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Côté Nord du transept

L Tribune. — Le transept Nord, dont la disposition générale a été indiquée précédemment, se termine par une tribune^ qui embrasse toute la largeur et toute la profondeur de la dernière travée, et s'appuie sur deux Arcades ogivales portées, de chaque côté, par les piliers des tours et, au milieu^ par un élégant faisceau, composé d'une colonne centrale, entourée de six autres moins fortes et dont les fûts élancés sont d'une seule pièce (i).

II. Ln rose du portail du Nord. — Au fond de cette tribune se trouve une galerie composée de cinq arcades éclairées par des fenêtres et au-dessus de cette galerie, la grande et belle rose(\w\ orne le portail du Nord. Les précieux vitraux qu'elle a eu le bonheur de conserver, datent du XIIP siècle et représentent, sous la figure de femmes assises sur des bancs, les sciences et les arts au nombre de neuf.

Dans le médaillon central, à la place d'Iionneur, c'est la Philosophie^ suivant les uns, la Théologie ^ suivant les autres. D'une main elle tient un livre ouvert, de l'autre le sceptre de la supériorité et du commandement ; une échelle est appuyée sur la poitrine (2) et sa tète touche les nues. C'est, en peinture sur verre, le

(i) Cette tribune fut occupée par le grand orgue de 1854 à 1899. (2) Le symbolisme de ces attributs est indiqué plus haut, page 112.

sujet sculpté au grand portail dans la fenêtre de gauche (i).

Dans le médaillon placé au-dessus du fleuron central, se trouve un personnage qui, de la main droite, trace des lettres sur une tablette appuyée sur ses genoux. C'est la Rhétorique composant ses discours. Elle forme, avec les deux figures suivantes, la première division des sept arts libéraux, les Lettres^ grammaire, dialectique, rhétorique, ce qu'on appelait, au Moyen âge^ le trivium,

A droite de ce médaillon, en descendant, on rencontre d'abord la Grammaire qui menace de ses verges deux enfants assis devant elle et dont l'un tient des tablettes arrondies par le haut. Au bas du tableau on lit le mot « GRAMATICA », qui exclut tout doute sur l'identité de cette figure.

Au-dessous, le personnage qui, une main appuyée sur le genou, fait de l'autre un geste démonstratif et semble parler, représente la Dialectique,

Plus bas, c'est V Astronomie ; d'une main, elle tient une sphère et de l'autre la montre et semble donner des explications. Au Moyen âge, l'astronomie formait avec l'arithmétique, la géométrie et la musique, la seconde division des arts libéraux, le quadrivium ou les sciences.

Le médaillon inférieur est occupé par V Arithmétique qui tient deux boules d'une main et trois de l'autre.

(i) Fleury s'est trompé lorsqu'il a écrit dans son ouvrage Antiquités et monuments du département de l'Aisne (tome IV,page ii8), que l'échelle ne figurait pas parmi les attributs de la Philosophie représentée sur la rose du portail Nord. Tous peuvent Ty voir,

En remontant, sur la gauche, on voit d'abord la ïKédecine^ qui tient, élevé en l'air, un vase dont elle étudie le contenu.

Plus haut, c'est la Géométrie qui mesure avec un compas. Au bas du médaillon on lit le commencement du mot Geometria : cr GEOMET... »

La dernière figure représente la !\Cusique; elle frappe avec un petit marteau trois clochettes suspendues devant elle (i).

III. — La Vierge noire. — Un peu en avant du faisceau de colonnes qui soutient la tribune, on voit actuellement sur un piédestal, une grande statue en bois, représentant la Très Sainte Vierge assise et tenant sur ses genoux l'enfant Jésus debout et levant la main droite pour bénir. La Vierge est couronnée et vêtue d'un manteau entouré d'une riche bordure; de son pied vainqueur elle écrase le serpent infernal. La couleur sombre de cette statue lui a fait donner le nom de Vierf^e noire. Elle fut offerte à la cathédrale par le gouvernement sur la proposition de Léon Faucher, ministre des travaux publics en 1848.

IV. Prison de la iournelle, — Sous la tour du portail Nord se trouve une chambre carrée ou chapelle, séparée par des murs du reste de l'édifice. D'étroites ouvertures garnies de barreaux, y laissent pénétrer le jour. C'était autrefois, disent les historiens, la prison dite « de la Tourelle ou plutôt de la Tournelle » (2), dans laquelle le chapitre, qui avait droit de haute et basse justice

(i) A. DE Florival et E. Midoux, Les vitraux de la cathédrale de Laon, 4* fascicule j pag. 47.

(2) Fleurt, Cinquante ans de l'Hist. du chapitre, ,., pag. 224.

sur ses vassaux, faisait enfermer les délinquants. — Ce serait également dans cette prison qu'aurait été gardée, en 1566, pendant le temps que durèrent les exorcismes (i), Nicole Obry^ la fameuse démoniaque de Vervins.

V. Chapelles terminées en abside, — A l'Est de la dernière travée de chaque transept, s'élèvent, au rezde-chaussée et à l'étage des galeries, de très belles chapelles terminées en abside à sept pans. Celles du re^^-dechaussée, dont l'une est actuellement dédiée à la Sainte Vierge, l'autre à St-Joseph, sont ornées, à la partie inférieure, d'arcatures dessinées en ogive et soutenues par de courtes colonnettes ; au-dessus, des fenêtres hautes et étroites, communément appelées lancettes, répandent à l'intérieur une abondante lumière; entre ces ouvertures, d'élégantes colonnes soutiennent l^s nervures, qui se réunissent toutes à une clef de voûte, ornée de feuilles et d'une figurine d'ange.

Les chapelles de l'étage des galeries offrent, en plan, la même disposition que celles du rez-de-chaussée ; mais elle les surpassent, elles et toutes celles que nous avons vues jusqu'ici, en élégance et en beauté. Elles sont vraiment, sinon la partie la plus remarquable de la cathédrale, du moins l'une des plus intéressantes et des plus admirables. Quoi de plus gracieux, en effet, que ce double rang de lancettes, qui inondent l'intérieur de flots de lumière ? Quoi de plus heureux que ces arcades, qui encadrent les fenêtres du rang inférieur et forment, autour de la petite abside, une

'.(l) Abbé J. RoGBR. Histoire âe Nicole de Vervins.

haute et étroite galerie ? Qjioi de plus agréable k l'œil, de plus habilement disposé que les sveltes colonnes, qui soutiennent ces arcades, et les colonnettes plus sveltes encore, qui s'élèvent en avant de ces mêmes colonnes et portent sur leurs gracieux chapiteaux les nervures de la voûte ? Tout est fini dans ces chapelles, et l'élégance, la hardiesse, l'harmonieuse disposition des diverses parties en font vraiment les joyaux delà cathédrale.

Dans les galeries qui aboutissent à ces chapelles, on remarque des chapiteaux d'une richesse, d'une variété et d'une délicatesse merveilleuses, vrais spécimens du roman fleuri h son apogée.

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