LA CHAIRE
qu'un commencement d'exécution, puis il fut repris, en 1670, par Conrad Dasypodius, un professeur de mathématiques de l'Université de Strasbourg, fils d'un professeur de grec qui s'appelait Rauhfûss — pied vêla — et qui avait hellénisé son nom. Il eut comme collaborateurs David Wolkenstein, astronome, de Breslau, les frères Isaac et Josias Habrecht, horlogers, de Schaffhouse, l'architecte Uhlberger, Tobias Stimmer, peintre et sculpteur. Cette deuxième horloge marcha pour la première fois le 24 juin 1574. Avec son astrolabe et son calendrier, avec ses personnages allégoriques mobiles, elle précédait dignement, pour l'intérêt scientifique comme pour l'amusement des curieux, l'horloge actuelle : représentation exacte de l'état des connaissances du xvi' siècle, devait dire le constructeur de la troisième horloge, « elle était pour son temps un véritable chef-d'œuvre » . — On a raconté, on raconte encore souvent que les Strasbourgeois s'enorgueillirent de cette œuvre jusqu'à la cruauté, et qu'ils firent crever les yeux à l'inventeur pour l'empêcher d'en construire une pareille dans un autre pays. Peut-être trouve-t-on l'origine de cette légende dans ce fait qu'avant l'achèvement des mécanismes de l'horloge de Strasbourg, Josias Habrecht fut appelé par l'archevêque de Cologne qui voulait faire faire une horloge astronomique dans son château de Kayserswœrth, et que ce voyage coïncida avec la maladie d'une sœur de Josias, qui devint aveugle vers la même époque?... La deuxième horloge fonctionna jusqu'en 1789.
L'horloge actuelle est l'œuvre d'un mécanicien strasbourgeois, J. B. Schwilgué, qui commença à y travailler en i838 et l'acheva en 1842. Aucune des pièces d'horlogerie anciennes n'a pu être utilisée (elles sont encore visibles au Musée de l'Œuvre Notre-Dame), mais le buffet de l'ancienne horloge a
été conservé, et l'ensemble archi tectonique est resté le même qu'autrefois.
Au bas du monument, une sphère céleste indique le temps sidéral, c'est-à-dire le temps des passages successifs d'une même étoile au méridien du même lieu : elle est disposée ici pour le méridien de Strasbourg.
Derrière la sphère céleste s'étend, sur une longueur de II mètres (3", 26 de hauteur), le soubassement du buffet de l'horloge. Il est divisé en trois compartiments.
Celui du milieu est consacré au calendrier. Un anneau métallique de 9 mètres de circonférence porte toutes les indications d'un calendrier perpétuel : mois, dates, noms des saints, fêtes fixes ; il avance d'une division à chaque minuit ; les jours supplémentaires des années bissextiles, ainsi que les indications des fêtes mobiles, se placent automatiquement à leur rang. En bas, à gauche, une petite statue d'Apollon indique d'une flèche la date sur cet anneau mobile ; Diane se contente, sans office spécial, de lui faire pendant à droite. — La partie comprise à l'intérieur de l'anneau du calendrier est destinée aux indications du temps solaire, c'est-à-dire du temps mesuré par les passages successifs du soleil au méridien d'un même lieu. Cercle d'argent où sont marquées les heures de jour et les heures de nuit, horizon mobile, disque doré (le soleil), globe mi-partie argent et noir (la lune), la terre, au centre, figurée par l'hémisphère septentrional, lequel est orienté de manière que le méridien de Strasbourg se trouve dans la verticale : les rapports de ces diverses figurations entre elles représentent le lever et le coucher du soleil, le temps vrai, le mouvement diurne vrai de la lune autour de la terre, les phases de la lune, les éclipses de soleil et de lune. — Dans les angles autour du calendrier, des peintures de Tobias Stimmcr
(1539-1084) ' l'Assyrie, la Perse, la Grèce et Rome, représentées par quatre guerriers armés.
Les deux compartiments voisins sont consacrés : l'un (à gauche du spectateur) oMcomput ecclésiastique, dont le mécanisme sert à déterminer, le 3i décembre, à minuit : le millésime de l'année nouvelle, toutes les indications des cycles (cycle solaire, cycle lunaire ou nombre d'or) pour cette année, les lettres dominicales qui, dans les calendriers perpétuels, marquent le dimanche, la date de Pâques qui, transmise immédiatement au calendrier, entraîne avec elle la fixation des autres fêtes qui en dépendent ; l'autre compartiment (à droite) aux équations solaires et lunaires, dont les organes mécaniques amènent, avec une parfaite précision, et pour un temps indéfini, la représentation des mouvements apparents du soleil et de la lune.
Les deux corniches superposées, au-dessus du soubassement que nous venons de décrire, sont occupées par des peintures de Tobias Stimmer, panneaux tout en largeur (le premier a exactement 1 74 centimètres dans ce sens et 36 centimètres seulement sur la hauteur) : — sur les côtés, à gauche : la Création (le monde sort du chaos; au milieu, un globe avec le mot Dieu en hébreu, en grec et en latin), et la Résurrection (un rayon de soleil traverse diagonalement le panneau, et les morts se réveillent à cette lueur) ; à droite : le Jugement dernier (le Christ en Juge du monde, les bras étendus, le sceptre et la palme dans la main droite, le glaive et la discipline dans la main gauche) et le Triomphe de la Foi (la Mort au milieu du panneau; d'un côté, une femme richement vctue élève dans sa main la coupe de la vie mondaine; de l'autre, trois femmes, l'une, les mains jointes, les yeux levés au ciel, une autre tenant un cœur dans sa main, une troisième la croix, représentent la Foi, l'Espérance et la Charité); — au
milieu, dans la corniche supérieure, représentées par deux femmes étendues, la Mort, châtiment du péché, la Vie éternelle, récompense de la vertu ; tandis que la corniche inférieure est percée, au milieu, d'une ouverture par où l'on voit apparaître sur une saillie, successivement, les sept jours de la semaine sous la forme de sept divinités traînées par des chars antiques : Diane, le lundi ; Mars, le mardi ; Mercure, le mercredi; Jupiter, le jeudi; Vénus, le vendredi; Saturne, le samedi; Apollon, le dimanche.
Au-dessus, la galerie des lions, ainsi nommée à cause des deux lions, avec les armes de Strasbourg, qui proviennent de l'ancienne horloge ; contrairement à une légende persistante, ils n'ont jamais rugi. Au milieu de la galerie, un petit cadran destiné à l'indication du temps moyen, c'est-à-dire des heures égales, d'usage courant, dont l'avance sur les heures solaires les plus longues compense à la fin de l'année le retard sur les plus courtes. Aux côtés de ce cadran, deux anges : l'un, avec un sceptre et un timbre, sonne le premier coup de chaque quart d'heure ; l'autre tient un sablier, qu'il retourne au dernier coup du quatrième quart de la sonnerie des heures.
La galerie des lions est surmontée d'un planétaire construit d'après le système de Copernic. Au centre d'un cadran, un disque doré (le soleil) d'où partent douze rayons qui aboutissent, sur la circonférence du cadran, aux signes du zodiaque; sept petites sphères mobiles représentent Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, la Lune, et leurs mouvements autour du soleil — le disque doré — lequel reste immobile. — Dans les angles autour du planétaire, quatre peintures de Tobias Stimmer : les quatre saisons figurées par les quatre âges de l'humanité.