LE BAPTISTÈRE
DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i65
Triforiam. — Les vitraux du triforium sont modernes. Ceux du nord, qui sont de Maréchal (quelques-uns de Petit- Kjérard), représentent les ancêtres royaux du Christ depuis Jessé. Ceux du sud, œuvre de Baptiste Petit-Gérard, Pierre Petit-Gérard et Ferdinand Huguelin, d'après les cartons de Steinheil, font remonter la généalogie du Christ jusqu'au premier Adam; les dernières baies ont seules conservé les panneaux d'ornementation (reproductions de panneaux anciens) qui les occupaient jusqu'au travail de Petit-Gérard.
Nef. — Au nord, et en commençant du côté du chœur, la première des hautes baies de la nef (2* moitié du xiii" siècle) contient, dans le haut des lancéolés, quatre figures de papes {S. Clemens, S. Sixtus, S. Urbanus, S. Silvester) et, dans le bas, quatre diacres (S. Stephanus, S. Laurencius, S. Vincen- •cius, S. Ciriacus) ; tous barbus, ils ont des visages semblables et les mêmes attitudes rigides ; les papes portent le palUum blanc à croix noires, ils sont coiffés de la tiare à une seule couronne, sorte de bonnet en forme de cône, tiennent l'évangéliaire de la main gauche et bénissent de la main droite ; les diacres, leurs cheveux bouclés autour de la tonsure, tiennent d'une main des palmes et un livre de l'autre. — Dans la deuxième fenêtre, toujours sur deux rangées, huit guerriersmartyrs (première moitié du xiii* siècle), vêtus de cottes de mailles, l'épée ou la lance dans la main droite, le bouclier à gauche. — En regardant la troisième baie, on est frappé d'abord par la grandeur des deux figures de droite, qui dépassent de beaucoup leurs voisines : on les appelle Dux^c/iacius (celui du haut) c* Dax Marais (celui du bas), martyrs en costumes de chevaLv^rs, l'un tenant son épée des deux mains, la pointe tournée vers le haut, l'autre s'appuyant sur la sienne de la main
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droite. Les six autres figures de cette fenêtre, qui sont sans doute moins anciennes (commencement du xiv^ siècle : S.Arbogastus, S. Maximinus, S. Amandus, en haut, S. Solarius, S. Valentinus, S. Justus, en bas), commencent la série des évêques, — qui ne furent pas tous évêques de Strasbourg, et qui ne sont nullement placés dans l'ordre chronologique. Ils portent l'ancienne mitre basse en forme de bonnet pointu, et un triple vêtement — aube, tunique, chasuble — qui les drape sans raideur; au-dessus de chacun d'eux, un pinacle, où l'on aperçoit, sur les clochetons, des petits oiseaux qui rappellent un détail analogue d'une autre église alsacienne (Westhoifen). L'évêque Valentin rappelle d'ailleurs très précisément, par toute son attitude, par la manière dont il tient sa crosse et la pose sur le bord de la fenêtre, un saint Martin de cette église. — La quatrième et la cinquième fenêtre (même époque) sont occupées chacune par huit évêques, saints ou non; le nimbe porte toujours les noms, mais quelques-uns ne sont pas précédés de l'initiale du mot Sanctas. — La septième fenêtre (la sixième étant occupée par les orgues) est un peu postérieure (fin du xiv* siècle) et très différente. Elle est à deux lancéolés divisées chacune en sept panneaux. Dans les deux panneaux supérieurs, sous l'arc en tierspoint qui termine les lancéolés, deux « prophètes « à barbe blanche, avec des banderoles : l'un est Ezéchiel, l'autre le philosophe Aristote (sa banderole porte : u Aristotiles dicit »). L'ensemble des douze panneaux inférieurs représente le combat des Vertus et des Vices ; les unes et les autres sont également personnifiés par des femmes, aux cheveux flottants, généralement avec un mince bandeau autour de la tête ; les Vertus armées de lances terrassent les Vices ; des banderoles indiquent leurs noms : (à gauche, de haut en
bas) l'humilité opposée à l'orgueil, la foi à l'idolâtrie, la simplicité à la ruse, la tempérance à la gourmandise, la justice à l'iniquité; — (à droite, de haut en bas) l'espérance au désespoir, le courage à la trahison, l'union à la discorde, la chasteté à la luxure, la bienfaisance à la cupidité, la charité à l'envie. On retrouve, non seulement dans le sujet, mais encore dans certains gestes (le maniement des lances, la physionomie des Vices blessés par leurs pointes) le souvenir de la statuaire du portail voisin ; d'autres vitraux alsaciens (Niederhaslach) représentent d'ailleurs le même sujet, avec une disposition presque pareille, quoique avec plus de recherche dans le vêtement et de correction dans le dessin.
Au sud, la première fenêtre (proche du chœur) de la nef contient douze figures (fin du xiii° siècle) distribuées en quatre compartiments verticaux : trois par compartiment, l'une audessus de l'autre, immédiatement, sans aucun ornement architectural pour les couvrir et alterner avec les figures, comme dans les autres verrières de la nef. Ce sont des figures de saintes (en commençant par le haut, à gauche : la Vierge avec l'Enfant, puis S. Catarina, S. Cecilia, S. Odilia, S. Margarita, S. Aurélia, S. Agnes, S. Attala, S. Rosina, S. Lacia, S. Brigida, S. Barbara), assez semblables les unes aux autres, quelques tètes tout à fait de face, les autres légèrement penchées, toutes tenant des palmes d'une main, l'autre main sur la poitrine. La Vierge est très douce, très humaine, sans couronne, les bras de l'Enfant caressant le menton de la Mère. Catherine et Marguerite sont seules couronnées. — Dans la fenêtre suivante (commencement du xiv' siècle), il n'y a que huit figures (quatre lancéolés, mais deux figures seulement dans chacune d'elles);
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c'est la suite des saintes; debout sous des pinacles, ellestiennent toutes des palmes, quelques-unes portent, en outre, la lampe des Vierges Sages. — Les trois autres fenêtres (même époque) achèvent la série; toujours huit figures de saintes dans chacune, toutes avec un diadème sur la tête et des palmes dansune main, l'autre main tenant un globe ou relevée vers le cou et touchant le collier. — La sixième fenêtre (sans doute postérieure : fin du xiv^ siècle ; une de celles qui ont le plus souffert du bombardement de 1870), quoique divisée de la même manière que les précédentes, s'en distinguecomplètement. La moitié supérieure des lancéolés est remplie par l'ornementation architecturale, la moitié inférieure est occupée par les personnages : un par compartiment ; mais, malgré cette division, l'artiste a eu le dessein de représenter une scène d'ensemble : le Jugement de Salomon. Les trois personnages de droite ont leurs visages tournés vers le personnage de gauche. Celui-ci figure Salomon sur son trône, le sceptre dans la main gauche, la main droite désignant le deuxième compartiment; ici, c'est la vraie mère, costume et attitude simples, à genoux sur des marches qui appartiennent au trône du roi; puis, dans le troisième compartiment, le bourreau, appuyé sur sa grande épée, et portant sur le bras gauche un enfant d'aspect trop âgé; enfin, la fausse mère, trop élégante, les cheveux épars^ incomplètement couverts, la main droite levée, la gauche dans sa riche ceinture. Des inscriptions, le long de la bordure des fenêtres, expliquent ces divers gestes : « Der Kunic ach Ez ist din so din Kindelin » (« Le roi : ah ! cest le tien, cest ton petit enfant »)... a Sol ich daz Kinl slahen in zwey i) (« Dois-je couper V enfant en deux? »)... — La dernière fenêtre contient une Adoration des Mages, moderne (Maréchal?).
Presque complètement détruite par un orage en i84o, la
grande rose de la façade occidentale^ toute d'ornementation, végétale, a été refaite par Petit-Gérard en i845.