‹ La catholicisme et la vie de l'espritChapitre 31 sur 56 · I.KS ItKVKI.ATiONS DK LA CONSCIKNCK MODEUNK · texte numérisé non relu

I.KS ItKVKI.ATiONS DK LA CONSCIKNCK MODEUNK

lion purement matérielle. Dieu supprimé ou né^li|;é, ce ne sont que des liens de chair et de san^' (jui réunissent les hommes, ce n'est plus la fraternité mais une solidarité toute brute et malérielle. Il ne faut plus alors parler de miséricorde et d'amour, il ne faut plus j)arler (|ue de répercussions et de contre-coups, il faut laisser tomher en désuétude ces mots du cœur où s'exprimait l'humaine tendresse et ne parler plus que le brûlai langage de la mécanique. Laissez l'âme, laissez l'esprit, laissez le cceur. Ne parlez (jue de la force. Renoncez à l'iiumanilé. — Vous ne le voulez pas? Vous })rélendez èlre des hommes tels que la raison les exige et que le cu'ur les l'éclame/Soit.Mais alors allez jusqu'au bout des démarches de voire raison et des élans de voire cœur. Reconnaissez la lilialion spirituelle de l'homme vis-à-vis de Dieu, et enlin, cl pour tout dire, si vous voulez être véritablement des frères reconnaissez et adorez le Père (jui est aux cieux.

J'ai lini ce trop long examen. M. Séailles voulait retrouver les afiirmations communes qui, en (hdiors de toute mélaphysique et de loule religion, peuvent unir tous les hommes de l)oniie volonté et leur sei'vir de |)iiiici|)es, dans l'ieuvre de l'aclioTi morale. Reiit-èlre, enelfet, ])ourrail-on essayei" • le faire (juclque chose en ce sens. Tout n'e-;l

210 LE CATHOLICISME ET LA VIE DE l'eSPRIT

pas faux dans l'idée àoV Union pour l'action morale. Léon XIll, quand il fit jadis bon accueil à M. Paul Desjardins, y voulait voir quelque chose qui préparait cette ligue « des gens de bien de tous les partis » qui devra bien quelque jour se faire et qui seule pourra sauver ce pays. ÏNIais le malheur a voulu que, à V Union même, au lieu de rechercher le minimum indispensable, on a prétendu faire de ce minimun le tout à fait suffisant. Du coup, l'union n'était })lus possible non seulement avec les catholiques, mais avec tous les vrais chrétiens. Dans sa conférence, M. Séailles a pris soin de creuser encore le fossé. De façon plus ou moins couverte il a voulu attaquer le catholicisme , il a mis nettement un de ses dogmes hors de la conscience, telle qu'il l'entend. En sorte que, par une ironie étrange mais qui porte en soi son châtiment, au moment où l'on fait ap})el à l'union morale, on excommunie les hommes dans les rangs desquels se trouvent de façon incontestable, à côté de beaucoup de défaillances, les plus nombreux exemples de tenue morale, de dévouement à l'humanité et de dignité de vie.

Eh bien! soit, nous sommes des excommuniés. Remarquons cependant que nous ne le sommes que de la conscience moderne représentée par M. Séailles. C'(^sl beaucoup, je pense, mais aussi

l.i:s lUiVKl.ATUl.NS DK 1,A CONSCI KNCK MODKR.M: 21 1

cost ptni, car oulin colto coiisriciicc iresl quo colle il'uii lioninic cl d'un philosophe, (ruii homme qui sans cloute a ses préjugés, comme tous les autres, d'un piiilosophe, qui, quoiqu'il s'en défende, a bien son système et ne peut penser en dehors. Kn sorte que cette conscience moderne impersonnelle se réduit tout simplement à être la pensée de M. Séailles. Ce qui nous rassure, c'est que, au moment même où il parle, l'autre face, la face vraiment impersonnelle de la conscience moderne, la science de l'homme, montre de plus en j)lus combien la morale catholique est admirablement adaptée à l'humaine condition. Et quant aux exigences absolues de la conscience morale, nous avons montré que rien dans nos dogmes ne saurait en altérer la pureté, en abaisser la grandeur, en ravaler la noblesse.

Page 1