‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 3 sur 12 · GOT BRACH DER HELLE TVR VND NAM DIE SINEN HERFVR · texte numérisé non relu

GOT BRACH DER HELLE TVR VND NAM DIE SINEN HERFVR

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Dieu brisa la porte de l’enfer et en fit sortir les siens; il ressuscita le troisième jour; sur quoi le diable poussa de grandes plaintes.

La cinquième baie est divisée en trois lancéolés, dont les deux premières sont coupées en lignes horizontales , sur lesquelles nous voyons un grand nombre de figures en adoration qui élèvent leurs regards vers le ciel où siège Notre Seigneur dans la forme apocalyptique , sous laquelle il doit apparaître au jugement dernier; le tableau devient

de plus en plus clair et radieux vers le haut et plus foncé vers la base, de même que les figures qui y sont représentées en prière, indiquent, par l’effet de la lumière, l’homme purifié par ses actions vertueuses, les élus pour la béatitude éternelle ; tandis que le bas est encore plongé dans les ténèbres du lieu d’expiation, et un diable colossal, qui remplit la troisième lancéolé, signale celui des réprouvés , l’enfer.

Dans le vitrail du porche, nous voyons les œuvres de miséricorde appliquées au Christ, ou plutôt une représentation positive de cette parole : J’ai été nu et vous m’avez vêtu, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, etc. , puisque c’est le Christ lui-même, reconnaissable à ' son nimbe crucifère, que l’on habille, à qui l’on donne à boire.

Le vitrail en face, dans le porche du bas-côté du nord , contient la création de l’homme dans le jardin du Paradis, paré des vêtements de l’innocence, son premier pas vers le péché , son expulsion, le premier crime de Caïn, jusqu’au déluge avec l’arche de Noé. Dans les quatre baies qui suivent, du même côté passent devant nos yeux les figures colossales des princes auxquels la gratitude de l’Église avait donné une place dans cette enceinte sacrée. La pourpre, la couronne , le sceptre , le globe et de riches ornements décorent ces vénérables et raides figures dont les noms rayonnent autour de leurs têtes comme le nimbe de la sainteté. Les trois premières figures d’empereur, un Henri, un Frédéric et un Henri de Bamberg, sont évidemment du douzième siècle; le costume, la forme des couronnes l’indiquent suffisamment, les clochetons du treizième ont été superposés après coup , puisque dans le premier personnage on retrouve encore au-dessus du nom de Henri les vestiges du bandeau en plein-cintre qui l’a encadré, alors qu’il était placé dans une baie de cette forme. Les autres, placés dans les baies suivantes, sont du commencement du

quatorzième siècle , et on y retrouve deux fois Henri 11 avec le surnom de Bamberg et de boiteux, qui figure déjà dans la première baie, où il lient une charte , malheureusement illisible aujourd'hui. On remarque encore dans cette série un panneau du douzième, dépareillé, représentant un débri de figure impériale, tenant devant lui son fils, couronné, avec le sceptre en main. Là, nous voyons Charles- Martel, Pépin-le-Bref, Charlemagne, dont nous venons de constater la munificence en faveur de l’église de Strasbourg; Louis-le-Débonnaire, le fondateur de l’abbaye princière d’Erstein ; Lothaire, le donateur de Saint-Étienne, Henri-l’Oiseleur ; Othon-le-Grand , le fondateur de l’abbaye de Seltz; et comme nous venons de le dire, Henri II le Saint, qui voulut se faire recevoir membre de ce noble chapitre quand l’évêque Werner commença la construction de la cathédrale; Frédéric Barberousse qui quitta Haguenau avec ses hommes d’armes pour aller en Palestine; l’empereur Philippe de Souabe.

Clovis , Dagobert, Rodolphe de Habsbourg et Louis XIV, les précurseurs et les successeurs de ce lustre de siècles où vécurent ces princes qui furent les bienfaiteurs de cette église, trouvèrent au même titre leur place parmi les statues de la façade principale.

La cinquième baie représente l’Adoration des Mages. Quoique ce vitrail, dû au talent reconnu de M. Marchai de Metz, ait ses belles qualités comme composition et comme brillant de couleur et qu’il aurait sa digne place dans une église de nouvelle construction , il jure au milieu de ces respectables monuments de l’art du treizième et du quatorzième siècle ; il nous fait le même effet en peinture que la sacristie en architecture, avec ses colonnes corinthiennes, œuvre de Massol , à côté du portail de Saint-Laurent. C’est comme un bel habit brodé du siècle de Louis XV au milieu des tonsures et des cottes de maille du moyen âge.

Les vitraux du chœur des Dominicains qui sont fixés dans les baies de la chapelle Saint-Martin, quoique s’harmonisant avec une grande partie de ceux de la cathédrale quant au style, leur restent étrangers quant aux sujets de leur composition, qui, à part les légendes placées près de l’autel, sont, comme nous savons, des morceaux détachés de vitraux jadis complets et dans le style de ceux de la chapelle de Sainte-Catherine, en face.

Les vitraux du triforium ou de la galerie qui domine au-dessus des bas-côtés, dans toute la longueur de la nef, ne donnent au sud qu’une immense et brillante carte d’échantillons de rosaces, de fleurons et de torsades; ceux du nord forment pour ainsi dire une préface à l’histoire du Nouveau Testament, extraite de l’Ancien, en représentant la généalogie du Christ , suivant saint Luc, III, 25-38 ; c’est-à-dire l’arbre de Jessé , dont on trouve la représentation soit sculptée, soit peinte dans beaucoup d’anciennes églises.

Arrivons aux baies de la claire-voie de la nef principale. Le premier vitrail près du chœur représente quatre papes et quatre diacres : c’est le pouvoir spirituel; le deuxième , des chevaliers de la légion thébéenne que nous avons déjà trouvés en saint Candide, saint Victor, etc. Il est à remarquer que l’esprit belliqueux et batailleur de nos ancêtres s’est manifesté jusque dans les vitraux et dans le culte même des saints. La série des évêques commence par deux chevaliers, sanctus Dux Marcus et sanctus Dux Achacius, plus grands que toutes les autres figures , placées ici avec une intention marquée, quoique impossible à définir positivement, sinon que l’époque de ces fenêtres doit correspondre à peu près à la fin de la grande guerre contre l’évêque Walter de Geroldseck et avec lesquels on a voulu peut-être masquer quelques personnages historiques du temps. Les six premiers évêques se suivent chronologi-

quement depuis saint Amand jusqu’à saint Arbogast, et avec leur numéro d’ordre; dans les premiers il n’y a que ceux qui figurent au martyrologue romain, qui portent l’abréviation de sanctus. Les autres qui suivent, placés dans les dernières baies, sont disposés sans ordre et au hasard. Parmi eux se trouvent des pères de l’Église et des évêques étrangers à notre diocèse , et tous portent indistinctement le nimbe et l’abréviation de sanctus. On a suivi nécessairement les catalogues anciens et particulièrement sans doute celui de l’évêque Erkenbalde, où figure un Grimoaldus, représenté ici et qui a été rayé des catalogues modernes. Dans la septième baie on voit la représentation des trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et la Charité; des quatre vertus cardinales : la Sagesse, la Justice, la Tempérance et la Force, en opposition aux Péchés capitaux. Les vertus et les vices sont représentés sous la forme de vierges , dont les premières, armées de lances, terrassent celles qui leur sont opposées.

De l’autre côté nous rencontrons une longue file de saintes , de martyres béatifiées commençant par la sainte Vierge , sainte Odile , sainte Atale et surtout celles dont les noms appartiennent au culte de la province. Le jugement de Salomon , peint au quatorzième siècle et de la même main que les apôtres de la chapelle Sainte-Catherine , se répète encore une fois dans la sixième baie et fait la clôture. Les vitraux de la haute nef, comme on le voit, représentent l’Église triomphante , qui, avec l’Église souffrante, enterrée sous les dalles des nefs, et l’Église militante, qui prie chaque jour dans le sanctuaire et assiste aux offices , complètent les trois formes de l’Église catholique.

Le temps , la grêle , la main d’ignorants restaurateurs '

1 Les restaurations sans entente ni sans art du dix-huitième siècle , devraient bien passer à la postérité, car il n’est pas sans intérêt de savoir que la fabrique de l'Œuvre avait cru très-bien faire , en payant au vitrier deux

et surtout l’incendie ont fait de grands ravages dans ces monuments de l’art du verrier. Beaucoup sont méconnaissables ; d’autres , par la transposition des morceaux de verre colorés , ont reçu de graves atteintes , et il n’est pas rare que l’on rencontre un panneau , sur lequel est peint un morceau de cotte de maille, ajusté dans la jupe d’une sainte; la main d’un homme au lieu de celle d’une femme, une rosace romane ou un lobe gothique à la place d’une tête, ainsi que la transposition des lettres nonciales ont défiguré le sens des mots et des inscriptions. Tel vitrail , peint pour décorer un cintre, fut placé dans une ogive, tel autre, appartenant à la série des empereurs, fut relégué au milieu des vierges, sans entente et sans principe lilhurgique et doctrinal.

Il était réservé à notre époque de sauver ces antiques monuments fragiles d’une lente destruction et de les confier à une habile restauration dans les ateliers dirigés avec entente artistique et archéologique par M. Baptiste Petit- Gérard, auquel nous devons des communications très-intéressantes sur les vitraux de la cathédrale. Les maillages en fil de fer dont on a garanti ces immenses haies de l’action destructive de la grêle et une somme de 10,000 fr., employée annuellement à la restauration auront, dans une série d’années , rétabli les ravages des siècles.

Chapelle de Sainte-Catherine.

Après cet aperçu général sur le plan architectonique de cet édifice , tel qu’il se dessine dans son intérieur , et sur ses vitraux, nous avons encore à parler de deux adjonctions qui doivent leur existence à une époque postérieure. L’une , la chapelle de Sainte-Catherine, fut construite, en 1340,

sols par pièce remise en plomb; pour multiplier les deux sols, ils cassaient les morceaux et les rajustaient à tort et à travers.

LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG, dans l’angle de la nef et du transept méridional , par l’évêque Bertholde de Bucheck. Elle devait servir de chapelle mortuaire à ce prélat, mais l’architecte ayant élevé un monument trop somptueux, sa modestie en fut blessée, et il ordonna que ce sépulcre, digne de recevoir le Christ, fût déposé dans la crypte, en face de l’autel de Saint-Evrard , et qu’un service y fût célébré tous les ans, à l’anniversaire de la Passion de Notre Seigneur; il n’y existe plus aujourd’hui, mais on voit encore dans la chapelle de Sainte-Catherine, en haut du vitrail occidental, les armoiries de cet évêque. L’inscription tombale était ainsi conçue :

ANNO DOMINI MCCCLIII IN DIE BEATÆ KATHERINÆ VIRGINIS IN HAC CAPELLA PRO SE IN HONOREM EJVSDEM VIRGINIS CONSTRVCTA SEPVLTVS EST VENERABILIS BERTHOLDVS DE BVCHECKE NATVS LANDGRAVII IN BVRGGENDEN HVJVS ECCLESIÆ EPISCOPVS. QVI ECCLESIAM HANC XXV ANNIS SAPIENTER REXIT.

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