IV. Tapisseries
L'église Notre-Dame possédait jadis de nombreuses et riches tapisseries. Au XII* siècle Tautel était entouré de tentures de soie ornées de broderies d'or, représentant le mystère de l'Annonciation et les rois mages (i). En 1457, l'évêque de Laon, Antoine du Bec-Crépîn, faisait exécuter dans les ateliers de Tournai plusieurs tapisseries figurant une partie des miracles de Notre- Dame de Laon (2). Vers la fin du XVI* siècle, l'évêque Valentin Duglas en offrait à son tour de très anciennes, qu'il tenait de la reine Marguerite de Valois et qui représentaient les combats d'Annibal (3).
(i) « Altare paratur pannis sericis anro intextis in quibus depictum est qualiter angélus salutat beatam Virginem ». — « Paulla protegitur (altare) que regum imagines filo intextas aureo continet » (U. Chevalier, Oràinaires de l'église cathéd. de Laon, XII* et XIII* J.^pag. 56, note^, et pag. 60).
(a) Hist, tnanuscrite de Laon, conservée au presbytère de N.-D., tome 2, pag. 262 et suivantes.
(0 Id., tome î, page 197.
Les upisseries que possède actuellement la cathédrale, sont de très grande valeur^ mais, jusqu'à présent, aucun document écrit» aucune tradition orale, n'a pu nous apprendre comment et à quelle époque 1
elles sont devenues sa propriété.
Ces tapisseries forment huit grands tableaux entourés chacun d'une belle et large guirlande formant encadrement, et d'une étroite bordure, sur laquelle se trouvent des initiales ou monogrammes et des marques d'ateliers.
Six d'entre elles représentent des scènes de la vie de Jacob. Elles datent du XVIP siècle et sont sorties des ateliers de Jacques van Zeune ou Zeunen, de Bruxelles, comme l'indiquent et les initiales I. V. Z., qui formaient le monogramme de cet artiste, et l'écusson entre deux B, qui était la marque des ateliers de Bruxelles (i).
Les sujets représentés sont les suivants :
1 . L arrivée de Jacob en Mésopotamie et sa première entrevue avec Rachel près du puits où l'on venait abreuver les troupeaux. {Genèse^ XXIX, i et suiv.).
Cette tapisserie, haute de trois mètres quarante centimètres environ et large de près de quatre mètres, est marquée sur la bordure des initiales « L V. Z. »
2. Avec l'aide de deux bergers Jacob ôte la pierre qui fernu le puits, afin que Rachel puisse faire boire son troupeau. Rachel et une autre femme, des houlettes à
(I) • I. V. z. (Ukab van Tennwi) XVU* siècle. Hiiloirc de Jacob. « Garde-meuble de Vienne. » (Eug. Mavn, La TafiûurU, page ^67).
— « Bruxelles. La marque, un écusson emre deux B. (3ras«lle« en « Brabant) devint obligatoire en 1528. » (Id. page 362).
la iuftin, se tiennent auprès du puits. L'Écriture nous apprend que la fille de Laban menait paître les brebis de son pète. {Genèse^ XXDC, 9 et suiv.). Au second plan, Jâcob est reçu par Laban et sa famille.
Hauteur de la tapisserie : trois mètres vingt centimètres ; largeur : deux mètres soixante-quinze centi^ mètres.
3. Labm$ sur la proposition de Jacob, divise ses troupeaux et met entre lui et son gendre l'espace de trois journks de marche. {Genèse ^ XXX. 25 à 37). La scène se passe au milieu d'un beau paysage. D^un côté Laban s'entretient avec Jacob et Rachel ; de l'autre, un berger et une bergère chassent devant eux les troupeaux de chèvres et de brebis.
Hauteur de la tapisserie : trois mètres quarante centimètres environ ; largeur, près de quatre mètres. Marque : un écusson entre deux B.
4. Jcu:oh quitte la maison de Laban. Jacob et les siehs prennent ce qui leur appartient et chargent des chameaux et d'autres bètes de somme* Rachel, aidée de ses femmes, soustrait les idoles de son père. (Genèse^ XXXI, 17 et suiv.).
Hauteur : trois mètres vingt-cinq centimètres ; largeur, deux mètres soixante*dix centimètres. Marque : un écus$on entre deux B. — L V. Z.
5* La scène représentée sur cette tapisserie, paraît être celle dont il est question au 3 1^ chapitre de la Genèse (25 à 32). Laban, après avoir poursuivi Jacob parti depuis sept jours, le rejoint, lui reproche d* avoir quitté sa maison sans l'avertir et l'accuse d^ avoir volé ses idoles.
Mêmes dimensions que la précédente. Marque :
6. Lahan^ entré dans la tente de Rachel pour chercher ses idoles^ ne les trouve pas. Rachel les cache sous un peu de litière de chameau et s'assied dessus, pendant que ses femmes font voir à Laban les autres choses qu'elles ont emportées. {Genèse^ XXXI, 33 et suiv.).
Cette tapisserie est la plus grande de toutes ; elle mesure près de quatre mètres cinquante centimètres de large et trois mètres cinquante centhiiètres de haut. Marque : Un écusson entre deux B. Monogramme : L V. Z.
7. L Annonciation de la Très Sainte Vierge, L'archange Gabriel se présente à Marie agenouillée
sous un riche baldaquin ; une table drapée, sur laquelle est un magnifique vase de fleurs, les sépare. Au-dessus, le Saint-Esprit, sous la forme d'une colombe, descend environné de nuages.
L'encadrement de cette tapisserie, qui a trois mètres soixante-quinze centimètres de large sur trois mètres rente-cinq centimètres de haut, est formé de très riches guirlandes de fleurs et de huit médaillons, dont quatre dans les angles et quatre dans les milieux ; ceux des angles sont ornés de petites figures d'anges ; ceux des miUeux renferment les portraits des évangélistes : saint Mathieu^ saint Marc, saint Luc. Malheureusement cette tapisserie a subi d'assez importantes détériorations et l'on a été obligé d'y mettre des morceaux, dont l'un cache le médaillon, dans lequel devait se trouver saint Jean.
Sur la bordure on voit un monogramme formé des
lettres A et M, séparées par un chiffre. Il y a aussi comme marque une tour et une fleur de lis. La tour étant la marque de Tournai (i), cette tapisserie proviendrait des ateliers de cette ville.
8. La huitième tapisserie n'a aucune marque indiquant de quel atelier elle est sortie. Elle représenterait, affirme-t-on, S. Pierre et S, Jean distribuant des aumônes à la porte du temple, et aurait été exécutée d'après des cartons de Raphaël. L'encadrement se compose de feuilles semblables disposées symétriquement autour du tableau. Dimensions : hauteur, trois mètres cinquante centimètres ; largeur, un mètre quatre-vingt-dix centimètres.
Ces diverses tapisseries, à l'exception des n"2 et 7, sont exposées dans la chapelle des Reliques.
Le trésor de la cathédrale possède enfin 3 beaux fauteuils Louis XV en tapisserie, fort estimés par les amateurs.
Puisse ce modeste travail, destiné à faire mieux connaître notre magnifique cathédrale, contribuer en même temps, pour sa faible part, à la réhabilitation du style que jadis par mépris on appelait gothique ! Puisse-t-il servir à la glorification de cet art du Moyen âge, qui est une des plus parfaites manifestations du
(i) « Touriui — une tour. » (Eue. Muntz, La Tapisserie, Liste des marques, page 36)).
beau dans Ici créations humaines ; de cet art reconnu au Xm* siècle pour l'art français par excellence « optii francigenum », et qui est vraiment et avant tout notre art religieux et national I
Laus Dbo et Oeat^ Maki£ Laudun.