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séries d'événements A, C se rencontrent en un point B, aux yeux d'un observateur 0; cette rencontre vue du dehors par peut toujours être regardée par lui comme accidentelle. Ce n'est que du dedans qu'on peut juger si cette rencontre est essentielle. Il faut donc que A et C soient des séries intérieures de lui-même, qui alors voit directement si leur rencontre B est essentielle ou accidentelle.
Il paraît donc démontré que Texpérience externe ne nous donne la causalité ni immédiatement ni par analyse.
Expériences intérieures de Hume et de M. de Blran.
Sera-ce dans l'expérience interne que nous trouverons le rapport de causalité? Oui, répondent certains philosophes. Par cette réponse ces philosophes s'engagent à nous décrire l'expérience privilégiée où s'est découvert à eux ce rapport. C'est ce qu'ont fait tour à tour Hume et Maine de Biran .
Voici d'abord l'expérience interne dans laquelle Hume pense trouver le rapport de causalité.
Nous venons de voir que Hume reproche à l'ex-
périeiice externe de ne nous donner que deux des éléments qui constituent la causalité, à savoir la contiguïté et la succession. Il reste un troisièine . élément pour avoir l'idée complète de causalité; cet élément est la connexion nécessaire. Or, on ne peut nulle part, en aucun cas isolé, découvrir ce troisième élément. « J'étends donc ma vue, continue Hume, pour embrasser différents cas où j'aperçois des objets semblables toujours donnés en de semblables relations de contiguïté et de succession. Au premier abord, ceci ne semble pas bien utile à mon dessein. La réflexion portée sur différents cas ne fait que répéter les mêmes objets, en sorte qu'il ne peut s'élever aucune idée nouvelle. Mais, en y regardant mieux, je vois que la répétition n'est pas identique à chaque fois, mais qu'elle produit une nouvelle impression, et, par ce moyen, l'idée même dont je m'occupe.
Après une répétition fréquente, il arrive qu'à l'apparition de bien des objets, l'esprit est déterminé par l'habitude à envisager son compagnon ordinaire, et cela en une plus forte lumière sous le rapport de sa relation avec le premier. C'est celte impression de détermination qui m'apporte l'idée de nécessité \ » — « Ce n'est qu'après plusieurs expériences uniformes, dit ail-
1. ÏV. de la nat. humaine, 1. I, 2^ part., sect. XI V, p. 219.
leurâ Hume, où le même objet se montre toujours suivi du même événement, que nous commençons à prendre les idées de cause et de connexion. Nous sentons alors une nouvelle impression, c'est-à-dire une connexion établie par l'habitude dans la pensée, entre un objet et son conséquent ordinaire, et ce sentiment est l'original de l'idée que nous cherchons *. » Ainsi l'expérience immé- ... diate de la causalité se trouve dans le sentiment de la détermination que nous éprouvons quand l'habitude nous pousse à « penser nécessairement un objet à la suite d'un autre'' ».
Y a-t-il là, comme le croit Hume, une expé- ^ rience interne du rapport de causalité? C'est ce que M. Rabier n'admet pas. Il croit simplement que cette expérience n'existe dans le cas cité par Hume que parce cjue nous nous sentons résister à la détermination qiië produit chez nous l'habitude, de sorte que ce que nous sentirions véritablement serait l'effort de notre résistance contre la détermination habituelle. Les termes alors seraient renversés : tandis que pour Hume, l'habitude est une cause dont nous sentons l'effet se
l.-Bss., vu, 2, p. 472.
2. Voy. sur ce point Rabier, L6*ço7îs de philosophie. — Psychologie^ p. 292, ei Revue philosophique, de février et mars i88o- Nous adoptons l'interprétation que donne M. Rabier de la théorie de Hume. Quand même d'ailleurs cette théorie ne serait vraiment pas celle de Hume, il suffirait à notre objet qu'elle fût une théorie possible/
produire en nous; pour M. Rabier, c'est nous qui restons toujours la cause, et la détermination habituelle est le terme auquel aboutit notre effort. Hume, qui a critiqué le sentiment de l'effort avec tant de subtilité, n'aurait certainement pas admis cette interprétation de Texpérience, mais il n'en est pas moins vrai que M. Rabier reste d'accord avec lui pour admettre que nous avons dans ce fait une véritable expérience de la causalité.
C'est dans des cas différents en apparence^ mais dont l'essence reste la même, que Maine de Biran a vu l'expérience privilégiée où se découvre à nous la causalité. Bien qu'il ne se soit pas exclusivement renfermé, comme on l'a dit trop souvent, dans la considération de l'effort musculaire, il a cependant fait de cet effort le sujet le plus fréquent de ses analyses. Rappelons le résultat des observations de M. de Biran.
L'effort est un sentiment sui gene?*is dans lequel nous sentons immédiatement l'activité du moi. Les deux termes de cette activité, la volonté et le mouvement musculaire, nous sont donnés simultanément par la conscience dans cette expérience privilégiée. Toutes les objections de Hume contre l'existence de cette conscience reposent sur cette fausse observation que la volonté et le mouvement musculaire sont sentis l'un après l'autre. M. de Biran relève cette fausse observa-
tion et montre que les deux termes sout au contraire simultanés. « Nous sentons TefiTort en même temps que nous apercevons la cause, et le premier acte de conscience nous apprend aussitôt à prévoir le fait du mouvement dans Teffort de la cause qui est moi. Ce cas de prévoyance est unique *. » ^
« Ce sentiment simultané du moi et de l'effort moteur, nous l'éprouvons, soit que nous agissions sur nos muscles, pour leur faire exécuter un mouvement, c'est le cas ordinaire, soit que nous agissions sur eux pour les empêcher d'exécuter des mouvements où nous poussent nos instincts.
Turenne, au moment d'entrer en ligne, disait : Tu trembles^ carcasse, si tu savais où je vais te mener y ta tremblerais bien davantage^. »
Mais M. de Biran ne s'en tient pas là. Il reconnaît Texistence d'efforts internes^ et il fait reposer toute une partie de sa psychologie sur l'attention. — Or, l'attention est un effort spécifiquement semblable aux autres sans doute, mais d'un degré supérieur \ et il la définit : « une volonté particuHère et expresse qui s'applique à rendre plus distincte une perception d'abord confuse, en