II. « Qui acheva la haute tour ici à Strasbourg
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La cathédrale chaque jour plus célèbre attirait à elle l'admiration enthousiaste des étrangers. C'est alors (i 432) qu'^Eneas Sylvius Piccolomini * parla de cette tour « merveilleuse qui va cacher sa tête dans les nuages » ''■. Et bientôt Ludovic le More, régent du duché de Milan pour le compte de son neveu Jean <jaleas Sforza, écrira (i48i) aux membres du Magistrat de Strasbourg, en vantant la magnificence de leur cathédrale, pour leur demander un architecte capable de diriger la construction du dôme de Milan.
Entre ces deux dates, la gloire grandissante de l'œuvre fit rendre à ses ouvriers et à ses maîtres un hommage qu'il est intéressant de noter dans l'histoire de la cathédrale. Lorsque les associations de maîtres-architectes-tailleurs-de-pierre de l'Empire, réunies à Ratisbonne en 1469, s'organisèrent en une association commune, elles arrêtèrent que Jodoque Dotzinger, architecte de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg^ ei ses successeurs seraient grands-maîtres et juges suprêmes des ateliers de l'Empire, et que l'atelier de Strasbourg serait le grandchapitre de l'association.
Ce double hommage, rendu à |la gloire de la cathédrale par les autres cathédrales, au labeur de son atelier par les autres ateliers, venait saluer jusque dans le passé déjà lointain la mémoire du grand Erwin, le premier artisan de « Vœuvre glorieuse » et aussi le créateur traditionnel de la corporation qui en avait après lui poursuivi et parachevé l'exécution. Tel avait été, en effet, le renom de l'architecte de la façade occidentale que la tradition ne s'était pas contentée pour Erwin d'une seule
i. Ancien étudiant de Strasbourg, humaniste illustre, et futilr pape (Pie II).
3. « duabus ornala lurribus, quarum altéra, qnx perfecla est, mirabile
cpas, capnt inter nubila condit. » (Germania, ch. IX.) 3. De lUbi à 1473.
3o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG.
gloire, mais qu'elle avait ramené à lui toute l'histoire de l'édifice, qu'elle avait fait du maître des dernières années du xiu^ siècle l'organisateur de l'avenir même : c'est ainsi qu'Erwin aurait constitué ses collaborateurs en une association, sous la tutelle de l'évêque Conrad et de l'empereur Rodolphe, association qui aurait obtenu une lettre d'indulgence et des privilèges du pape Nicolas III dès 1278. Beau rôle d'homme d'action, belle vision de précurseur. Mais les preuves manquent. Ce qui est probable, c'est simplement qu'il y avait, dès l'époque d'Erwin, dans l'atelier des tailleurs de pierre de l'CËuvre Notre-Dame, des habitudes qui devinrent peu à peu des traditions, — et que l'éclat de la construction de Strasbourg assura vite à cet atelier un des premiers rangs dans les communautés de tailleurs de pierre qui s'établirent ensuite dans toute l'Allemagne. A Strasbourg même, l'importance des tailleurs de pierre de la cathédrale continua de grandir au cours du xiv*" siècle. Confondus, par l'organisation des tribus consécutive à la révolution populaire de i332, dans les métiers qui formèrent alors la tribu des tailleurs de pierre et des maçons * , ils s'étaient reconstitués en communauté indépendante en i4o2, à la suite de contestations relatives à la grande bannière de la tribu et d'un jugement du grand sénat; enfin, — probablement à l'époque d'Ulrich d'Ensingen, — ils, avaient jeté, d'après des traditions remontant à Erwin, les bases de cette association que, quelques années plus tard, Jodoque Dotzinger de Worms, maître d'œuvre de Strasbourg,
I. Le maîlre-tailleur-tle-pierre est supérieur, à Strasbourg, au maître-maçon. Tandis que, de l'autre côté des Vosges, les maçons étaient les maîtres d'œuvre des édifices religieux, ils ne sont ici que des gens de métiers, employés surtout i aux constructions civiles ; les vrais artistes, ce sont, au contraire, les tailleurs- ' de-pierre.
NOTICE HISTORIQUE. 3i
réorganise et étend à toutes les associations de tailleurs de pierre de l'Empire, convoquées par ses soins*. Les statuts communs qu'adoptèrent ces réunions générales de Spire, de Strasbourg, de Ratisbonne, furent à plusieurs reprises contresignés par l'autorité impériale, et la « loge ))^ de Strasbourg conserva sa situation prépondérante jusqu'à ce que, la ville ayant passé sous la domination française, les autres ateliers furent déclarés indépendants de sa juridiction par décision impériale et la grande maîtrise attribuée au maître d'oeuvre de Saint-Étienne de Vienne, — mais à une époque où l'architecture et les mœurs avaient changé de caractère...
L'honneur que l'assemblée de Ratisbonne faisait à Jodoque Dotzinger, maître de l'œuvre en l'an 14^9, allait, en même temps qu'à lui, à tous ses prédécesseurs et, d'avance, à tous ses successeurs, — à tous les maîtres et à tous les ouvriers de l'œuvre, — à l'œuvre même.