‹ La cathédrale; pièce en quatre actesChapitre 12 sur 95 · ACTE I, SCENE H Jl · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE H Jl

LE CHEVALIER

Qui est-ce ?

HILAIRE

Un étranger. C'est un homme des Marches de l'Est, {ironique) il préfère la manière plus lourde, celle du pays rhénan (i), dont il nous vint jadis avec sa corporation.

LE CHEVALIE R

Qui vous a amené à choisir ici la méthode nouvelle ?

HILAIRE

L'esprit qui traverse le siècle. Au concours, il y a quinze ans, deux artisans fameux, deux frères, Hugon et Geoffroy de Ricourt, présentèrent leurs plans au chapitre. On rejeta les projets d' Hugon pour applaudir à ceux de Geoffroy, son cadet... et son maître. Tous deux avaient leurs partisans. Alors deux clans se sont formés : d'une part Hugon et Abélard ; de l'autre Geoffroy. La lutte fut

(i) Une partie de la main d'œuvre nécessaire à l'érection des cathédrales, venait de l'étranger. L'Allemagne en a fourni à diverses reprises à la France et à la Belgique.

vive, le sang coula. Le chapitre intervint : Hugon dut s'exiler. Abélard et les siens firent leur soumission.

LE CHEVALIER

L'humiliation fut lourde pour le frère aine ; évincé par son cadet...

H I LAI RE

Hélas ! trop lourde pour son âme ; abandonnant son fils Réginald, Hugon partit, puis succomba contre les infidèles.

LE CHEVALIER

Geofirov est-il encore maître de l'œuvre aujourd'hui ?

HILAIRE

Sans doute ; mais le travail, et le chagrin aussi, ont prématurément usé ses forces ; c'est un vieillard déjà ; s'il n'était aidé de son neveu Réginald, il ne pourrait suffire. Tu les verras ; ils sont toujours ensemble, et c'est beau : le passé et l'avenir qui s'aiment et se rejoignent.

LE CHEVALIER

Ah ! Il projette également de bâtir, ce jeune homme ?

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