DE LOUIS XIV A LA RÉVOLUTION
L'unité française, c'était aussi — Ludovico régnante — l'unité religieuse et l'unité artistique. Non que Louis XIV ait voulu étendre à la ville de Strasbourg sa politique d'hostilité violente contre la religion prétendue réformée : le texte de la capitulation que les délégués du Magistrat avaient soumis à Louvois et à Montclar, porteurs des pleins pouvoirs du roi, confirmait à la ville ses droits et privilèges, son régime municipal, SCS institutions ecclésiastiques, et les représentants de Louis XIV avaient presque tout accepté; mais, parmi les trois ou quatre conditions que Louvois avait imposées en retour, se trouvait celle-ci : que la cathédrale serait rendue au culte catholique^. Le 21 octobre i68i, l'évcquc, François-Egon de Fûrs-
1. \. LzGKZLLZ, Loais XIV et Strasbourg, p. 9 (Paris, Hachette, 188 1, in-S»).
3. Uel'ss (Rod), L'Alsace au XVII' siècle, Paris, Bouillon, 1897-98, 2 vol. in-4''. — Marcel (Pierre), Inventaire des Papiers manuscrits du cabinet de Robert de Cotte..., Paris, Champion, 1906, in-8°- — D' Eissen, Un chapitre inédit de l'Histoire de la Cathédrale de Strasbourg, dans: Revue tC Alsace, i854-
3. Comme d'ailleurs les empereurs l'avaient en vain demandé depuis longtemps. — Les protestants retournèrent alors au Temple-Neuf. — Par Tarticle 3 de la capitulation, la ville demandait que le roi laissât « le libre exercice de la religion, comme il avait été depuis l'année 1634 jusques alors, avec toutes les églises et écoles, et ne permît, à qui que ce fût, d'y faire des prétentions, ny aux biens ecclésiastiques, fondations et convents, mais les conservât à perpétuité à la ville et à ses habitants. » Le roi accorda la demande — « à la réserve du corps de l'église de I\otre-Dame, appelée autrement le Dôme, qui doit être rendu aux catholiques, n La garantie donnée quant aux droits de la
temberg, réconcilia solennellement la cathédrale; deux jour» après, Louis XIV entra en grande pompe dans la ville, et, le 2^^ l'évêque, qui d'ailleurs avait été l'auxiliaire dévoué de la politique royale, recevait le roi à la porte de l'église, avec une joie pareille, dit-il, à celle du bienheureux Siméon recevant l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem. La cathédrale était désormais de la religion du roi. Et l'art du roi allait y entrer à son tour. On voulut faire grandiose, étendre la vue : on détruisit le jubé, qui arrêtait les regards à l'entrée du chœur, et, en même temps que le jubé, la chapelle de Marie, œuvre d'Erwin* ; puis, on donna à l'abside une forme demi-circulaire par un mur désormais sans saillie où l'on pût adosser boiseries et stalles, les arcs en retrait des côtés et ceux du chevet furent murés, le tout formant une « espèce de décoration en plâtre d'un goût détestable », dira plus tard Mérimée^; enfin, le maître-autel de Nicolas de Haguenau fut remplacé (i685) par celui de Frémery, qui s'éleva entre quatre colonnes de marbre avec bases et chapiteaux de métal, sous un lourd baldaquin sculpté en bois avec la couronne de France au milieu et quatre anges aux coins, portant l'encensoir, la navette, les burettes et le missel.
L'agrandissement du chœur fut encore repris plus tard :
ville et des habitants tels que les formulait Tarticle 3 de la capitulation, était une nouvelle consécration de l'indépendance de l'Œuvre Notre-Dame (Voir D**, art. cité, t. IV, i863,p. i48-i49).
1. L'évêque, Guillaume-Egon de Fùrstemberg, frère et successeur de François-Egon, paya tous les frais : l'architecte reçut de lui pour ce travail onze mille livres, trois foudres de vin et trente sacs d'orge. L'architecte était alors Jean-George Heckler, qui avait hardiment réparé en i654 le dégât «ausé par la foudre à la flèche de la cathédrale : il avait dû pour cela démolir et reconstruire la flèche sur une hauteur de plus de vingt mètres.
2. Rapport d la Commission des Monuments historiques (séance du 24 mai i844). Voir p. G4.
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