Gcsta » passim, c.liiii
1 1 est donc bien et dûment établi que, durant la huitième décade du xne siècle, et à plus forte raison au xm\ la généralité des chanoines résidait hors du claustrum occupé par l'école du Dôme, les vicaires et le reste du bas clergé, ces derniers observant la réfection commune, car Jean prescrit que le desservant de la chapelle Saint-Etienne assistera au chœur et au réfectoire. Ce local est par la suite mentionné de temps à autre, ainsi lors de la grande querelle entre l'électeur Henirich von Fistingen (1261-1286) et l'abbaye de Saint- Mathias, l'abbé interjette appel comme d'abus de pouvoir, et ce document porte : facta est hsec appellatio in refectorio majoris ccclesige. En mars 1/|73, c'est également au réfectoire que l'on procède à l'élection du recteur de l'université de Trêves, installée ce même jour.
Concluons que le claustrum et le cloître formaient un ensemble; que si, aux termes de la bulle, les bâtiments du claustrum étaient « nimia vetustate consumptum » , à fortiori, le cloître, plus exposé à l'action de l'atmosphère. Mais d'autres constructions capitulaires pouvaient s'élever à distance du cloître? En ce cas, Neller les aurait indiquées dans sa minutieuse topographie des paroisses de Trêves, car il tient bon compte du passé, et signale, par exemple, la « curia canonicalis majoris ecclesiae » comme située, antérieurement h 1223, sur l'emplacement du couvent des dominicains.
Reste à nous édifier sur l'époque de la construction du cloître actuel. A vrai dire, interrogez le monument-, il plaidera pour et contre. Pénétrons dans le cloître par la cathédrale, et les chapiteaux d'angle, tout d'abord en vue, nous offriront des tailloirs à pans, que l'on pourrait dater du xive siècle, et qui ne se rencontrent plus dans le reste du monument. Les premières travées de la galerie du nord sont flanquées de contre-forts d'une venue, sans redans, à toit en talus, et qui semblent les plus anciens. Nul doute qu'on n'ait pu commencer le cloître durant l'édification de Notre-Dame, en procédant de l'est à l'ouest; mais il se trouve que les derniers contre-forts de notre galerie sont pourvus d'un redan disposé en larmier, d'un toit en dos d'âne, dont le galbe est orné d'un arc trilobé, gothique, dirions-nous, si, sur trois exemplaires, il ne s'en trouvait deux romans. D'autre part, aux contre-forts des travées correspondantes de la galerie du midi, le tracery des gables est plus avancé que partout ailleurs, et joint les rosaces aux arcs brisés. Redescendons cette même galerie vers l'ouest, les gables portent l'arc trilobé roman. Les nervures des voûtes sont piriformes; à la cinquième travée au nord, l'arc-doubleau, par exception unique, offre un profil roman, ajoutez que les deux chapiteaux correspondants n'inscrivent que cet arc, des consoles adjacentes recevant les arcs diagonaux. Ceci résulterait simplement, selon M. de Wilmowski, de la négligence des
ouvriers, lesquels, cheminant de deux points opposés, se trouvaient forcés de recourir à une allonge pour opérer la jonction. On a donné un méplat aux moulures de la chapelle tumulaire; mais celles de la salle capitulaire, à l'étage au-dessus, restent piriformes, et, de part et d'autre, les tailloirs des chapiteaux sont démembrés de la base attique. Quant aux grandes baies, où la rose est maintenue par deux arcs brisés , nous persistons à croire que l'ampleur de ces jours a suggéré l'emploi de l'ogive.
Les colonnettes engagées des galeries sont écourtées, reposent sur de hautes bases pentagones; mais, à part les chapiteaux d'angle en face du portail de l'église Notre-Dame, et dont les corbeilles sont des masques humains tenant en bouche les queues des dragons ailés qui rongent leur chevelure, tous les chapiteaux sont feuillagés, et c'est une flore gothique des mieux épanouies. Faute de planches annexées au texte, nous nous abstenons d'herboriser, bien qu'en sus des espèces connues, telles que chêne, fraisier, vigne, rosier, convolvulus, violettes, renoncules et bien d'autres, il se rencontre en ces galeries émaillées des variétés et des hybrides intéressantes à caractériser. L'étage de la galerie de l'est n'ouvre sur le préau que des baies géminées ou triples et purement romanes. En revanche, la végétation des chapiteaux est d'un gothique même exubérant. Notons une singularité : les bases des colonnettes se terminent en manière de corne dont la pointe est fichée de biais dans l'appui , motif que l'on retrouve à l'une des consoles de l'entrée du cloître. M. Schnaase donne un spécimen de ce genre tiré de l'église cistercienne de Riddagsausen, et signale des analogues à Saint-Sébald de Nuremberg et aux Dominicains de Ratisbonne. MM. Kugler et de Wilmowski n'hésitent pas à déclarer le cloître postérieur à l'église Notre-Dame. Nous admettons qu'il ait été commencé durant le première moitié du xiiic siècle, mais la majeure partie se réclame de la deuxième. Dès lors, l'électeur Heinrich von Fistingen (12G1-1286) ayant construit ou restauré somptueusement («sumptuosissime») force châteaux, voire son palais de Trêves (« cum omnibus cameris et œdificiis »), il semblerait qu'une large part dût lui être attribuée.
Le tombeau de cet archevêque devait être une œuvre d'art méritante (xme siècle), si l'on en juge par le spécimen iconographique publié dans le douzième volume des « Annales Archéologiques » de M. Didron, page 168, d'après un dessin de M. de Wilmowski, et apprécié par ce dernier en ces termes : « C'est un sujet caractéristique, rarement traité peut-être, que celui des deux arbres du paradis, l'arbre de vie et celui de la science du bien et du mal, issus d'une même racine, entés sur un même tronc. Ce tronc a projeté deux branches. L'une étend ses rameaux dans la direction de la cathédrale
même, vers l'abside, vers l'horizon où le soleil se lève ; l'autre vers le couchant, vers le portail occidental. L'une porte les fruits de la vie éternelle et bienheureuse, l'autre incline les fruits de la mort. Les gaines de la première s'entr'ouvrent et laissent apercevoir de gracieuses têles d'anges ornées de deux petites ailes ; les gaînes de la seconde mettent à nu des têtes de mort, et le feuillage crispé de cette gaîne occidentale offre l'image de la souffrance et de la malédiction qui pèse sur le péché. Le serpent s'est enroulé autour de l'arbre. Il se détourne des branches qui portent la vie, tandis que sa tête s'allonge vers les fruits qui portent la mort. Le spectateur arrête de préférence son regard vers le côté opposé, qui lui offre l'emblème de la vie éternelle » . — Nous croyons que les ailes symbolisent ici la subtilité des corps dont parle saint Paul : « Rapiemur in nubibus obviam Ghristo » (nous serons ravis dans les nuéees au-devant du Christ), et que ces têtes angélisées sont des têtes d'élus.
Terminons, non pas notre monographie, mais notre étude en rappelant le mot du professeur Kugler : « La cathédrale de Trêves est un véritable palimpseste » .
Babon F. de ROISIN.
Trêves, avril 4859.
NOTE ADDITIONELLE