‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 15 sur 17 · INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR

Quand on pénètre dans la Cathédrale, l’attention est attirée tout d’abord par la riche décoration que présentent les murs de la tour, ainsi que par les belles proportions de ses diverses parties. En se plaçant à l’extrémité de la grande nef contre un des piliers qui supportent la tour (pl. 28 ou 29) le spectateur voit en quelque sorte, l’un à côté de l'autre, le plan d’Erwin et celui de l’architecte qui avait bâti la nef, aussi bien que la hauteur que le premier aurait donnée à la nef et aux bas-côtés, s’il avait dû les bâtir pour compléter sa Cathédrale. On constatera aussi en examinant les deux grands piliers de la tour, que l’un est plus large que l’autre et, qu’en traçant sur le terrain le plan de la tour, on a dû commettre une erreur de plus d’un mètre.

La nef. — Les planches 25, 28 et 29 donnent au lecteur une idée suffisante des trois nefs. Si l’on est étonné d’une part du peu d’élévation relative que présentent surtout les bas-côtés et, dans une certaine mesure, la nef du milieu, on est frappé en revanche de la largeur peu ordinaire de cette dernière. Cela s’explique par la nécessité où s’est trouvé l’architecte de tenir compte des dimensions que présentaient le chœur et les baies du transept auxquelles il devait rattacher les trois nefs. Nous n’avons pas besoin de signaler les magnifiques verrières de la grande nef et celles du triforium. Dans l’arcature qui garnit les murs des nefs latérales, on remarquera la forme que présente cette arcature à côté des chapelles de Sainte-Catherine et de Saint-Laurent. On suppose que ces deux travées ont conservé les formes anciennes tandis que , dans les suivantes, les arcades ont été remaniées. Dans cette seconde partie, du côté nord comme du côté sud, on remarque des sculptures qui décorent tout le haut des arcs, au-dessous de la galerie placée au bas des fenêtres. Ce sont des encoignures et des médaillons finement ciselés pour la plupart, représentant des sujets divers, religieux ou symboliques. Le même genre de décoration se retrouve sur les murs de la tour ainsi qu’aux trois premières travées du triforium tant au Nord quau Sud.

C’est également au triforium, en face de la chaire, que se trouvait autrefois la fameuse sculpture supprimée en 1685 parce quelle avait donné lieu à une querelle entre catholiques et protestants. Schadéus lui-même en reportait l’origine à l’année 1289, ce qui n’est pas invraisemblable; les savants modernes y voient une simple reproduction, assez mal placée du reste, de la farce appelée le Roman du Renard , et Grandidier avait déjà soutenu cette opinion.

Nous parlerons plus loin de l’orgue et de la chaire et nous passons aux chapelles latérales qui se trouvent dans les bas-côtés.

Chapelle Sainte-Catherine ou de la Croix, côté sud. — Cette chapelle fut bâtie de 133 x à 1349, à l’extrémité du bas-côté sud, vers l’horloge, par l’évêque Berthold de Bucheck et à ses frais, pour lui servir de chapelle funéraire.

Après sa mort arrivée à Molsheim, le 14 novembre 1353, son corps fut transféré à Strasbourg et enterré dans la chapelle. D’après toutes les apparences, sa tombe était, à peu de chose près, une reproduction de la tombe de Conrad de Lichtenberg que l’on voit encore dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, du côté nord.

Le tombeau de l’évêque Berthold fut ouvert en 1547 et détruit. On recouvrit la fosse d’une pierre plate placée au niveau du sol et on enleva la statue qui la recouvrait.

L'épitaphe en cuivre doré, qui était au pied du mausolée, fut incrustée dans le mur du côté gauche à l’entrée de cette chapelle, où elle se trouvait encore à la fin du dernier siècle. Elle dut disparaître pendant la Révolution. Dès 1542, la voûte de cette chapelle, qui était fort endommagée, avait été remplacée par la voûte en réseau presque plate qui existe encore aujourd’hui. On en attribue la construction à Specklin, mais sans preuves suffisantes.

A l’entrée de cette même chapelle, se trouvent 5 statues en pierre représentant sainte Catherine, saint Florent, saint Jean, saint Paul et sainte Élisabeth; elles paraissent avoir été peintes. Celle de saint Florent a été remplacée par une œuvre moderne.

D’après Kœnigshoven, il y aurait eu dans cette chapelle, outre la tombe de l’évêque Berthold, un Saint-Sépulcre détruit également, et qui se trouvait probablement en face de l’autel actuel de la Vierge douloureuse. La tombe de l’évêque Berthold aurait été, dans ce cas, placée à l’endroit où se voit aujourd'hui l’autel principal de la chapelle, et où fut appliquée au mur, en 1 547, la plaque commémorative.

Au-dessus d'une des portes d’entrée de cette chapelle, on voit un beau crucifix du XVIIe siècle, auquel elle doit son nom, plus usité, de chapelle de la Croix.

Quand les catholiques furent rentrés en possession de la Cathédrale, l’évêque, d’accord avec le Chapitre, accorda, le 8 juillet 1683, la chapelle Sainte-Catherine au séminaire épiscopal qui en jouit probablement jusqu'à l’organisation de la chapelle actuelle. Aujourd’hui encore le Séminaire y célèbre chaque année la dévotion des 40 heures.

La chapelle de Sainte-Catherine n’a pas besoin qu’on en décrive l’ornementation extérieure. Sans être d’un style aussi pur que l’œuvre d’Erwin, elle est d’une rare élégance, et rappelle tout à fait le caractère des merveilleux reliquaires que nous a laissés le XIVe siècle. On ne connaît pas le nom de l’architecte qui l’a élevée. Nous en donnons la vue extérieure (pl. 22) et celle de l'intérieur (pl. 34) ainsi que celle du bas-relief, encastré dans le mur, sous les fenêtres ; il est daté de l’année 1480 et porte les noms de Conrad Bock chevalier et de sa femme Marguerite Beger.

Chapelle Saint-Martin (aujourd'hui Saint-Laurent). — L’évêque Guillaume de Honstein commença à faire bâtir ou provoqua (aux frais de l’OEuvre Notre-Dame, selon Louis Schnéegans), la construction d’une nouvelle chapelle qui devait lui servir de sépulture. Elle forme le pendant de celle de Sainte-Catherine et fut terminée en 1520. On voyait

autrefois dans une fenêtre, l'image de saint Martin, évêque de Tours et celle de l’évêque Guillaume, agenouillé devant lui en prières, avec les armes de Honstein et l’inscription suivante : Wilhelmus, Dei gralia Episcopus Argentinensis, Landtgravius Alsatiœ An. Dom. M.D.X.X.II. Les troubles de la Réforme obligèrent cet évêque à quitter Strasbourg et l’empêchèrent par suite d’être enterré dans sa chapelle. Comme on le verra plus tard le siège de la paroisse y fut transféré en 1698.

Lorsqu’il s’agit de la meubler, les menuisiers français immigrés s’engagèrent pour eux, leurs successeurs et leur corps de métier, à faire à leurs frais, quant à la main d’œuvre, l’autel actuel de saint Laurent (pl. 37). Messieurs du Grand-Chœur fournirent le bois nécessaire et payèrent la sculpture. De plus ils fondèrent une grand' messe annuelle à célébrer le jour de la Sainte-Anne, patronne des menuisiers. L’acte fut passé à Strasbourg, le 13 décembre 1698. Les noms des menuisiers ont été conservés; ils se nommaient Claude Bourdit, Jean Guernetot, Pierre Lizani, Jacques Bergerat, Jean Richard, Jean Guillemin, Roger Collot, Pierre Duperray. L’établissement de cet autel amena la fermeture de la baie par laquelle la chapelle communiquait jusque-là avec le transept.

Le travail fut achevé le icr août 1698. Les deux autels de la Vierge et de saint Joseph furent terminés l’année suivante. En 1705 le Grand-Chœur fit élever du côté de l’Évangile une chaire en bois par le sieur Fransin, maître-menuisier à Strasbourg. Le mobilier fut complété par le comte de Halveren, Colognais de naissance et membre du Grand-Chœur qui, en 1731, fit ériger, du consentement de ses collègues, un autel dédié aux Trois Rois, probablement adossé au contrefort situé au milieu de la chapelle.

Dans le fond, vis-à-vis de l’autel de saint Joseph, étaient autrefois les épitaphes, posées l’une à côté de l’autre, d’Ignace Kossakowski, châtelain de Podlachie, et d'Antoine Potocki, palatin de Smolensko, deux comtes polonais, morts en 1741, le premier à l’âge de 20 ans et le second à l’âge de 19 ans.

Le comte Jablonowski, leur exécuteur testamentaire demanda au Grand-Chapitre qu’ils fussent enterrés à la Cathédrale. La place qu’on lui assigna, ne lui ayant pas convenu, il traita avec le Grand-Chœur, qui lui permit de construire un caveau, du reste assez pauvre, sous la chapelle de saint Laurent. On donna à ce caveau des dimensions assez considérables pour qu’il pût servir de sépulture aux prébendiers du Grand- Chœur; il fut achevé en juillet 1741, c’est celui qui sert aujourd’hui à la sépulture des évêques. Le 7 septembre de la même année, le Grand-Chœur fit faire des statues pour décorer la chapelle de saint Laurent. Enfin en 1748, un nommé Godefroi Zembrofski, natif de Dantzig, garçon menuisier, demanda, pour tenir lieu de son chef-d’œuvre, à faire à ses frais, bois et façon, une boiserie pour cette chapelle, depuis l’autel Saint- Joseph jusqu’à l’épitaphe de M. de Halveren. Cette offre fut acceptée le 25 mars 1748, et en échange, on fonda une messe basse à dire le lendemain jour de Sainte-Anne.

Cette boiserie a disparu; elle a été probablement enlevée pendant la terreur; on en voit encore les traces.

En 1768 le Grand-Chœur fit redorer les autels y compris celui des Trois Rois. Durant la Révolution ceux de Saint-Laurent, ne purent être vendus, faute d’acheteurs ; c’est grâce à cette circonstance qu’ils nous ont été conservés. Les statues disparurent; celles qu’on voit aujourd’hui dans cette chapelle sont l’œuvre de Grass.

A côté de la porte du fond, la famille Ræss a fait poser une plaque en bronze en l’honneur de Mgr. André Ræss, le premier Alsacien qui, depuis plusieurs siècles, ait occupé le siège épiscopal de Strasbourg.

Le style de cette chapelle, ne prête pas à trop de critiques; c’est le gothique du XVe siècle, mais c’est encore du gothique. Elle est bien éclairée, ce qui n’est pas à dédaigner.

Le Chœur. — Nous passons enfin à la partie la plus ancienne de la Cathédrale, l’abside, le chœur et les transepts. Le chœur se rattache à la nef par la première travée dont l’arc ogival repose, d’un côté sur le pilier roman du chœur, de l’autre sur le premier pilier ogival de la nef. Deux escaliers mènent dans la crypte (pl. 44), qui forme à elle seule toute une église, et qui, peut-être, a remplacé la première église chrétienne. En tout cas, on a trouvé, sous le dallage, les traces d'un édifice romain, et l’avenir nous en apprendra sans doute davantage. Telle quelle est, la crypte se compose de deux parties, formant comme trois chœurs et trois nefs. Les chœurs sont la partie la plus ancienne; les nefs paraissent postérieures; à en juger par la taille de certaines pierres, il est probable qu’on a employé, à la construction, des matériaux provenant de la démolition d’une église mérovingienne. En tout cas on ne croit pas pouvoir reporter la crypte actuelle au-delà du XIe ou du XIIe siècle.

Le chœur, tel que le représente la planche 45, est celui qui a été restauré de 1848 à 1850 par l’architecte Klotz. Ce projet n’était pas nouveau. Déjà en 1821 on avait pensé à faire disparaître le chœur Louis XIV, mais on ne put s’entendre sur la question de savoir si l'Œuvre devait en porter la charge. En 1837 le maire, qui avait fait peindre en jaune la nef deux ans auparavant, fit subir au chœur la même opération; il voulait badigeonner également les voûtes «dont les teintes sombres contrastaient, disait-on, avec la fraîcheur de la nef.t> Mais, à cause des critiques dont le badigeonnage de la nef avait été l’objet, le préfet refusa d’autoriser ce travail.

Enfin le Congrès scientifique de 1842 traça, pour la restauration du chœur, un programme qui mit fin à toutes les incertitudes, mais qui n’a pas encore été exécuté entièrement jusqu’ici. 11 reste à faire la peinture de la coupole, l’autel et l’ameublement qui, détruits depuis cinquante ans, n’ont pas encore été remplacés. En revanche, on vient d’établir un lustre de fer forgé garni de plaques de cuivre rouge et éclairé à l’électricité.

Le traité conclu en 1855, au sujet des peintures, avec MM. Flandrin et Dénuelle, fut enfin réalisé de 1877 à 1879. M. Flandrin étant mort, M. Steinheil, de Paris, et

M. Steinlé, de Francfort, furent chargés de peindre les sujets. M. Dénuelle, l'un des signataires de 1855, eut Pour sa part les travaux de décoration.

A 1 entrée du chœur, au-dessus de l’arc triomphal, se voit la représentation du jugement dernier; malheureusement le manque de place a empêche M. Steinheil de donner à son œuvre tous les développements que comportait un si vaste sujet.

La décoration de l’abside fut confiée à M. Steinlé. Ici la place ne manquait pas. Au haut de la voûte, on voit, sur un fond d’or, le couronnement de Marie par Jésus; tout autour les neuf chœurs des anges. Plus bas se trouvent les douze apôtres, tous vêtus de blanc et rangés aux côtés de la Croix. Un peu plus loin, on voit saint Etienne, le diacre protomartyr et saint Materne d’une part, de l’autre saint Laurent et saint Amand, le premier évêque de Strasbourg. Au-dessous de la voûte, sur la partie plane des murailles, se continue le tableau de la cour céleste.

On y voit des Pères de 1 Église, et des fondateurs d’ordres, notamment sainte Odile; sur les côtés saint Arbogast et Dagobert II.

Au revers de l’arc qui sépare l’abside du chœur, l'artiste, se conformant à un vieil usage du moyen âge, a peint son propre portrait et celui de l’architecte Klotz, tous deux à genoux ; à côté d eux on lit les mots : Ora pro nobis.

Enfin, tout au bas, dans les ogives qui surmontent les portes menant à la voûte, on voit les figures du sacrifice, Abel et Melchisédech d’un côté, Isaac de l’autre et, au-dessus du trône de l’évêque, l’Agneau de Dieu.

Ces derniers sujets sont imités de mosaïques de Ravenne; pour la représentation des neuf chœurs des anges, l’artiste s’est inspiré des mosaïques de Saint-Marc à Venise.

En dehors des peintures, il n’y a plus rien à signaler au chœur actuel et nous passons au chœur Louis XIV tel que l’avait arrangé en 1682 l’architecte • Heckeler (pl. 46bis). Au point de vue de l’art, nous avons déjà déploré la démolition du jubé et de la chapelle d’Erwin faite alors; au point de vue pratique, cette transformation procura aux assistants la facilité de voir et d’entendre depuis la nef les cérémonies du culte, car, avec l’ancien jubé qui fermait complètement le chœur, cela était impossible. Le nouveau chœur fut considérablement abaissé et largement ouvert. D’abord renfermé dans ses limites actuelles, il fut agrandi en 1732 par l’addition de la première travée de la nef, et il resta dans cet état jusqu’en 1850, date du chœur actuel. En 1732 les escaliers qui conduisaient jusqu’alors dans la crypte, furent transférés à côté des gros piliers latéraux, où les vieux Strasbourgeois peuvent encore se souvenir de les avoir vus. C’est aussi à cette époque que furent établies deux tribunes destinées aux musiciens et qui ont subsisté jusqu’au milieu de ce siècle.

Dans ce chœur ont successivement figuré deux autels; l’un (pl. 48) fut élevé aux frais de l'évêque Guillaume-Égon de Furstemberg, à qui il coûta plus de dix-huit mille livres. Il périt dans l'incendie de 1759.

Le Grand-Chapitre fit construire à sa place par Massol, de 1761 à 1763, l’autel qui existe encore aujourd'hui. Il ne portait qu’un grand crucifix et six grands chandeliers en similor, car en 1760 on avait porté à la Monnaie, pour subvenir aux besoins de l’État, les six chandeliers en argent donnés en 1698 par Louis XIV. Un crucifix d’argent, haut de sept pieds, fut conservé au Trésor et disparut probablement pendant la Révolution. On a vu précédemment comment les chandeliers actuels ont été sauvés en 1794. Grandidier énumère les autres ornements que Louis XIV donna à la sacristie de la Cathédrale, pour une valeur de deux millions quatre cent mille livres tournois: ce don vraiment royal fut dévoré par la Révolution.

Le chœur de Heckeler avait été construit tout entier en bois et en plâtre et, en partie, avec les débris de l’ancien chœur ; ces fragments, que l’on a retrouvés, ont fourni de précieuses indications pour rétablir le chœur actuel.

La planche 46 représente enfin l’ancien chœur, tel qu’il était avant 1682, y compris

le jubé et la chapelle d’Erwin.

Nous donnons en plus, planche 47, une vue spéciale du jubé détruit et, planche 48, la reproduction d’une gravure représentant le grand autel construit en 1501 par Nicolas de Haguenau, que les protestants avaient laissé au chœur, sans le détruire comme ils l’avaient fait des autels de la nef. Après 1682 les chanoines le firent poser dans la chapelle de Sainte-Catherine, où il resta jusqu’en 1724. A cette époque il fut transporté «à Erstein dans l’église de l’Abbaye, aMünsterkirche» , qui leur appartenait; il finit par être utilisé comme bois de chauffage.

Transept. — Les deux bras du transept forment la croix avec le chœur et la nef;

seulement, à la Cathédrale comme à Saint-Étienne, cette croix a la forme d’un T, n’ayant

pas le bras supérieur qui la complète habituellement. C’est là ce qui raccourcit notre chœur. 11 est inutile que nous nous attardions à décrire le transept; l’histoire de la construction et les planches 50, 51, 38 suffiront au lecteur. Bornons-nous à dire que, roman dans le principe comme il l’est resté dans sa partie inférieure, il a été modifié plus tard; l’ogive du style de transition y coudoie les fenêtres en plein cintre et les détails d’ornementation romane. Dans l'origine il paraît avoir été recouvert d’un plafond, puis destiné à être voûté ; # c’est même ce qui explique les énormes contreforts qu’il présente aux angles et que l’on remarque planches 16 et 17.

Puis le plan fut modifié : on partagea le transept en deux par les puissantes colonnes qui s’élèvent en face des portes et de chaque côté du chœur. Remanié, agrandi, élevé, retravaillé dans tous les sens, il porte les traces de toutes ces opérations.

Le transept nord, où est le baptistère, fut longtemps destiné aux offices paroissiaux. Déjà en 1046 doit y avoir existé une chapelle ou, du moins, un autel consacré à saint Laurent, patron de la paroisse; on ignore l’ancien emplacement de cette chapelle où était conservé le Saint-Sacrement, mais comme elle était attenante à la Cathédrale,

à côté du cimetière Saint-Michel, il n’est pas impossible quelle ait été rebâtie à un moment donné et qu’elle ait eu pour entrée le beau portail roman (pl. 38), dont nous reproduisons (pl. 55) les curieux chapiteaux prolongés en frise. Au XVe siècle elle tombait en ruines; les députés du Grand-Chœur la firent rebâtir, de 1494 à 150$, par l’architecte Jacques de Landshut devant l'ancien portail Saint-Laurent (pl. i5bis). 11 est probable que cette construction ait été destinée, comme l’ancienne, à recevoir le Saint-Sacrement.

Lorsqu’en 1681 le culte catholique fut rétabli à la Cathédrale, le transept redevint le siège de la paroisse; la chaire et le baptistère s’y trouvaient encore, et l’autel fut placé dans la niche où est aujourd’hui le Baptistère, en face de la baie ouverte alors dans le mur, qui communiquait avec la chapelle de Saint-Martin (aujourd’hui Saint-Laurent) d’où l’on pouvait ainsi assister aux offices. Mais, comme la porte Saint-Laurent continuait à servir de passage au public, le senior et les députés du Grand-Chœur demandèrent que la paroisse fut transférée dans la chapelle Saint-Martin, qui prit dès lors le nom de Saint-Laurent. 11 y avait déjà un autel et le Saint-Sacrement y était conservé.

L’ancienne chapelle de Saint-Laurent paraît avoir été dès lors convertie en sacristie pour le Grand-Chapitre. En 1744, celui-ci, du consentement du Grand-Chœur, fit bâtir par Massol la sacristie octogone qui sert encore aujourd'hui aux chanoines. C’est une belle construction dans le style du temps et la dernière addition faite à la Cathédrale (pl. 42). La chapelle de Saint-Laurent devint alors et resta jusqu’à nos jours la sacristie du clergé paroissial. C’est une construction qui n’est pas sans valeur au point de vue technique. Par la force des choses, elle n’a pu monter au-dessus de l’ancienne porte, et c’est ce qui lui a valu sa voûte un peu basse et ses fenêtres larges et écrasées. Comme style, c’est, à l’extérieur surtout, du gothique torturé jusqu a l’extravagance. On admire cependant le portail qui représente, sous un dais magnifique, le martyre de saint Laurent. Ce groupe, détruit lors de la Révolution, a été refait par Vallastre. A droite et à gauche de la porte, on voit quelques grandes statues anciennes représentant la Vierge mère, l’adoration des Mages, saint Laurent et saint Sixte, etc.

La baie, ouverte autrefois entre la chapelle Saint-Laurent et le transept, ayant été fermée par l'établissement de l’autel, on en a profité pour y placer de nos jours la Croix de mission. Celle-ci, érigée en 1825 sur la place du Château par les paroissiens fut, en 1830, rentrée à la Cathédrale sur les instances du préfet apeuré, afin quelle ne devînt pas une occasion de troubles. Cet acte causa une profonde émotion dans le peuple catholique. La croix fut d’abord appliquée au mur de la chapelle Saint-André, au-dessus des deux portes; la fenêtre trigéminée qui s’y trouve, était alors masquée. Ce n’est que plus tard, c’est-à-dire après 1850, quand les travaux de restauration du chœur furent terminés, que la croix de mission fut transférée à l’endroit où elle se trouve aujourd’hui. A la même époque remontent la fermeture de la porte

Saint-Laurent, l’arrangement intérieur des sacristies vers 1856 et l’ouverture des deux petites portes dans le mur du bas-côté nord, à l’extrémité de la chapelle Saint-Laurent actuelle.

Le transept sud n’offre au public que l'horloge (pl. 52), le monument de l'évêque Wernher, par Friederich et la colonne des anges (pl. 31), si connue par ses statues.

Chapelles basses de Sainl-André et de Saint-J ean-Baplislc. — Celle de Saint-André, près de l’horloge, paraît remonter à 1220 et avoir été achevée ou remaniée à la fin du même siècle. Elle était surmontée d’une grande salle voûtée appelée le trésor, dont la voûte fut défoncée lors de l'incendie de 1759.

Au XIIIe siècle on y avait percé un triplet ogival, et ajouté, au XVe, une balustrade sur laquelle se trouve appuyé du côté gauche un bonhomme, peint aux couleurs de la ville. 11 semble contempler la colonne des anges ou l’horloge qui se trouvait jadis en face de lui. A droite et au fond vers la cour du Séminaire, il y a également une fenêtre gothique. La chapelle inférieure a aussi été mutilée; dans le fond on y a percé deux fenêtres gothiques du XIVe siècle et sur le côté, deux grandes ouvertures rectangulaires qui s’ouvrent sur la cour existant derrière l’horloge; elles datent probablement du dernier siècle.

Nous avons déjà dit qu’à partir de 1682 cette chapelle devint la sacristie du Grand-Séminaire. Elle avait renfermé les tombes de Henri de Hasenbourg, 1190, Conrad de Hunebourg, 1202, Henri de Veringen, 122 j, Berthold de Teck, 1244 et Henri de Dick, 1260, tous évêques de Strasbourg.

Par un singulier hasard, c’est la seule chapelle de la Cathédrale dont les monuments funéraires n’aient pas été détruits pendant la Révolution. Elle doit avoir servi à remiser du foin, d'après une tradition.

La chapelle de Sainl-Jean-Baptisle , située du côté opposé, était romane comme la première et de la même époque. Rebâtie en style gothique au milieu du XIIIe siècle, elle fut surmontée d’une belle salle carrée (pl. 41) qui servait aux assemblées capitulaires et aux élections des évêques, formant avec la chapelle inférieure un de ces édicules doubles si fréquents au moyen âge; nous en donnons la coupe et la vue (pl. 41 et 4 1 bis) , ainsi que l’aspect extérieur de l’édifice tout entier, un des plus jolis spécimens de construction gothique (pl. 21). Dans le couloir, qui précède cette salJe à l’étage supérieur, se voient les restes d’une grande arcature romane, pareille à celle qui décore le même mur du côté de l’église, où on lit, en caractères d’or sur fond vert, le texte des X commandements de Dieu. Il y avait là évidemment, autrefois, une importante construction romane dont le souvenir même a disparu.

Cette chapelle, où l’on admire encore aujourd’hui la tombe de Conrad de Lichtenberg, (pl 4 7)> ava't encore servi de chapelle funéraire à plusieurs évêques de Strasbourg : Henri de Géroldscck, 1275, Frédéric de Lichtenberg, 1506 et Jean de Lichtenberg, 1365. Depuis 1744 elle a été la sacristie des prébendiers du Grand-Chœur.

A l'extérieur, ces deux chapelles n’offrent rien de remarquable que les belles portes qui mènent dans le cloître (pl. 20), c’est-àdire dans la galerie qui porte ce nom et qui a été construite avec le Séminaire. A ce moment fut démoli le cloître ancien qui entourait la cour située derrière la Cathédrale.

11 nous reste à parler de l’extérieur du chœur et des transepts. La planche 4 montre l’aspect extérieur de la coupole telle qu’elle a été rétablie par M. Klotz.

Auparavant, depuis l’incendie de 1759, elle était simplement couverte d’une toiture polygonale en cuivre; on l’a vue jusqu’en 1852 surmontée du télégraphe optique établi en 1 79 J (n” 1). Avant 1759 elle était couronnée d’un toit en forme de mitre (voir ci-contre n" 2), portant au centre une petite flèche.

Dans les temps plus anciens encore, il est question d'une tourelle munie de cloches et qui périt dans l incendie de 1597.

La coupole construite par M. Klotz fut l’objet de longues études; pendant un an ou deux subsista même une coupole en bois, faite à l'essai, telle que nous la donnons ci-contre (n° j); mais il modifia son projet et établit la construction actuelle comme on la voit (pl. 4).

Le défaut radical et irrémédiable de la coupole ancienne était d’être masquée par les toits de la nef et des transepts. Pour la relever, M. Klotz a fait abaisser les toits et établir au-dessus de l’arcature ancienne une série de grandes baies ouvertes à tous les vents.

11 s’est efforcé ensuite de rehausser l’abside en élevant, en retrait de la construction ancienne, le pignon qu’on y voit et qui, avec ses deux poivrières, ne semble pas faire corps avec le reste de l’édifice (pl. 4).

Nous avons déjà parlé du portail extérieur de Saint-Laurent (pl. 1 5 bis, 16);

ce que l’on connaît moins, c’est l’ancien portail intérieur (pl. 15) qui existe encore et qui nous a servi à reconstituer la façade primitive du transept nord (pl. 16). Ce portail autrefois était décoré dans son tympan d’une sculpture représentant l’adoration des Mages; détruite pendant la Révolution, elle vient d’être refaite avec beaucoup de talent par M. Stienne, d’après les traces de l’ancienne. La façade primitive offre le caractère sévère et grave que le style roman savait imprimer à ses œuvres, surtout du côté tourné vers le nord.

Tout différent est l’aspect du transept sud (pl. 17); on en admire la disposition générale et surtout les riches sculptures , autrefois bien plus nombreuses qu’aujourd’hui. Les statues d'apôtres qui garnissaient les côtés des portails ont disparu, sans être remplacées autrement que par de simples colonnes. C’est une de ces statues qui portait deux vers latins où le nom de Sabine est mentionné, inscription qui a donné lieu à tant de légendes.

Par bonheur, les principales sculptures ont échappé à la destruction: ce sont les tympans des deux portes (pl. 19, i9bis) et les deux belles statues de l’Eglise et de la Synagogue (pl. i8bis). Ces dernières sont bien connues, mais on connaît moins les tympans. Cependant celui qui représente la mort de la Sainte-Vierge est incontestablement la plus belle sculpture ancienne que possède la Cathédrale; on y remarque le groupement des personnages, leur expression, surtout l’admirable statue de la Vierge mourante où l’artiste a déployé toutes les ressources de son talent; le tout garde un puissant reflet de l'antiquité classique. D’autre part il existe de nombreuses analogies entre la facture de notre bas-relief et les statues de la colonne des anges (pl. 3 1) qui appartiennent évidemment à la même école, école dont la tradition se retrouve encore un peu dans les deux statues de l'Église et de la Synagogue, quoique ces dernières soient probablement postérieures.

L’autre tympan est également remarquable, quoique de moindre valeur. Pour compléter cette description il nous faut mentionner l'Assomption de la Vierge et ses funérailles qui se trouvent sous les deux tympans. Entre les deux portes se trouvent superposées la statue de Salomon surmontée de celle du Christ bénissant, œuvre deVallastre, une statue de la Sainte-Vierge et, au-dessus de l’horloge, la statue de saint Arbogast, exécutée par Malade.

C’est au milieu du XIIIe siècle que l’on peut reporter, au plus tard, la construction de cette façade. En 1493 on y ajouta la galerie avec sa balustrade flamboyante et le cadran de l’horloge, qui est une œuvre remarquable (v. page 108). Enfin il est juste de

mentionner les statues d’Erwin et de Sabine par Grass, posées, la première en 1842, la seconde en 1866.

Portes. — Nous reproduisons (planche 15) le portail intérieur de Saint-Laurent, et la porte dite des tailleurs de pierre (pl. i$bis) qui paraît avoir été construite vers 1480. Grandidier nous apprend qu’il fallut en 1521 la démolir en partie pour introduire à la Cathédrale la cloche fondue en 1519 en l'honneur de la Sainte-Vierge. On voit (planche 6) les portails de la façade et (planches 15 et 18) ceux des transepts.

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