I. — PÉRIODE ROMAINE (IVe SIÈCLE
La donation de l'impératrice Hélène est un fait très-acceptable; elle a dû avoir lieu, rigoureusement, entre 314 et 326 ou 327. — Que l'évêque Agricius ait transformé en basilique une salle du palais, ou qu'il ait édifié sa métropole dans l'enceinte du palais, la date de la consécration produite par les « Gesta treverorum » (328) n'est pas inadmissible.
Le monument romain, carré parfait, s'ajourait sur trois faces, par deux rangées de cinq fenêtres superposées. — Pas d'abside saillante à l'orient. — La façade occidentale donnait accès aux fidèles par trois arcades, de la largeur des nefs. Deux ordres de trois arcades, plus étroites, également à jour, étageaient le rez-de-chaussée. Entre les arcades des pilastres de renfort, aux flancs de la façade, deux tours carrées logeant un escalier. — La présence d'un atrium est indiquée par la convenance locale, l'indice architectonique du eantharus, et la tradition populaire, perpétuée par le nom usuel de Paradis, synonyme d'« atrium» au moyen âge, mais primitivement, désignation de la plantation d'arbres à l'atrium de la basilique chrétienne.
A l'intérieur, le monument était subdivisé en trois nefs et trois travées d'inégale grandeur (la centrale plus spacieuse que les adjacentes), par quatre colonnes de granit (monolithes mesurant [\0 pieds de hauteur), à chapiteaux de marbre blanc corinthien des bas temps, lesdites colonnes reliées entre elles comme aux pilastres engagés dans les murs d'enceinte, par de grands arcs. L'espace compris dans la croisée actuelle surhaussait dè quatre pieds le sol
du monument, et l'on y montait des nefs par un emmarchement de cinq degrés. Cet exhaussement, orné d'un lithostroton, aura fait partie du chœur de la basilique; l'embasement d'une construction hémicyclaire semble y indiquer la place de l'empereur.
Les murs d'enceinte étaient intérieurement revêtus de marbres précieux, et dans le haut de l'édifice régnait la mosaïque : ajoutez 'que les fouilles ont mis au jour des fragments d'ornementation sculptée sans nombre, voire des spécimens de figures en relief.
La forme carré parfait et l'absence d'abside saillante à l'orient n'infirment pas l'hypothèse d'une basilique, l'ordonnance pouvant être imposée par les exigences locales, notamment les demeures sacerdotales quasi adhérentes à l'édifice. On pouvait également suppléer à l'abside saillante par une disposition intérieure, témoin les basiliques africaines, découvertes en Algérie.
Le règne de Constantin est une renaissance monumentale, et Trêves en est le berceau. L'ère de cette renaissance s'ouvre pour Trêves à l'année 306, et pour le reste de l'empire, elle ne saurait réellement dater que de 324, alors que Constantin règne seul. Mesurer notre basilique au taux des basiliques élevées par ce prince, à Rome et à Byzance, c'est donc faire de l'archéologie rétrospective.
L'influence byzantine est nulle à la métropole romaine de Trêves, et bien qu'il s'agisse des hauts temps chrétiens, l'architecte du ive siècle pouvait, ce semble, combiner spontanément l'ordonnance adoptée, en tant qu'il eût réellement un monument à construire et non une salle impériale à approprier au culte chrétien.
Il ne subsiste de romain, dans la cathédrale actuelle, que les murs d'enceinte, noyant des arcs de décharge à double et triple rangées de claveaux concentriques, chaque rangée extradossée d'une chaîne de briques à plat, marque distinctive de l'appareil romain à Trêves; à l'intérieur quelques naissances et fragments d'arcs.