‹ La cathédrale de StrasbourgChapitre 45 sur 58 · O OU · texte numérisé non relu

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être fatal : les ouvriers de l'Œuvre Notre-Dame avaient bien réussi, tandis que tombaient déjà les projectiles, à démonter tous les panneaux qu'on pouvait atteindre avec des échelles ou par les galeries — 670 panneaux sur 4 600 — pour les mettre en sûreté dans la crypte, mais il en restait encore 3 980 en place, sur lesquels i 221 furent totalement ou partiellement brisés.

Aussi bien, diverses circonstances ont-elles été cause, pour les vitraux, de détériorations particulières. Beaucoup d'entre €ux ont subi des déplacements dangereux; on n'a d'ailleurs pas toujours tenu compte des formes architecturales auxquelles ils étaient primitivement destinés, et quelques-uns, faits pour des baies romanes, se sont retrouvés depuis, mal raccordés, dans des baies gothiques. Plusieurs, en outre, partiellement détruits, furent étrangement complétés par des fragments disponibles de quelque voisin aussi mal en point. Au xvm' siècle enfin, un contrat fut passé avec un vitrier pour la réparation des vitraux, à raison de deux sols par pièce remise en plomb, et le vitrier, pour multiplier les deux sols, commença par multiplier les cassures.

Il est vrai qu'un grand travail de restauration a été entrepris au milieu du xix" siècle (sans parler des réparations rendues nécessaires par les dégâts de la dernière guerre) : le peintreverrier Maréchal, de Metz, fit quelques vitraux neufs, qui ne satisfirent sans doute pas le goût des Strasbourgeois éclairés pour les restaurations savantes*; puis, à partir de 1 845-47»

I. L'érudit Louis Schneegans, bibliothécaire-adjoint de la ville, écrivit lettres sur lettres, au Ministre, à Prosper Mérimée, inspecteur général des Monuments historiques, pour essayer d'obtenir l'annulation de la convention passée avec Maréchal au sujet des fenêtres du triforium, et il ne se consola finalement d'être « vaincu n sur cette question qu'en pensant à sa victoire prochaine sur u le point principal : la suite à donner à la remise en bon état

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Baptiste Petit-Gérard, avec beaucoup de patience et de science, s'appliqua à restaurer les vitraux anciens, à les remettre autant que possible dans leur état primitif. Mais un examen détaillé de ces travaux nous entraînerait trop loin. Nous nous contenterons d'avoir donné ces indications générales sur les divers accidents qui ont affecté la plupart des verrières de la cathédrale, sans rechercher, à propos de chacune d'elles, quel déplacement certain, quelle réparation précise elle eut à subir, — et nous avertissons simplement le lecteur que pour quelquesunes d'entre elles, les restaurations équivalent à une réfection presque totale, encore que respectueuse des témoins et de la tradition. — Nous suivrons dans notre examen l'ordre actuel des vitraux, en commençant par l'est de l'édifice.

Crypte. — Au fond de la crypte, un vitrail (i'*' moitié du XIII* siècle) représente un ange aux ailes déployées, habillé d'une longue tunique qui lui couvre les pieds ; il tient dans la main droite le globe avec la croix, le sceptre dans la main gauche.

Chœur. — Depuis la restauration générale du chœur en i85o, la grande fenêtre qui en occupe le fond, contient

des anciennes verrières» (lettre à Mérimée, 3o juillet 1847, Archives desMonuments historiques) : or, c'est précisément en 18A7 ^"® Petit-Gérard fut seul chargé pour l'avenir de la restauration de toutes les verrières de la cathédrale. Un peu plus tard, au Congrès archéologique tenu à Strasbourg en 1869, le baron de Schauenbourg parla de Maréchal, de Metz, comme d'un artiste habile en verrières neuves, mais facilement « rebuté par la rude et pénible tâche de conscience et de patience de Hiire revivre de ses cendres » une verrière ancienne, tandis qu'il fit un éloge enthousiaste et sans réserve du peintre, verrier strasbourgeois, Baptiste Petit-Gérard : « la main intelligente d'un artiste profondément et spécialement dévoué à cet acte éminent de justice...^ la main d'un artiste blanchi sous les arceaux du dôme..., la main d'un artiste initié à tous les secrets de la peinture sur verre... » Mémoire cité, p. aao.

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un vitrail de Baptiste Petit-Gérard, d'après un carton de Steinheil. Ce vitrail représente la Vierge, les bras étendus, avec l'Enfant sur ses genoux, telle qu'elle figurait sur l'étendard de la ville et sur un panneau du xiii*" siècle qui ont disparu pendant le bombardement de 1870, dans l'incendie de la Bibliothèque Municipale.

Au nord, une figure de saint Henri, bienfaiteur de la cathédrale (milieu du xiii^ siècle) ; il est représenté debout entre deux colonnes surmontées d'un arc en plein cintre où est inscrit le nom du personnage ; il porte une couronne à trois fleurons, un sceptre dans la main droite, dans la main gauche le globe avec une croix au centre; par-dessus sa tunique, un manteau, retenu au cou par une grande agrafe carrée.

Au sud, sainte Catherine (même époque). Les ornements architecturaux représentés sur ce vitrail sont pareils à ceux du précédent, La sainte est habillée d'une longue tunique qui lui laisse le bras gauche libre, et qu'elle retient de sa main gauche qui porte en même temps la palme ; sur la tête, une couronne à larges fleurons.

Croisillon sad. — Les deux roses au-dessus du portail du croisillon sud (milieu du xiii* siècle) comprennent chacune une petite rose centrale, entourée d'un cercle de huit roses tangentes les unes aux autres, qu'entoure un second cercle, de huit roses aussi, mais séparées par des intervalles vitrés. On y lit, non sans peine, une comparaison mystique entre les sacrifices de l'Ancienne Loi et ceux de la Loi Nouvelle, qui rappelle très directement, jusque dans les détails, le Horlus deliciarumK

I. Voir édit. citée, pi. xxii et xiui, et p. 1O-19. Le grand cercle qui entoure la Nouvelle Alliance (pi. xxiii) porte la légende suivante : « Cédai

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L'ensemble des dix-sept roses de gauche représente l'Ancienne Loi. Au centre, un personnage à deux têtes, avec l'inscription en latin : « Duodecim prophète », image symbolique des prophètes, qui voit l'avenir comme le passé. Dans les médaillons qui forment le premier cercle autour de la rose centrale, des bustes de femmes portant les offrandes des sacrifices, avec inscriptions latines explicatives autour des médaillons : l'agneau de l'innocence, « in agno propter innocenciam )), ou le bouc du péché, « in hyrco propter similitudinem carnis peccati ». Enfin, au second cercle, à la droite des deux médaillons du haut où des ornements remplacent sans doute d'anciennes figures disparues, on distingue assez bien, dans les suivantes, Moïse avec les tables de la loi, puis Abraham avec le couteau du sacrifice, ou encore, dans le dernier de la série, à gauche, le chandelier à sept branches.

La rose de droite représente la Nouvelle Loi. Au milieu, le buste de Melchisédech, figuration de Jésus-Christ, d'après l'abbé Straub, « type de l'oblation eucharistique du pain et du vin », dit l'abbé Guerber. Dans les médaillons qui l'entourent, les vertus chrétiennes, Sobrietas, Castiias, Justitia, Paupertas, etc., représentées par des bustes de femmes. Dans les médaillons du second cercle, d'autres vertus encore, et les quatre Évangélistes, bustes d'hommes avec tètes de lion, d'aigle, de bœuf, d'ange, et, dans le médaillon du haut, le Christ bénissant.

Au-dessous des deux roses, les fenêtres en verre blanc antérieures ont été remplacées, en 1847. P^^ ^^^ vitraux de Petit-Gérard qui ne se contentait pas, on le voit, de son grand

ovis, capra, bos. sit victima vera sacerdos » — « Qu'il ne soit plus question d'immoler des brebis, des chèvres et des boeufs ; la vraie victime sera le prêtre lui-même. »

KrÏ-r! ''t"'"i?;'*' '"™"^ représentent les quatre Evangehstes Marc, Mathieu, Jean et Luc. dans la partie supeneure des fenêtres, -les quatre grands prophètes, Ëz&hiel. Jeremie, Daniel et Isaïe, dans la partie inférieure

saiMrT'i-^/ ''''•• '•V;^^^^"^''<= ''horloge, quatre personnages, sain Candide, saint Victor, saint Maurice, saint Exupère le -rtvrs de la légion thébaine • (fin du ..«siècle, mais refait lances ou glaives, cottes de mailles et grands boucliers pointus casques cy indriques dont lun à nasal, ils portent le fostume de guerre du .11= siècle, tel qu'on le voit dans le HoHus deliciavl ■' ^ r ""^""f, ■""■•• P'"^ près du chœur, au-dessus de Luit m-f ; T"" ^«'"'-^"dré, un saint Christophe de huit mètres de haut, portant l'Enfant Jésus sur l'épaule auche (x,„- SI de), la plus grande figure sur vitrail que^'on -onnaisscLa légende de ce saint était très répandue au moven ge - le robuste saint Christophe passant un fleuve, l'Enfant nin sur son épaule et d'elle était née cette croyance qu'on >e pouvait mourir subitement dans la journée où l'onT^^a" ■u son image : de là, les dimensions colossales de la plupart les représentations de saint Christophe». Dans la fenêtre vIL .. Dioclétien avait envoyé dans les Gaules son coUèene de ?'Fn,„- « •

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sine à gauche du spectateur, se partageant la hauteur du

a"; géfnt, saint Mathieu, en haut, saint Barthélémy, en bas

(.'• moitié du xu.' siècle), tous deux assis, tenant un livre a la

"" En face, au mur ouest, saint Florent, à gauche saint Biulfe, à droite (I" moitié du xiV siècle), au-dessous desquels deux bordures représentent, lune, deux hommes portant un tonneau, suivis d'un troisième qui porte une hotte. 1 autre deux hommes tirant et poussant un bœuf par les cornes : signatures probables - et rares dans cette éghse - de donateurs qui furent ici sans doute la corporation des vignerons et celle des bouchers.

Croisillon nord. - Les deux roses du croisillon nord sont beaucoup plus simples que celles du croisillon sud. El es son divisées chacune en six compartiments par des rayons qu nartent d'une petite rose centrale, le verre blanc domine, et Ln'es que près du centre qu'elles sont garnies de verres de couleur à orn'ement végétal. - Au-dessous de ces deux ro s'élèvent deux fenêtres autrement vivantes. Celle de droite ; moitié du xii- siècle) comprend quatre médaillons, 1 un au-dessus de l'autre; les trois premiers (à commencer par le bLtprésententle Jugement de Salomon ; dans le quatrième

eelii ^en haut, un ange, chaussé, à ^^^^^IT^^;^ qui rappelle par ce détail la tradition byzantme d adleurs re rnnai%eàplusd'unautreindicedanscesvitraux;ilpench

le corps légèrement en avant et plie le genou gauche ^ il s ap pro:h^ de'la Vierge qui occupe la partie co-spon -te <! vitrail voisin, il va se mettre à genoux devant elle . c est 1 ang ,a porte d, l'égli» (pour la transporter à l'hôpiUl i. la ville) ,u'ap.c. lui avoi coupé les pieds et les mains.

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de l'Annonciation. — Dans le médaillon du haut de la fenêtre de gauche (même époque), voici la Vierge, en effet, assise, les mains faisant le geste de prière ; autour du médaillon, des sarments stylisés s'achèvent en fleurs de lis. Le restant de la fenêtre se divise en trois panneaux. Celui qui est juste au-dessous de la Vierge représente, sous des arcs en plein cintre supportés par des colonnes à chapiteaux romans, saint Jean-Baptiste, à gauche, saint Jean l'Evangéliste, à droite, tous deux vêtus d'une sorte de toge romaine, et tenant des phylactères. Les deux panneaux inférieurs, un peu moins anciens sans doute (commencement duxiii* siècle), offrent un décor analogue : des arcs aussi, mais retombant sur une colonne plus mince, avec des chapiteaux à crochets postérieurs aux précédents; dans les arcs de l'avant-dernier panneau, le roi Salomon et la reine de Saba; du dernier, David et Salomon.

Au mur est, un Christ sur son trône, bénissant de la main droite, tenant l'Évangile de la main gauche, et, au-dessous de lui, le diacre saint Laurent, debout, appuyé sur le gril, les cheveux apparaissant bouclés de chaque côté de la tonsure (fin du xii** siècle); au bas, en bordure, trois petits bustes de femmes, nimbées, les mains jointes, représentant peut-être la Foi, l'Espérance et la Charité (en partie restaurées, et d'ailleurs moins anciennes). — Dans la fenêtre voisine, proche du chœur : en haut, sous un dais, la Vierge (milieu du xiii' siècle), la tête couverte d'une étoffe blanche, portant sur le bras gauche l'Enfant Jésus, vêtu de blanc : geste tendre de l'Enfant qui de sa main droite touche le menton de sa Mère, geste protecteur des mains maternelles, visage de la Mère un peu penché à droite, les yeux dans les yeux de l'Enfant, tout le groupe est plein de douceur et de vie. Au-dessous, saint Jean-Baptiste

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(même époque), debout, montrant de sa main droite l'Agneau peint sur la patène qu'il tient dans le bras gauche. La bordure bleu et azur qui encadre l'ensemble de ces deux figures rappelle l'écusson de vair des pelletiers et fait supposer que ce vitrail (ou un vitrail plus ancien qu'il remplace? peut-être un saint Jacques, patron des pelletiers?) fut un don de la corporation.

Au mur ouest, une Vierge orante, et, au-dessous, un saint Martin ; à peine quelques fragments sont anciens.

Bas-côté nord. — Les cinq fenêtres du bas-côté nord con tiennent la célèbre série des rois.

La première et la deuxième (les plus éloignées du 'chœur) sont les plus anciennes (première moitié du xiii^ siècle) : un Henri (Henricus rex, dans la circonférence du nimbe), un Frédéric, puis d'autres, plus sûrement reconnus : Henri H le saint, surnommé de Bamberg (Henricus Babinbergensis) parce qu'il résidait habituellement dans cette ville, Otto, Otto H, Otto ni, Conrad, avec un jeune prince devant lui (le futur Henri HT). — Dans les trois dernières baies (milieu du XIV* siècle), un Philippe (de Hohenstaufen?), puis de nouveau Henri de Bamberg (peut-être parce que les bienfaits dont il combla la cathédrale lui donnaient droit à une représentation supplémentaire?*), puis sans doute encore le même, sous le

I. Ou à cause du fait raconté par Grandidier, oav. cité, p. 20 : lors d'ua voyage à Strasbourg, en 1012, l'empereur renonça à la couronne et voulut se faire recevoir chanoine ; l'évêque Wernher, pour annuler l'effet de ce dessein, l'accepta comme chanoine d'abord et lui fit d'après les conciles prêter obéis* sance à l'Église, puis lui proscrivit, au nom de cette Église, de reprendre la couronne? Ou plus simplement à cause de quelque inadvertance, lorsque cette galerie des princes remplaça, totalement ou partiellement, une galerie ■antérieure?

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