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JEAN DE CRAON

Jean de Craon, qui occupa le siège du Mans le 27 septembre 1348, après

Geoffroy de La Chapelle, était issu d’Amaury II de Craon et de sa seconde femme,

() Ce Guillaume est évidemment le même que Guillaume de La Forêt, chantre, qui donna à l'église du Mans, rente-deux sous manceaux « super domum deultra Pontem Petrinum ». Martyrologe, 24, au 4 des nones de juillet.

(2) « Boerii » semble une mauvaise lecture

agit peut-être d'un Jean Boucher, fils d’un Mathieu Boucher e du cardinal.

donné par le P. Anselme (VI, 331) comme beau- (3) Testament de Pierre de La Forêt.

&) Voir dans Le Corvaisier, p. 583, les autres armes qu'on lui assigne sans motif. G) Archives du Chapitre, BA, 2 partie, fol. 2. (6) Bibliothèque du Mans. Martyrologe, 244, fol. 313 verso, et 309.

LES ÉVÈQUES DU XIVe SIÈCLE 319

Béatrix de Roucy ‘. C'est à tort que dom Piolin ? lui donne comme frère Pierre de

Craon, l'assassin du connétable de Clisson. Celui-ci, seigneur de La Ferté-Bernard, fils de Guillaume et de Marguerite de Flandre, était le neveu de l'évêque.

D'abord trésorier de Saint-Martin de Tours, puis chanoine de Paris, le nouvel évêque nommé, dit-on, directement par le roi, sans l'intervention du Chapitre, contrairement à l'antique usage, inaugura son pontificat à l'une des plus misérables époques de l'histoire de France, au moment où la peste noire, prélude des malheureuses guerres du règne de Jean le Bon, moissonnait les populations de l'Europe entière.

Au rapport de Le Corvaisier”, « Jean de Craon voyant que le nombre des » clercs et prestres de la confrairie de saint Julien croissoit tous les jours, que le

» service continuel qu'ils faisoient dans une des chapelles de l'église troubloit

» et interrompoit celuy du chœur, ayant reçu plainte des chanoines qui luy

» remontrèrent lincommodilé notable qu'ils en souffroient, la confusion et le

» désordre qui en pouvoit arriver, il les transféra en l'église de Saint-Michel-du-

» Cloistre *, qui estoit lors une paroisse, afin qu'ils eussent plus d'estendüe et de » I

erté pour celebrer les anniversaires ausquelz ils estoient obligez ». En juin 1355, Jean de Craon fut élevé à la dignité d'archevèque de Reims et

parla au nom du clergé à l'ouverture des EÉtats-Généraux, le 2 décembre de la

même année, après une harangue prononcée par le chancelier de France, le cardinal Pierre de La Forêt”. Il sacra Charles V le 19 mai 1364 et, le 19 juin 1367, soutenait au Parlement de Paris, un procès contre Jean de Baugé et Guillaume

Paon, chanoines du Mans, exécuteurs lestamentaires de l'évêque Geoffroy de La

Chapelle‘. La date de sa mort n'est pas établie d'une manière précise. On la place

aux 26, 27 mars el 11 avril 13747. Décédé à Paris, il fut enterré aux Cordeliers de

cette ville *

es armes élaient celles de sa famille : losangé d'or el de gueules ”.

Jeanne de Bourgogne, mère du roi Jean, mourut le 12 décembre 1348, quelques

jours seulement après la nomination de Jean de Craon comme évêque du Mans.

tournois ".

Elle fonda son anniversaire à la cathédrale en léguant deux cents livr

(1) Comte Bertrand de Broussillon. La Maison de Craon, 1, 263.

» du Mans, N, 18, à la suite de Le Corvaisier, p. 585. (3) Hisoire des Évesques du Mans, p. 588.

() Du temps de saint Bertrand,

à chapelle Saint-Michel se trouvait dans l'une des tours d'enceinte de la

ville. Vers 1070-1074, le comte Robert confirme un acte « in capella Saneti-Michaelis que juncta est ecclesie » beatissimi Juliani ». Carlulaire de Saint-Vincent (imprimé), col. 108, ne 178.

Généraux, t. 1, p. 35.

(7) Comte Bertrand de Broussillon. La Maison de Craon, 1, 266.

(3) Georges Picot, Histoire des États (6) Archives nationales, X/11 21, fol.

(8) Bibliothèque nationale, fonds latin (Nécrologe de l'Église de Paris) 15439, fol. 69 vo, — Voir 4 nationales, JJ 117, fol. 124 ve, ne 1 thèque nationale, Titres

ux Archives un mandement de Jean de Craon, du 1er septembre 1372, et à la Biblio-

scellés de Clairambault, &. 34, p. 2569, une curieuse pièce concernant sa succession,

avec mention de bijoux, calices, ete.

(9) Comte Ber

nd de Broussillon. La Maison de Craon, t. 1, pp. 263-266. (0) Martyrologe, 244, au 7 des ides de février.

MICHEL DE BRÈCHE ov DE BRACHE

Après Jean de Craon, on vit sur le siège de saint Julien, Michel de Brèche ou de Brache, docteur en théologie, archidiacre de Châteaudun dans l'église de Chartres !, aumônier du roi Jean. Avant son élévation à l'épiscopat, il avait entrepris de réédifier à Paris l'église de l'Hôpital des Quinze-Vingts, avait réglementé ce même hôpital”, les aveugles de Chartres et les Bonnes-Femmes d'Étienne Haudri *,

Selon Suarès,

il fut élevé à la dignité pontificale par bulle d'Innocent VIT, du

1e août 1355". Son entrée solennelle dans sa ville épiscopale eut lieu le lundi,

28 décembre de la même année. Ysabeau de Parthenay, comtesse d'Harcourt et dame de Montfort, veuve de Jean d'Harcourt, tué à Crécy, en 1346, estimant

qu'une femme ne pouvait pas participer à la cérémonie, envoya à sa place son

cousin Pierre de Vendôme « sire de Flouré ». Elle espérait, disait-elle dans une

lettre du 24 décembre 1355, que son délégué rapporterait « les plaz d'argent » qui

lui seraient dûs, et qu'on éviterait les difficultés qui s'étaient produites à l'intronisation de Jean de Craon, difficultés qui n'étaient pas encore réglées ?.

I était difficile de refuser le représentant de la dame de Montfort, et on doit

supposer que le nouvel évèque du Mans accepta Pierre de Vendôme pour la dame

de Montfort; les délégués du seigneur de Mondoubleau ‘: Brisegaud d'Usages ,

Robert de Loudon, Robert Pesaz, chevaliers, Imbert de Chourses, Fouquet

Riboul, Robin de Gonenciers ? ou Robin Boissel, au lieu et place du seigneur du

Breuil, Gauquelin de Ferrières, sire de Ferrières, mari de Thiephaine de Doucelle,

qui devait « aller au roy, nostre sire, en chevaulx et en armes pour résister, o

» l'aide de Dieu, aux ennemis de lui et de son royaume? ».

Deux ans plus tard, Jean L'Archevèque, sire de Parthenay, déclara à Michel de Brèche que le château de Montfort élait « tenuz de l'évesque du Mans en foy et en hommage », el qu'avant de le transporter à sa « très chere et très amée fille * », il en avait été « en la foy et l'omage de l'évesque Guorel (lire

que du Mans” ».

Gougeul), é

(1) Gallia, XIV, 408.

(2) Ce

« Michel de I age et miséricordieux Jean, par la grâce de Dieu, roy de France... ». , pp. 103, 161, 312

lement débute par ces mots: he, indigne maistre en théologie, moins suffisant

» aulmosnier de très noble, puissant,

(3) Léon Le Grand, Les Quinze- (4) Gallia, NIV, 408.

G) Livre rouge, fol. 274.

ngts. Paris, 18%

(6) La lettre du sire d'Amboise et de Mondoubleau déléguant son cousin Huet d’Amboise et Macé de

Valaines est du mercredi 11 novembre 1355. Livre rouge, fol. 276. (7) Ibid, fol. 274.

(8) Ysabeau de Parthenay, dame de Montfort, femme de Jean d'Harcourt, tué à Crécy en 1346.

(9) Livre rouge, fol.

LES ÉVÈQUES DU XIVe SIÈCLE 321

Pendant l'épiscopat de Michel de Brèche, la guerre désola le diocèse. Le Mans fut rempli d'hommes d'armes qui ne purent empêcher le duc de Lancastre de piller et d'incendier les faubourgs de la ville en 1356". Les biens de la chapellenie

fondée à l'autel des Anges * par l'archidiacre Jean de Tocco, subirent les dépréda-

tions des Anglais ?. Dans la crainte de plus grands malheurs, le Chapitre fit murer la grande porte par laquelle on entrait de l'évêché dans la cathédrale". Au milieu de tribulations de toutes sortes, l'évêque eut cependant la satisfaction d'apprendre qu'en 1362 ou 1363, le fameux partisan anglais Robert Markaut avait trouvé la mort devant son château de Touvoie, dont il avait voulu en vain s'emparer.

La faveur royale n'abandonna pas l'évêque après la mort de Jean le Bon,

arrivée le 8 avril 1364. Par lettres de janvier 1365 (v. s.), Charles V lui accorda

un amortissement de soixante livres de rente, en considération de ses bons

services rendus à son père dont il avait été l'aumônier", et en décembre 1366, il

ui permit d'élever dans sa baronnie de Touvoie, possédant haute, moyenne et

>asse justice, un gibet à quatre piliers *. Bien plus, le même roi, considérant qu'il était chanoine de Saint-Julien et les pertes subies par le Chapitre, tant à cause des fortifications élevées autour de la ville que par le fait des ennemis du royaume, donna aux chanoines, en février 1366 (v. s.), deux cents livres de revenu, à la condition de deux messes par an, l'une pour les défunts, pendant le carème, et autre du Saint-Esprit, à l'époque de la saint Jean-Baptiste, sa vie durant, et des répassés après sa mort.

Michel de Brèche qui portait pour armes, au dire du P. Anselme": € d'azur à

» une gerbe de bled d'or », et qui avait été l'un des exécuteurs testamentaires, en

361, du cardinal Pierre de La Forêt, mourut au château de Touvoie, le dimanche

Re 10

de la Trinité, 13 juin 1367 . Son anniversaire, doté de quatre livres sur la métairie

» du Ré », à Fay !!, est inscrit au 4 des ides de juin dans le Martyrologe de l'Église

du Mans *.

() Cf. Le Maine 2)

sous le roi Jean le Bon, dans La Province du Maine, t. VII, pp. 29, 66 et suivantes.

itel de Notre-Dame du Pilier et des Anges était adossé à un pilier du pourtour (côté de l'Évangile)

à l'entrée du chœur.

(3) Martyrologe, 244, fol. 241 vo.

(4) 1358, mardi après la Saint-Martin. Livre rouge, fol. 49. (5) Cf. La Province du Maine, t. NII ( (6) Archives nationales. JJ 97, fol. 61, ne 204. (7) Archives nationales, JI 97, fol. 12, no 4. — Dom Piolin, V, 30, date ce document, de mai 1370. Moi-

même, je l'ai attribué autrefois par erreur à l'épiscopat de Gontier de Bagneaux ou de Baigneux. Voir Asile &

la cathédrale du Mans, sous (8) Archives nationales, JJ 97, fol. 62, nv 209, (9) Tome VIII, p. 227 (0) Cette date a 6 pp. 307-310.

(11) Les Ra

épiscopat de Guy de Laval, p. 36.

établie par M. le comte Bertrand de Broussillon, Cf. La Province du Maine, t. VIT (1899),

GONTIER DE BAGNEAUX ou DE BAIGNEUX

Dès le 16 juin 1367, le Chapitre voulut faire cesser le veuvage de l'église du Mans. Il écrivit à l'archevèque de Tours pour obtenir la permission de procéder à l'élection du successeur de Michel de Brèche'. Cette démarche demeure stérile, car le siège de saint Julien fut aussitôt offert à l'évêque de Laon, Geoffroy Le Meingre, frère du célèbre maréchal Boucicault, et, sur son refus, par le pape Urbain V, à Gontier de Bagneaux, secrétaire du roi, archidiacre de Brie en l'évêché de Meaux. La bulle de nomination de celui-ci est du 25 octobre 1367.

Gontier de Bagneaux, appelé de Baïgnaux ou de Baïgneux par les historiens manceaux, semble originaire de Souppes, en Seine-et-Marne ”*. Il était peut-être parent de son receveur, en 1369, Luc de « Baigneous » *, qui parait être le même personnage que le chanoine du Mans, Luc ou Lucas « de Balneolis », vivant en 1381.

Nommé « conseiller et retenu du Grand Conseil » de Louis, due d'Anjou et comte du Maine, frère du roi, par lettres du 7 mai 1370, il dut accomplir, aux appointements de huit francs d'or par jour, un voyage de plusieurs mois en Dauphiné et en Languedoc pour « certaines grosses besongnes, touchans très » grandement l'onneur et proffit du roy », du duc et du royvaume”*. Vers le même temps, le 4 décembre 1370, le connétable Bertrand du Guesclin, parti du château

de Juillé, battait les Anglais à Pontvallain®. L

souvenir du vainqueur se conserva

à la cathédrale où l'on vit longtemps un vitrail le représentant”, et ses armoiries

«en la billette » d'une chape de velours violet.

L'évèque Gontier n'était pas seul à s'employer au service de Charles V. En

1377, Grégoire Langlois, chantre de l'église du Mans « et maistre des requestes de

» l'hostel du roi », fut mandé « hastivement, pour certaines grosses besoignes »

() Grandmaison, Cartulaire de l'archevèché de Tours, t. I, p. 174. (2) H. Stein, Le l

Annales de la Société historique et archéologique du Gâlinais,

du Maine (Province du Maine), t. 1 (1893), pp. 316-317.

Sarthe, G 54.

pitre, B

u de naissance de Gontier de Bagneaux, évêque du Mans et archevêque de Sens, dans

trimestre de 1892, pp. 321-328. L'Union historique

(3) Archives de la

(1) Archives du €

fol. 69. 1381 (v. s.) 21 février, « Lucas de Baïgneux, notaire du roy, chares et du Mans ». Arch. nat, X/16 44a, no 50. E . Arch. nat. X/14

(5) Compte de Jehan Doucin, bourgeois du Mans, receveur et trésorier du due d'Anjou, comte du Maine. Bibl. nat. f. franc. 11863, lol. 31 vo.

(6) Cf. La Province du Maine, t. II (1894), pp. 1 à 11.

(7) « On voit la figure de du Guesclin sur un des vitraux de l'é

» noine de Len:

août 1383, on trouve feu « magister Lucas de

» Balneolis », chapelain d'Athenay, au Main 32, fol. 77 et 83 vo.

aint-Julien, au-dessus des fonts baptis-

» maux. Ce connétable y est représenté les mains jointes. Sur son 1 » à l'aigle éployée de sable ». P. Renouard, Es t. I, p. 501.

(8) € Une chappe de veloux violet, à orfraiz blans et rameaulx vers, esquieulx est esc » et, en la billette, les armes à égle noir et barre rouge à travers ». Bibl. du Mans, ms. n‘ sacrislie de la cathédrale, no 98.

teau sont peintes ses armoiries, d'argent

sai historique sur la ci-devant province du Maine. Le Mans, 1811,

ipt: Veritas vincit, 1. Inventaire de la

LES ÉVÊÈQUES DU XIVe SIÈCLE 923

touchant la « ville de La Rochelle et tout le pays d'Aunys ! ». Sa récompense ne se fit pas attendre, car il obtint, en 1379, l'évêché de Séez, où il mourut ? après avoir fait son testament le 13 mai 1404*.

Pour être moins célébre, Simon de Bares ou de Var

chanoine et scolastique

de saint Julien, n'en doit pas moins être signalé. Originaire de Limoges, il obtint du Chapitre, vers 1376, que la fête de saint Martial, fondée autrefois par Jean « de Cergeio », fût élevée au rang de semi-double et prit soin de faire construire un autel en l'honneur de ce saint dans la cathédrale *.

Gontier de Bagneaux s'était fait préparer un mausolée dans la chapelle de Notre-

Dame du Chevet, mausolée brisé par les Huguenots en 1562°, mais son corps ne

devait pas y reposer, car l'évêque fut transféré à l'archevèché de Sens, le 25 février 1384 (v. s.), par le pape Urbain VE Il y mourut le 20 juillet de la même année et fut enterré dans le chœur de sa cathédrale". Cependant il fonda son anniversaire au Mans? et beaucoup de ses ornements

pontificaux (ses chapelles rouge, blanche et noire)

restèrent à la sacristie de Saint-Julien *.

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