‹ La Cathédrale du MansChapitre 13 sur 20 · LES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX

en fut enlevé sous Tépiscopat de M*''^' de Grimaldi,

Photo G. Fleury.

Tombeau de Guillaume du Bellay

qui le fit placer sous Tenfeu où on le voit aujourd'hui.

Après la Révolution furent également rapportées

dans cette chapelle les principales parties du tombeau de Guillaume Langey du Bellay, qui constituent encore un ensemble des plus intéressants. Les proportions architecturales du monument ont été modifiées et très réduites, mais le tombeau est conservé intact. Du Bellay est représenté de grandeur naturelle, à demi couché, accoudé sur son casque et tenant une épée de la main droite; des livres sont placés à côté de lui. Le corps du tombeau, en marbre blanc, est supporté par des sphinx en marbre noir; il est couvert de nombreux petits personnages finement sculptés ; dans des scènes variées et mouvementées luttent gracieusement des tritons et des naïades. Parmi les débris de Tancien monument on peut encore remarquer les trophées d'armes placés dans la partie basse, et les vigoureuses cariatides dressées sur les côtés, aux figures si énergiques et dont l'ensemble est si finement traité. Le sculpteur de cette belle œuvre est inconnu; on Ta attribuée à tort à Germain Pilon, mais elle est digne de lui. Ce tombeau avait été érigé en 155^ dans la chapelle du chevet.

Les vitraux. — Les nombreux rragments de verrières anciennes, actuellement conservés dans la cathédrale du Mans, offrent un ensemble des plus rares et des plus intéressants, en ce qu'ils fournissent des spécimens de l'art du verrier, dont quelques-uns peuvent remontera la tin du xi*" siècle; ils permettent aussi de suivre les progressions et les transformations de cet art jusqu'au xvi^ siècle.

On y peut étudier, avec les variantes du coloris, les

YlTRAIL SYMBOLIQUE DE l'a^'CIEN ET DU NOUVEAU TESTAMENT

(xiii*^' siècle)

D'après un calque en couleurs.

Extrait de E. Hucher : Les vitraux peints de la cathédrale du Mans.

•diverses inspirations qui ont guidé les artistes

dans la série des siècles. Dans les vitraux du xi'

YiTHAiL DE Saint Gekvais et , de Saint Pkotais, Extrait de E.Hucher: Les vitraux peints delà cathédrale du Mans.

et du xii^ siècle, on trouve particulièrement des scènes de la vie de Jésus-Christ et de la vie des-

saints patrons de la cathédrale. Au xiii° siècle, les verrières renferment surtout des scènes allégoriques, accompagnées des portraits des donateurs et des bienfaiteurs; avec le xv° siècle, nous revenons aux scènes du Nouveau Testament.

Malheureusement ces verrières ont été souvent endommagées par des causes diverses ; dans les fenêtres inférieures, elles ont été en grande partie l^risées par les Huguenots en 1062 ; dans les fenêtres plus élevées du chœur, elles ont été, sur la façade méridionale, plusieurs fois détériorées par les orages, notamment en i858.

Les débris les plus importants des verrières du xii° siècle avaient été jadis réunis dans les fenêtres, du xiii'' siècle, de la chapelle de la Vierge ; mais depuis quelque temps, ils ont été restaurés et replacés, pour la plus grande partie dans les fenêtres romanes du bas de la nef. C'est ainsi que dans les petites fenêtres du pignon occidental, on peut voir la légende de saint Gervais et de saint Protais, d'une fa(îture très archaïque. Dans les dernières fenêtres des deux bas côtés, on remar- ([uera également plusieurs scènes empruntées à diverses légendes, entre autres à celle de saint Etienne ^ Mais le morceau le plus caractéristique est placé dans la deuxième fenêtre du bas côté méridional ; il représente l'Ascension. Il est géné-

^ Un autre panneau du xii*^ siècle, repi'ésentant le martyre de saint Etienne, a été placé dans une des fenêtres de la chapelle de Saint-Julien.

ralement considéré comme le plus ancien spécimen connu de la peinture sur verre ; mais les deux panneaux inférieurs sont seuls anciens; dans la partie haute du vitrail, le Christ qui monte au ciel, accosté de deux anges, est dû à une restauration moderne. Dans les deux panneaux inférieurs, où sont groupés les Apôtres et la Vierge debout, couronnée et regardant le ciel, on reconnaît au contraire les procédés curieux d'un art primitif avec ses hachures fermes, régulières et multipliées qui indiquent la main d\m maître.

Quelques fragments de vitraux du xii^ siècle se voient aussi dans la grande fenêtre du pignon, audessus de la porte centrale. Plusieurs scènes de la vie de saint Julien, entourant le panneau central qui est moderne, ont été conservées dans cette verrière, restaurée à deux époques différentes, en 1840 et en 1896.

Les vitraux du xiii^ siècle sont placés dans les fenêtres du déambulatoire, au-dessus du triforium, dans les fenêtres du chœur, et aussi dans celles de la chapelle absidale.

Dans les fenêtres élevées du chœur, les personnages sont de grandes dimensions, presque tous de grandeur naturelle. Ils représentent, à côté des prophètes, des apôtres et des évêques, les bienfaiteurs et les donateurs des vitraux ; c'est à ce titre qu'on y peut voir les membres des corporations, des drapiers du Mans, des fourreurs, des architectes de la cathédrale, des ecclésiastiques, des boulangers. Les travaux de cette dernière corpora-

tion sont particulièrement détaillés dans la première fenêtre du coté droit. En quatre scènes différentes,

Vitrail de l'Ascension,

D'après un calque en couleurs. Extrait de E. Hucher : Les vitraux

peints de la cathédrale du Mans.

on voit les boulan<^ers versant le blé dans un sac et

le mesurant, d'autres pétrissent le pain et le remettent à des personnages qui le posent sur une pelle devant un four dont les flammes jaillissent. Enfin le pain est retiré du four et placé dans de grands paniers ; toutes ces scènes sont très réalistes.

A la fenêtre centrale, on remarque, au-dessous du Christ et de la sainte Vierge, l'évêque Geoffroy de Loudun, qui y est représenté deux fois; ce fut sous son épiscopat (i 234-1255), que le chœur fut consacré. Les fenêtres du coté méridional ont été malheureusement brisées en i858 ; quelques-unes sont entièrement modernes.

Les fenêtres du déambulatoire sont généralement d'une meilleure conservation ; du reste, elles ne se composent pas de vastes sujets qui embrassent l'ensemble des compartiments, mais d'une série de médaillons dans lesquels les donateurs ont bien souvent fait représenter leurs patrons en les actes principaux de leur vie. Toutefois, dans la fenêtre du milieu, on retrouve de grands personnages. Saint Gervais et saint Protais occupent la première et la troisième lancette, tandis que dans la lancette du milieu, on voit le donateur à genoux, aux pieds de la Vierge couronnée, assise, et portant son divin Fils sur ses genoux.

Les médaillons des autres fenêtres reproduisent parfois d'intéressantes légendes se rapportant à l'histoire locale, à la vie des saints et à la sainte Vierge. Ainsi, dans la quatrième fenêtre du déambulatoire, la verrière, donnée par l'abbaye d'Evron, rappelle l'histoire miraculeuse de la fondation de

ce monastère. On y voit le pèlerin revenant.de Terre-Sainte, arrêté au pied d'un arbre et y accrochant son sac, dans lequel est renfermée la relique qu'il rapporte ; puis il se couche et s'endort ; pendant son sommeil, l'arbre a grandi et le sac est hors d'atteinte ; les habitants venus au secours du pèlerin veulent en vain couper l'arbre ; survient l'évoque qui fait le signe de la croix ; l'arbre aussitôt s'incline et permet de prendre les reliques. La Vierge avait ainsi manifesté son désir d'être honorée en ce pays, et l'aljbaye d'Evron fut alors élevée en son honneur.

A coté de cette légende locale, se trouve l'histoire de Théophile, reproduite si souvent dans les autres cathédrales et qu'on rencontre même trois fois dans la cathédrale du Mans^ La vie de la Vierge et ses miracles y est aussi artistement développée, comme dans la chapelle de la Vierge-, en des scènes intéressantes, empruntées au De gloria inavtyvam de Grégoire de Tours. On y voit particulièrement les enfants dressant les colonnes du temple élevé à la Vierge par l'empereur Constantin, l'ange qui dépose une quantité de pièces d'or sur l'autel du couvent de Jérusalem, éprouvé par la disette, et enfin le fameux miracle du peintre que le diable fait tomber de son échafaud, mais que la Vierge, qu'il vient de peindre sur le mur,

^ On la voit dans la quinzième lancette de I3 chapelle de la Viei'ge, dans le déambulatoire à la cinquième lancette de la quatrième fenêtre, et à la quatrième lancette de la douzième fenêtre.

- Cinquième lancette.

rji LA CATHEDRALE DU MANS

retient par le bras ; puis le miracle de l'enfant juif de Bourges, jeté dans un four, où il repose au milieu des flammes protégé par la Vierge ^ Auprès de ces miracles, on aperçoit encore une scène, longtemps inexpliquée , et dans laquelle il faut voir, d'après M. Mâle, vm autre miracle de Notre- Dame, emprunté à la Légende dorée et à la vie de saint Basile ; un guerrier et un évêque s'entretiennent à la porte d'une église, puis un chevalier enfonce son épée dans la poitrine d'un personnage couronné. Cette scène représente Julien que frappe un chevalier ressuscité par l'évêque Basile, pour la délivrance de Gésarée, menacée de destruction par l'empereur.

Dans les fenêtres de la chapelle Notre-Damedu-Ghevet, de nombreux vitraux du xiii^ siècle sont encore conservés à leur place primitive, plus ou moins restaurés au milieu de verrières modernes. Plusieurs lancettes présentent des scènes empruntées aux mêmes sources que celles du déambulatoire ; cependant on y rencontre quelques variantes et des légendes nouvelles. Ainsi, dans les miracles de Théophile et de la Vierge, on y peut remarquer une scène" qui se rencontre rarement, c'est celle où l'on voit des gens du peuple apportant un poisson à Théophile ; cette scène qui

^ Ce sujet est représenté deux fois dans cette série de vitraux du déambulatoire, où on le voit à la quatrième et à la douzième fenêtre ; il existe aussi à la première lancette de la neuvième fenêtre de la chapelle du Chevet.

- Dans la cinquième lancette à gauche.

n'est pas mentionnée dans la Légende dorée, n'est connue qu'au Mans, à Laon et à Beauvais.

VlTKAIL DES S1£PT DONS DU SaINT-EsPRIT DANS LA CHAPELLE DES lONTS BAPTISMAUX,

D'après un calque en couleurs. Extrait de E. Hucher : Les vitraiix peints de la cathédrale du Mans.

Un arbre de Jessé remplit une des premières lancettes; au sommet de l'arbre, au-dessus de la

^4 LA CATHÉDR.VLE DU MANS

Vierge, le Fils de Dieu paraît, la main gauche appuyée sur le livre de vérité, bénissant de la main droite. Au-dessus de sa tète sont rangées sept colombes voltigeantes, figurant les sept dons de l'Esprit; dans un autre arbre de Jessé, du déambulatoire \ ces sept colombes sont également figurées, mais elles ne sont pas disposées de la même manière ; au lieu d'être rangées au-dessus de la tête de THomme-Dieu, elles entourent le haut du corps ; deux sont placées auprès des coudes, deux près des épaules, deux aux oreilles et la dernière au sommet de la tête. Une troisième représentation de cette figure symbolique se voit encore dans une rosace de la chapelle des fonts baptismaux, avec une variante assez importante ; une des sept colombes est posée sur le genou gauche de Jésus, serrée sous son bras ; les autres rayonnent autour de lui, nimbées et les ailes déployées. Auprès de Farbre de Jessé sont groupées, dans la verrière oflerte par les changeurs, des scènes symboliques qui se rattachent à la vie de la Vierge et à la vie du Christ, scènes dans lesquelles le peintre verrier a ingénieusement interprété divers écrits des docteurs deTEglise et de saint Grégoire, comme dans les verrières du déambulatoire. Autrefois dans cette chapelle étaient aussi représentées les légendes qui se rattachent aux vies de saint Eloi et de saint Nicolas, en des scènes composées

i Cinquième métlaillon do la U'oisième laiiceUe de la douzième fenèliH'.

de fort belles figures, d'un dessin 1res avancé et drapées très élégamment. Avant de retrouver la légende de Théophile, on apercevait deux panneaux où était figurée la messe de saint Martin, dans un style élevé et avec un développement remarquable. Aujourd'hui des verrières modernes ont remplacé les vitraux du xii^ siècle, qui ont été retirés de cette chapelle. On a transporté dans les fenêtres latérales de la chapelle Saint-Louis les panneaux qui représentaient les légendes se rattachant aux vies de saint Éloi et de saint Nicolas. La messe de saint Martin se voit aujourd'hui dans la fenêtre du fond de l'abside de la chapelle Saint-Martin.

Quant aux vitraux du xv*' siècle, on les trouve dans le croisillon septentrional du transept, où ils décorent la grande fenêtre du pignon. L'éclairage des hautes fenêtres ouvertes dans les parois latérales de ce croisillon, nuit à l'effet général de cette immense verrière, en atténuant les effets de la transparence des verres colorés. On n'y retrouve pas la tonalité vigoureuse et intense des verrières du xii^ et du xiii*^ siècle ; cependant les couleurs y sont pures et éclatantes, elles gagnent beaucoup à être examinées de près et en détail. Cette verrière, (jui renferme cent vingt-quatre sujets, donne dans la rose de la partie supérieure, le jugement dernier, avec les attributs évangélistiques. Audessous viennent de saints patrons, des évêques, des personnages appartenant à l'histoire du pays, parmi lesquels on peut citer : saint Louis, roi de France, Adam Ghastelain, évêque du Mans ; le car-

dinal Fillastre, un des principaux bienfaiteurs de la cathédrale pour la construction de ce croisillon; René l^^' d'Anjou, Louis d'Anjou, roi de Sicile, Yolande d'Aragon sa femme, le roi René et Marie de Blois. Tous ces personnages ont des physionomies très variées, avec un sentiment réaliste qui permet de croire qu'ils sont de véritables portraits et que les artistes qui les ont l'eproduits ont cherché à laisser à la postérité une impression exacte des visages qu'ils ont pu connaître. Cette verrière du xv*^ siècle serait donc un des rares exemples de la peinture historique à cette date éloignée.

Le xvi"" siècle n'est représenté que par quelques fragments de vitraux rassemblés dans des fenêtres de la chapelle Saint-Joseph, On y peut voir ainsi réunis une tête d'homme et une tête de femme, un miracle de saint Julien et quelques portraits de donateurs. Cette même chapelle possède également un vitrail du xv" siècle, restauré, représentant sainte Anne et la Vierge, placées sous une riche ornementation architecturale.

Tous ces vitraux constituent un ensemble des plus rares, qui peut facilement supporter toute comparaison avec les célèbres verrières de Bourges et de Chartres ; on y retrouve, avec la même facture artistique, la même variété infinie de tons et de couleurs qui ajoute tant de charme dans la décoration des monuments, et complète si heureusement la grande œuvre des architectes.

Photo G. Fleury.

YUE GÉNÉRALE DE LA CaTHÉDRALE, COTÉ NORD

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