‹ La cathédrale Saint-Julien du MansChapitre 8 sur 236 · SOIE · texte numérisé non relu

SOIE

FR

Planche IL.

daient là !. Ce petit monastère ( prieuré), dont la première fondation est inconnue , avait été, raconte-t-ôn, bâti au lieu même de la mort de saint Julien. Il ne reste plus trace des bâtiments primitifs. Ils ont été remplacés, au XVIe siecle, sous le priorat du moine Alexandre de Langlée, par de nouveaux bâtiments et par une grande chapelle renaissance qui se dresse loujours sur la colline, au-dessus de la fontaine Saint-Julien et de la rivière. A l'intérieur de cette chapelle, de beaux vitraux du XVIe siècle, aux armes des Langlée, seigneurs de la Menarderie, et d'un Bellanger, seigneur de Changé, en Saint-Marceau, retracent les principales scènes

de la vie de notre apôtre et rappellent ainsi le souvenir de celui qui nous engendra

dans la foi Le Défensor, qui se trouvait au Mans, fut averti par une vision de la mort de saint Julien. Tout à coup, le gouverneur aperçoit le saint évêque venant à lui

avec trois diacres porteurs d'un cierge* chacun qu'ils déposérent sur une table

avant de se retirer ‘.

«— Voyez-vous le prodige qui frappe mes yeux, dit-il aussitôt à ceux qui » l'entouraient ».

Ceux-ci assurèrent qu'ils ne voyaient rien.

«— Moi, répliqua le Défensor, je vois Julien qui nous à enseigné la vérité el » qui, entre autres prodiges, a ressuscité trois morts. Notre père n'est plus.

es vénérables ».

» Levons-nous et allons ensevelir ses re:

tôt, suivis d'une foule considérable accourue de la

Tous partirent au campagne, des bourgs et des villæ. Arrivé au vicus gallo-romain où se trouvait la dépouille mortelle de l'évêque, Défensor fit placer sur un véhicule le corps de son père spirituel. Au retour, il fallait passer la Sarthe à gué. Les chevaux sengagérent dans le lit de la rivière grossi par les pluies, mais chose merveilleuse, ceux qui conduisaient le char funèbre marchaient sur l'eau comme sur la terre ferme, tandis que les autres déployaient tous leurs efforts pour nage

rent au passage du cortège et ensuite sur le tombeau

Des miracles se produisi du saint.

D'après les Aclus Pontificum, saint Julien fut enterré au-delà de la Sarthe.

dans la basilique que ses disciples lui firent édifier et selon une Vie anonyme,

sancti-Juliani crescere, quod parvissimum erat ». int-Marceau.

() « Tune venerunt monachi et inierunt monasteriolum $ rles et le vicomte S. Menjot d'Elbenne, col. 4

Carlulaire de Saint-Vincent publié par l'abbé R. CI @) CF La Province du Maine, t. NI (1898), p. 301. Voir plus loin la description des vitraux de 3) Les anciennes armes de la ville du Mans, postérieures au XVe siècle, se blasonnaient souvent d'or à la croix de gueules chargée de trois chandeliers de même. Le Corvaisier (Histoire de tient un souvenir des trois cierges de la vision de Défensor.

vesques du Mans, p. 65),

pense que les trois éhandeliers (4) Cette scène a été reproduite par Andrieux dans les peintures modernes de l'église du Pré. (5) Une miniature du XVe siècle, dans le Missel du cardinal de Luxembourg (Bibliothèque du Mans, ms.

; fol. 65 verso), représente ce miracle. Le corps de saint Julien, sur un brancard, porté par deux

chevaux montés, traverse la rivière. Cinq personnages regardent Ja

au-delà de la Sarthe, au cimetière des Chrétiens, dans la basilique que lui-même avait commencée et qui fut achevée par ses disciples. Ces affirmations ne peuvent être contrôlées. Mais, il semble que notre apôtre

reçut la sépulture, au milieu des Lombeaux païens dans la nécropole gallo-romaine

A. Escalier actuel de la crypte.

B. Crypte s'étendant sous le chœur de l'église jusqu'à H.

CC. Petite chapelle primitive dans laquelle se trouvait, croit-on, le tombeau de saint Julien. Il ne reste plus que les fondations au ras du pavage que

l'on peut voir dans la crypte BH.

D. Mur ajouté après coup à une époque inconnue.

E. Escalier venant du côté des bâtiments de l’ancienne abbaye du Pré.

FF. Squelettes enfouis presque sous les fondations du tombeau de saint Julien.

GG. Mur joignant les soubassements des deux gros piliers de l'entrée du chœur. Ce mur indique l'extrémité de la crypte.

H. Ancien escalier de l'église à la crypte, actuelle-

ment condamné.

En dehors de la c

tombeau supposé d’une abbesse du Pré, avec

te, dans la croisée de l'égli

anneau et crosse déposés au Musée du Mans. Le cercueil en pierre blanche se trouvait à 1 mètre 80, au-dessous du pavage.

J. Cercueil en bois, à { mètre 20 de profondeur,

s cheveux.

K. Cercucil en bois, à { mètre 70 de profondeur, touchant le cercueil 7; le squelette environné de pots en terre remplis de charbon.

L. Canal en larges briques romaines! s’en allant du chœur sous la nef, à 1 mètre 96 au-dessous du pavage de la nef.

renfermant le corps d’une femme avecs

CRYPTE PRIMITIVE DE L'ÉGLISE DU PRÉ? M. Cercueil en bois à 1 mètre 70 de profondeur : le squelette environné de pots de terre remplis de charbon comme X.

NN. Transepts de l'église. — 0000. Déambulatoire autour du chœur. P. Commencement de la nef.

RRRR. Rectangle indiquant l'emplacement supposé de la primitive chapelle de saint Julien,

du Mans qui se trouvait sur la rive droite de la Sarthe. La chapelle bâtie sur son sépulcre (plus tard Saint-Julien du Pré) ne fut qu'un moyen de sanctifier ce lieu qui allait devenir le champ du repos des fidèles.

(t) N'est-ce pas plutôt, un tombeau gallo-romain à larges briques.

(2) D'après un dessin et des notes de M. l'abbé Livet. Registre manuscrit appartenant à M. l'abbé Ern.-L. Dubois, vicaire général du diocèse.

Il ne faut pas confondre, je le répète, Saint-Julien du Pré avec la basilique des SS. Apôtres ou de Saint-Victeur, située tout auprès. On ne posséde aucune donnée

rigoureusement historique sur la construction de la première basilique du Pré, sur

sa cellule et sur le monastére édifié peut-être au VI cle par saint Domnole!. Bien

qu'abandonné au IXe siéele, à l'époque de saint Aldrie, le tombeau de l'apôtre

des Cénomans ne fut jamais complètement oublié. Aussi dans le courant du

XIe si

ion du monastère en faveur des Bénédictines, supprimées à la Révolution.

le, une généreuse femme, du nom de Lezeline, entreprit-elle la restaura-

L'église abbatiale sert actuellement de paroisse sous le vocable de Notre- Dame du Pré avec tendance à redevenir Saint-Julien du Pré. Ce très curieux

monument, en forme de croix latine, est une construction, en grande partie

des XIe et XIIe siècles, avec voûtes du XVe. Sous le chœur existait une petite

crypte qui fut détruite par un intrus, en 1793°. L'abbé Ambroise Guillois* fit plus

ard de louables efforts pour la restituer et lors de fouilles exécutées à cet effet en

843, l'abbé Julien Livet, futur curé du Pré‘ qui devait restaurer complètement celle erypte en 1860, put faire un croquis que je donne ici avec légende explicative de M. l'abbé Livet, lui-même.

Jamais, à ma connaissance, des fouilles sérieuses et méthodiques n'ont été opérées dans l'ancienne nécropole gallo-romaine du Mans, autour de l'église

du Pré. Ce cimetière devait s'étendre sur une assez vaste étendue de terrai

entre la Sarthe et le ruisseau du Grenouillet”. Il y a peu de temps, en creusant la cave d'une maison, à l'angle de la rue de la Douelle et de la rue du Tunnel prolon-

gée, à quelque soixante mètres de l'église, des ouvriers ont découvert, à différentes

profondeurs, plusieurs squelettes, des vases, des urnes, des poteries rouges, dites de Samos, des morceaux de verres anciens et un fragment d'objet indéterminé en bronze. Par malheur, ces fouilles n'ont pu être surveillées à temps et il faut

se contenter de renseignements assez vagues, fournis par les ouvriers eux-mêmes.

Les squelettes étaient couchés sur le dos, la tête reposant sur une brique carrée

mesurant 24 centimètres de côté sur 3 centimètres d'épaisseur. Un vase se trouvait

@) Et non par saint Innocent comme les auteurs l'ont répété (2) André-P:

rre Ledru, curé de Notre-Dame du Pré, né à Chantenay, le 22 s, le 11 juillet 1825.

août 1796, mort au Mans le 8 décembre 1853, M. l'abbé Amb. Guillois était un des prêtres les plus distingués du diocèse. Son portrait a été lithog Mans par anger.

(4) M. l'abbé J. Livet, né Ern-L,

anvier 1761, professeur de

le centrale de la Sarthe, en 1798, mort au }

ré de Notre-Dame du Pré en 1833, né à Laval, le 17

aphié au

Fresnay-le-Vicomte, le 15 mai 1815, curé du Pré en 1857, mort en 18 cr. Dubois, M. Julien Livel, chanoine honoraire de la cathédrale du Mans, curé de Notre-Dame du Pré. Le Mans, Leguicheux, 1806, in-8 de 71 pages.

G) Quelques-uns ont voulu voir dans le ruisseau de Grenouillet, l'ancien lit de la Sarthe. Cette opinion ne s'appuie absolument sur rien. La Sarthe semble avoir toujours coulé au pied de la colline qui porte

le vieux 1

s. Le Grenouillet n'est autre chose qu'un simple fossé, creusé de main d'homme, destiné à aubourg du Pré.

de chaque côté de la tête. Les cadavres avaient pu être ensevelis en pleine terre, car on n'a pas remarqué trace de cercueil, ni de clous provenant de cercueils en bois.

Au-dessous des squelettes, à une plus grande profondeur, se trouvaient des urnes présumées cinéraires, brisées, ainsi que d'autres vases, par la pioche des terrassiers.

Voici la description des objets principaux qui ont pu être sauvés ! :

10 Fragment d'objet en bronze difficile à déterminer (fig. 1).

20 Vase en terre noire présumé cinéraire (fig. 2). Ce vase mesure 18 centimètres 1/2 de hauteur sur 12 centimètres de diamètre et son pied 4 centimétres.

Il semble avoir contenu des cendres humaines, qui s'étaient transformées en une

bouillie noirâtre. C'est probablement une urne de l'époque de l'incinération, € à-dire de l'époque païenne *.

3 et 40 Fragments de poteries rouges dites de Samos (fig. 3 et 4), peut-être de la fin du Ile siècle ou du IVe.

50 Beau vase en terre grise, avec une seule anse, orné sur la panse de mar-

gucriles rudimentaires, peintes en blanc sur un fond rougeâtre (fig. 5). Ce joli

vase, d'une forme très élégante, se trouvait à la tête de l'un des squelettes. II parait être du Ve siècle, de facture mérovingienne, et mesure 21 centimètres 1/2 de hauteur, sur 14 centimètres de diamètre dans sa partie la plus large.

D'après ces quelques données, qui pourront être complétées par des fouilles

plus importantes et par de nouvelles découver

s, le cimetière du Pré paraît être un cimetière gallo-romain encore utilisé après la conquête des Frances et en partie durant tout le cours du moyen-âge. Ainsi que je l'ai dit plus haut, saint Julien y fut enseveli parmi les sépultures païennes. Le même fait se produisit à Rouen, où saint Mellon et saint Victrice, les deux premiers évêques de l’antique cité normande, furent inhumés dans la nécropole gallo-romaine du vieux Rothomagus. Là fut érigé l'oratoire des SS. Gervais et Protais* dans les mêmes conditions que

la petite chapelle de saint Julien dans le cimetière gallo-romain du Mans.

Chaque anné

avant la Révolution, le Chapitre cathédral déléguait un de

ses chanoines pour célébrer la grand'messe dans l'église abbatiale du Pré, le

27 janvier, jour de la fête de saint Julien

() Voir planche IL.

() Ordinairement l'urne qui contenait les os où la cendre des morts était couverte avec une tuile, une e noire, quand elle n'élait pas renfermée dans un coffre.

soucoupe, une assiette, ou un trépied en L ï Ie siècle

C A partir de celte époque, selon linfiltration plus où moins lente du christianisme, on voit apparaître l'inhumation et dans les cimetières gallo-romains

cinération a duré dans les Gaules, jusq

les squelettes coudoient les urnes.

(3) Abbé Cochet, La

ormandie souterraine, p. 45.

(1) Archives du Chapitre, passim

SAINT THURIBE

Saint Thuribe { Turibius, Turribius, Tyribius, Thuribius, Tyburcius, Torive, Turuble, Tiburce) est donné dans tous nos anciens catalogues épiscopaux comme

le deuxième évêque du Mans. La légende de ce pontife publiée par les Bollandistes

au 16 avril, ne mérite aucune créance et nous sommes forcé de nous contenter du récit non moins suspect des Actus Ponlificum.

Selon ces mêmes Actus, Thuribe, d'origine romaine, fut ordonné par saint Clément et adjoint à saint Julien qui en fit un cardinal-prélre. Après la mort de son maitre, il fut élu pour son successeur et consacré dans la cathédrale. Pendant son épiscopal de cinq ans, six mois et seize jours, il fonda quatre monastères, trente-huit paroisses, particulièrement celle de Saint-Mareeau, fit dix-sept ordinations, quatre-vingt-huit prêtres, cinquante diacres et quarante sous-diacres. Il termina sa vie par le martyre (ce sont les Aclus qui le rapportent) le 16 des calendes de mai (16 avril), post consulalum Viatoris ilerum (ou bis) viri clarissimi. L'auteur des Aclus en donnant ce synchronisme, peut-être copié sur un ancien monument, ne se doutait pas qu'il plaçait ainsi la mort de Thuribe en 496 ou 497 et qu'il détruisait celte affirmation émise par lui en tête de la légende: que le premier successeur de saint Julien avait gouverné l'église du Mans du temps de l'empereur Antonin (138-161 ).

Afin de couper court à une telle difficulté, certains auteurs, dom Piolin en particulier, ont créé de toutes pièces un saint Thuribe Il, de 490 à 497, dédoublant un même personnage, sans l'ombre d'un document à l'appui de

leur thès

& Suivant une tradition locale, dit dom Piolin', saint Thuribe, voyant sa mort approcher, se retira à Saint-Marceau, comme son maitre el prédécesseur saint Julien. Ce fut là qu'il attendit son heure suprême et qu'il s'endormit dans

le Seigneur? ». Il existait autrefois une chapelle de saint Thuribe, au château

de La Forêt, en Saint-Jean-d'Assé. Ce serait exactement dans cet endroit, en face

de Saint-Marceau, que le second évêque du Mans aurait rendu le dernier soupir. A défaut de la chapelle ruinée, on voit encore la fontaine Saint-Thuribe.

Au dire des Actus, saint Thuribe fut enseveli au Mans, sur la rive droite de la Sarthe, dans l'église des Douze-Apôtres (plus tard Saint-Victeur)*. On conserve à l'évêché une importante relique de notre saint avec cette inscription

du XIVe siecle, sur une bande de parchemin : « Le chief monsieur Turuble ».

() Histoire de L'Église du Mans, 1, p. 42 (2) Il n'est plus question ici de son martyre. (3) C£. La Province du Maine, t. IN (1896), pp. 65 et suivantes.

L'église du Mans place au 16 avril la fête de son second pontife !. En Espagne, un saint Thuribe qui vivait sous le pape Léon-le-Grand (440-461) est également honoré le 16 avril”.

Dans notre ancien diocèse, la seule église d'Assé-le-Béranger était dédiée

à saint Thuribe. Aussi tous les ans, le jour de sa fêle, le Chapitre cathédral

déléguait-il un chanoine pour y officier solennellement. A celte occasion, les pélerins n'oubliaient pas de visiter une fontaine que l'apôtre du Bas-Maine aurait fait couler à la prière des habitants.

J'ai dit l'apôtre du Bas-Maine. En effet les Mayennais revendiquent spécialement saint Thuribe pour leur père dans la foi. A l'époque de la création de l'évêché de Laval (1855), ceux-ci cherchèrent à établir que saint Thuribe avait

été le premier évêque de Jublains, l'antique capitale des Diablintes, disparue

au Ve siècle. Cette prétention peut d'autant mieux s'affirmer que rien ne saurait

ni la corroborer ni la détruire.

SAINT PAVACE

Nos anciens catalogues épiscopaux donnent le troisième rang à saint Pavace dans la liste des évêques du Mans, Dom Piolin ‘ lui consacre un chapitre composé surtout à l'aide d'une légende insérée aux Bollandistes, à la date du 24 juillet, provenant d'un manuscrit du XIIe siècle de l'abbaye de la Couture”. La, il est question de miracles opérés par le saint, notamment de la destruction d'un monstrueux serpent, terreur de la contrée", prodige qui a donné naissance à l'us:

ige de représenter saint Pavace lenant enchaîné un dragon. Il paraît même qu'au moyen âge, l'image du monstre se trouvait peinte dans le palais des

évèques du Mans”.

() Dans quelques Martyrologes le nom de saint Thuribe, joint à ceux des saints Pavace et Gundanisole, évêques du Mans, est inscrit soit au 24 juillet, soit au août. Migne, Pat. lat., t CXXIV, col. 294, 295 et 400

@) XVI kal. maii « Palentiae in Hispania, natalis sancti Turibii, episcopi Astoricensis, ad quem scripsit Leo, pontifex, epistolam contra Priscillanistas, Hic innumeris claruit miraculis et Christianorum religionem ae fidem maxime juvit ». Migne, Pat. lat. t. CXXI, col. 942.

(3) On lit dans le Propre du diocèse de Layal, IVe leçon de l'office de saint Thuribe : « Turibius, patria romanus, nobili ortus genre, a sanéto Clemente socius datus est beatissimo Juliano, primo Cenomanensium cpiscopo. Cujus in propaganda fide assiduus minister, pra prædicans et condens ccclesias, perlustravit ».

() Histoire de l'Église du Mans, &. 1, pp. H-51. fol cta ejusdem (Pavatii) valde prolixa in legendario ms. XII sæculi, apud abbatiam Sancti- 1 21 julii, in quibus nihil relatu dignum, nam de dracone vicinia infestante fides penes sit authorem ». Dom Briant, Cenomania, Bibliothèque du Mans. Ms. 226 ter, p’22*

() Bollandistes, 21 juillet. Vita sancti Pavacit, ne G et 7.

ipue Diablenticæ regionis vicos evangelium

() Bibliothèque du Mans. Ms., n° (6) « Habentur Petri de Cultu

Les Aclus Ponlificum racontent que saint Pavace /Pavalius], d'origine romaine comme les SS. Julien et Thuribe, avait été ordonné diacre par saint

Clément (88-97), cardinal-prêtre par saint Julien, et qu'il vivait au (emps des

empereurs Maximin (235-238) et Aurélien (270-275) — je ne me charge pas d'établir la concordance de ces dates. — Au cours d'un épiscopal de quarantetrois ans, il aurait fait trente-six ordinations, deux cent quatre- vingt-cinq

, cent soixante-treize diacres,

pré cinquante-six sous-diacres et créé onze

paroisses. Après sa mort arrivée le 9 des calendes d'août (24 juillet)", il reçut la sépulture aux Douze-Apôtres, dans la même église que saint Thuribe.

La seule église du diocèse placée sous le patronage de notre troisième

évèque, est celle de Saint-Pavace, bâtie sur la rive gauche de Ja Sarthe, à cinq kilomètres du Mans. C'est un petit édifice rectangulaire, dont les murs et les ouvertures romanes semblent remonter au XIe siècle. Il en est fait mention dès 1067-1069, dans une charte du Carlulaire de Saint-Vincent”. Elle remplaçait alors le monastère de Saint-Sauveur édifié au IXe siéele par saint Aldric, dans un lieu mal famé, refuge des chiens, des courtisanes et des voleurs *.

S'il fallait prendre à la lettre le récit des Actus Ponlificum les trois saints

évèques Julien, Thuribe et Pavace auraient occupé le siège épiscopal du Mans

pendant quatre-vingt-quinze ans, neuf mois, vingt-six jours, fait quatre-vingts

ordinations, créé cent trente-neuf paroiss ordonné cinq cent quarante-neuf prêtres, deux cent quarante-cinq diacres, cent dix-huit sous-diacres et de nombreux acolytes, exorcistes, lecteurs ou portiers.

Ces données trop précises sont évidemment le fruit de l'imagination.

AINT LIBOIRE

Malgré les différentes vies publiées dans les Aclus Pontificum et par les Bollandistes, nous ne possédons aucune notice rigoureusement historique sur

saint Liboire réputé le quatrième évêque du Mans. Les historiens manceaux

qui admettent l'apostolicité de notre Église en s'appuyant sur la fragile autorité des Actus, placent saint Liboire au IVe siècle, à des dates flottantes *, et cela sans

chercher à classer deux évêques incertains les SS. Gundanisole et Valérin. Mais,

(1) On trouve quelquefois saint Pavace et saint Liboire au 23 juillet; ailleurs, les SS. Pavace, Thuribe IV; col2 4, 295 et 400.

(2) Guillaume Osoenus, avant de partir pour Jérusalem, donne à Saint-Vincent « unam mansuram terre.

et Gundanisole au 24 ou au 95 juillet. Migne, Pat. lat., & CX)

» sitam prope Sancti-Pavatii ecclesiam ». Cartulaire, col. 23, ne 23.

(3) Gesta Atdrici, pp.

() Bondonnet en 337-3 397, dom Piolin de 348 à

6, l'Histoire des évêques du Mans, par un ancien bénédiclin de Saint-Maur de 548 à Û, etc.

ils se gardent bien de suivre jusqu'au bout leur auteur, qui les embarrasse sérieusement quand il dit que Liboire, successeur immédiat de Pavace, vivait sous Constantin (306-337) et sous Valentinien (364-375 ).

Je laisse de côté les SS. Gundanisole et Valérin ! et même saint Rufin ? qui occu-

pèrent le siège du Mans à des époques indéterminées, si jamais ils l'occupérent.

lon les Actus, Liboire *, de nationalité gauloise, élu par le peuple et sacré évêque du Mans aussitôt après la mort de saint Pavace, gouverna notre église sous les empereurs Constantin et Valentinien pendant quarante-neuf ans. Duran

cette longue période, il fit quatre-vingt-seize ordinations, deux cent dix-sep

prètres, cent quatre-vingt-six diacres, quatre-vingt-treize sous-diacres et établi

dix

ot églises dans son diocèse * Il mourut le 5 des ides de juin (9 juin) et fu

enseveli par saint Martin de Tours, dans l'église des Douze-Apôtres, auprès des

SS. Thuribe et Pavace. De nombreux malades, aveugles, boîteux, sourds, lépreux,

possédés, recouvrèrent la santé sur son tombeau. L'église du Mans célébrai

autrefois sa fête le 9 juin, jour de son déc

Depuis 1693, elle l'a placée au

23 juillet. La translation de ses reliques à Paderborn, en Allemagne, sous l'épiscopa

de saint Aldrie (836), se trouve inscrite dans certains Martyrologes au 28 avri ou au 28 mai ?.

L'ancienne chapelle de l'Hôpital du Mans était dédiée à saint Liboire, probablement parceque celui-ci était invoqué contre la maladie de la pierre. On le représente ordinairement tenant à la main un livre chargé de plusieurs calculs, d'autres fois avec un paon à son côté. Le R. P. Cahier prétend que ce paon doit être transformé en flabellum liturgique.

S'il faut en croire l'auteur allemand, Conrad Mertens, le culte de saint

Liboire a été constaté dans cent trente-huit églises d'Italie, dans l'ile de Malte, à

Corfou, dans l'archipel Grec, à Alexandrie, en Espagne, en Portugal et dans les iles Canaries. En Allemagne, il y a peu de saints plus connus et qui reçoivent un culte plüs solennel. On trouve un nombre prodigieux de personnes qui portent son nom et d'autels qui lui sont dédiés, sans parler de la cathédrale de Paderborn

placée sous son patronage 6:

(1) Proprium sanctorum ecclesiæ

dis Sancti-Petri de Curia, Ms. de la fabrique de Saint-Benoît du

Mans, p. 180. 9 et8 des calendes d'août « Cenomanis, deposilio sanctorum Pavacii, Turribii et Gundanisoli » episcoporum prefatæ urbis et confessorum ». Migne, Pal. lal., & CXXIV, col. 294, 295 ct 400. @) Je trouve ce saint Rufin (Rufinus) cité comme évêque du Mans dans un calendrier en tête d'Heures du

Mans du XVe siècle. Bibliothèque de l'Arsenal à Paris, ms. ne 417, fol. 2 verso.

@) Liborius. Dom Piolin, Hisloire de l'Église du Mans, L 1, p. 66, note 2, dit qu'on trouve quelquefois Leporius, Leporinus, Liberius, au lieu de Liborius. L'estimable bénédictin doit s'abuser et confondre avec Leporius, évêque marty

décembre), où avec un autre Leporius, peut-être Horolius, du 2 mars. @) « Hie fecit ecclesias per diversa loca in ipsa parrochia XVII ». Actus. (5) Migne, Pal. lat. t XII, col. 983 ; L CXXIV, col. 100. (6) Le livre de Conrad Mertens, chapelain à Ki dans la Semaine du Fidèle du Mans, t. XI, pp. 5

hbarchen, près de Paderborn, en Westphalie, a été analysé

Rss : — = — ,

SAINT VICTUR !

Tout en rejetant la complète véracité des premiers chapitres des Actus sur nos évêques, il faut cependant admettre qu'au fur et à mesure qu'on se rapproche du IXe siècle, date de leur rédaction, certains détails doivent rentrer dans le

domaine de la réalité. Par malheur, il est impossible de distinguer l'ivraie du bon

grain au milieu de récits qui cadrent mal avec des faits historiques incon-

testables. La légende de saint Victur et de son fils saint Victeur, tous deux

sorie de narrations où le

seurs de saint Liboire, rentre dans cette €

succes chroniqueur s'est librement donné carrière sans tenir compte de la chronologie.

Au dire du chorévèque David, l'auteur présumé des Aclus, saint Martin,

venu au Mans pour assister aux derniers moments de saint Liboire et pour

présider à ses funérailles, avait rencontré dans la campagne, auprès de la ville,

un sous-diacre marié du nom de Victur qui travaillait dans sa vigne * en chantant des hymnes sacrées. Martin eut alors une inspiration; ce pieux vigneron devait succéder à saint Liboire. L'évêque de Tours descendit aussitôt de son âne et aborda Victur avec ces paroles : « Je vous salue, seigneur évêque ! » A ces mots, le pauvre sous-diacre crut que l'étranger se moquait de lui. Mais le grand serviteur de Dieu le rassura, lui donna sa bénédiction et le conduisit dans la ville où

Liboire agonisait. Après la sépulture de l'évêque du Mans aux Douze-Apôtres,

Martin présenta Victur au peuple, le sacra*, fit prendre le voile à sa femme

Maura, baplisa leur fils unique Victurius qui était déjà d'un certain âge, et conduisit ce dernier à Tours pour l'instruire et le former aux sciences divines.

Victur, ainsi choisi et sacré, fut le cinquième évêque du Mans, sous les empereurs Théodose (379-395) ct Arcadius (395-408), siégea vingt-quatre ans, sept mois et treize jours, fit quarante-deux ordinations, trois cent cinq prètres, deux cent douze diacres et nombre d'autres ministres, puis fut enterré dans l'église des Douze-Apôtres, comme saint Liboire *.

Jusqu'ici, on pourrait admettre à la rigueur le récit des Aclus. Où la difficulté commence c'est quand ces mêmes Aclus nous racontent qu'après le décès de

Victur, saint Martin choisit pour le remplacer son propre fils Victurius qui

G) Victurus. On traduit souvent et irrégulièrement Vieturus par Victor. J'adopte la forme Victur. it que, dans

(2) Une tradition locale indique cette vigne à Rouillon non loin du lieu de la Baptisière. IL pai cet endroit, on voit un plan de rosiers dont l’origine remonte au temps de saint Victur. Ces rosiers n'ont pu

être détruits jusqu’à présent, malgré la charrue, qui, tous les ans, attaque leurs racines.

(3) Au sujet du choix de saint Victur par saint Martin, dom Piolin prétend que primitivement le diocèse

(parrochia) du Mans faisait partie de la province ecclésiastique de Rouen. Cette affirmation, comme beau-

coup d'autres du R. Père, ne repose sur aucune donnée historique et fait partie d’un système absolument

préconçu.

(4) Actus.

mourut sous le consulat de Fauste le Jeune et de Longin, c'est-à-dire en l’année 190, ayant gouverné l'Église du Mans (toujours selon les Actus) quarante-un ans, six mois et dix jours. Avec ces chiffres, l'élection de Victurius se fixe à l'année 448 ou 449. Or saint Martin était mort vers 397, certainement avant 400, un demisiécle avant le sacre de Victurius ! Dom Piolin, qui, après d'autres, admet pour les premiers évêques du Mans une chronologie absolument fantaisiste, se tire d'affaire au sujet de saint Victurius en affirmant, sans preuve, quil fut évêque du

seur de saint Martin), de 422 à 490, soit pendant

Mans (sacré par Brice, succes

soixante-huit ans, après son père Victur qui aurait siégé de 390 à 422. Avec ce système d'évaluation, purement imaginaire, on arrive encore à faire mourir Victurius à l’âge de plus de cent sept ans.

En résumé, l'histoire de saint Martin sacrant Vietur et son fils Victurius, soutient mal la critique. Tout ce que l'on peut admettre raisonnablement, c'est l'existence des deux SS. Victur et Victurius dont le Martyrologe de l'Église du Mans, reflet de notre primitive tradition locale, fait mention au VIT des calendes de septembre (25 août) ! et aux calendes de septembre (1er septembre). Il ressort

it au

aussi du testament authentique de saint Bertrand, qu'en 616, on connai Mans saint Victur qui y possédait un oratoire, et saint Victurius, Victor ou Victeur auquel une basilique était dédiée ?.

Une constatation s'impose ici, la popularité dont joui

dit saint Martin, particuliérement dans nos contrées, où il fut le grand convertisseur des campagnes au IVe siècle. L'auteur des Actus Pontificum ne pouvait omettre de mêler son souvenir à la vie de plusieurs de nos évêques. En le faisant, il obéissait au sentiment général qui porta les Manceaux à dédier au grand évêque de Tours un oraloire au Mans, un monastère à Pontlieue au VIe siècle, et plus tard environ cent églises paroissiales,

plusieurs prieurés et un grand nombre de chapelles

() « VIT kalendas septembris. Cenomannis, depositio thèque du Mans, ms. n° 244, fol. 134 — Dom Piolin (Histoire de mourut le 7 €

eti Victuri, episcopi et confessoris ». Biblio-

Église du Mans, 1, p. 8h), dit par erreur qu'il s calendes. — D'autres Martyrologes placent sa mort au 10 des calendes de septembre

août).

@) « Tibi vero archi “ecipio, ul per omnes basilicas quæ cirea civitatem nostram » noscuntur, hoc est be Saneti-Vielurtt, peculiaris patroni mei, dabis sol. XX. ad oratoria domni Martini, » domni Viclorü, vel sancti Petri, infra muros, dabis in aurum aut in caballos sol. V. » Actus dans Vetera

Analecta, & WI, p. 145

(3) D'après le Saint Martin de Lecoy de La Marche, le diocèse actuel du Mans renferme cinquante-une églises paroissiales sous le vocable de saint Martin de Tours ; celui de Laval, quarante-huit ; Angers, trentesept; Séez, cinquante-six; Chartres, cinquante-deux ; Tours, trente-neuf, Avant la Révolution, ces chif étaient plus élevés, plusieurs

Tres Saint-

saint Martin ayant été détruites, notamment celles de Martin de Précigné, de Saint-Martin de Parcé, de Saint-Martin de Dangeul, etc.

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