ANCIEN PALAIS DES COMTES DU MAINE
Ce fut pendant cette période désastreuse que, suivant les hagiographes dont
roisé de reliques
s'est fait le fidèle écho le R. P. dom Piolin”, eut lieu un chasséabsolument extraordinaire. D'après eux, les chemins étaient couverts de moines véhiculant de ville en ville, à travers mille dangers, pour les soustraire aux profanalions normandes, les corps de leurs saints patrons. Tandis qu'on cachait
au Mans les reliques de sainte Scholastique et qu'on y amenait celles de saint
() « Hae etiam sæviente procella, urbs Cenomanniea devastatur et éœnobium Sanctæ Scholasticæ, extra » murum urbis situm, exustum est ». Historiens des Gaules, NI, p. 200. Le R. P. dom Heurtebize et M. R. Triger (Sainte-Scholaslique, 72-81), ont cherché, mais en vain, Femp ment du monastère de Sainte Scholastique.
et suivantes, Voir surtout M, G. de Lestang,
(2) Sain!
Scholastique par dom Heurtebize et R. ris
Incursions normandes, pp. 54, 55.
‘glise du Mans, & 11, pp. 395
Laumer de Blois, de saint Constantin de Javron, on conduisait dans la même
ville de Blois, les SS. Victur ou Victeur, Principe, Viventien et Calais ; au château de Bourges, saint Julien du Mans : à Senlis, les SS. Siviard et Fraimbaull ; dans le Morvan, saint Léonard : à Tulle, les SS. Ulphace et Bomer: en Bourgogne, saint Ernée, saint Longis et sainte Onoflette : à Saint-Benoït-sur-Loire, sainte Ténestine :
saint Pavace jusque dans la Grande-Bretagne : saint Chrodegang au Mans: saint
Thugal, à Laval: saint Guingalois, à Château-du-Loir, etc. Certains auteurs se sont demandé où pouvait bien se trouver la citadelle du
Mans au IXe siècle. Dom Piolin ! suivi par dom Heurtebize et M. R. Triger
en voit l'emplacement probable dans l'espace occupé aujourd'hui par l'Hôtel de
Ville, ancien palais des comtes du Maine, sur le flanc oriental de l'enceinte
gallo-romaine. IT va sans dire qu'aucun document topog
aphique n'appuie cette hypothèse, non plus d'ailleurs que celle qui lui assigne la place du château, là où, dès le XIe siècle, se trouvait la Grosse-Tour, la Tour Orbrindelle ?.
Le R. P. dom Piolin énumèére les monastéres et autres lieux détruits par les
Normands pendant l'épiscopat de Robert”. Malheureusement cette longue liste
s'appuie presque uniquement sur des textes va
gues dans le genre de celui-ci :
« Après la mort d'Aldric, les payens excitérent de grands troubles et firent
de violentes irruplions, non-seulement dans notre province, mais aussi dans
toutes les circonvoisines, y mirent tout à feu et à sang, firent un grand carnage
du peuple chrétien, massacrèrent cruellement non-seulement les laïques, mais
aussi les prêtres et les moines, détruisirent loules les églises de Jésus-Christ,
renversérent tous les lieux saints avec la plus cruelle inhumanité*. »
La cathédrale ne put échapper au sort commun. Elle fut incendiée par
les barbares”. Mais aussitôt après leur départ, l'évêque Robert la fit restaurer
el, sur le conseil du pape Nicolas Ier, qui lui avait donné dans un coffret d'ivoire, des
reliques des Gervais, Protais et Ambroise, évêque de Milan, ou sur celui de
son successeur, Adrien IT °, il la consacra solennellement 7 Dom Piolin se croit
(1) Église du Mans, L IL, p. 389.
(2) 1078. « Venit Hugo, viator, ante regem Ar
, in camera Hoelli, decani, et il dixit se ea conditione emisse $ quas inter Sanctum-Vincentium et Turrem habcbat ». Cartulaire de St-Vincent, col. 68, no 99. 3) Saint-Vincent, Saint-Pierre de la Couture.
» domos et vine
aint-Germe
n, Sain
Marie de Gourdaine, Saint-Pavin, Sainteaint-Ouen, Saint-Martin, Saint-Michel, au Mans, Sglise du Mans, & IL, pp. 394, 403 et suivantes.
)ix, aint-( (4) Actus Pontificum, p.
aint-Aubin, Saint-Julien du Pré, Sainte-Scholastique,
ais, Saint-Georges-du-Bois, cte., ete.
(5) Sclon un texte rapporté par M. de Lestang, à une époque indéterminée, dur
nt les incursions normandes, « li trésor de Saint-Julien du Mans, de l'iglise et de la vila, furent sevelis costa l'outel Saint Julian ».
Ineursions normandes, p. 55, d'après un manuscrit en langue romane de la Bibliothèque nationale, n° 10307. (6) Si le texte des Actus indique clairement que les reliques des
Gervais, Protais et Ambroise, furent icolas Ier à Robert, il n'en va pas de même pour l'époque de la consél
données p: tion de la cathédrale.
Nicolas Ier, élu pape en 858, mourut en 867, el, à sa mort, notre église, brûlée par les Normands en 865 ou 866,
était à peine relevée de ses ruines.
(7) Actus Pontiicum, p.
aulorisé à dire dans son AHisloire de l'Eglise du Mans ', que les « travaux de la cathé-
» drale commencés au plus tôt vers la fin de l'an 866, conduits d'abord avec fimi-
2 ». Cette affirmation
» dilé el hésilalion?, étaient cependant achevés avant l'an
est absolument gratuite et, à ce sujet, on ne peut émettre que de pur
s suppositions.
Les Aclus qualifient l'évêque Robert « vir magn@ religionis el prudenliæ ». Cependant, sil faut en croire Le Corvaisier, l'archevêque de Tours, Hérard, avec lequel il eut des démêlés tout comme avec Hinemar, de Reims, lui aurait reproché sa vie frivole et efféminée, répréhensible surtout à une
époque calamiteuse. Pour se venger, Robert aurait refusé à son métropolitain
l'entrée de sa maison et de sa cathédra
D'après les anciennes listes épiscopales et les Actus, Robert gouverna l'Eglise
du Mans pendant vingt-six ans, c'est-à-dire de 856 à 882 *. Il mourut le 7 des calendes de juin (21 mai)”, et fut enterré dans l'église de l'abbaye de Saint- Vincent, Ces dates ne conviennent pas plus à Le Corvaisier?, qui fait siéger
Robert pendant vingt-neuf ans, qu'à dom Colomb et à dom Piolin qui l'inscrivent
entre les années 856 et 8 , Hildebrand,
Par ailleurs, le Gallia, S'appuyant sur une lettre
à l'évêque de Sée
roit à la disparition de Robert vers 880 *.
Le même Gallia” commet une assez grosse erreur en faisant dire à un ancien document que notre évêque, tombé entre les mains des Normands, mourut en capti-
vité. Le document précité, publié par plusieurs auleurs Ÿ sous ce titre: « Narra- » Lio de monacho Cenomanensi ad canonicam vilam converso », ne renferme rien de semblable. Il nous apprend que le Robert, prisonnier des barbares, était non l'évêque du Mans, mais le père d'un jeune clerc qui avait quitté l'habit monastique
pour prendre le vêtement blanc des chanoines.