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XXV ET MENSIB. SEX. ORATE PRO EO

L’an de Notre Seigneur 1299, aux Kalendes d’août, mourut le seigneur Conrad second ', de l’illustre famille des Liechtenberg , évêque de Strasbourg, qui gît sous cette pierre. Il réunit les qualités de l’homme mondain , sans cependant lui ressembler en tout. Il occupa le siège épiscopal vingt-six ans et six mois. Priez pour lui.

Cette chapelle basse servait , de même que la précédente, de sépulture à des chanoines de ce chapitre , comme

' Il faut lire Conrad III ; le premier du nom était Conrad de Geroldseck , mort en 1179; le second, Conrad de Hunebourg, mort en 1190, et le troisième, Conrad de Lichtenberg.

nous l’enseigne la série d’épitaphes que nous y trouvons : D’un comte Frédéric deZolern, évêque de Constance, mort en I486; d’un comte Jean de Werdenberg, mort en I486; d’un comte Bertholde de Henneberg , mort en 1494, et de François de Ilonstein, mort en 1515. C’est au-dessus de cette chapelle que l’évêque Guillaume de Diest, après avoir été fait prisonnier le 4 décembre 1415 à Molsheim, et retenu en charte privée pendant quelque temps sur le Pfennigthurm , doit avoir été incarcéré '.

Tombe d’Erwin de Steinbach.

Une porte , donnant sortie de cette chapelle sur un couloir et sur une petite cour, nous conduit vers le lieu où reposaient jadis les restes de l’architecte Erwin de Steinbach et de sa femme, et où est laissé un souvenir à la mémoire de son fds ou de son petil-fds Jean, car son fds Jean a été enterré, comme nous l’avons déjà indiqué, dans l’église chapitrale de Haslach'2. Près de là se trouvait aussi l’inscription tombale de Jean Ilültz3. Ainsi, on voyait réunis pour ainsi dire dans un même et humble sépulcre celui qui avait commencé l’œuvre glorieuse : Gloriosum opus inchoavit, comme disait l’inscription du grand portail et le maître qui l’avait élevé jusqu’au ciel.

' Voy. Strasbourg illustré, Faubourgs, p. 156.

! L’inscription est devenue illisible en beaucoup d’endroits; mais Oseas Schailœus nous l’a conservée dans son livre sur la cathédrale Summum Ar- (jentinensium Templum , 1 vol. in-4°. Strasb. 1617. Nous la donnons telle qu’elle est.

ANO DO MCCCXVI XII KL’. A VG VL 0 DNA HVSA VXOR. MAGRI ERW1NI.

ANNO. DO, MCCCXVIH’ XVI KL’. FEBRVAR1I. 0. MAGR ERWINV’ GVBERNATOR. FABRICE ECCL’IE ARGENT.

ANNO. DN1 MCCCX XXVI 111. XV. KL’ APPRILIS. 0 MAG1STER. JOHANNES. FILI1YS ERWINI MACR1. 0P1US VF ECCE.

3 H 19 starb der elirsame und kunstreiche Johannes Hiiltz , Werkmeister dieses Baus , und Vollbringcr des liolien Tliurns hier zù Strasburg : Deme Golt. Cnad und die Huld.

A la grande colonne pilier, au milieu du transept septentrional , nous trouvons encore une autre inscription tumulaire : ANNO D0M1NI MCCCCXXVI. XVII KAL. APRILIS 0BI1T HEINRIC. WALTER DE ENGEN ARCH1PRESP1T. ET PRÆBENDARIVS CHORI. ORATE PRO EO.

Le Baptistère.

Dans cette partie nous aurons encore à remarquer, à gauche de l’entrée, une chapelle à plein-cintre à boudins en retrait; la corniche, à la hauteur des impostes, forme un ornement curieux : c’est une série d’oiseaux s’entrelaçant par le cou et par la queue, en tête desquels on voit une sirène allaitant son petit. Cette chapelle contenait sans doute jadis l’autel de Saint-Laurent, et on y a placé aujourd’hui un beau monument d’architecture et de sculpture ogivale : c’est un baptistère que le Magistrat fit exécuter sur la demande du prévôt Jean d’Ochsenstein et de quelques chanoines , en 1453, par Jodoque Dotzinger, architecte de l’Œuvre. Ce maître fit entrer dans sa composition riche et élégante, comme une dentelle de pierre, tous les instruments de la passion du Christ.

La Nef principale.

La nef principale du dôme, dont les voûtes hardies s’élancent à 70 mètres de haut sur une largeur de 13m,80, avec les deux nefs latérales de 8 mètres de largeur, est divisée dans sa hauteur en trois parties distinctes : les arcades des bas côtés, le triforium et la claire-voie. Les bas-côtés possèdent un triforium aveugle comme base, à peu près de la hauteur des barraques qui obstruaient jadis les abords de la cathédrale, remplacées aujourd’hui, comme nous le verrons plus loin, par une galerie gothique en pierres de taille; sur ce triforium sont assises, entre

les travées, dédoublés baies inscrites dans une vaste ogive, dont la partie supérieure est ornée d’une rosace.

Sept arcs doubleaux divisent la nef dans sa longueur en sept travées; une huitième s’appuie aux piliers du chœur. Les piliers de la nef sont formés de quatre colonnes gothiques engagées , dont deux portent les arcs doubleaux et deux les formerets ; entre chacune de ces colonnes montent trois colonnettes, dont sortent, au-dessus des chapiteaux à crochet, les nervures qui longent les arêtes des voûtes croisées et les arcs des formerets. Ces faisceaux de seize colonnettes, tout en formant un pilier de 8 mètres de circonférence, représentent un immense tronc d’arbre, dont les branches serpentent en légères ramifications le long des voûtes et le long des arceaux, comme le lierre grimpe le long du chêne séculaire. C’est dans ce style de construction gracieuse, beaucoup moins lourde et matérielle que celle que nous venons de quitter, que se montre le génie des maîtres auxquels nous devons ces monuments de l’architecture ogivale. Ces antiques cathédrales furent comparées dans leur construction au squelette d’un célacé gigantesque qui , fût-il complètement décharné , se soutiendrait par ses côtes et ses vertèbres, de même que ces arcs doubleaux, ces formerets, liés par les arêtes en pierres de taille des voûtes, et soutenus par les arcs-boutants et les contreforts, resteraient debout, quand même on en arracherait les vitraux et le briquetage des inicrstices. Économie immense de matériaux pour arriver à des résultats et à des effets plus grandioses dans l’art de bâtir!

La première travée, en entrant dans la nef ou le porche, est formée par trois voûtes, dont celle du milieu s’élève beaucoup plus haut que celles de la nef principale; elle repose sur huit piliers immenses, dont six sont engagés dans les murs et dont les deux du centre intérieur, de 23 mètres de circonférence, supportent toute la charge des

deux tours et de la construction intermédiaire. La partie basse intérieure de la façade principale, percée de la porte à linteau , est décorée d’ornements gothiques engagés , qui consistent en arceaux latéraux et en une rosace , au-dessus de la porte, inscrite dans un parallélogramme. Cette partie est coupée horizontalement par un triforium à claire-voie, formée de huit arceaux, et l’ogive, qui ferme la voûte, est percée par une rose colossale en vitraux peints, dont les seize arcs gothiques en pierres de taille et en forme de pédales gigantesques , qui rayonnent autour, se concentrent par des colonnettes sur une rosace à cinq lobes qui en forme le milieu.

Les Vitraux.

Cette rose et les riches vitraux peints qui remplissent les baies de cette architecture gigantesque, depuis les bascôtés jusqu’au triforium et à la claire-voie, ne contribuent pas seulement, en neutralisant la lumière, à jeter ces vastes voûtes dans une pénombre qui sied si bien à la sainteté du lieu, mais servaient dans les anciens temps d’enseignement au peuple, tout en frappant son imagination.

Le style roman, dans lequel furent conçus le chœur et les transepts de notre cathédrale , surtout le style primordial , ne se prêtait pas autant à l’art du peintre-verrier, la percée des fenêtres cintrées étant plus petite, les surfaces des murs étant plus étendues; mais par contre il permettait au peintre en fresques et à l’ouvrier en mosaïque le déploiement de son art, et aux moines des abbayes et des couvents l’ordonnance religieuse et mystique des sujets qui devaient orner leurs églises. Les compositions des vitraux de couleurs en tons entiers et sans demi-teintes , relevés même par l’action vivifiante de la lumière, enchâssés dans des plombs, aux contours vigoureusement

noirs cl fermes cl accusant énergiquement les formes, auraient plutôt nui aux peintures en fresques, qui ornaient les voûtes et les murs des basiliques et des églises métropolitaines. Elles auraient terni par leur vigueur les figures gigantesques, plates, sans relief ni modelé, sur fond d’or ou d’azur, qui s’étendaient sur leurs larges voûtes.

Les vitraux devinrent des murailles transparentes et l’art du verrier suivit le développement de celui de l’architecte. L’un prêta la main h l’autre, et la peinture ou l’ornementation intérieure fut la conséquence obligée de l’architecture, quoique l’emploi des vitres coloriées eût bientôt succédé à celui des vitres blanches.

Les vastes baies de l’ogive furent donc fermées par d’immenses panneaux vitrés enchâssés dans les cadres de pierre que formaient les colonnes, les meneaux, qui séparaient les lancéolés et l’ossature des pointes de l’ogive, suivant les caprices si variés de l’ordonnance architectonique.

Le style de construction de la nef et de ses bas-côtés se prêtait mieux au développement de l’art du verrier, et c’est aussi dans cette partie de l’édifice, élevée depuis le treizième jusqu’au quinzième siècle, que nous en trouvons ses plus belles productions. Nous y voyons en outre le développement graduel de la société, l’émancipation des communes et du peuple, et la part qu’il devait prendre à l’action régénératrice, édifiante et consolante de la religion. Car voyez les transepts, on n’y trouve que des peintures sur verre, entourées d’une auréole mystique et symbolique, imperceptible et incompréhensible aux masses des croyants, et interprétées seulement par un clergé instruit qui dirigeait ces grands travaux.

Dans le transept méridional, nous apercevons, dans les deux roses romanes, inscrites dans une ogive, la comparaison mystique des sacrifices de l’ancienne et de la nou-

velle alliance. Melcliisedccli , prêtre et roi , figure au centre de la rose de la nouvelle loi , et dans l’autre c’est une figure symbolique des prophètes , qui avec ses deux visages, semblent voir le passé et l’avenir; dans l’une ce sont les sacrifices d’expiation matérielle de l’ancienne loi, dans l’autre les vertus que le chrétien doit pratiquer s’il veut faire une pénitence méritoire et véritable devant Dieu. Ces deux roses se trouvent exactement dessinées et disposées de la même façon qu’ici, dans le hortus deliciarum de l’abbesse Herrade de Landsperg, que nous avons déjà cité, et accompagnées d’un long et très-curieux commentaire. La baie la plus rapprochée du chœur est évidemment composée de panneaux, rapportés de plusieurs verrières, puisqu’on y trouve entre autres treize motifs de bordures toutes différentes. Le jugement de Salomon, représenté en trois médaillons dans cette même fenêtre, et ayant évidemment appartenu jadis à une autre baie, est extrêmement remarquable de tout point. Les deux figures de saint Jean-Baptiste et de saint Jean l’Evangéliste, ici barbu par exception , semblent vêtus d’un costume qui rappelle la toge romaine ; Salomon et la reine de Saba sont placés au-dessous, et ces panneaux sont tous d’une autre main et même d’époques un peu différentes. Le saint Christophe, du douzième siècle, qui se trouve dans la seconde baie, est très-remarquable , quoique affreusement mutilé ; c’est la figure la plus colossale en verre peint que l’on connaisse; elle a près de 6 mètres de hauteur. Derrière l’horloge se trouvent des panneaux également dépareillés; on y voit les trois personnages de saint Candide, de saint Victor et de saint Maurice et une superbe figure d’empereur assis. Ces verrières sont évidemment le produit d’une grande école qui fïorissait en Alsace au douzième siècle, et le beau manuscrit, cité plus haut, et dont l’ornementation et le dessin des figures sont d’une analogie si exacte avec nos verrières de

la même époque, témoigne qu’aucune branche des beaux-

arts n’y était négligée au moyen âge.

Dans le transept septentrional, nous apercevons le Christ, tenant de la main gauche l’Évangile et donnant sa bénédiction de la main droite; saint Laurent, le patron sous l’invocation duquel était cette chapelle dont nous parlons plus haut; plus près du chœur, la sainte Vierge et saint Jean-Baptiste, auquel est consacré la chapelle basse que nous avons déjà visitée. Ce vitrail est encadré d’une bordure dont on ne voit nulle part d’analogue, et il se pourrait bien qu’il nous indiquât un don des pelletiers de celle ville, dont nous connaissons déjà la riche corporation, car les formes et les couleurs en représentent l’écusson de vair, argent et azur, encadré de gueules. Ce fait est d’autant plus intéressant qu’à la différence de toutes les autres églises cathédrales, c’est ici la seule donation de ce genre que nous ayons à signaler, et la figure de Notre-Dame, qui est du quatorzième siècle, pourrait bien avoir remplacé un saint Jacques du douzième, qui est le patron des pelletiers. Il est à remarquer que ces verrières ont été faites primitivement pour des baies en plein cintre, ainsi que l’indique positivement l’armature en fer et qu’elles figurent aujourd’hui dans les baies ogivales. Comme nous venons de le dire, la science de la théologie, science d’une part la plus édifiante , la plus claire , la plus divine, et de l’autre aussi la plus mystique, la plus interprétative , a fait placer dans ces dômes ces figures symboliques. M. l’abbé Guerber, professeur au grand séminaire , a publié , sous le titre d’ Essai sur les vilraux de la cathédrale de Strasbourg, 1848, 1 vol. in -8°, un intéressant travail que nous avons pu consulter en partie pour ces mystérieuses interprétations.

Il n’en est pas de même d’une grande partie des vitraux qui décorent la nef et ses absides; elles parlent à leur premier abord.

Avant les croisades et pendant les siècles où l’Occident se rua sur l’Orient, le peuple n’était souvent rien qu’un vil objet d’exploitation pour le pouvoir sacerdotal et temporel. L’anarchie régnait en Allemagne et la féodalité implantait ses racines profondes dans le sol de notre pays. C’est de ces conflits incessants, entre le pouvoir impérial, nobiliaire et clérical, que naquit la formation, l’émancipation des communes , dont nous avons déjà eu souvent occasion de parler dans le cours de nos récits. Les habitants de Strasbourg sortirent glorieux de ces luttes multiples, et quand ils eurent jeté les bases de la législation, qui devait gouverner leur république durant tant de siècles, ils demandèrent leur place au grand banquet de l’instruction, du développement intellectuel et religieux; l’Eglise et les arts leur offrirent ce qu’ils demandaient, et la sculpture et la peinture sur verre s’efforcèrent de leur retracer en statues et en vitraux l’histoire sainte et le catéchisme de leurs devoirs religieux, en y ajoutant les saints de leur invocation et les figures des princes, leurs bienfaiteurs. Ces vitraux et ces statues devinrent leurs livres de lecture jusqu’à ce que l’art de l’imprimerie eût créé et multiplié ceux qui leur communiquèrent les éléments d’une instruction primaire, et c’est ainsi que nous trouvons sur les parvis des cathédrales , tracées dans la pierre , les mesures légales, la grandeur du pain , la forme et la dimension des armes , pour servir de guide et de point de vérification au peuple.

C’est sous l’influence des besoins et des exigences de l’époque que nous voyons retracée, dans les cinq baies de la collatérale méridionale de la nef, la vie de Jésus-Christ. La première, à côté de la chapelle de Sainte-Catherine, ornée elle-même de la représentation des apôtres, tenant des banderolles sur lesquelles est inscrit le Credo , forme l’introduction, la préface de la vie du Rédempteur; l’An-

nonciation de la sainle Vierge , sa naissance, son mariage; l’Annonciation du Christ, sa naissance et l’adoration des Mages jusqu’à la Fuite en Egypte et son apparition parmi les docteurs du temple. En bas, nous lisons les mots de AVE MARIA GRATIA PLENA. La seconde représente la vie du Christ, ses miracles, ses paraboles, la tentation sur la montagne , les noces de Cana , etc.

Dans la troisième baie, nous voyons toutes les scènes de la Passion jusqu’à la mise au tombeau , et au bas l’inscription :

DIZ BEZEICHNET DIE MARTER VNSERS HERREN I. h V. DER VNS HAT ERLOSET VO. DE. EWIG TODE.

Ceci désigne la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a délivrés de la mort éternelle.

La quatrième fait la clôture, et représente, en seize panneaux , la descente du Christ dans les limbes , sa résurrection et son apparition à sa famille et à ses disciples , son ascension et l’apparition du Saint-Esprit jusqu’au moment où les apôtres, armés de la Foi, se répandent pour enseigner la doctrine du divin maître. Au bas de ces panneaux, on lit, en vieux caractères romans, comme les autres inscriptions que nous venons de citer, les paroles suivantes :

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