OB. CONRADVS BOCK ARMIGER. ORATE PRO EO
Deux figurines à genoux, en costume civil, à droite et à gauche du monument, représentent le défunt et sa femme avec leurs armoiries. Schadæus cite encore dans ce même lieu deux pierres sépulcrales , l’une de Bertholde , archevêque de Mayence, mort en 1504, et l’autre de François- Henri , duc de Brunswick et de Lunebourg , chanoine et
vicedome de la cathédrale , mort en 1601 , à l’âge de vingtneuf ans ; nous ne les avons plus retrouvées
Chapelle de Saint-Laurent.
En face, dans l’angle septentrional du transept, fut construite, en 1517, par l’évêque Guillaume de Hohenstein, la chapelle de Saint-Martin. Elle est consacrée aujourd’hui à Saint-Laurent, par suite de la suppression d’une chapelle dédiée à ce saint, qui se trouvait en face de l’entrée du transept septentrional , et sert de chapelle au culte paroissial de ce nom.
La chapelle de Sainte-Catherine, que l’on appelle aussi chapelle de la Croix, et celle de Saint-Martin, occupent la largeur de deux travées , dont les piliers qui y correspondent sont ornés de statues. Entre ces piliers , les baies et la maçonnerie furent enlevées , de manière à ce qu’elles ne forment intérieurement qu’un même tout avec l’église principale. Elles se distinguent, quoique élevées toutes les deux en style ogival, parla différence de leur composition ; la première jouit encore de la pureté de ce style , tandis que l’autre marque déjà l’époque de sa décadence, de même que le portail de Saint-Laurent, annexe avec laquelle l’architecte Jacques de Landshut masqua, de 1494 à 1505, le portail roman de ce transept.
La Chaire.
Au troisième pilier, du côté de la chapelle Saint-Martin, est attachée la chaire. Elle est , comme les fonts baptismaux, un véritable bijou de dessin et de sculpture fleurie gothique et porte la richesse d’ornementation de la fin du
1 Quand on eut reconstruit à neuf, depuis 1459 jusqu’à la fin de ce même siècle , les voûtes de la nef et du chœur qui étaient en mauvais état , on munit aussi d’une nouvelle voûte, en 1517, la chapelle de Sainte-Catherine.
quinzième siècle , plus pure de style toutefois que celle que nous voyons adaptée au portail de Saint-Laurent. La chaire doit son origine au respect et à l’attachement que le sénat et la population de notre cité vouèrent à Geiler de Kaysersberg , le prédicateur de la cathédrale. L’Ammeister Pierre SchoLt la fit exécuter par Jean Hammerer , architecte de l’Œuvre ; elle est assise sur un pilier octogone , dont chaque face forme une niche couronnée d’un pinacle : dans celle du milieu se trouve la statuette de la Sainte-Vierge et les autres renferment les évangélistes avec leurs attributs dans les soubassements. La chaire formant saillie sur ce pilier est soutenue aux angles par six colonnettes gothiques, ornées chacune de deux statuettes de saints, de saintes et de martyrs , et couronnées par des pinacles. Au centre du corps de la chaire est représenté le Christ sur la croix , et à ses pieds sainte Madeleine et saint Jean et huit apôtres placés de même dans des niches à pinacle en forment les parties latérales; les colonnettes de séparation des niches sont ornées d’anges porteurs des instruments de la Passion. Une rampe , gothique flamboyant, longe l’escalier qui conduit à cette chaire ; elle repose au milieu sur un pilier contre lequel sont assises quatre figures en prière , audessus desquelles le millésime 4487 , taillé dans une banderole , nous indique l’année de sa construction. Un abatvoix, aussi riche d’ornementation que la chaire elle-même, mais exécuté dans un mauvais style d’ornementation renaissance , en 4646 , par Conrad Cullin , menuisier, et par son fils, fut peint et doré par Wendelin Dieterlin, le peintre dont nous avons déjà parlé à l’occasion de l’Œuvre- Notre-Dame et inauguré le jour de saint Jean-Baptiste 4647. Le premier prédicateur qui fit entendre les rudes paroles de vérité et de critique, conservées dans ses sermons, du haut de cette chaire, trouva sa sépulture à ses pieds; mais ses restes mortels furent ensuite transférés contre le pre-
mier pilier du chœur eu lace de la chapelle. Sainte-Catherine. On y lit encore aujourd’hui l’épitaphe de cet homme de bien , serviteur de Dieu :
QVEM MER1TO DEFLES VRBS ARGENTINA JOÂNNES GE1LER MONTEQVIDEM CÆSARIS E GENITVS SEDE SUB H AC RECVBAT QVA REX1T PCO. TON ANTIS PER SEX LVSTRA DOCENS VERBA SALVTIFERA.
Jean Geiler, né à Kaysersberg, que toi, ville de Strasbourg, tu pleures à juste titre, repose sous ce siège... enseignant pendant six lustres les paroles qui portent le salut.
A côté de cette épitaphe on en lit une autre, qui a trait à la mémoire du même prédicateur :
JOANI GEILER KEISERSBERGIO THEOLOGO 1NTEGERRO.
QVI ANOS SVPRA XXX CHRL LEGE ARGENTINENSIB.
EXEMPLO ET SERMONE CONSTANTISSË PATE FEC1T VT IMORTALIS SIT E1VS PRO MAXIMIS SV1S MERITIS MEMORIA H VIS LOCI COllENDATOR ET FRATRES HOC SAXV SVMO CVM FAVORE POSVERE. OBI1T DECIMA MARCII. ANNO DOMI.
MDX.
A Jean Geiler de Kaysersberg , le théologien le plus intègre qui , pendant plus de trente ans , avec une très-grande constance et par son exemple et ses paroles, fit connaître la loi chrétienne aux habitants de Strasbourg.... Que sa mémoire, pour son grand mérite, soit immortelle.
Chapelle de la Sainte-Vierge.
L’abat-voix dont nous venons de parler n’existe plus, et celui que nous y voyons aujourd’hui date de 1824. Entre les deux piliers, du côté du chœur, se trouvait encore une chapelle dédiée à la sainte Vierge ; elle fut construite en 1316, deux années avant sa mort , par Erwin de Steinbach , quand il éleva le jubé qui fermait anciennement le chœur. Un fragment de la pierre qui constate l’exécution de ces travaux par cet habile architecte , fut trouvé dans les remblais de la crypte , elle est conservée dans le Musée de l’Œuvre-Notre-Dame avec ce fragment d’inscription :
. ..EDIFICAV. H. OP. MAGR. ERWIN DE....
Le sénat et la noblesse se plaçaient dans cette chapelle pour entendre le prêche , de même que la corporation des architectes-tailleurs de pierre y faisait faire ses offices, et elle fut enlevée lors de l’agrandissement du chœur après la capitulation de la ville.
Les Orgues.
Du même côté , dans la troisième travée du triforium , sont suspendues les orgues , instrument dû à l’exécution d’André Silbermann , le père de notre historien, né à Frauenstein, près Friberg, en Misnie, qui était venu s’établir comme facteur d’orgues en cette ville. Il construisit, en 1714, ce bel instrument composé de 40 registres et de 2242 tuyaux dont le plus grand pesait 342 livres. On conserva l’antique buffet des orgues précédentes qui date de 1489 et qui fut restauré dans les temps modernes , en restant fidèle à l’ornementation originale , de même qu’on laissa subsister les automates , anciennement en contact avec les pédales , et qui faisaient l’amusement du peuple. On monte aux orgues par un escalier en spirale dans l’angle nord-ouest des bas côtés de la nef ; il conduit par une galerie latérale dans la chambre de l’organiste, M. Wackenthaler, qui depuis de longues années préside à cet instrument en dirigeant la chapelle de la cathédrale.
La première notion qui nous reste d’un instrument pareil date de 1260 ; il était dû à la munificence d’un chevalier, Ulrich Engelbrecht, mais il fut détruit, par le ravage de l’incendie de 1298 et fut remplacé en 1326. Les ouvriers chargés d’une réparation de cet instrument en 1384 n’ayant pas surveillé le feu de leur forge, il fut ravivé tout à coup par un vent très-fort, et provoqua un nouvel incendie le jour de sainte Gertrude. Une donation fut faite en 1400 par un prêtre desservant de la cathédrale, Dietrich d’Erfurt,
d’orgues de moindre étendue qui fonctionnèrent dans la chapelle Sainte-Catherine jusqu’en 1489, époque où maître Krebser d’Anspach construisit l’instrument dont nous voyons encore le buffet; réparé en 1 609 par Antoine Neuknecht de Ravensbourg, il fonctionna jusqu’à ce que les mains habiles de Silbermann eussent créé celui qui le remplaça. Un pendant à l’escalier qui conduit à l’orgue , se trouve dans le collatéral en face et monte au triforium en mettant le logement du concierge de la tour en communication avec l’intérieur de l’église.
En nous dirigeant vers l’horloge astronomique dans le transept méridional , nous passons devant une inscription en caractères romans qui constate qu’à cette place existait autrefois un autel fondé en 1331 par Paul Mosung, bourgeois de cette ville, en l’honneur de saint Pierre, de saint Paul et des Innocents. Suivant l’indication de Scbadæus, bien des autels pareils doivent avoir existé dans les temps passés au sein de ce temple, fruit de pieuses fondations sur lesquelles officiaient ses nombreux desservants. Grandidier en mentionne cinquante-deux.
Le Puits.
Non loin de l’inscription que nous venons de citer, à côté de la porte qui conduit vers les ateliers des sculpteurs et des tailleurs de pierre, il nous reste à parler d’un autre souvenir, c’est la source à laquelle on puisait jadis intérieurement et qui jaillit encore au dehors dans la petite cour latérale. Elle jaillissait déjà avant la construction du premier temple chrétien à l’ombre des trois arbres saints des Triboques et servait aux ablutions dans les sacrifices des Druides. Quand les peuples allemands furent convertis au christianisme, elle fournissait l’eau à leur baptême, et toujours, depuis cette époque, on puisa à cette source
pure ce symbole de la purification religieuse et morale du chrétien dont saint Jean-Baptiste donna le premier exemple dans les flots du Jourdain. Quand ce puits se trouvait encore dans l’intérieur de la cathédrale, jusqu’à la révolution, une ancienne tradition faisait croire aux enfants que les parents en retiraient leur jeune progéniture, et maint et maint petit jetait ses regards avec anxiété au fond de cette source où il croyait avoir pris naissance ( Kindels brunnen).
En 1698, le 21 septembre, un soldat français, attiré par la curiosité, non dans le but sans doute d’y voir la source vitale de l’espèce humaine, mais pour examiner la construction de la nouvelle roue qu’on employait à monter l’eau, tomba au fond du puits et. on l’en retira mort. Ce malheur provoqua le nettoyage de la source; on descendit à une grande profondeur, jusqu’au-dessous des fondements de la cathédrale, et les ouvriers y trouvèrent beaucoup de monnaies et de médailles de toutes les époques.
Après avoir dépassé la chapelle Sainte-Catherine, nous trouvons contre le pilier en face de celui où nous avons signalé l’inscription commémorative de Geiler de Kaysersberg, celles qui portent à la postérité les noms de Jean de Pfettenheim, 1368, et de Rodolphe de Ladishofen, 1411, procureurs de celte fabrique, et nous arrivons en face de l’horloge astronomique.
L’horloge astronomique.
Ce n’est pas une restauration comme celle des vitraux , c’est une œuvre nouvelle qui a pris place dans la cage de l’ancienne horloge. Si les mille rouages, ressorts et moteurs qui fonctionnent dans l’intérieur de cet admirable mécanisme , règlent les secondes, les minutes, les heures, les jours, jusque dans un avenir de milliers d’années, en
tant que la matière peut faire résistance à l’action destructive du temps; si la lente aiguille, avançant toujours, marque à chacune de ses vibrations son progrès et rejette chaque jour dans l’abime du passé, cet instrument sans égal dans les plus ingénieuses conceptions de l’horlogerie, nous marque de même le progrès de la science et l’immense trajet qu’elle a exécuté depuis que Tobias Stimmer peignit cette carcasse en pierre, vivifiée par le mouvement régulier du pendule. Alors il fallut le concours de quelques mathématiciens-astronomes et les mains habiles de quelques horlogers pour créer celle œuvre, et celle que nous avons sous nos yeux est le fruit de profondes méditations du mathématicien, le produit de la pensée d’un seul homme, dont les mains créatrices imprimèrent à ces mille parcelles du mécanisme le mouvement et la régularité. Ce travail porte en lui-même la finesse de celui du bijoutier, tandis que l’autre n’est comparativement que celui du serrurier* , et cependant déjà alors il passait pour un chef-d’œuvre qui fut rangé, comme la flèche de notre cathédrale, au nombre des sept merveilles de l’Allemagne2.
Quand des milliers de mains travaillaient encore à l’édification de cette flèche, quand le sculpteur et le verrier lui imprimaient l’ornementation symbolique et instructive, quelque moine savant, vivant peut-être obscur dans sa cellule; voulut ajouter à ces merveilles de l’art celle du mécanisme en créant une horloge , pour rappeler par ce symbole vivant l’emploi utile du temps, ce don précieux de l’existence humaine dont la perte est irréparable et
1 Cette horloge est conservée comme monument d’art dans le Musée de l’OEuvre-Notre-Dame.
* La tour de Strasbourg , le chœur de Cologne , l’horloge de Strasbourg , l’orgue d’Ulm , les foires de Francfort, l’industrie de Nuremberg et l’architecture d’Augsbourg.
dont la rémunération tiendra toujours un compte sévère
dans la vie de l’homme.
Dasipodius nous laissa une description succincte de cette horloge , construite en 1352, en donnant la description de la sienne; elle marquait les heures, les jours du calendrier; un astrolobe indiquait le cours du soleil et de la lune; le coq chantait, les trois mages circulaient devant la sainte Vierge et s’inclinaient devant elle, et un carillon faisait entendre un air choral de psaume. On distingue encore en face de l’horloge actuelle les consoles de pierre qui la portaient.
Cet instrument avait fonctionné près de deux siècles , quand , par suite du défaut d’entretien , la rouille finit païen paralyser le mouvement, ce qui donna l’idée à l’administration de l’Œuvre-Notre-Dame de le remplacer en 1547. Elle chargea alors les mathématiciens Michel Herus , Nicolas Bruckner et Chrétien Herlin de l’exécution d’une nouvelle horloge; mais la mort, les événements politiques et religieux de cette époque interrompirent ces travaux jusqu’à ce que Dasipodius, professeur de mathématiques, les reprît en 1571 . Les deux frères Isaac et Josué Habrecht , jeunes et habiles horlogers de Schafhouse, ayant entendu parler de la reprise de cette œuvre, arrivèrent à Strasbourg et firent leurs offres de service pour son exécution matérielle. Dasipodius, les ayant trouvés, après examen, aptes à mettre en exécution le résultat de ses nombreux calculs, se rendit garant pour eux auprès du Magistrat; ils furent agréés et se mirent à l’œuvre , après que le professeur de mathématiques eut fait venir à Strasbourg un ami et collaborateur distingué, pour l’aider dans ses nombreuses et savantes combinaisons : c’était David Wolkcnstein , de Breslau, qui vivait alors à Augsbourg. L’architecte Uhlberger et Tobias Slimmer firent les dessins de la cage et des figures et automates qui devaient l’orner et fonction-
ner; ce dernier l’embellit de son pinceau. Cette horloge marcha pour la première fois le jour de saint Jean-Baptiste 1574. Elle s’arrêta en 1789.
Nous nous bornerons à donner ici une description architectonique delà cage, en nous réservant d’entrer dans plus de détails en parlant de l’horloge actuelle. Cette cage, la même qui sert encore aujourd’hui, est formée d’un soubassement ou chambre de 11 mètres de longueur sur près de 3m,25 de hauteur, couronnée de deux corniches superposées, en tout, à peu près 5 mètres de haut. Elle est divisée dans sa largeur en trois compartiments dont les deux latéraux, fermés d’une vitre, laissent voir dans l’intérieur le mécanisme; celui du milieu est occupé parle grand calendrier. Les corniches des parties latérales sont décorées des peintures de T. Stimmer, celles du milieu présentent une ouverture de laquelle sortent les jours de la semaine symbolisés en figurines automatiques. Au-dessus se trouve le cadran indiquant l’heure du temps moyen. Une galerie tourne sur ce soubassement et, à droite et à gauche, deux lions tiennent l’écusson et le cimier aux armes de Strasbourg. Sur le compartiment central de la base s’élève une tour de 4 mètres de largeur et de 15 mètres de hauteur, ce qui constitue à peu près à l’ensemble les proportions d’une maison de quatre étages. Cette tour est encadrée de colonnes superposées et divisée dans sa hauteur en trois compartiments distincts par des cordons ou plinthes horizontales et couronnée par une coupole transparente gothique.
Une autre tour, de moindre hauteur et largeur, divisée aussi en trois parties, s’élève à gauche ; sur elle est perché le coq automate, et un escalier en spirale et à jour conduisant au cadran extérieur, lui fait pendant à droite.
Nous avons dit que l’instrument de Dasipodius et des Habrecht s’arrêta dans sa marche à l’entrée de la révolu-
tion française. Alors vivait en face de la maison, où il a aujourd’hui ses beaux ateliers d’horlogerie, occupée de son temps par un comte, chanoine de la cathédrale, un enfant, auquel Cagliostro avait prédit qu’il serait un jour un mécanicien distingué. Cette prédiction se réalisa , elle devint une vérité, car il était inscrit dans le livre de son avenir, qu’éloigné pendant longtemps de sa ville natale, il y rentrerait un jour attiré par son talent1, et qu’il nous doterait de ce second et unique chef-d’œuvre en horlogerie. Nous voyons en cet enfant, après que soixante-cinq années d’études et de travaux ont illustré sa vie, un digne et respectable vieillard, plein de cette modestie qui honore le véritable artiste, M. J. B. Schwilgué, auquel ses éminents travaux ont valu la distinction d’officier de la Légion d’Honneur.
Après que la reconstruction de l’horloge paralysée de la cathédrale eut été le rêve de toute sa vie, il commença son œuvre le 24 juin 1838, et elle marcha pour la première fois en présence d’un illustre corps de savants, attiré dans nos murs par le congrès scientifique, le 2 octobre 18422.
' Voy. Strasbourg illustré. Faubourgs, p. 96.
! L’inauguration religieuse de cette horloge fut célébrée, le soir du dernier jour de la même année , par Mar l’évêque , accompagné d’un nombreux clergé , et en présence du conseil municipal et de beaucoup d’invités. Les beaux-arts et les métiers voulurent témoigner à l’illustre auteur de ce chef-d’œuvre leur admiration pour son talent, en lui préparant une ovation qui était sortie spontanément de leurs cœurs. Rangés sous leurs bannières respectives , les corps des divers artisans, l’école industrielle en tète, stationnaient au dehors sur la place du Château , où brillèrent des centaines de torches allumées. Musique et cantates reçurent le vieillard, quand il sortit de l’intérieur de la cathédrale, où M. Michel Schwartz , au nom de l’industrie strasbourgeoise , lui adressa des paroles bien senties. Des transparents allégoriques , dus aux pinceaux de MM. Guérin et Flaxland , embellirent cette ovation , et le cortège se mit en mouvement en accompagnant l’artiste à l’Hôtel-de-Ville , où M. Schützenberger , maire , exprima au nom de ses concitoyens sa reconnaissance pour le beau monument d’art mécanique dont il venait de doter le monument d’architecture. 11 disait avec raison : « Dans la mémoire de
LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 5o
Nous n’entreprendrons pas d’analyser ce chef-d’œuvre, que nous ne pouvons qu’admirer en profane, et nous nous bornerons à décrire ce que les yeux peuvent saisir et à insérer dans notre livre les principales indications.
Au bas de l’horloge se trouve une sphère céleste, disposée d’après la latitude de Strasbourg ; elle indique sur un cadran le temps sidéral, le lever et le coucher des étoiles et leur passage au méridien , en ayant égard à la précession des équinoxes.
Derrière cette sphère nous voyons, dans le compartiment central du soubassement , le calendrier, dont les indications sont perpétuelles ; il reproduit les mois, les lettres dominicales, les fêtes fixes et mobiles, y compris l’Avent et les Quatre-Temps ; il reproduit en outre les années bisext.iles ordinaires , ainsi que celles qui sont séculaires. Apollon , placé à la gauche de ce calendrier, marque le nom du saint correspondant au jour. Diane, la déesse de la nuit, lui fait pendant à droite.
Autour de ce calendrier, nous remarquons , peintes dans les quatre angles, la Perse, l’Assyrie, la Grèce et Rome, les quatre monarchies du monde ancien d’après la prophétie de Daniel; elles appartiennent de même au pinceau de T. Stimmer. Au centre du calendrier se trouve un cadran qui indique la marche apparente du soleil et celle de la lune, et ces astres , dans leur course autour de la terre , figurée par l’hémisphère septentrional et occupant le centre du cadran, représentent exactement les éclipses du soleil et de la lune au même moment où ces phénomènes se passent dans le ciel. Dans le compartiment à gauche, en vue du spectateur, se trouve le comput ecclésiastique , dont le mécanisme est de la plus ingénieuse composition ; il
notre génération, comme dans le souvenir de celles qui succéderont, votre nom a jamais illustre se placera à côté de ceux des Erwin et des Hültz. Honneur à Schwilgué ! »
sert à régler : 1° le millésime; 2° le cycle solaire, dont la révolution est de vingt-huit ans, après laquelle les jours des mois reviennent aux mêmes places que les jours des semaines ; 3° le cycle lunaire qui opère une révolution en dix-neuf années, pendant laquelle, suivant l’assertion des anciens astronomes, les nouvelles et les pleines Innés devraient se reproduire dans le même ordre et aux mêmes jours que dix-neuf années auparavant; 4° l’indication romaine qui est une révolution de quinze ans et qui , avec le cycle solaire et lunaire, sert à la détermination de la grande période julienne; 5° les lettres dominicales qui marquent le dimanche dans les calendriers perpétuels ; 6° les épactes qui font connaître le nombre de jours qu’il faut ajouter à l’année lunaire, qui n’est que de 354 jours environ, pour l’égaler à l’année civile, composée de 365 ou de 366 jours, selon que l’année est commune ou bisexlile ; 7° enfin , la fête de Pâques , de la date de laquelle dépend la majeure partie des fêtes mobiles de l’année.
Le compartiment de gauche est destiné aux équations solaire et lunaire. Le mécanisme de ces équations est d’une combinaison très-remarquable; aussi forme-t-il une des principales parties de l’horloge; il sert à ramener: 1° le temps moyen au temps vrai ou apparent pour le soleil, à l’aide de deux systèmes d’équation ; 2° la longitude moyenne de la lune à sa longitude vraie, à l’aide de six équations d’espèces différentes ; 3° enfin , il sert encore à ramener le mouvement des nœuds de la lune, pour obtenir la longitude vraie de cet astre.
Au-dessus du calendrier, on voit sortir des nuages d’une voûte céleste chacune des divinités païennes , assises sur leurs chars, qui ont donné le nom aux sept jours de la semaine. A celte hauteur, les peintures sur les corniches représentent les scènes de la Création , de la Résurrection , du Jugement dernier et du Triomphe de la Foi et de la
Vérité. Enfin, nous arrivons au cadran, qui marque le temps moyen en heures et en minutes. De chaque côté est assis un génie, le premier tenant d’une main un timbre et de l’autre un sceptre, avec lequel il frappe le premier coup de chaque quart d’heure; le second génie porte entre ses mains une clepsydre qu’il retourne à chaque heure, chaque fois au dernier coup des quatre quarts.
Le premier compartiment de la tour du milieu est occupé par le planétaire, construit sur le système de Copernic. Toutes les planètes visibles à l’œil nu fonctionnent ici et se meuvent dans l’ordre de leurs positions autour du soleil, qui reste immobile à sa place. La terre se trouve accompagnée de la lune , son satellite.
Au-dessus du planétaire se détache, sur un ciel étoilé, un globe, moitié noir et moitié doré, qui est destiné à nous montrer les phases réelles de la lune. Aux angles du planétaire, on aperçoit en peinture les quatre saisons, représentées par les quatre âges de l’homme.
On arrive ensuite aux deux compartiments, occupés par les figurines automatiques. Dans le compartiment inférieur nous voyons les quatre âges s’avancer successivement pour frapper le deuxième coup des quarts , le premier étant sonné par le génie armé du sceptre que nous avons déjà remarqué. Un enfant ouvre la marche, et de son thyrse , qu’il tient en main , annonce le premier quart sur un timbre placé près de lui ; il est suivi de l’adolescent qui, sous les traits d’un chasseur, armé d’une flèche, fait entendre la demie; vient ensuite un guerrier, qui laisse tomber son glaive pour frapper les trois quarts, et enfin parait un vieillard marchant avec une béquille avec laquelle il frappe les quatre quarts.
Au milieu de ces automates, figurant les mortels, se tient la mort , armée d’une faux ; elle fait sonner les heures, en frappant gravement sur un timbre, avec l’os qu’elle
tient en main. Les quatre âges ne fonctionnent que le jour, tandis que la mort infatigable et inexorable sonne toutes les heures.
Le compartiment supérieur, plus richement décoré, est occupé au centre par la figure de Jésus-Christ, tenant d’une main la bannière de la Rédemption en étendant l’autre pour bénir. Chaque jour, à midi, l’on voit les douze apôtres s’avancer respectueusement et s’incliner devant le Sauveur; ce n’est qu’après qu’ils ont passé que le Christ donne sa bénédiction en forme de croix. Pendant cette procession des apôtres, le coq, perché au sommet de la tourelle à côté, servant aux poids, chante à trois reprises; mais avant de se faire entendre il bat des ailes , sa tête et sa queue s’agitent et son cou se gonfle pour laisser passer le chant commémoratif de la trahison de saint Pierre.
Enfin, dans la coupole gothique transparente, nous remarquons au milieu la statuette du prophète Isaïe , due au ciseau de M. Grass; autour, sont groupés les quatre évangélistes avec leurs attributs. Plus haut, quatre séraphins célèbrent , sur divers instruments , la gloire de Dieu , et au sommet, le hérault de la corporation des tailleurs de pierre de la cathédrale tient les armoiries de l’Œuvre-Notre-Dame , une croix posée sur une équerre X ■ Les peintures qui décorent la tourelle aux poids sont : en haut, Uranie, la muse de l’astronomie; Copernic, le célèbre astronome, et le portrait de M. Schwilgué d’une ressemblance parfaite, peint en 1843 par Gabriel Guérin.
Tel est en résumé cet admirable mécanisme; il attire à juste titre les regards du public, et nous voyons tous les jours, à l’approche du milieu de la journée, le transept méridional de la cathédrale rempli de curieux, qui, avec une anxiété remarquable et silencieuse, suivent la marche lente de l’aiguille du cadran jusqu’à ce qu’elle ait atteint l’heure de midi ; alors tous les regards se portent vers les
génies sonnant le quart, retournant la clepsydre; vers la mort, frappant l’heure de son os; vers le chant et le mouvement répété du coq et vers la procession de la bénédiction des apôtres. Les chuchottements commencent et les acclamations d’étonnement finissent la pantomime souvent très-naïve de la plupart des spectateurs, surtout des milliers d’Allemands que nous voyons depuis quelques années quitter leur patrie, et traverser notre ville pour aller vers un avenir inconnu , espérant trouver un meilleur sort dans le Nouveau-Monde. Un peintre observateur, à l’abri de la cage de l’horloge, en vue de ce public, trouverait riche matière d’études de physionomies.
Mais un moment plus solennel pour le penseur est celui où finit l’année. Ces halles grandioses , éclairées par les lampes scintillantes , qui brûlent dans les chapelles , ou par la lumière argentée de la lune , qui rejette les pâles reflets des vitraux sur les piliers; le morne silence, interrompu par le mouvement cadencé du pendule; le lieu, le moment solennel du passage d’une année à l’autre font jeter un regard profond sur ce cercle , sur lequel chaque jour a imprimé pour chacun la douleur ou la joie de la vie. On entre dans la chambre de l’horloge et l’on n’entend que les coups saccadés du mécanisme. Quand l’heure de minuit sonne , ces mille rouages , ressorts , leviers , communications, qui vous entourent, fonctionnent, chantent, volent, tournent sur leurs axes à assourdir l’oreille! C’est l’affaire d’un moment , puis on n’entend plus rien que la cadence du pendule, et quand on rejette un regard étonné sur le calendrier, le millésime a subi sa variation , les fêtes de Pâques , de l’Ascension , de Pentecôte ont pris leur place respective dans ce cercle parlant qui continue gravement sa rotation annuelle ; l’année a fui et l’autre commence avec tout ce que l’avenir nous y réserve. C’est dans ce moment surtout qu’on admire le génie du créa-
teur de cet instrument et qu’on se sent heureux de l’avoir connu.
La grande Cloche.
Avant de quitter l’intérieur de la cathédrale , nous répondrons à ceux qui nous demanderont l’origine du vaste cercle gravé dans le mur derrière le monument de Werner de Habsbourg, dû au ciseau d’André Friedrich, dont nous avons déjà signalé différentes œuvres dans le cours de nos promenades, qu’il marque la circonférence d’une cloche, la plus grande qui ait jamais existé dans la cathédrale. Elle fut fondue en 1519 par maître George deSpire, et avait 11 pieds de diamètre sur 36 pieds 2 pouces de circonférence. Son poids était de 420 quintaux ; elle pesait donc 145 quintaux de plus que celle d’Erfurt, réputée la plus grande de l’Allemagne. Elle avait coûté 10,000 florins ; le battant, forgé par le maréchal-ferrant de la ville, maître Bernard Zweiffel, pesait 17 quintaux et coûtait 110 florins ; les deux cordes , employées pour sa sonnerie , étaient du poids de 22 quintaux. Celte cloche portait le nom de Marie et contenait beaucoup d’or et d’argent que des personnes pieuses avaient jeté dans la matière lors de la fonte, dont l’opération se fit sur le Fronhof, en face , sous un atelier construit exprès avec le haut-fourneau à côté. Elle ne dura pas longtemps , car mise en branle pour la première fois le jour de la Sainte-Vierge, 1519 , par seize hommes, elle se fendit le jour de Noël 1521 , quand on la sonna pour la grand’messe. A côté, dans l’angle, une porte donne ouverture à un escalier en spirale , conduisant sur les galeries qui contournent l’édifice et servait d’escalier de service aux employés du télégraphe quand il fonctionnait encore. A mi -hauteur de la voûte, on voit une autre porte grillée qui conduisait dans la cage de la première horloge.
Façade méridionale.
La façade du transept méridional nous offre comme son intérieur un pot-pourri d’architecture de différents styles et de diverses époques. L’entrée est formée de deux portes à plein cintre en retrait avec des tores supportés par des colonnes à chapiteaux à crochet; entre ces deux portes on voit assise sur une colonne la statue de Salomon tenant le glaive en main. Au-dessus de ce symbole de la justice humaine figure le buste du Christ aux traits sévères , tenant d’une main le globe et de l’autre lançant la justice divine. Dans le tympan des deux portes on voit la mort de la Sainte- Vierge, entourée des apôtres, et son couronnement par le Fils de Dieu , entouré d’anges. Ces portes sont flanquées à leurs extrémités de deux statues de femme , dont l’une , le christianisme, d’un caractère ferme et héroïque, portant la couronne, lient de la main droite la croix , le calice de la main gauche ; l’autre , à la tête baissée , les yeux couverts d’un bandeau , tient d’une main une lance brisée et de l’autre les tables de la loi de Moïse ; elle représente le judaïsme. Un ange , terrassant l’ancienne foi , sert de chapiteau à la colonne sur laquelle elle est assise , tandis que sur l’autre est représentée une figure proclamant la nouvelle doctrine du Christ. On voyait anciennement dans les tableaux de l’intrados des deux portes , occupés par des colonnes , les statues des douze apôtres , conservés par une gravure que nous en laisse Schadæus dans sa description de la cathédrale. L’une d’elles, celle de saint Jean , tenant une banderole avec une inscription , nous enseigne qu’elles datent de l’époque d’Erwin et que les statues du christianisme et du judaïsme doivent leur existence à la main d’artiste de Sabine, que la tradition appelle sa fille, quoique les pierres tombales n’en fassent pas mention. Gratia
divina pietatis adesto Savince, de petra dura per quant sum facta figura.
Le second étage de la façade est percé de deux baies ogivales géminées , au milieu desquelles se trouve le cadran , séparé du troisième étage par une galerie. Celui-ci est un rehaussement de deux grandes ogives aveugles , dans lesquelles sont inscrites les deux roses romanes dont nous avons parlé dans la description des vitraux; entre ces deux roses s’élève la statue de la Sainte-Vierge , posée en 1493. Les statues à la base, appartenant comme ornementation, si nous ajoutons foi à la tradition, à l’époque d’Erwin, les tourelles gothiques qui flanquent cette façade, contre lesquelles sont appuyés les contreforts , nous prouvent jusqu’à l’évidence que le rehaussement de ces transepts appartient, comme nous l’avons déjà dit, à une époque où l’architecture gothique avait envahi l’architecture romane , de laquelle on a cependant voulu laisser quelque trace par condescendance et par respect pour son passé.
Nous ne parlerons pas de la gracieuse statue de Sabine, posée sur ce parvis contre un de ces contreforts , pour laquelle M. Grass, le sculpteur de la cathédrale, fut inspiré par celles que la fille du grand architecte doit avoir légué à la postérité , il y a bientôt six siècles. Elle est complètement abandonnée et elle aurait une place plus intime dans le groupe de famille que l’on dit devoir être élevé par l’art statuaire sur la place du Château , où jadis se déployait le prodigieux mouvement de cette armée de travailleurs qui se succédèrent pendant des siècles pour l’édification de ce temple.
La Corporation des architectes-tailleurs de pierre.
Maître Erwin , maître Jean et Sabine, ses enfants, ce sont les premiers noms qui soient arrivés à nous après que
l’art de bâtir fut sorti des mains des religieux , qui dirigeaient auparavant ces majestueuses constructions , dont le style a pris naissance dans la capitale du Bas-Empire , dans la Byzance grecque , et fut mêlé à ce que Borne antique avait laissé après sa chute dans ses grandioses ruines. Des colonies d’ouvriers, envoyés la plupart de la Lombardie et d’autres points où s’élevaient des églises, accompagnaient les religieux , directeurs des travaux , dont les chefs spirituels et temporels retiraient seuls la gloire, jusqu’à ce que l’architecture ogivale eût surgi à la fin du douzième et dans le treizième siècle. Elle prit racine immédiatement sur le sol de la France, de l’Allemagne; de là elle passa en Angleterre et dans d’autres pays , mais ne s’impatria jamais en Italie 1 .
Avec elle , paraissent des noms d’architectes profanes , comme Robert de Lusarches , Jean de Chelles , Eudes de Montreuil, Robert de Coucy, maître Perrat, qui élevèrent et contribuèrent à élever Notre-Dame de Paris, les cathédrales de Reims , de Chartres , d’Amiens , de Beauvais , d’Orléans , de Metz. Maître Erwin , maître Wentzla , les frères Entzinger, Jean Weckerlin, Jean de Nusdorf, qui bâtirent celles de Strasbourg , de Vienne , d’Ulm , de Mayence , de Bâle , etc. Ces maîtres formèrent école , et autour d’eux vinrent se grouper leurs élèves et l’association des architectes-tailleurs de pierre se forma , avec ses statuts , ses lois d’intérieur, dont les sages dispositions sauvegardaient réciproquement leur honneur, leur propriété intellectuelle , leurs intérêts et ceux des constructeurs , tous se prêtant fraternellement aide et secours et surveillant leur conduite religieuse et morale. C’était une francmaçonnerie qui s’étendait partout où l’on élevait des tem-
' En 1486, le duc de Milan, Jean Galeas Sforce, chargea Antoine de Gesa de demander au sénat de Strasbourg un architecte habile qui pût diriger les travaux du dôme de Milan.
pies à Dieu. Déjà , depuis près de deux siècles , ces associations s’étaient formées et des statuts les régissaient , quand arriva le grand jour de l’achèvement de notre cathédrale par maître Jean Hüllz, de Cologne, le jour de Saint- Jean-Baptiste 1439. Ce jour marqua la fin de plus de quatre cents ans de travaux , dirigés et continués avec un patient dévouement; il fit de cette église métropolitaine le monument religieux le plus élevé de la chrétienté, et porta au loin sa réputation artistique, tout en donnant dans la corporation un grand relief aux maîtres qui avaient dirigé ses travaux. Jodoque Dotzinger , que nous connaissons déjà comme auteur du baptistère , s’occupa de la révision des anciens statuts et ayant convoqué à diverses reprises , à Spire , à Strasbourg , à Ratisbonne , les maîtres architectes-tailleurs de pierre, parvint à faire adopter, de 1459 à 1464, un code ou règlement général , dirigeant l’association en Allemagne ; il en fut nommé grand-maître , de même que ses successeurs. Ces statuts furent sanctionnés par diverses signatures impériales et donnèrent au corps des architectes-tailleurs de pierre une consistance légale et une position indépendante. Autant que nous sachions , elles sont inconnues ou inédites dans la littérature française, et nous croyons rendre service en en donnant, article par article, une analyse exacte *.