‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 7 sur 236 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES PREMIERS ÉVEÉQU

ES DU MANS

4 ENDANT que la ville du Mans était livrée au culte des faux dieux, saint Julien vint y apporter les lumières de l'Évangile. Malheureusement il n'existe aucun accord entre les auteurs

qui ont voulu assigner une date précise à la mission de notre

apôtre.

Les Actus Pontificum ‘ rédigés, croit-on, par le chorévêque David, au IXe siècle,

en dehors de toutes les r

gles de la critique”, affirment que saint Julien fut

envoyé chez les Cénomans par le pape saint Clément, soit entre les années 87 et 97. Dom Piolin? suit cette version et Bondonnet' accepte précisément l'année 95. Par ailleurs, l'abbé Voisin? recule l'antiquité de notre église jusqu'en

70, sous le pape saint Lin, tandis que le Martyrologe romain du XVIe siècle

raconte que saint Julien fut envoyé chez nos ancêtres par saint Pierre, avant l'an

66. Actuellement la liturgie mancelle tient pour le premier siècle.

On remarque la même discordance parmi les historiens qui placent à une époque tardive l'évangélisation de notre province.

Le moine Léthald, qui vivait au Xe siècle, place notre premier pontife au

milieu du Ile siècle", Le Corvaisier? sous le pape Fabien (236-250), dom Colomb de

G) Actus Pontificum Cenomannis in urbe degentium. Ms. de la Bibliothèque du Mans ne XII siècle). Mabillon, Vetera Analecta, &. TI, pp. 50 et suiv.

@) Voir l'excellente étude de M.J. Havet sur les Actes des évêques du Mans. Œuvres, t. 1, Questions mérovingiennes, pp. 318 et suivantes.

(3) Histoire de l'E

(1) Les Vies des évesques du Mans.

221 (copie du

ise du Mans, &. 1, p. 2

(5) Les Cénomans anciens et modernes. Le Mans à lous ses äges, p. 9. III, col. 783.

évesques du Mans. Paris, 1648, p.

(6) Sub Decio.

gne, Pal. lat., L

(7) Histoire dé (8) Histoire des

éques du Mans

, par un ancien bénédictin de Saint-Vincent du Mans, p. 9.

252 à 299, et Cauvin! vers 340. Le Riluel du Man

» l'autorité de monseigneur Louis-André de Grimaldi », opte pour le IVe siècle,

imprimé en 1775, «€ par

en ajoutant que saint Julien fut ordonné par saint Gatien de Tours. Au milieu de cette irrémédiable confusion, je suis forcé de confesser ma complète ignorance sur la date de l'arrivée de saint Julien au pays des Cénomans. Le Martyrologe de l'Église du Mans, vieux manuscrit de la fin du XIIe siècle, dont la première rédaction, en ce qui a trait aux premiers évêques du Mans,

remonte incontestablement à une époque très reculée, donne l'exemple d'une

prudente réserve *. Pendant qu'il enregistre des détails plus ou moins légendaires sur cerlains fondateurs d'églises dans les Gaules, particulièrement sur saint Gatien envoyé, dit-il, par Rome, il mentionne la fête de saint Julien sous cette forme laconique : € VI des calendes de février. Au Mans, mort du bienheureux » Julien, confesseur, qui, entre autres miracles, ressuscila trois morts * ». Cette trop brève notice est complétée par le texte suivant tiré du Marlyrologe de l'abbaye de Saint-Vincent, d'une date également très ancienne” : « VI des calendes » de février. Au Mans, mort du bienheureux Julien, confesseur et premier évêque

» de cette ville, qui, entre autres miracles, ressuscita trois morts ° ».

Un semblable mutisme relativement à la mission apostolique de notre premier évêque, laisse entrevoir qu'à l'époque de la rédaction des articles précités

(avant le IXe siècle), on n'avait pas adopté au Mans l'opinion de l'auteur des Actus

Ponlificum et que le bienheureux confesseur Julien était pour les Manceaux d'alors purement et simplement leur premier évêque, venu chez eux à une époque indéterminée. La tradition qui leur avait transmis le nom de Julien, avec le souvenir de ses principaux miracles, ne lui donnait pas Thuribe et Pavace pour compagnons ?. On croyait seulement que saint Romain élait son neveu *.

Le groupement géographique des premiers monuments chrétiens des Gaules

fait voir le christianisme apparaissant tout d'abord dans la partie de la Provence

qui confine à la Méditerranée. « Comme le Bétis en Espagne, dit M. Edmond Le

() Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 128. (2) Page 31.

(3) Bibliothèque du Mans. Ms. ne 241. Ce martyrologe est un martyrologe d'Usuard, augmenté des noms de

nos saints du pays. Mais les articles concernant les premiers évêques du Mans, doivent avoir été tirés d'anciens catalogues épiscopaux qui peuvent remonter au VII: ou au VII: siècle.

(4) € VI kalendas februarii. Cenomannis civitate, depositio beatissimi Juliani, confessoris, qui inter alia » virtutum insignia, tres mortuos suscitavit »

écriture du XI: siècle.

() Bibliothèque du Mans. Ms. n° 67; Cenomannis civitate, depositio beatissimi Juliani, confessoris et ejusdem

(6) © VE kalendas februarl » civitatis primi episcopi, qui, inter alia virtutum insignia, tres mortuos suscitavit ».

aint Thuribe el saint Pavace ne sont mentionnés, dans le Martyrologe du Mans, que comme évêques et confesseurs, sans indication de relation avec saint Julien.

(8) € NIL idus novembris. Ipso die saneti Romani, confessoris, nepotis sancti patris nostri Juliani ». Martyrologe de l'Église du Mans. Ms. no 244.

Blant', le Rhône devient pour notre pays la voie naturelle qui aide à la propagation de la foi nouvelle. Ainsi que le montre la carte épigraphique, c'est sur les bords de ce dernier fleuve que les marbres des fidèles se trouvent le plus nombreux. Plus l'on s'éloigne de la mer, moins ces monuments sont anciens, et la série des sarcophages chrétiens nous apporte sur ce point des données identiques à celles que fournissent les inscriptions. L'antiquité, comme le nombre, s'abaisse à mesure que l'on monte vers le nord ou que l'on s'écarte vers l'ouest. De cette distribution matérielle de nos plus vieux monuments chrétiens, j'ai dû conclure que les textes historiques, les écrits de Sulpice-Sévère, ceux de Grégoire de Tours, des Actes célèbres de saint Saturnin, disent vrai, alors qu'ils nous montrent, contrairement à ce que quelques-uns vont répétant, la foi se répandant

peu à peu et tardivement dans les-Gaules ».

est impossible de contredire scientifiquement ces conclusions d’un savant chrétien, il est permis de croire avec l'abbé Gorini ?, que le christianisme, quoique introduit tard et progressivement dans les Gaules, put avoir « de bonne heure

» quelque apôtre dont les obscurs travaux préparaient le champ où devait grandir

» la moisson » du Christ. Saint Julien fut peut-être du nombre de ces premiers missionnaires, venu dans notre contrée facilement accessible par les voies qui la

sillonnaient en tous sens.

Selon les Actus Pontificum et les anciennes vies de saint Julien que je ne veux pas discuter ici, notre premier évêque naquit à Rome où il fut instruit dans les sciences divines et humaines. Il devint l'un des soixante-dix disciples consacrés par saint Clément et le « même sainz Climanz, qui fu apostoilles de Rome, » l'envoia en France por preescher la foi Jhesu-Crist à la paienne gent ° », avec deux compagnons Thuribe et Pavace.

« Gil Juliens, par la volenté Jhesu-Crist, vint à la cité du Mans et avant que

» il entrast en la cité, il s'assist en un leu où il fu moult pensis et tristes, car il

» ne savoit que il peust fère, car se il i entroit en tel maniere, les gens le » geleroient hors et ne feroit point de son afcire ». Bientôt réconforté par la pensée de sa mission divine, il se leva « et ficha son bordon en terre que sainz

» Climanz li avoit donné et lors en oissi eue vive et iot une fontainne ».

@) Znscriplions chrétiennes de la Gaule, pp. XXXIX et suiv. Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule antér s au VIII: le, pp. HI et IV.

(2) Défense de se. Lyon, 1872, t. IV, p. 2

(3) Bibliothèque M: rine, à Paris. Ms. no 1716, Vie de saint Julien, de la fin du XIII: siècle, fol. 91.

« Quant li home de cel leu et cil de la terre virent ce que il avoit fait ou nom » Notre-Scigneur Jhesu-Crist et la fontainne qui couroit du leu où il n'avoient » point d'espérance qu'il i eust eue, il se merveillièrent moult et demandérent à » S. Julien qui il estoit et d'out, et que il leur vouloit! ». L'évêque leur répondit

sitôt.

avec tant d'éloquence qu'il les convertit aus Cette fontaine suscitée par saint Julien prit le nom de Centonomius. Elle coule de nos jours, dit-on, sur la place de l'Éperon, auprès de la Poissonnerie,

sortant des soubassements d'une maison

ornée d'un bas-relief du XVIIe siècle, où

premier évêque du Mans est représenté f sant jaillir l'eau en faveur d'une jeune fille à genoux, un vase à la main. L'imagerie

mancelle a presque toujours traduit ainsi

premier miracle de l'apôtre des Cénomans.

La plupart des Manceaux croient que la

fontaine Centonomius, vulgairement appelée

de Saint-Julien, possède sa source à l'endroit

précis où elle coule maintenant. Cest une erreur qu'il est bon de rectifier. Elle prend naissance, quelque cent mètres plus haut, au carrefour formé par les rues de la Barillerie et du Pore-Épic ?, et se trouve amenée par un tuyau de plomb à son déversoir

actuel. Dans les temps anciens, la place de

l'Éperon, très exhaussée depuis par des

remblais considérables, devait former une

élroile prairie sur la rive gauche du ruisseau LE MIRACLE DE SAINT JULIEN

Os d'Isaac, au-dessous de la colline qui porte

D'après une #

actuellement la place de la République.

Pendant lépoque gallo-romaine, vers le IVe siècle, on voyait de là, à une faible distance, la vicille capitale des Cénomans juchée sur son abrupt promonloire, entourée de ses fameuses murailles coupées de rangs de brique,

qui lui ont valu d'être comptée, avec Autun, Bourges et Limoges, au nombre

des quatre villes rouges

() Bibliothèque Ma

rine, à Paris, Ms. no 1716, Vie de saint Julien, de la fin du XII siècle, fol. 91. ain ayant été considérablement exhaussé

(2) Le ter: , la source se trouve à un niveau très inférieur à la pla

ce.

(3) Saint Julien vint dans la ville du Mans « quae est una ex urbibus rubris, de quibus vulgariter dicitur : « Le Mans, Autun, Bourges et Limoges sont les quatre villes rouges ». Bibliothèque du Mans, ms. n° 97, Legendu aurea, du chanoine Moreau, fol. 4 verso. Voir encore André du Chesne, Les Antiquitez des villes et châteaux de France. Paris, 1604, p. 541.

Le gouverneur du Mans, nommé Défensor!, ayant entendu parler du prodige opéré par saint Julien, envoya aussitôt chercher ce dernier, car € la cité du Mans » estoit lors bien gardée pour leur anemis et nus (nul) ni entroit ne n'issoil » se par le congié non de ceuls qui gardoient les portes ». En arrivant au palais, le saint homme guérit un aveugle. Le Défensor émerveillé se convertit, se fit

baptiser avec sa famille et donna au thaumaturge son propre palais pour y fonder

une église qui fut dédiée à la sainte Vierge et à saint Pierre, le prince des apôtres

D'après la commune tradition la cathédrale est construite exactement sur

l'emplacement de cette premitre basilique, dont il ne reste aucune trace.

LB Odarthe

SUBSTRUCTIONS GALLO-ROMAINES DU l'ORT-A-L'ABBES

La vie de saint Julien ne fut qu'une suite de conversions et de prodiges. Comme saint Martin, il ressuscita trois morts, les fils de Jovinien, d'Anastase et

du maitre du domaine de Pruillé-l'Éguillé, Nous prendrons plus tard connai

ince de ses autres miracles, dans la description des verrières de la cathédrale qui

retracent la vie de notre apôtre.

Selon les Actus Pontificum, livre auquel il ne faut ajouter qu'une foi tr

relative, notre premier

que fonda au Mans, outre l'église cathédrale, une

basilique sur la rive droite de la Sarthe. Il la dédia en l'honneur de

saints Apôtres et y plaça, avec d'autres ministres, un prêtre du nom de Zacharie pour la gouverner. La basilique des SS. Apôtres ou des Douze Apôtres ne doit pas être confondue

avec celle de Saint-Julien du Pré, dont je parlerai plus loin. Construite en dehors

() Ce fut l'empereur Valentinien (367le titulaire, defensor civilalis

5) qui créa dans chaque ville de l'empire une fonction nouvelle dont où patronus plebis, eut la char,

de protéger les faibles ct d'arrêter les abus en les signalant au préfet du prétoire. Cette nouvelle charge Ctait peut-être une réminiscence de fonctions plus anciennes.

de la ville, elle devint peu après l'église de Saint-Victeur et ne fut complètement rasée qu'en 1862, quand on établit le quai de la rive droite. MM. les abbés Voisin ! et Persigan * ont décrit les restes de ce monument qu'ils avaient pu visiter alors que la pioche des démolisseurs s'efforçait d'en disperser les derniers vestiges. D'après eux, l'édifice, qui reposait sur le sable de la rivière et qui gardait les traces d'un hypocauste, mesurait 33 mètres de longueur sur 9 mètres de large. Il possédait des substructions probablement gallo-romaines, avec rangs de brique, comme les murs de l’ancienne cité qu'on attribue généralement au Ille ou au IV

ce même temps, au Port-à-lAbbesse, non loin de Saint-Victeur et du Pré *.

si découvertes dans

iècle. D'autres ruines de la même époque furent aus

Toujours suivant les Actus Ponlificum, saint Julien gouverna son église pendant quarante-sept ans, trois mois et dix jours, fit vingt-sept ordinations, cent

soixante-seize prêtres, vingt-deux diacres et environ autant de sous-diacres !, cent

trente-sept acolytes, exorciste lecteurs et portiers et consacra quatre-vingt-dix églises®. Le moine Léthald nous apprend que sur la fin de sa vie, il se retira dans un lieu nommé plus tard Saint-Marceau où il mourut en paix le 5 ou le 6 des calendes de février ?.

Saint-Marceau où Saint-Martial est un petit village du canton de Beaumont,

situé à cinq lieues du Mans, sur la rive gauche de la Sarthe, laquelle à cet endroit,

est franchie par un pont en pierre du XVIe siècle, décoré, en son milieu, d'une niche renfermant une statue de la Vierge du XIVe ou du XVe siècle. S'il faut en

croire les Aclus Pontificum, ce fut saint Thuribe, compagnon et successeur

immédiat de saint Julien, qui bâtit la premiére église de Saint-Marceau, « in vico Marciano *». Dans la charte de la seconde donation de l'église de Saint-Martial aux moines de Saint-Vincent par Guillaume, fils de Robert de Saint- Martial (1080- 1102), on trouve que la sainte Vierge était patronne de l'église et que les religieux S;

de Saint-Vincent avaient agrandi le petit monastère de Saint-Julien qu'ils pos

() Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, t. XNI, pp. 911-018.

(2) Recherches sur la cathédrale du Mans, p. 17.

Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, t. XIII (1857, 1858), p. 401. (1) Certains auteurs prétendent que le sous-diaconat fut institué }

Apôtres, d'autres enfin en placent lc

r Jésus-Christ, d'autres l'attribuent aux

gine vers la fin du Ier siècle au milieu du IIIe siècle que les

écrivains ecclésiastique à foi

en font mention pour la premiè

(G) Les exorcistes n'existèrent pas pendant les trois premiers siècles de l'Église.

(6) 11 est à présumer que les premiers chrétiens ne célébraient pas le eulle divin dans un édifice quelconque, avant de

voir purifié ct dédié à Dieu par des pr la paix constantinienne que l'histoire commence à enre

es et des riles religieux. Mais, ce n'est qu'après

istrer les consécrations d'

glises, qui, grâce à la

faveur des premiers princes chrétiens, ne lardèrent pas à se multiplier, lant en Orient qu'en Occident. Abbé Martigny, Dictionnaire des Antiquités chrétiennes, p. 269. (7) Les Actus Pontificum portent le 5 des c:

endes de février, c'est-à-dire le 28 janvier. Le Martyrologe de l'église du Mans, place cette mort au 6 des mêmes calendes, (8) Cauvin, Gé

7 janvier.

aphie ancienne du diocèse du Mans, p. 397, identifie ces deux noms, ce dont je ne réponds

pas.

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