I. Grandidier, oai;. cité, p
a. << Deum Inam adorabis et illi soli servies ». (Luc, iv, 8).
ào LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
qu'au règlement définitif par un concile. La ville de Strasbourg se soumit à l'Intérim à la fin de i549. D'après ^^ transaction, la cathédrale fut rendue au culte catholique. Non pas complètement sans doute, puisque Gaspard Hédion conservait encore la liberté d'y prêcher les dimanches et fêtes, sous réserve de ne rien dire contre l'Intérim. Mais, comme le Grand-Chapitre voulut encore exiger de lui qu'il prêchât en surplis, selon l'usage catholique, Hédion s'y refusa, et les catholiques restèrent seuls maîtres de la cathédrale (i" février i55o) : le Magistrat donna aux protestants, en compensation, l'ancienne église des Dominicains (qui fut connue désormais sous le nom de Temple-Neuf). Solution pratique, qui ne fut qu'une solution provisoire, quoique la Paix d'Augsbourg eût confirmé, en 1 555, la situation que l'Intérim avait faite à la cathédrale. C'est qu'en effet le Magistrat veillait: il voulait bien que la cathédrale n'appartînt qu'à un seul culte, à la condition que ce fût au nouveau. On était en i559. Il rappela que, s'il avait promis sa protection aux membres du Grand-Chœur lors de l'établissement de l'Intérim, ce n'était que pour dix ans, et que la dixième année approchait : le Grand-Choeur devait en conséquence cesser de faire le service divin le 2 février suivant (i56o), jour anniversaire de celui où le culte catholique avait recommencé à la cathédrale dix ans plus tôt. Le peuple, impatient, n'attendit pas jusque-là: le dimanche 19 novembre i559, tandis que Jean Delphius, évêque de Tripoli, suffragant de l'Évêché et membre du Grand-Chœur, expliquait en chaire la première Épître de saint Paul aux Colossiens, une foule surexcitée pénétra dans l'église ; des pierres, des boules de neige, des chaises volèrent en l'air, des bancs furent brisés, des chapelets arrachés aux mains des femmes ; le malheureux évêque de Tripoli et les
DÉTAILS DU PILIER DES ANGES (Moulages du Musée du Trocadéro à Paris)
autres prêtres eurent beaucoup de peine à échapper à la fureur de la populace, a Un si indigne traitement, que le clergé de la cathédrale venait d'essuyer, lui fit voir, dit Grandidier, la nécessité d'abandonner une église où il ne lui était plus possible de se maintenir. )) Après que la cathédrale, à la suite de ces incidents tumultueux, eut été laissée quelques mois à l'abandon, le Magistrat la fit fermer, le i8 août i56o; puis, quelques mois plus tard, quoique l'empereur Ferdinand P' eût rappelé à la ville les prescriptions de la Paix d'Augsbourg qui confirmaient aux catholiques le droit d'exercer leur culte dans la cathédrale, le Magistrat la fit rouvrir, non pour les catholiques, mais pour les protestants, le 17 mai i56i. Depuis ce moment jusqu'à la prise de possession de la ville par Louis XIV en 1681, la cathédrale resta protestante.
Pendant ce long espace de temps, presque rien n'y fut changé. Mais les passions continuèrent à s'agiter autour d'elle : l'histoire religieuse, ce fut, pendant près de deux siècles (xvi^-xvif), presque toute l'histoire de Strasbourg. C'est l'époque où la France et l'Allemagne sont le plus violemment troublées par les luttes religieuses. Quant à Strasbourg même, la réouverture de la cathédrale avec un régime qui devait pourtant durer plus de cent ans, n'était qu'un incident, et qui ne réglait rien. Les deux religions n'étaient pas encore assez complètement séparées l'une de l'autre, assez dégagées, si l'on peut dire, de tout esprit de pénétration réciproque, et derrière les questions de dogmes et de pratiques apparaissaient trop d'intérêts territoriaux et politiques, pour que la paix fût possible. Aussi, ce fut la guerre : division du chapitre en chanoines catholiques et chanoines protestants ; les uns et les autres élisant leur évêque ; la Guerre des Évêques qui pendant plus de dix ans désola
hi LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
l'Alsace (1592-1604); l'élu des chanoines catholiques, Charles de Lorraine, reconnu comme seul évêque de Strasbourg, exclu pourtant de sa cathédrale, et transférant à Molsheim, ville du domaine de l'évêché, les débris du Chapitre et du Grand- Chœur ; l'empereur Ferdinand II ordonnant de remettre toutes choses en l'état prescrit par la Paix d'Augsbourg, c'est-à-dire, entre autres mesures, de restituer la cathédrale aux catholiques ; le Magistrat louvoyant — on était en pleine guerre ^ — jusqu'à l'arrivée des troupes de Gustave- Adolphe ; le roi de Suède payant l'alliance de la ville en lui abandonnant tous les biens des églises, des couvents et de l'évêché même ; et, enfin, les traités de Westphalie (1648) rendant leurs biens aux États ecclésiastiques tels qu'ils étaient en leur possession au I" janvier 1624..- Par ces mêmes traités, on lésait, comme récompense de l'appui prêté par le roi de France aux princes protestants d'Allemagne, l'Alsace, presque tout entière, devenait française ; et, en 168 1, par suite d'un arrêt de la Chambre de réunion du Conseil de Brisach^, par suite surtout des tergiversations où l'indépendante République de Strasbourg s'était parfois maladroitement complu au cours de la guerre dite de Hollande, les troupes de Louis XIV enveloppèrent la ville, qui, le 3o septembre, signa sa capitulation : depuis les traités de Westphalie, il était fatal qu'un jour ou l'autre Strasbourg achevât de se détacher de ce a vaste Empire sans