Baptiste et que, à cause de
sa bordure vairée, on suppose être un don de la corporation des pelletiers de Strasbourg. Du reste la Cathédrale renferme de beaux échantillons de toutes les époques, du XIIe au XIXe siècle, où Petit-Gérard a exécuté la grande Vierge du Chœur. C’est dans les transepts que se trouvent les vitraux les plus anciens.
Mobilier. — Nous ne citerons que quelques objets : en fuit de tableaux il y a la Fuite en Égypte, de Fragonard, donnée par le gouvernement en 1822; Le Christ en
croix, d'après Prud’hon, en 182 3; L’Assomption de la Sainte-Vierge , par Steiber; la Mise au tombeau, par Klein, et Y Adoration des Bergers , par Guérin, actuellement à la sacristie.
Les Gobe lins; — La Cathédrale possède une collection de 14 riches et belles tapisseries représentant les principaux traits de la vie de la Sainte- Vierge. Elles furent exécutées en 1739 à Paris aux frais du Grand-Chapitre par Pierre d’Amour. La Révolution les confisqua, mais, le 14 vendémiaire an IX, elles furent restituées à la Cathédrale par ordre du maire avec divers autres objets, notamment 34 verdures. Ce fut le citoyen Simon Mühe qui les reçut au nom des catholiques. Noüs en reproduisons deux (pl. 52, 53).
Tous les 14 portent l'inscription suivante:
SVMPTIBV ■ REVMI • ET ■ ILLMr • CAPITVL1 • ARGENT1NENS1S • e*® PRO ■ VSV • CATHEDRALIS • ECCLESIÆ *0 e>ü ANNO • 1729 *0
Cloches. — Grandidier fait l'historique des diverses cloches qui ont successivement figuré à la Cathédrale. 11 en compte 13 en 1782, trois autres paraissent avoir été ajoutées ou refondues en 1786 et 1787. 11 y en avait donc 16 lorsque la Révolution éclata et il n'en reste que 6 portant les dates de 1427, 1691, 1774, 1786, 1787; d’où il résulterait que 9 à 10 cloches devinrent la proie dé la Révolution.
L’OEuvre Notre-Dame fit fondre en 1806, pour les besoins du culte, 3 cloches qui furent mises en place le Vendredi-Saint de la même année. En 18x4 on en refondit une pour la sonnerie de l’horloge, si bien que la Cathédrale compte aujourd’hui 9 cloches, tant pour les services municipaux que pour ceux du culte.
Le Mont des Oliviers (pl. 56), conservé dans la chapelle Saint-Michel, avait été érigé en 1510, au cimetière attenant à l’église de Saint-Thomas, par la munificence d’un patricien sti-asbourgeois, Nicolas Rœder de Diersperg, mort en 1510. Transporté plus tard dans la maison dite Sammlung ^ uni Spiegel, rue Sainte-Élisabeth, il y resta jusqu’en 1667, où on le déposa à la Cathédi’ale ; il se trouvait encore dans la crypte vers 1850. Telle est l’origine que les auteurs modernes assignent à ce Mont, des Oliviers. Grandidier, il est vrai, l’attribue à Jean de Schaftolsheim, le moine augustin qui en 1378 bâtit, dans le jardin des Augustins, la chapelle du Saint-Sépulcre, mais son opinion ne paraît pas fondée.
Orgues. — Les premières orgues établies à la Cathédrale en 1260, étaient l’œuvre d'un Dominicain appelé Ulrich Engelbrecht. En 1292 elles furent remplacées par un nouvel instrument construit par Maître Gunzelin de Francfort. Brûlées en 1298, elles furent rétablies en 1326; un nouvel incendie les détruisit en 1384. Remplacées l’année suivante, elles durèrent jusqu’en 1433 °ù e^es furent renouvelées et achevées la veille de Noël 1434. On les refit en 1489. Modifiées en 1564 et en 1608, elles durèrent jusqu’en 1713, année où, tout en conservant l’ancien buffet de 1489, André
Silbermann construisit l'instrument qui a subsisté jusqu’à nos jours et qui a subi, en 1897 une nouvelle transformation par l’application de l’électricité (pl. 26).
Ce qui a disparu à la Cathédrale. — La Cathédrale, comme c’était l’usage, renfermait autrefois une foule de monuments funéraires qui ont disparu, soit à l'époque de la Réforme, soit, pour ceux du XVIIe et du XVIIIe siècles, pendant la Révolution. 11 ne reste que ceux de la chapelle Saint-André, quelques inscriptions taillées dans les murs les deux épitaphes de Geiler de Kaysersberg qui se voient encore au gros pilier de l’entrée du chœur, et une dalle en l'honneur de Charles-André Marnais de la Bastie, premier commandant français de la ville de 1681 à 1718, mort en cette année.
Ont été supprimées en outre en 1525, une image de la Vierge douloureuse, das belriehte Marienbild, qui avait été envoyée en 1404, de Prague, par Conrad Franckenburger, un ancien ouvrier de l’Œuvre Notre-Dame. Cette statue était très vénérée du peuple. Elle était placée dans une sorte de tabernacle, probablement en forme de tourelle, qui avait coûté 60 livres strasbourgeoises ; dans le principe elle était adossée contre une colonne près de la chapelle de la Vierge.
Une image du Christ portant la croix, posée en 1410 près de la porte d'entrée du milieu contre un pilier: Das traurige Christusbild ou Das bild das das krütqe treit. Donnée à l’OEuvre Notre-Dame par un tonnelier strasbourgeois du nom de Vetter.
A l'intérieur du portail, il y avait également, paraît-il, un grand Christ en croix.
Sur le jubé avait été posé en 148} un tabernacle de Jean Hammerer, l’architecte à qui nous devons la chaire et la petite chambre voûtée construite en 1488, entre deux contreforts, à l’extérieur du bas-côté sud, pour y conserver les archives. Malgré les réclamations du Grand-Chapitre, ce tabernacle fut enlevé en 1530 par ordre du Magistrat.
De plus, il y avait, près de l’orgue, une grande statue de saint Christophe. Les dimensions extraordinaires données à saint Christophe s’expliquent par la croyance, répandue au moyen ûge, qu’il suffisait d'avoir vu dans la journée l’image du saint pour être, ce jour-là, préservé d’une mort subite.
Une statue de la Vierge, posée dans une niche du gros pilier septentrional de la tour, était également l’objet d’une grande dévotion populaire. Cette niche, murée par ordre du Magistrat en 1523, fut rouverte vers 1850; la statue qui s’y trouve aujourd’hui, a été faite d'après un modèle de Grass.
Au point de vue de l’art, il est permis de regretter la disparition de ces antiquités; il l’est permis plus encore au point de vue moral. Dans l’image du Christ crucifié ou portant sa croix, et dans celle de sa mère pleurant son fils injustement persécuté, il y a de quoi remuer les fibres les plus généreuses du cœur humain ; le nombre de ceux qui souffrent et qui pleurent sera toujours assez grand pour qu’il soit humain de les laisser se consoler en contemplant l’Ecce-Homo et la Mater Dolorosa.
Maison de l’OEuvre Notre-Dame. — Frauenhaus (pl. 24) où se trouvent la recette
de l’Œuvre, le logement et les bureaux de l'architecte, ainsi que le Musée des moulages et des anciens fragments de la Cathédrale. On veut faire remonter l’origine de cet établissement à 1247. La maison fut rebâtie en 1 547 et agrandie en 1457. ^u's on 'a démolit, du moins en partie, en 1578 et on jeta en 1581 les fondations de la maison actuelle dont on admire surtout le bel escalier tournant (pl. 24). Cette construction fut peinte par Wendelin Dieterlin, un peintre strasbourgeois, dont nous avons déjà parlé.
Les deux corps de logis se distinguent par leurs pignons ; celui de l’aile gauche est richement orné de volutes et couronné d’une statue représentant un guerrier appuyé sur sa lance et aux pieds duquel on voit un bouc gisant (v. page 109). Le pignon de l’aile droite est plus sévère et plus ancien. Au coin on voit la statue de la Vierge dont nous avons déjà parlé.
Nous n’avons pas besoin de rappeler le rôle important que cette maison a joué dans!' histoire de la Cathédrale. On l'a vu précédemment, c’est à l’OEuvre Notre-Dame qu’est due la réparation des ravages causés par la Révolution ; les noms des artistes qui ont concouru à cette restauration ont maintes fois figuré dans ces pages; spécialement ceux de Grass et de Stienne laisseront un lumineux sillon dans l'histoire ; ils resteront inséparables de celui de Klotz, le représentant de cette famille qui a contribué à sauver les vieilles statues de la façade. Klotz, digne héritier de ce nom, avait conservé pour notre Cathédrale un culte et un respect que nous souhaitons à tous ceux qui le remplaceront.
Les trois Portails principaux