La Cathédrale de Trèves du IVe au XIXe siècle
Un nom béni, cher à la contrée rhénane, le nom impérial d'Hélène, appelle nos lecteurs aux parvis de l'antique métropole des Gaules : « Treviris quae Galliarum metropolis est », dit Alcuin.
En 328, saini Agrèce, chef de la communauté chrétienne de Trêves, consacra le palais d'Hélène 1 , sous l'invocation du prince des apôtres , l'érigeant en métropole de la première Belgique. Dieu protégea l'œuvre de foi , tandis qu'à Trêves , les puissantes créations de l'art païen n'offrent plus que des arènes désertes, que de pompeuses ruines auxquelles on prête le nom de Thermes, qu'une porte de Mars colossale (« porta Nigra»), qui commande l'étonnement et l'admiration , comme le témoigne Jean Heiss :
mais qui , grandeur déchue, est outragée par le temps et les hommes; tandis qu'aux abords de la cité, le sol, laborieusement interrogé sur les splendeurs
1. « Anno dominicae incarnationis 368, sanctus Agricius Trebirorum praesul efficitur. Hic... domum beatissimse Helenae, exclusis ab ipsa cunctis paganismi spurcitiis, in honore sancti Pétri dedicavit, et caput ecclesiœ treberensis ut esset instituit». Voir les «Gesta Treverorum », ch. m, dans les « Monumenta Germanise historica », de Pertz, tome VIII, page 152.
2. « Simeonia», par Jean Heiss, ms du xvn* siècle, biblioth. de Trêves.
« Adeo illnstris effecta (Treviris ), ut recte seconda Ruina... dici valuerit ».
Léo X, « Litt. » 26 janna., 1514.
Romana potestas
Tantorum valuit saxorum attollere pondus 4
du palais de Gratien , ne nous livre qu'une vaine évaluation de dimensions, c'est-à-dire l'étendue seule de ce vaste tombeau des gloires impériales 1 , voici qu'après quinze siècles, le temple d'Hélène nous ouvre encore son enceinte révérée, voici que le quatre-vingt-quatorzième successeur d'Agritius et des milliers de voix y célèbrent les louanges du Dieu de nos pères.
Hincmar de Reims écrivait au ixe siècle : « Domus ejus (Helenae) facta ecclesise pars maxima » 2. En effet , la délimitation orientale de la construction romaine , enclavée dans la cathédrale actuelle, est marquée à l'extérieur par le gable qui précède la courbure de l'abside, et par les murs terminaux des chapelles collatérales ; l'intérieur, par l'enmarchement du sanctuaire. A l'occident , la ligne de démarcation passe par le pilier auquel est adossée la chaire, le pilier qui lui fait face et les pilastres correspondants engagés aux murs d'enceinte. Le tout donne un carré parfait de 121 pieds de long dans œuvre, de 132 pieds hors œuvre, sur autant de large.
Une entrée latérale , notablement surhaussée par la porte actuelle, donnait accès dans le bas-côté nord, et le collatéral sud présentait sans doute une disposition analogue. La façade devait compter plusieurs entrées; car la basilique de Pompéïa, plus petite, en possédait cinq, et celle de Saint-Paul sept. Les murs d'enceinte étaient percés de deux étages de fenêtres , selon M. l'architecte Schmidt 3 ; quatre à chaque étage et à chaque face du monument, qu'une abside, du moins on le suppose, terminait à l'orient. M. Schmidt admettrait volontiers un « atrium » ou un portique, problème dont une fouille pouvait seule donner la solution.
A l'intérieur, quatre colonnes 4 disposées en carré, mais espacées (du nord au sud) par un entrecolonnement double de la distance qui les séparait des murs d'enceinte, ouvraient trois travées; la centrale était plus spacieuse que les deux adjacentes. Ces colonnes, reliées entre elles par de grands arcs-doubleaux et formerets, se rattachaient également aux murs d'enceinte,
1. Les fouilles exécutées en 1846 ont constaté, dans les fondations, une longueur de 800 pieds sur 500 de largeur.
2. Pertz, « Monum. », tome VIII, page 151, « Vita sanctae Helenae ».
3. En décrivant le monument, nous nous aidons de l'excellent travail de M. Schmidt, déjà cité avec éloge dans les « Annales Archéologiques » ( « Baudenkmale der Romischen période, etc. ») ; et nous faisons abstraction complète des modifications que devaient y apporter les investigations de M. de Wilmosky, et notamment les fouilles exécutées sous sa direction. Cette contre-enquête , ce compte-rendu, trouvera sa place dans la suite de notre travail ; d'ailleurs cette division nous est imposée par la circonstance des fouilles dont il serait prématuré de tirer induction, alors que la pioche est encore à l'œuvre .