FRANCOIS-GASPARD DE JOUFFROY-GONSSANS
Ce prélat”, d'une régularité exemplaire, était évêque de Gap quand il fut appelé par le roi au siège de Saint-Julien, le 7 décembre 1777. Il prit possession par son procureur le 27 juin 1778, et arriva au Mans le 30 du même mois. Ayant
refusé le serment à la constitution civile du clergé, en 1791, il s'expatria et mourut
âge d'environ soixante-dix-huit ans. Le
à Paderborn, le 23 janvier 1799, à l' 17 février 1791, Jacques-Guillaume-René-François Prud'homme de la Boussinière ”, curé de la paroisse du Crucifix, fut nommé « évêque du département de la » Sarthe », après le refus de l'abbé Grégoire, qui avait préféré Blois. Le malheureux intrus se rétracta plus tard entre les mains de Mur de Pidoll et mourut dans sa terre des Touches, à Brains, le 9 février 1812.
Ruinée par les Huguenots en 1562, la cathédrale avait pu reconstituer son trésor et, à la veille de la Révolution, on y trouvait encore des objets d'une grande
valeur. Voici l'énumération de quelques-uns d'entr'eux :
Quinze reliquaires d'or et d'argent. —— Une vierge d'ivoire avec un piédestal d'argent doré. — Une croix d'or, sur un pied d'argent doré. Un ostensoir soutenu par deux anges d'argent doré. — Une petite couronne d'argent. Une
grande croix de bois d'épine de mer à plusieurs nœuds, garnie de plusieurs
Deux très an-
pierres ; sur celte croix un christ de bois différent de la croi ciens livres d'évangiles, couverts d'une feuille d'argent. — Dix bassins d'argent, avec leurs burettes, servant pour les messes de Bourbon, du roi et autres. — Une grande aiguière. — Le chef de saint Julien, dans un reliquaire d'or dont la moitié était sur une base de cuivre doré. — Une petite châsse d'argent doré, garnie de quelques pierreries, dans laquelle était une côte de saint Julien et des reliques des S
André el Simon. Un tableau de nacre fine, représentant la mort de
() Mémoires de Nepveu de la Manouillére,
(2) Armes: d'or à trois fasces de sable, la première chargée de deux croisettes d'argent.
(3) 18 mars 1791. Procès-verbal de sa consécration. Archives de la Sarthe, I
(4) C'était le fameux Christ du dimanche des Rameaux.
la sainte Vierge. — Un petit tableau en broderie, au milieu duquel était représentée la Cène, en cire. — Un petit coffre d'ivoire contenant des reliques de saint Étienne, martyr. — Différents objets et ornements ayant apparlenu aux évêques de Froullay et du Crévy. — Un bénitier d'argent avec le goupillon et « la erou-
sille ». — Deux livres d'évangiles l'un couvert d'une feuille d'argent doré et de
plusieurs pierres, avec un Christ au milieu. Une croix de cristal de roche, contenant un morceau de la Vraye Croix. — Un livre d'évangiles pour les féries,
couvert d'une feuille d'argent. — Deux
jrandes croix pour les processions , l'une couverte d'une feuille d'argent ct l'autre d'argent doré avec des pierreries. — Dixsept calices en or et en argent doré avec leurs patènes. — Trois paix, dont deux
couvertes en feuilles d'argent et une avec une feuille d'argent doré sur laquelle
élaient des pierrcries. Six grands chandeliers et une croix de cuivre. — Une croix d'argent avec deux petits chandeliers pour l'autel de la Vierge, Une croix
de vermeil, avec ses deux chandeliers et deux autres chandeliers pour l'autel
du roi, etc. ele. De nombreuses aubes, chasubles, dalmatiques et chapes. — Un dais pour le saint Sacrement et pour la Croix. le dimanche des Rameaux. —
Six pièces de lapisserie de haute-lice dans la chapelle de la sainte Vierge. — Quinze
morceaux de tapisserie représentant l'histoire des SS. Gervais et Protais, etc. !
Il va sans dire que les hommes de la Révolution firent main basse sur la plupart de ces objets d'art et sur beaucoup d'autres dont le détail ne saurait trouver place ici. La cathédrale, elle-même, ne trouva pas grâce devant certains énergumeénes. Le 15 décembre 1792, un membre du conseil général du département de la Sarthe réclama la disparition des « diverses armoiries existantes sur » les fenêtres el dans la sacristie de l'église de Saint-Julien, ainsi que dans le » palais épiscopal habité par l'évêque du département? ». Bien plus, après l'avoir souillé par le culte de la déesse de la Raison, on alla jusqu'à réclamer la destruction complète du monument. Une lettre”, datée du 3 fructidor, an VI
(20 août 1798), adressée au ciloyen Thomas, architecte à Paris, en témoigne. Son
correspondant du Mans, commissaire central de la Sarthe, lui écrit: « On propose » de demander au gouvernement la ci-devant cathédrale Saint-Julien : on veul » l'abatlre pour bâtir à la place prisons el tribunaux. Que pensez-vous de ce » projet ?..... On balance à choisir pour temple décadaire au Mans, ou l'église de la
» Couture, où la nef de Saint-Julien. Quelle est votre opinion à ce sujet ? »
« Tous les honnêtes gens de la province (dit Jacques-Pierre Fleury dans ses
» Mémoires) ont tremblé longtemps sur le sort de la cathédrale, un des édifices
» les plus majestueux et les plus antiques de France : on avoit parlé et l'on parloit
({) Inventaire de 1790.
(2) Archives de la Sarthe, L 29, fol. 29 verso.
6) Ibid., L 173.