L'HORLOGE
Le globe qui est au-dessus du planétaire est destiné à rendre visibles les phases de la lune.
Plus haut, on voit les statuettes mobiles qui, avec les chars -des jours de la semaine et les anges de la galerie des lions, attirent plus particulièrement l'attention de la foule. Deux compartiments sont placés l'un au-dessus de l'autre. Dans celui du bas, quatre figurines — les quatre âges — défilent successivement, quart d'heure par quart d'heure, devant la Mort qui se dresse au milieu, entre deux timbres, la faux dans une main, un os dans l'autre : les quatre âges, en passant, frappent sur un des timbres le second coup des quarts d'heure (dont le premier est sonné, comme on l'a vu, par un des anges de la galerie des lions), et, à chaque heure, la Mort laisse tomber sur l'autre timbre l'os qu'elle tient dans la main droite : éternelle, elle sonne la nuit même, tandis que les quatre âges, passagers, ne fonctionnent que pendant le jour. Dans le compartiment du haut, le Christ, debout, tient la croix de la main gauche et bénit de la main droite ; au dernier coup de midi frappé par la Mort dans le compartiment inférieur, les douze Apôtres passent devant le Christ et le saluent, tandis que le coq placé au sommet de la tourelle, à gauche, bat des ailes, agite sa tête et chante trois fois : souvenir du reniement de Pierre.
Le dôme qui couronne cet ensemble est orné de statuettes : au centre, le Prophète Isaïe, par Grass; autour de lui, les Évangélistes.
La tourelle de gauche est ornée de plusieurs peintures. En haut, Uranie, Muse de l'astronomie, plus bas, Copernic, provenant l'un et l'autre de l'ancienne horloge (encore deux œuvres de Stimmer); enfin, un portrait de J.-B. Scjiwilgué, l'auteur de l'horloge nouvelle (fait par Guérin
en 1843). Sur la face de la tourelle vers le chœur, les t^'ois
Parques.
A droite, un escalier à limaçon permet d'atteindre les
étages supérieurs de l'horloge et aussi la galerie qui donne
au dehors.
Les moteurs qui actionnent les diverses parties de l'horloge,
dépendent tous d'un moteur central qu'on remonte tous les
huit jours.
L'indication des heures, des minutes et des jours de la
semaine se transmet à l'extérieur de l'édifice, sur le cadran
qui est au-dessus du portail sud.
L'heure donnée par l'horloge, aussi bien au cadran extérieur du portail qu'au cadran du temps moyen de la galerie
des lions, est l'heure astronomique, qui retarde de 29 minutes
sur l'heure de l'Europe centrale maintenant usitée à Stras-
. bourg.
Sans doute le constructeur de l'horloge du xix* siècle a pris comme modèle celle du xyi% mais il a grandement ajouté à son modèle, en profitant des progrès de la science. Les anciennes indications étaient en partie figurées par la peinture
. et ne pouvaient servir que pour des périodes restreintes ; elles sont reproduites maintenant, mais avec des indications supplémentaires, mécaniquement et à perpétuité. Le fils de J.-B. Schwilgué pouvait non sans raison glorifier son père d'avoir fait autre chose qu'une simple restauration : « une œuvre toute neuve d'invention et d'exécution, dit-il, une
. œuvre qui marque avec la même exactitude des secondes et des périodes dépassant 26 mille années )).
Les Tapisseries. — La cathédrale de Strasbourg possède quatorze belles tapisseries du xvii^ siècle, qui ne sont visibles
que pendant quelques jours lors de la Fête-Dieu, où elles sont suspendues tout le long de la nef entre les piliers*.
Elles représentent quatorze scènes de la Vie de la Vierge : 1° La Naissance; 2° La Présentation au Temple; 3° Le Mariage de la Vierge ; 4° L'Annonciation ; 5° La Visitation ; 6" La Nativité du Christ; 7" L'Adoration des Rois; 8" La Fuite en Egypte ; 9" La Purification ; 10" Jésus au milieu des Docteurs ; II" Les Noces de Cana; 12° La Mort de la Vierge; iS" L'Assomption; 14" Le Couronnement de la Vierge.
Les dimensions de ces tapisseries varient entre 4"", 70 et 4"", 90 de hauteur, 5 mètres et 6", 20 de largeur. La bordure à enfants mêlés de guirlandes de fleurs et de fruits qui encadre chacune d'elles, contient : en haut, dans un cartouche central, la légende en latin du sujet représenté; dans deux autres cartouches de la partie supérieure, de chaque côté du cartouche central, les armes et les initiales (A D C R) de Richelieu (Armand Duplessis, Cardinal de Richelieu); aux angles inférieurs, le blason de l'abbé Le Masle, prieur des Roches, qui fut jusqu'à la mort du cardinal son secrétaire et son homme de confiance (une seule, la deuxième, porte le blason de l'abbé Charpentier, également secrétaire du cardinal); en bas aussi, dans un cartouche central, une mention latine indiquant que ces tapisseries ont été achetées par le chapitre de Strasbourg en 1789; enfin, sept de ces tapisseries^ sont signées en toutes lettres par Pierre Damour, tapissier d'origine pari-
1. Ces tapisseries ont été ctudices pour la première fois, et très complètement, par M. Jules Guiffrey flans trois articles de la Revue alsacienne illustrée (IV, 1902) : La Vie de la Vierge, Élude sur les tapisseries conservées d la
ithèdrale de Slrcubourg. C'est ce travail dont nous donnons ici une rapido ualyse.
2. Une des sept autres, Le Mariage de la Vierge, porte la marque des .itcliers bruxellois; six n'ont pas d'indication d'origine.
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sienne qui travailla d'abord à Reims et qui établit ensuite à Paris (vers i65o) un atelier libre : les tapisseries de Strasbourg ne sont donc pas des « Gobelins », comme on les appelle souvent.
Presque toutes ces indications concordent entre elles, ainsi qu'avec le caractère des tapisseries; une seule ne s'explique pas au premier abord : la mention avec la date de 1739 sur les cartouches inférieurs. Or, elle ne date pas de l'origine : c'est une pièce de remplacement qui occupe sans doute dans ce cartouche la place d'indications antérieures.
Les tapisseries de Strasbourg sont bien du xvii* siècle. Elles se rapportent à un fait historique : Louis XIII, reconnaissant delà naissance du Dauphin (i638), avait voué le royaume à la Vierge ; c'est en conséquence de ce vœu et pour obéir aux intentions de Richelieu, que cette Vie de la Vierge fut entreprise et offerte au chapitre de Notre-Dame de Paris, où elle fut afiFectée à la décoration du chœur. Les deux premières furent exécutées immédiatement (i64o), d'après des peintures de Philippe de Champaigne ; les deux suivantes ont été faites entre 1640 et 1662, les dix dernières de 1662 à 1657.
Lors des travaux qui modifièrent la décoration du chœur de Notre-Dame de Paris (i 699-1 71 4). il n'y eut sans doute plus de place pour ces tapisseries, qui furent par la suite confiées successivement à quelques autres paroisses parisiennes, et que le chapitre, finalement, essaya de vendre : en 1739,. celui de Strasbourg les acheta, pour 10 000 livres.
Les tableaux ne sont ni nombreux ni importants : une Fuite en Egypte de Fragonard (sans doute Alexandre Fragonard, fils d'Honoré?); un Christ en Croix d'après Prud'hon; V Assomption de la Vierge, par Steiber; la Mise au tombeau.
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par Klein; et, à la sacristie du Chapitre, V Adoration des Bergers, par Guérin (sans doute Gabriel-Christian, le neveu du célèbre miniaturiste strasbourgeois de la fin du xviii^ siècle, Jean Guérin).
Les portes^ de bronze qui fermaient le portail principal avant la Révolution furent enlevées le 4 frimaire an II pour être portées à l'arsenal : on les croyait massives, elles n'étaient qu'en bois, avec un revêtement superficiel qui ne fournit que 187 livres de métal. En 1889, le Conseil Municipal vota un crédit de 80 000 fr. pour leur rétablissement ; mais la réalisation de ce projet n'alla pas sans de longues et vives discussions, dont on retrouve l'écho dans les Archives des Monuments historiques. Malgré le vote du Conseil Municipal, Rlotz, l'architecte de la cathédrale, insistait pour que les portes nou velles fussent des portes en bois avec ferrures ciselées, comme celles du portail Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris * ; fina-
1. Voir ; G. Klotz, Recherches sur un bas-relief en brome allribaé aax anciennes portes de la cathédrale..., dans : Bulletin de la Société pour la conservation des Monuments historiques d'Alsace, 187/J-1875 ; voir aussi, — pour les portes nouvelles, — Les Nouveaux Vantaux de la porte principale de la cathédrale de Strasbourg, Strasbourg, Le Roux, 1879, ii'i-S", et Ed. GERSPAcn, Auguste Steinheil, dans : Revue alsacienne, i885.
3. Klotz envoie lettre sur lettre au ministère : le vote du Conseil municipal, écrit-il, a été « entièrement émis sous l'impression des nouvelles portes de la Madeleine à Paris » : mais, pour « une façade du xni* et du xiv* siècle» n, « une clôture en bronze serait un anachronisme » : « la richesse de la porte en bronze se détachant sur les murs nu» de l'époque grecque, romaine et byzantine... nuirait au contraire dans un portail du xiv* siècle aux nombreux bas-reliefs et statues en pierre » ; d'ailleurs, « à toutes les époqties, une porte, lorsqu'elle indiquait une ouverture, ressemblait toujours à une porte et non à une partie intégrante de la muraille » ; enfin, on n'a pas de documents suffisants pour reproduire exactement l'ancienne porte (lettre au ministre, 11 aoûti8/i3; lettre à Grille de Beuzelin, 37 avril i843). En opposition avec Klotz agit Schneegans, l'érudit et ardent archiviste de la Ville ;
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lement, il dut céder à l'opinion contraire, celle du Conseil Municipal, de Schneegans, de Mérimée, du Conseil des Bâtiments civils : ce sont, en effet, des « portes en bronze » (c'est-à-dire recouvertes de bronze), qui ont été placées au portail principal, — en 1879 seulement, mais Klotz étant toujours architecte de la cathédrale.
Les vantaux nouveaux sont en bois de pin, de 6 mètres de hauteur sur 2 mètres de largeur, fixés par hiiit pentures apparentes à l'intérieur. La décoration au repoussé du revêtement de métal, d'après les dessins de Steinheil, comprend des scènes de la vie du Christ et de la Vierge, des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, des ornements empruntés au règne végétal. Tout en haut, des vers latins qui existaient déjà sur les anciennes portes et une mention commémorative de la construction des nouvelles; au-dessous, quatre planètes, d'un côté, et trois de l'autre, avec leurs noms en latin; puis, représentés dans des niches, sainte Marguerite, sainte Agnès, sainte Catherine et la Vierge, à gauche, le Christ, saint Pierre,
il envoie, lui aussi, des mémoires au ministre ; il affirme que les portes de bronze d'avant la Révolution sont bel et bien l'œuvre d'un contemporain d'Erwin et que, par conséquent, leur rétablissement ne serait pas contraire à la tradition gothique; en outre, il a retrouvé le serrurier qui, en 1798, dépouilla les portes de leurs plaques métalliques, il a retrouvé les traces et même l'empreinte de ces anciens ornements ; rien ne s'oppose donc à la réfection des anciennes portes. Le Conseil des Bâtiments civils (26 octobre i8/j3, 3 avril i845), Mérimée, inspecteur général des monuments historiques (^Rapport du 2/1 mai i8/i4), se prononcent contre le projet Klotz et approuvent en principe, sinon dans tous ses détails, le projet Schneegans. Voici une des réserves faites par Mérimée, et qui montre que, sur un point du moins, il partageait les préoccupations de Klotz ; « 11 faut d'abord éviter de continuer sur les portes l'ornementation des voussures. Les figures ne doivent avoir qu'un très faible relief et la différence entre le bronze et la pierre doit être indiquée par la différence du travail. » (Archives des Monuments historiques.)
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saint Paul et saint Michel à droite. Tout en bas, des scènes de combat figurant la lutte de l'homme et de l'esprit du mal ; la dernière scène, au coin de droite, représente simplement une famille revenant de la chasse.
Les cloches. — Les cloches^ sont au nombre de neuf, dont quatre sont affectées au service religieux, les cinq autres au service de la ville ou aux sonneries de l'horloge.
Les cloches du premier groupe sont placées dans le clocher proprement dit, au-dessus de la grande rose de la façade occidentale. Une seule d'entre elles, le gros bourdon, a traversé sans encombre l'époque révolutionnaire, où elle fut conservée pour annoncer les services du culte de l'Être suprême ; c'est une cloche de plus de deux mètres de diamètre, fondue en 1437, par Jean Gremp, de Strasbourg; elle pèse 9000 kilos et il faut six hommes pour la mettre en branle. Des trois autres, deux ont été fondues par Mathieu Edel en 1806; la dernière par son fils en 181 4, en remplacement d'une cloche qui s'appelait Napoléon et qui, placée dans la tour en i8o5, se fendit, si l'on en croit la tradition, le jour même où parvint à Strasbourg la nouvelle de l'abdication de l'Empereur.
Les cinq autres cloches, placées dans la tour octogone audessous de la plate-forme, sont des cloches de service civil, qui n'ont pas souffert pendant la période révolutionnaire. La plus ancienne d'entre elles (1696, d'après Scyboth, 1696, d'après Piton) pèse 2 100 kilos et sert de timbre à l'horloge de la tour
I. Il subsiste encore quelque incertitude dans l'histoire des cloches de la cathédrale. Nous avons suivi de préférence l'article (non signe) d'Ad. Seyboth, paru dans le Journal d'Alsace-Lorraine, et qui se trouve, aux Archives de la Ville de Strasbourg, dans un recueil que l'auteur avait constitué, sans doute en vue d'une suite à donner à son Strasbourg historique et pittoresque.
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pour la sonnerie des heures ; deux autres cloches, moins importantes, l'une de 778 kilos, l'autre de 423 kilos, fondues en 1 787, servent à la sonnerie des quarts d'heure. La cloche qui annonçait autrefois la fermeture des portes de la ville et qu'on sonne encore aujourd'hui tous les soirs de 10 heures à 10 i/4» pèse 2 225 kilos et a été fondue par César Bonbon et Jean Rosier à la fin du xvii" siècle. Enfin, une cloche de 5 000 kilos, fondue en 1 774» est munie de deux marteaux qui servent aux gardiens de la plate-forme, l'un pour répéter à chaque heure la sonnerie de l'horloge, l'autre en cas d'alarme, pour sonner le tocsin.