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La flèche. — La base de la flèche continue l'octogone du plan de la tour. — Seules aussi sont massives les arêtes, qui en s'élevant dessinent une inclinaison vers un centre commun. Elles sont surmontées chacune de six étages de petites tourelles droites, de plan hexagonal, toujours transparentes, qui contiennent les escaliers : un escalier par arête. L'angle extérieur de chacune de ces petites tourelles posant sur le noyau de la tourelle inférieure qui la précède, les spirales des escaliers se suivent sans interruption, gironnant en sens inverse d'une tourelle à la suivante, s' engageant l'une dans l'autre au point de passage, ce qui permet d'avancer rapidement en hauteur, dans un court espace en largeur. Ces petites tourelles se terminent carrément, comme les quatre grandes qui flanquaient la tour jusqu'à la base de la flèche, mais peut-être devaient-elles aussi être couronnées de pyramidions ajourés. — Les espaces entre les arêtes sont également à jour. A la hauteur de la deuxième série d'escaliers, de grands châssis évidés indiquent les pans de la pyramide et unissent les arêtiers. Les frontons de ces châssis portent les inscriptions suivantes : à l'est : « Chrislas nos revocal w^ et : a Christus gratis donat »; au sud : u Christus semper régnât », et : (( Christus et imperat » ; à l'ouest : « Christus rex superat », et : « Christus rex triumphat »/ au nord : (( Maria glorificat », et : (( Christus coronat » .
Au haut des six étages de tourelles, la pyramide est tronquée. Un autre étage commence, qui de loin semble disposé comme les précédents; en réalité, sa base n'est plus hexagonale, mais carrée. Aux angles, quatre tourelles contenant chacune un escalier permettent de poursuivre l'ascension. Ce parallélépipède sert de plate-forme à la lanterne, massif octogonal qui présente quatre faces pleines alternant avec quatre
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faces évidées : la montée se continue par ces dernières, où passent des degrés qui s'appuient sur le mur central de la lanterne, mais qui n'offrent aucun soutien du côté extérieur. Dernières formes : la lanterne s'élargit en une sorte de corbeille ; à l'intérieur de cette corbeille, huit colonnes portent un dais et forment la couronne*, au milieu de laquelle il y a encore des degrés autour d'une vis centrale; mais, plus haut, la montée n'est plus possible que par des crampons de fer : plus haut, — c'est le dais qui s'allonge, et s'évase ensuite en une large fleur, pour se resserrer enfin en une colonne octogone où s'attachent quatre branches horizontales formant une double croix.
A cette (( masse de pierre toute pénétrée d'air et de lumière n , comme écrivait Victor Hugo dans ses Lettres sur Le Rhin, « lanterne aussi bien que pyramide, qui vibre et qui palpite à tous les souffles du vent » , les admirations passionnées n'ont pas manqué à travers les siècles. De notre temps la critique est venue parfois y mêler sa voix : Viollet-le-Duc, qui ne pardonnait pas à la construction d'Ulrich et de Hûltz ses tourelles terminées trop carrément, accordait qu'elle fût u une des plus ingénieuses conceptions de l'art gothique à son déclin », mais « une conception pauvrement exécutée ». Aussi bien de telles réserves ne sauraient-elles troubler l'admi-
I. On a découvert des inscriptions jusque dans ces régions extrêmes (« im oberslen Umbgang der Cronen », dit Schad (p. ^/|), répété par Grandidier (p. 2 23) :« sur la première galerie de la couronne », et par tous leurs successeurs) : les paroles de saint Jean sur l'incarnation du Christ : « Jésus Christus verbixm carofadum est », — « Jésus Chrislus et habilavit in nobis » — , etc. ; — et (voir Piton, Revue d'Alsace, i855, p. 508), sur les bouquets au-dessus «le la couronne, au pied du dais, des écussons Renaissance portant divers monogrammes et inscriptions : armoiries de la ville, armoiries de l'Œuvre Notre- Dame, monogramme et nom de l'architecte Heckler, etc..
DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i5i
ration ^u'on éprouve à la vue directe de l'œuvre. Devant elle, on ne pense pas aux pyramidions chers à Viollet-le-Duc ; on ne remarque pas davantage que la tour et la flèche viennent couronner, presque au milieu du xv^ siècle, une façade commencée avant la fin du xiii^ ; loin de se heurter, les diiîérences de style se fondent dans l'harmonie des lignes ; et la singularité même de cette tour latérale unique n'apparaît plus que comme une originalité devenue familière aux regards, « plus belle encore que la beauté », dirait le poète. Toute cette floraison — le mot de l'évèque Conrad revient à l'esprit — , toute cette floraison de lignes verticales qui, appliquées d'abord sur l'immensité du mur depuis la base de l'édifice jusqu'à la plate-forme, se sont élancées ensuite librement, les liantes baies étroites de la tour, les quatre tourelles qui l'accompagnent, à peine rattachées à elle, enfin les arêtes dentelées de la flèche, — toute cette construction de grès merveilleusement faite de lignes roses où s'encadrent des pans de lumière, étonne par sa hardiesse, mais, délicate autant que majestueuse, elle charme et n'accable point. On aime à l'admirer. On n'éprouve rien, ici, de cette tristesse lourde qui tombe des voûtes romanes, — ni même de cette sérénité un peu grave qui s'impose à l'âme dans la contemplation des nefs gothiques : rêve autant que prière, l'hymne de pierre s'élève, rien ne l'arrête, il va se confondre, transparent et léger, dans l'air libre et le ciel bleu.
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