‹ La cathédrale Notre-Dame de LaonChapitre 45 sur 72 · I. La Lanterne · texte numérisé non relu

I. La Lanterne

Ce qui frappe surtout, lorsqu'on arrive dans le transept, c'est la Ltnterne ou dôme élevé sur la croisée des nefs (2).

Cette construction, pleine de hardiesse et qui mesure quarante mètres d'élévation sous voûte, s'appuie sur les quatre gros piliers qui soutiennent les arcades de la croisée des nefs et du transept. Elle se compose, au-dessus de ces arcades, d'une galerie assez haute surmontée, sur chacune de ses quatre faces, de deux fenêtres longues et étroites. La voûte, qui couronne le tout, est divisée en huit compartiments reposant

(i) Voir plus haut, page i6i.

(2) La raison d'être de ce dôme et du clocher, qui le surmontait extérieurement, a été donnée page 39.

sur autant d'arcs. Ces arcs, réunis à leur sommet par une large couronne de feuilles faisant l'office de clef de voûte, s'appuient, les uns snr d'élégnntes colonnettes s'élançaiit d'un seul jet de la base du pilier jusqu'à une hauteur de plus de trente mètres, les autres sur des faisceaux élevés au milieu de chaque face entre les deux fenêtres et soutenus par des culsde-lampe ornés de figures. Ces figures représentent, du côté du Nord, trois têtes d'hommes; au Midi, un ange les mains jointes et les ailes déployées ; à l'Est, au-dessus de l'arcade du chœur, un buste d'homme et deux oiseaux perchés sur ses épaules et paraissant de leur bec lui tirer les cheveux ; à l'Ouest, ce sont deux monstres l'un à tête d'homme, l'autre à tête de femme.

Couronne de lumières. — On voyait jadis suspendue au milieu de la Lanterne, une magnifique couronne de lumières, i Cette couronne qui n'a disparu qu'à la Révolution, en même temps que le jubé et son grand crucifix, passait au dire des vieillards que nous avons connus, il y a quarante ans et plus, pour une merveille de la belle serrurerie antique. Elle était immense, à divisions multiples et compliquées, et ses feux nombreux produisaient un eflTet indescriptible dans la pénombre, dans les ténèbres transparentes où les hauteurs de la lanterne se noyaient pendant l'illumination de la messe de minuit » (i).

Aujourd'hui, hélas ! elle est remplacée par un de

(i) Fleury, Cinquante ans de l'Histoire du chapitre de Notre-Dame de Laon, p.ige 27.

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ces lustres en verroterie dont on a affligé tant d'églises en notre siècle !

En 179 3' — Ce fut sous cette même lanterne qu'en 1793, on éleva, pour h fête de la Raison^ une immense estrade affectant la forme d'une montagne et que Melleville et Fleury décrivent assez diversement :

« C'était, dit le premier, une montagne de charpente, ornée de mousse, de feuilles tt de fleurs,... au sommet de laquelle s'élevait un petit temple sur la fliçade duquel on lisait ces mots : 1 A la philosophie. * Vers le milieu, sur un rocher, brillait le flambeau de la vérité » (i).

« C'était, dit à son tour Fleury (2), une montagne de pierres, solide, haute et large,.... au centre du monument se dressait l'autel de la Patrie.... i

Quoi qu'il en soit de la forme exacte de .cette estrade, ce qui est certain, c'est que la déesse Raison représentée par une jeune fille demi-nue, y trôna et y reçut les hommages des autorités et de la foule, pen dant que les fanfares et les musiques exécutaient des chants républicains. La cérémonie se termina par une procession, dans laquelle l'idole, coiffée du bonnet phrygien, fut portée sur un brancard par quatre citoyens ! Le soir de ce jour, un grand feî>tin, où chacun apporta ses vivres, réunit de nouveau le peuple sous les nefs de la cathédrale, et lorsque les têtes furent un peu échauffées, on chanta, on hurla la fraternité, on dansa à la lueur des flambeaux, et Dieu

(i) Mellevilli, Histoire de Laon, tom. H, pag. 344.

(2) Fleury. Le Clergé de l'Aisne pendant la T^ivolution, tom H, p.ig 95 .

sait quelles- horreurs furent alors commises dans le temple violé !

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