I. Chapelles du côté de l'Évangile. — Nord
I. La première chapelle^ construite sur un plan à peu près carré, dans l'angle formé par la rencontre du chœur et du transept, appartient au XIII* siècle. Quelques auteurs pensent que cette chapelle était celle de la Madeleine, dans laquelle les chapelains de la cathédrale tenaient leurs assemblées.
Plus vaste que les autres, elle s'ouvre sur deux travées du collatéral, et se compose elle-même de deux travées dans le sens de la longueur et de deux dans le sens de la largeur. Deux portes la mettent en communication avec le bas-côté ; la première, ornée d'antiques ferrures de la première période ogivale ; la seconde, percée dans une devanture semblable à celles que nous avons vues dans la nef.
Sur cette devanture se trouve la première station du Chemin de la Croix^ érigé le 14 avril 1889 par M. le vicaire général Mignot, archidiacre de Laon (r). Cette station et les suivantes, d'un style absolument conforme à celui de la cathédrale, se composent chacune d'une croix en bois, recouverte de bronze doré, sur laquelle est appliquée un large médaillon quadri-
(î) Ëvéqne de Fréjus et Toulon en 1890, archevêque d'Albi, depuis
lobé représentant une scène particulière de la voie douloureuse. Le fond de chaque tableau ou médaillon est en émail bleu. Les personnages, au nombre de trois ou quatre seulement dans chaque scène» sont dessinés en traits noirs sur bronze doré.
Cette grande chapelle ne reçoit directement la lumière de l'extérieur que par une seule fenêtre. Les nombreuses nervures de sa voûte s'appuient, d'une part, sur des culs-de-Umpe diversement décorés, de l'autre, sur une belle colonne fièrement dressée au milieu et semblable à un chêne altier couvert de sa puissante ramure.
A l'intérieur de cette chapelle, en face de b porte d'entrée et garnissant tout le côté Nord, se trouve depuis quelques années une boiserie de style ionique^ qui était autrefois au fond de l'église un peu en avant des pieds-droits qui encadrent les lancettes du chevet. Le milieu de cette boiserie est occupé par un petit autel surmonté d'un rétable i deux volets, qu'on ouvre à volonté pour laisser voir la précieuse et antique image de la Sainte Face, dont il sera parlé plus loin dans le chapitre du mobilier. La face extérieure de ces volets est ornée des figures symboliques de la foi et de l'espérance et de chaque côté du rétable on remarque sur des cartouches Notre Seigneur, la sainte Vierge, saint Pierre et saint Paul. Toutes ces sculptures, ainsi que les chapiteaux et la frise de cette même boiserie, ont été exécutées avec soin.
Les côtés Est et Sud de la chapelle sont ornés de tapisseries ; le côté Ouest est occupé par deux grandes armoires vitrées, dessinées dans le stj4e de l'église et
renfermant les nombreux reliquaires que possède la cathédrale (i). Entre ces deux armoires se trouve encastrée dans le mur, mais cachée par une tapisserie, une petite pierre tombale sur laquelle est gravée la curieuse inscription suivante :
« Je vous requiers très humblement, Vous tous qui passer par icy^ Que vous dictes dévotement :
Robert^ Dieu te face niercy.
Quisquis odes, tu morte cades ; Stay respice, plora ; Sum quod eris, modicum cineris, Pro nUy precor^ or a » (2).
Dans cette même chapelle sont actuellement conservés la fameuse pierre à clous et un fragment de Vos qui pend.
La pierre à clous- Classée jadis parmi les sept merveilles de la ville, cette pierre à clous est un grès à peu près carré, mesurant environ soixante-dix centimètres de côté et sur lequel se trouvent quelques trous peu profonds.
(i) Les reliquaires et les tapisseries seront décrits dans le chapitre du mobilier.
(3) « Qui que tu sois qui viens ici, tu tomberas frappé par la mort. Arrête toi, regarde, pleure. Je suis ce que tu seras, un peu de cendre. Je t'en conjure, prie pour moi ».
Sur une autre petite pierre tombale de la même chapelle on lisait une inscription exactement semblable et intercalée à la suite des quatre premiers yers, la mention suivante : « et irespassa le XIIII apvril 7 MV'^XLI ? (1541). Cette pierre a disparu.
D'après une légende, populaire encore dans le Laonnois, il aurait servi, au Moyen âge, à Tune de ces épreuves employées fréquemment alors pour découvrir la culpabilité ou l'innocence d'un accusé. Voici en quelles circonstances : Le chapitre de Laon ayant décidé, en 1335, de lever une taxe insolite sur vingtcinq villages, dont la seigneurie lui appartenait, les habitants se coalisèrent et résolurent de résister par la force. Les commissaires, envoyés pour percevoir cet impôt, furent repoussés d'une manière injurieuse et obligés, pour sauver leur vie, de se réfugier à Laon ; mais, étant revenus ensuite avec une troupe bien armée, ils usèrent de représailles et exécutèrent quelques habitants. Or, parmi les habitants accusés d'avoir pris part à la rébellion, se trouvaient trois frères, maires des trois villages du Laonnois : Barenton- Bugny, Barenton-Cel et Barenton-sur-Serre. Ils allaient, suivant les uns, être conduits au supplice lorsqu'ils prouvèrent leur innocence en enfonçant des clous dans un bloc de grès. Suivant d'autres, ils avaient été mis à mort injustement ; mais leur mère, voulant réhabiliter leur mémoire et montrer qu'ils n'étaient pas coupables, aurait elle-même enfoncé dans la pierre des clous qui y auraient pénétré sans difficulté et laissé des empreintes bien visibles.
Vos qui pend (voir page ^j).
2* Chapelle, — On remarque sur la devanture, au-dessus de la porte, la petite figure assez expressive d'un enfant qui crie et pleure.
A l'intérieur, au bas de la fenêtre, se trouvait avant la restauration du XV* siècle, un reste de vitrail repré-
sentant le martyre de saint Laurent, Le saint est étendu sur un gril ; autour de lui se trouvent le juge, qui préside au supplice^ et les bourreaux, qui attisent le feu.
Le pavé avait conservé, avant la restauration, plusieurs des nombreux carreaux émaillés^ qui se trouvaient autrefois dans les chapelles, et sur lesquels étaient figurés des carrés, des losanges, des fleurs de lis, des animaux, etc., etc (r).
^* Chapelle. — Cette chapelle, que Fleury pense avoir été celle du cardinal Louis de Bourbon, à cause des fleurs de lis qui la décorent, est fermée par une devanture couverte d'inscriptions louant, préconisant la noblesse et la puissance du travail.
Sur le haut de Tentablement (sur la corniche) c'est le distique suivant :
« Cui Labor aternam vitam dédit Ipse videiur « Signasse ut benè sit nonne Laboris opus » (2).
Autour du cintre de la porte, c'est un extrait des Géorgiques de Virgile, suivi d'une sentence qui complète l'éloge fait par le poète latin :
« Labor omnia viiicit
« Improhus et duris urgens in rébus egestas.
(i) Dans cette chapelle et dans toutes les autres du même côté du chœur, les nervures 4es voûtes reposent du côté du collatéral sur des colonnettes annelées, qui ont évidemment appartenu à une construction antérieure.
(2) c Celui qui par de rudes labeurs s'est procuré la vie éternelle, ne ff paraît-il pas avoir montré par là toute la valeur du travail ? »
« — A^/7 tàm difficile est quin qucerendo « invesiigare possit n (i).
Vers le haut du soubassement, d'un côté et de l'autre de la porte, on lit ces mots :
€ Nil sine magno
« Fita labore dédit mortalibus. » (2)
Cette chapelle fut entièrement peinte à l'intérieur et elle conserve encore de nombreuses traces de sa décoration primitive. Sur les murs, sur les pieds droits et les colonnes, ce sont des fleurs de lis jaunes, des feuilles vertes, de petites fleurs blanches ; sous les deux arcatures, ce sont de beaux portraits de Notre Seigmur et de la Sainte Vierge^ attribués à la seconde moitié du XVP siècle et remarquables non seulement par leur conservation, mais surtout par le genre, le style et la perfection du travail. Ces figures, comme l'ensemble de la décoration de cette chapelle, ont été peintes à l'huile : « C'est^ dit Fleury (3), le seul exemple, je crois, dans nos contrées et jusqu'à présent connu, de l'emploi de la couleur à l'huile dans les tableaux que la peinture de piété a déposés sur les murailles de nos églises. »
Les autres chapelles du même côté n'oflrent rien de particulier, sauf la sixième, qui porte gravée au-dessus
(i) — « Un travail opiniâtre et 'aiguillon pressant de l'adversité « triomphent de tous les ob<itacles. »
(L W n'est rien de si diâicile que ne puisse résoudre un travail attenUf. »
(2) « La vie n'a jamais rien procuré aux mortels sans un pénible labeur. »
(3) Cinquante ans de l'Histoire du Chapitre de Notre-Daine de Laony page 219.
delà porte la date de 1575, et la huitième et dernière, qui n'a pas de devanture.