PROLOGUE
Le Moven-Age, il est bon de s'en souvenir, avec ses passions fortes, ses haines profondes, ses amours et ses pardons sublimes, présente un curieux mélange d'idéalisme et de barbarie qui peut nous dérouter par son apparente contradiction. Petit à petit chez nos aïeux, la foi devait tempérer les ardeurs naturelles ; mais au XI I^ siècle, nous les trouvons encore au pied des cathédrales en construction animés de sentiments fougueux et de passions violentes.
Certaines querelles d'alors sont restées à jamais célèbres. A la fin du XII^ siècle, les deux styles, roman et ogival, en vinrent aux prises. Chacun trouva ses fervents défenseurs; les luttes furent parfois acharnées, jusqu'au moment où la méthode nouvelle, le gothique, triompha définitivement de la méthode ancienne, le roman. La cathédrale de Chartres marque précisément le passage d'un style à l'autre.
Il est bon de savoir également que beaucoup de cathédrales furent bâties par le peuple lui-même, du peuple de volontaires qui, non content de donner son or et ses richesses, besognait sous la conduite de « maîtres » techniciens formés par les moines.
lO PROLOGUE
Ce peuple chrétien tut admirable d'abnégation et de générosité. Nobles et vilains ont également payé de leur personne pour l'érection de ces colossales bâtisses.
A la direction suprême des travaux était attaché uiv homme de première valeur, « le maître d'œuvre ». C'est lui qui a été choisi par le chapitre à l'issue du concours ouvert entre tous les artistes pour l'adjudication, si l'on peut dire, des travaux à entreprendre. C'est à lui de faire exécuter ses plans et d'imprimer sa direction à la masse des travailleurs.
Ces maîtres d'œuvres du moyen-âge nous apparaissent aujourd'hui comme des génies, des penseurs et des saints. Leurs œuvres témoignent d'une science et d'une inspiration sublimes. Ils ont tracé des plans trop grandioses peut-être pour les forces humaines — songez que Chartres, au lieu de deux tours, devait en avoir neuf — et les cathédrales, vivants symboles de l'idéal inaccessible restèrent là, malgré le formidable labeur de nos aïeux, splendides mais inachevées.
Aussi bien devons-nous souligner au seuil de cette pièce la leçon de vie qui se dégage de ces moments héroïques.
La cathédrale à bâtir s'est imposée à nos pères comme un devoir à remplir, comme un idéal à poursuivre. Ils ont vu et ils ont cru. Et dès lors, comme pour les croisades, sans souci de leurs peines et de leurs lassitudes, ils se sont sacrifiés à l'Idée avec amour et volonté.
Or voilà la merveille! Entrevoir une idée, la juger