‹ La cathédrale; pièce en quatre actesChapitre 1 sur 95 · A CETTE VAILLANTE JEU- NESSE CATHOLIQUE DE L'A. C · texte numérisé non relu

A CETTE VAILLANTE JEU- NESSE CATHOLIQUE DE L'A. C

J. B., Q.UI S'EST JURÉE DE RELEVER TOUTES LES RUINES DE LA GUERRE ET « DE FAIRE L'AVENIR AUSSI BEAU, PLUS BEAU MÊME, QUE NOS PÈRES ONT FAIT LE PASSÉ ».

AVANT PROPOS

A en croire le théâtre contemporain il n'y aurait plus rien d'intéressant dans la vie en dehors de l'adultère. Le ménage à trois semble être Tunique thème à exploiter par les auteurs dramatiques.

Cette conception simpliste et malpropre de l'existence est aussi fausse que monotone. Ne témoignet-elle pas d'une immense pauvreté de pensée en même temps que d'une décadence profonde de l'art?

Quoiqu'en dise le théâtre moderne il y a encore dans la vie de l'honnêteté, de la joie et de l'honneur. Pourquoi ne pas exalter ces vertus ? Pourquoi enfouir sous le boisseau ces réalités supérieures pour n'étaler que les bas-fonds ? La vertu auraitelle moins de droits à la lumière que le vice ?

Sans doute le vice est plus commode à peindre que la vertu, et ne voulons nous voir d'autres causes à cette recherche constante des « inferiora » que la facilité de peintures qu'elles présentent. La difficulté qu'offre la glorification de la vertu en a fait reculer plus d'un, et des meilleurs, qui nous en faisaient naguère la confidence.

L'obstacle pourtant n'est pas de nature â arrêter

AVANT PROPOS

l'écrivain catholique, il doit faire œuvre de régénération ; et aux heures critiques surtout, mettre sa plume au service du bien.

Faire jaillir une idée puissante et féconde d'une action pittoresque — tel devrait être le but de tous nos dramaturges chrétiens.

Et pour dire toute notre pensée, nous voudrions voir revenir le théâtre français à ses origines, au moven-âge ; au moyen-âge où les « Miracles » et les (( Mystères » servaient à la fois d'enseignement et de récréation. Le moyen-âge a conçu toutes les formés d'art sous cet aspect pratique. Pour lui, l'art n'est pas un instrument de volupté ; il a une fonction, il doit être utile. S'il est sans utilité, s'il n'est pas un moyen de rendre plus tangible une réalité supérieure, il est irrémédiablement proscrit. Que nous voilà loin de la pauvre formule hégélienne de l'art pour l'art adoptée de nos jours !

En matière de théâtre comme pour tant d'autres choses, prenons leçon sur le passé; revenons en arrière ; ne nous contentons pas d'une scène inoffensive ; allons plus loin ; demandons au théâtre de nous présenter, sous une forme savante — et non baroque, — une idée qui nourrisse, qui élève, qui soit un réconfort pour le cœur et l'esprit. Un théâtre qui rende meilleur, voilà en un mot ce que nous réclamons.

Puissions-nous apporter par ce drame notre

AVANT PROPOS

modeste pierre à l'œuvre de régénération littéraire que nous souhaitons !

Cette pièce est bien différente à celles que l'on présente tous les jours au public ! Ici rien de charnel ; pas même de femme ! et pourtant beaucoup d'amour pour une grande aimée...

Cet amour nous l'avons senti naître durant la guerre, lorsque nous rôdions, soit de jour, soit de nuit, au gré des trains de permissionnaires, autour de cette immense cathédrale de Chartres qui nous captivait comme un rêve.

Nous nous étions promis alors de répondre à cet amour et de le glorifier.

Hélas, aujourd'hui que l'œuvre est terminée, nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment de mélancolie. Nous avions rêvé d'une œuvre puissante et vaste; la réalisation est faible.

C'est que pour traiter notre sujet de la grande façon, il fallait le synthétiser; il fallait ramener à un tout et envisager dans son ensemble la Cathédrale, considérée comme un centre religieux, social et artistique de toute une époque.

C'est la lumineuse synthèse que nous voulions faire. Mais en cours d'œuvre, à nous voir constamment aux prises avec les nécessités de scènes et

AVANT PROPOS

d'intrigues, force nous a été de restreindre nos vues.

On le comprend, les besoins de la scène sont tels qu'il faut sans cesse nourrir l'action, localiser, préciser, personnifier et par conséquent enlever à l'idée poursuivie une bonne part de son ampleur et de sa force.

C'est pourquoi au cours de cette pièce, il ne sera pas question, comme nous l'aurions voulu, de la Cathédrale comme telle, mais simplement d'une cathédrale, de celle qui nous est apparue à plus d'un égard comme la plus forte et la plus pure, la cathédrale de Chartres.

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