LOUIS-ANDRÉ DE GRIMALDI
Louis XV avait d'abord désigné l'abbé de Montécler, grand archidiacre
d'Angers, pour succéder à Charles-Louis de Froullay, mais, il revint sur sa déc sion el nomma à sa place, le 19 avril 1767, Louis-André de Grimaldi, des princes de Monaco, qui fut consacré le 5 juillet suivant par Alexandre de Talleyrand-
Péri
gord et qui arriva au Mans le 8 août?
De mœurs ass
; mondaines, l'évêque s'employa cependant, avec son Chapitre, à décorer la cathédrale selon le goût de l'époque. On badigeonna l'intérieur de l'église, puis on se livra à la destruction de la plupart des monuments anciens qui
constituaient un véritable musée. Voici en quels termes lAlmanach du Maine de
1773, parle de ces travaux qu'on peut qualifier de malheureux. « Monseigneur de Grimaldi fit démolir le maitre-autel, qui étoit un amas
» confus de pierres et d'ornements de cuivre, celui de Saint-Julien, qui étoit
derrière, et les autres qui occupaient le sanctuaire, y fit dresser un bel autre
autel de marbre blanc tail
travaillé à Paris, et derrière un autre autel de
marbre aussi et de stuc couronné par une gloire de terre cuite, richement
dorée; paver de marbre le sanctuaire et le chœur: orner de belles grilles
élever”,
de fer le cancel qui n'éloit fermé que par des barreaux de bois‘
raccommoder, peindre les stalles (de 1567), les orner de deux beaux trônes. Il
garnit l'autel d'une belle croix et de six chandeliers de cuivre d'une grandeur
proportionnée; fit présent d'un bel ornement rouge. Dans la nef, à côté d'une belle
grille de fer, qu'il fit placer à l'entrée du chœur‘, en la place du Jubé (de 1610)
qu'il fit démolir, il fit construire deux petits autels des débris du Jubé, qu'il fit
() Archives de la Sarthe, fonds municipal, 834, lettre 1e. tde C @) Voir Mémoires de Nepveu de la Manouillère, publi
@) Le por
les-Louis de Froullay existe également dans la sacristie de la cathédrale,
ult, LL, p. 66.
int-Julien était clos d’une grille autel seul était entouré d'ouvrages en cuivre.
par l'abbé G. Es
(4) Plusi
avant Mer de Grimaldi, le sanctuaire de
irs auteurs ont cru qu
cuivre. Elle était de bois sculpté et 1
(5) enlevant les abat-voix.
(6) Cette grille git actuellement sous un hangar, dans le jardin du Chapitre.
LES ÉVÊQUES DU XVI AU XIXe SIÈCLE {01
» revêtir de stuc et de marbre, comme il à fait aux six piliers du sanctuaire ; fit et dans les bas-côlés du chœur,
» abattre dans la nef, la crois
fermer la porte septentrionale de la crois
» plusieurs chapelle
détruire
» (transept nord), pour y placer l'autel de la paroisse du Crucifi
» quelques buffets d'orgues, qui ne servaient que d'ornement ?: le bel horloge
» placé à côté de la porte septentrionale, qui auroit géné le nouvel autel #. Il fit
le, dans le bas-côté nord de Ja itre l'autoris:
@) L'autel paroïssial du Crucifix se trouvait, depuis au moins le XVII s
les deux curés et les paroissiens du Crucifix obtinrent du C
nef de la cathédrole. En 1 d'élever une cloison de bois € parvam clausuram ligni », probablement pour séparer leur basde la grande nef, (Archives de la Sarthe, G 21, fol. 118 et 119). Lors des derniers trava
es évidentes de cette cloison qui Sarrétait ayant les derni s ® lombale du chanoine Pierre Sassier, permeltait de chauffer cette partie de
retrouvé des tr
cheminée, à l'endroit de la pier l'église.
@) Les orgues dort (3) Voir la description de cette horloge, p. 37:
es du cardinal de Luxembourg,
élever le sol de la sacristie, où l'on descendait comme dans une cave, la mit au
niveau des collatéraux du chœur. Des débris du Jubé, il en fit construire la belle
porte qu'on y voit. et celle qui lui répond dans la chapelle qui est vis-à-vis de l'autre
côté (chapelle du Sacré-Cœur), dont il détruisit l'autel pour y faire le passage de
l'évèché : fit faire un caveau sous l'autel de Saint-Julien, pour la sépulture des
évêques, el construire pour celle des chanoines des espèces de fours dans le caveau
qui est sous la chapelle de Notre-Dame du Chevet. Derrière l'autel de Saint-Julien,
il fit aussi construire une grande niche pour y placer le trésor des reliques de
l'église. Enfin il fit encore transporter le tombeau de Charles IT', comte du
Maine, du côté du sanctuaire où il auroit gêné, dans la chapelle de Saint-Jean *.
Tous ces ouvrages ont été commencés en 1769, 1770 et finis en 1771. Pendant
tout ce travail, les chanoines firent l'office dans l'église des RR. PP. Jacobins.
Enfin le 23 mars 1771, veille du dimanche des Rameau
jour de l'ouverture du
Jubilé accordé par Clément XIV, à l'occasion de son exaltation, Monseigneur bénit
» le nouvel autel. Le Chapitre rentra dans la cathédrale, dont le chœur étoit fini * ».
Quelques protestations s'élevèérent contre le vandalisme de l'évêque et du Chapitre, surlout quand on put lire, le 27 juin 1768, celle annonce dans les Affiches de Paris: « Le 12 juillet prochain, on fera dans l'église cathédrale du » Mans, la vente et adjudication de la cuivrerie de ladite église. Elle est fort » ancienne et pèse dix-huit à vingt mille livres ». Un archéologue du temps, Chappotin de Saint-Laurent, employé à la Bibliothèque du roi, à Paris, et membre
de l'Académie d'Auxerre, s'empressa d'écrire, le 5 juillet 1768, à Messieurs du
Chapitre du Mans, les conjurant, au nom de l'art et des souvenirs historiques, de
« conserver au moins un état général de chacune des pièces de celle cuivrerie »,
de « faire faire une copie exacte des inscriptions qui » pouvaient sy trouver, ou
mieux de faire dessiner exactement ce qu'on voulait vendre '. Cet appel, si sensé, ne fut pas entendu et lon détruisit, sans en garder le moindre souvenir, de précieux monuments d'orfévrerie dont la perte est irréparable. Déjà, sans autre précaution, en 1719, le Chapitre avait vendu au sieur Léon, orfèvre, des pièces d'argenterie « vieillies el inutiles » qui se trouvaient au Trésor du grand revestiaire et dans celui de la sacristie de Notre-Dame du Chevet”.
Après le transfert, en 1777", de Louis-André de Grimaldi à l'évêché de Noyon,
() Lire les Ier,
(2) Les chapelles de la cathédrale étaient fermées, comme le sanctuaire, par des grilles en bois de chêne, réparées après le pillas
(3) Vo
(1) Archives de 14 833.
(5) Ibid. 83, ol On voit encore à l'extérieur de la chapelle de la Sainte-Vicrge, la porte murée de la sacristie de N.-D. du Chevet.
Oe: Mr de Grimaldi, évêque du Mans, s’est démis de son évêché pour passer à celui » de Noyon ». Nepveu de la Manouillére, 1, 296.
je des huguenots de 1562.
Sarthe ; fonds municipal, r
26 octobre 1777,
LES ÉVÊÈQUES DU XVIe AU XIXe SIÈCLE 403
le Chapitre fit placer un beau portrait du prélat dans le revestiaire, avec une élogieuse inscription ! sur plaque de marbre, portant la date 1778. Ces souvenirs
de gratitude n’ont pas été déplacés.
Malgré une vie épiscopale peu édifiante, Mur de Grimaldi refusa le serment à
la constitution civile du clergé, en 1791. Il émigra en Angleterre et mourut à
Londres en 1808, sans avoir voulu admettre le Concordat. Il portait pour
armes : Fuselé d'argent el de gueules, avec la devise : Deo juvante.