‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 11 sur 58 · LE PILIER DES ANGES · texte numérisé non relu

LE PILIER DES ANGES

qu'on éleva au-dessus des deux roses la statue de saint Arbogast : ce sont encore là des manifestations de la vie normale de l'édifice.

Mais déjà la construction de la chaire en i486 n'est pas sans quelque rapport avec l'état religieux de l'époque. Luther venait seulement de naître et la Réforme ne devait se déclarer que trente ans plus tard, mais, avant même son apparition, l'hérésie des Yaudois, la doctrine de Hûss, qui s'étaient répandues peu à peu en Alsace, lui avaient créé dans la région une atmosphère favorable* ; déjà beaucoup d'esprits étaient ébranlés, et les discussions devenaient plus libres. D'autre part, la considération dont jouissaient autrefois les Dominicains, chargés de la prédication à la cathédrale, avait beaucoup diminué : « exaltant les saints de leur ordre », « exagérant sans cesse la vertu des indulgences » , ils énonçaient trop complaisamment « des maximes pernicieuses à la morale et aux droits du clergé séculier^ ». C'est pour remédier à cette situation dangereuse que Pierre Schott, un des premiers citoyens de la République strasbourgeoise, constitua avec quelques amis un fonds pour l'entretien d'un prédicateur séculier et qui serait docteur en théologie : cette fonction fut

I . Peut-être trouverait-on, dans l'histoire de la cathédrale même, quelque trace contemporaine de cette inquiétude qui devait aix)utir à la Réforme ; les fresques, attribuées au maître Lienhart de Strasbourg, qui décoraient depuis i48G la voûte du chœur, représentaient, au milieu, le Christ et Isaïe, Isaïe montrant d'une main le clergé qui officie dans le choeur et tenant de l'autre un phylactère avec ces mots(/5., ch. xxix) que Schi^eegans (ouv. cité, p. ii8) donne en vieil allemand : « Dis Volk ehrel mich mit iren lipen, aber ir herz st fera von mir », Gérard, (oav. cité, t. II, p. 3ii-3i3) en latin : « Popalas tte appropinquat, ore suo et labiis glorijîcat me, cor aulem ejus longe est a me, » — et dont l'allusion est très significative : les lèvres semblent chanter la gloire de Dieu, mais le cœur est loin de lui.

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