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CHAPITRE III

Prélude de la démarche :

Les bienfaits de Pie IX à l'égard des Israélites de Rome.

I. Le ghetto de Rome. Contraste de ces étroites ruelles avec les catacombes des premiers chrétiens. Touchant spectacle d'une pauvre famille en deuil. Inoubhable souvenir au ghetto du renversement, par Pie IX, des portes et des chaînes qui en fermaient l'entrée. — II. Autres bienfaits du Pape : « Pie IX c'est un ange », témoignage d'une sincère reconnaissance. Enumération de différentes faveurs accordées à la communauté Israélite. Députation qui nous est envoyée du ghetto pour nous engager à solliciter de Sa Sainteté les droits civils pour les Juifs de Rome et en particuHer le droit de devenir propriétaires. Cette proposition non recevable ; les motifs. — III. Preuve d'intérêt la plus touchante et la plus solennelle donnée par Pie IX à la cause d'Israël, dans l'affaire du jeune Mortara. La nourrice de l'enfant et le baptême. Déplorable attitude de tous les gouvernements de l'Europe en face de l'héroïque décision du Vicaire de Jésus-Christ. Pie IX dépouillé d'une partie de ses Etats : « Mon enfant, vous m'avez coûté bien cher ! » Un jour le peuple juif tombera à genoux, avec une reconnaissance émue, devant le vieillard du Vatican se laissant dépouiller plutôt que d'abandonner une âme juive baptisée. Prélude de cette reconnaissance dans le jeune Edgard Mortara, devenu Pie Mortara et chanoine de l'Eglise romaine de Saint-Pierre-aux-Liens. Insigne miracle de soudure entre deux chaînes qui ont Hé le Prince des Apôtres à Rome et à Jérusalem, conservées dans cette éghse de Saint-Pierre-aux-Liens : figure prophétique d'une soudure plus admirable encore qui doit se faire entre les restes d'Israël et les fidèles de l'Eglise catholique. Au Concile œcuménique du Vatican revient l'honneur d'entreprendre cette soudure.

Notre dessein en faveur des israélites rencontrait déjà dans les paroles encourageantes de Pie IX une impulsion presque irrésistible, mais des actes de Sa Sainteté, des bienfaits publics, allaient rendre cette impulsion définitive.

De temps immémorial, Rome abritait un ghetto ou juiverie, quartier à part. Tous les soirs, jusqu'à l'avènement de Pie IX, les entrées en étaient fermées par des chaînes. Après avoir visité les catacombes des premiers chrétiens, nous nous engageâmes dans les étroites ruelles des Juifs. Quel contraste ! les catacombes, quoique sous terre, étaient pleines de lumière ; les ruelles aériennes du ghetto, catacombes de notre nation, étaient pleines de ténèbres dans lesquelles se réalisait cette prophétie biblique du châtiment : ils marcheront à tâtons, ils se heurteront à chaque pas comme des aç^eugles, ils trembleront comme des feuilles. Un spectacle de misère frappait douloureusement nos regards. Il se trouvait au ghetto plus de deux mille pauvres. Les enfants abondaient, les familles se multipliaient, les trois ou quatre rues étaient insuffisantes : quels réduits ! Le Tibre avait quelques j ours auparavant débordé parmi eux, c'était pour nous la réalité de l'abomination de la désolation. Mais ce qui nous a particulièrement frappés, c'est la tristesse profonde, la mélancolie aux yeux ternes, les dos courbés... ils participaient à toutes les misères du pays, sans participer à ses avantages, et surtout à cette joie de l'âme qui transfigure les misères du dehors. Une famille venait de perdre une jeune fille, nous y entrâmes ; le père et la mère étaient là, avec leurs vingt- quatre enfants et petits- enfants ; aux paroles de consolation, nous joignîmes quelques pièces d'argent, offertes à la pauvre mère. De-

vant notre compassion, tous se jetèrent sur nous, se disputant nos mains pour les couvrir de baisers. Une émotion poignante nous saisit, tout le monde pleurait : enfants d'Israël et prêtres de Jésus- Christ, nous étions enfin embrassés par nos frères.

A cette visite pleine de larmes, la Bonté divine entrelaça le souvenir inoubliable au ghetto d'une scène déborda'ïite d'acclamations lorsque furent abolies les portes et les chaînes du ghetto. Un fils d'Israël était notre guide dans les ruelles de ce quartier; il se nommait Gratia Dio, et il nous raconta ce qui suit : c'était la veille de la fête de Pâques, dans la nuit même du samedi saint, 17 avril 1848. L'office du soir était terminé, et le secret de l'événement approchant avait été si bien gardé, que tous les fidèles des cinq synagogues du ghetto étaient déjà retournés dans leurs foyers domestiques pour se livrer au sommeil, lorsque retentit le premier coup de marteau. « Un beau clair de lune éclaira les ouvriers dans leur œuvre de bienfaisante destruction. Tous les Israélites du Ghetto étaient debout, comme dans la rédemption d'une autre Egypte. La joie était profondément sentie, elle se lisait en traits ineffaçables dans tous les regards. D'un bout de la péninsule jusqu'à l'autre, ce cri se propagea parmi les Israélites : A Pie IX, sauveur et régénérateur ! »

Le grand rabbin de Turin, à l'inauguration d'un monument israélite, prononça ces paroles : Que le nom de Pie IX soit gravé en caractères ineffaçables avec un ciseau d'airain, avec un diamant, sur une plaque de marbre ; qu'il soit rangé parmi les bienfaiteurs du peuple d'Israël.

Lorsque les Romains connurent que Pie IX avait aboli et fait renverser les portes du ghetto, il y eut une émeute, la population indignée voulait mettre le feu aux maisons des israélites ; mais Pie IX tint bon, des patrouilles de ca-

Valérie continrent la population, et l'on sut que le sublime bienfaiteur voulait poursuivre la réhabilitation de ses sujets israélites.

Autres bienfaits sortis du Vatican.

(( Pie IX, c'est un ange ! » nous disait avec un élan sincère le bon Gratia Dio qui nous servait de guide. En effet, le Pape lui avait fait rendre justice à l' encontre d'une communauté religieuse. « Je suis fâché, avait dit Pie IX, que cet israélite ait été contraint de m' écrire deux fois ; il a le droit pour lui, on ne doit pas lui faire tort », et sortant 1,200 écus de sa cassette particulière, il paya la dette, car la communauté religieuse était trop pauvre. Mais, passant de son domaine privé à la grande famille du ghetto, ce cher Nathanaël nous fit l'énumération suivante des bienfaits de Pie IX :

Les Israélites prêtant leur serment de fidélité, à l'exaltation de chaque Souverain- Pontife, étaient soumis à un usage pénible. Lorsque le Pape nouvellement élu revenait de Saint- Jean- de- Latran, les représentants de la communauté juive devaient l'attendre sous l'arc de Titus, cet artî mémorial de la destruction de Jérusalem, et là ils imploraient tolérance pour continuer de séjourner à Rome. Pie IX a fait cesser cet usage.

2° Les Israélites, considérés comme étrangers, n'avaient jamais eu part aux droits, privilèges et franchises dont jouissent à Rome les pères de douze enfants. Pie IX a ordonné que désormais ils participeraient à tous ces droits et privilèges.

3^ Les Israélites pauvres du Ghetto avaient toujours été exclus des secours officiels. Pie IX a réglé que la caisse

de bienfaisance du Gouvernement leur remettrait annuellement 300 écus.

40 Les Israélites étaient tous tenus de payer chaque année, durant le carnaval, une très forte imposition à la municipalité romaine, et de se soumettre à une humiliante cérémonie. — Pie IX a supprimé et la cérémonie et l'imposition.

Un périodique de France, les Archives Israélites , enregistrait à cette époque deux jolis traits :

Il circulait dans Rome, à l'occasion des élections municipales, une liste de candidats ne contenant que des noms d'hommes notoirement hostiles à l'Eglise, sauf un seul. C'était celui de M. Alatri, un israélite romain, homme modéré, ayant une grande connaissance des affaires et dont la réputation de probité était telle qu'on l'avait consulté souvent sur des questions d'intérêt public. Un matin, le Cardinal secrétaire d'Etat montra cette hste à Pie IX et lui demanda ce qu'il en pensait. Le Pape réfléchit un instant, puis d'un air fort sérieux dit au secrétaire d'Etat : « Voulez-vous que je vous dise mon opinion sur cette liste? Je n'y vois qu'un chrétien » (et il montra du doigt le nom de M. Alatri), « et encore il est juif )>.

L'autre trait :

Un Israélite allemand habitant la Californie avait sauvé la vie, dans une émeute populaire, à trois missionnaires cathohques. Le Pape l'ayant appris, lui avait envoyé la croix de Saint- Grégoire le Grand. Lors d'un voyage à Rome, le sauveteur se fit présenter au Saint- Père. « Je me rappelle vous avoir envoyé la croix, lui dit le Pape, ne l'avez- vous donc pas reçue? — « Je demande pardon à Votre Sainteté, répondit le visiteur, mais, comme israélite, je ne puis raisonnablement porter une croix. » — « Je vais vous donner un souvenir que vous puissiez porter, réphqua finement Pie IX, le Pape va prendre la place de la croix », et il lui

remit son portrait en miniature attaché à une chaîne d'or. L'israéhte était fier de porter cette royale décoration.

Une émotion communicative agitait tout le ghetto, depuis notre promenade dans ses ruelles. Une députation en sort et vient nous trouver au Séminaire français. Elle nous dit : « Pie IX a déjà fait beaucoup pour nous ; et puisque vous avez audience facile auprès de Sa Sainteté, et que vous nous voulez du bien, demandez en notre faveur les droits, le droit d'être propriétaires à Rome. »

Nous répondîmes : « C'est difficile, pour ne pas dire impossible. »

Ils insistèrent en invoquant les principes du droit nouveau, la liberté de conscience, l'égalité, le droit commun.

Nous répondîmes : « Invoquez tout ce que vous voudrez. Nous ne conseillerons jamais de vous accorder à Rome le droit de devenir propriétaires. Nous connaissons les aptitudes de notre nation, ses bonnes comme ses mauvaises qualités ; si ce droit de propriété vous était accordé, eh bien! nous en faisons le pari, dans trente ans, dans cinquante ans au plus, Rome n'appartiendrait plus aux catholiques, Rome serait entre vos mains. »

Ils insistèrent encore en disant : « Pourquoi nous israélites, serions- nous exceptés de la règle commune? L'exception est injuste. »

Nous répondîmes : « Non, Messieurs, en ce qui concerne Rome, vous israélites, vous n'avez pas le droit de dire que l'exception soit injuste. Rappelez- vous ce que vous faisiez vous-mêmes lorsque vous étiez propriétaires de Jérusalem et de la Terre- Sainte. Vous ne reconnaissiez à personne, à aucune nation, à aucune religion, le droit d'acquérir la moindre parcelle du territoire sacré. Jamais la loi de Moïse n'eût autorisé un enfant d'Israël à vendre son champ à un étranger. Ne vous étonnez donc pas que les cathoHques, devenus à leur tour le peuple de Dieu, sauvegardent leur

Terre- Sainte, qui est Rome, comme vous sauvegardiez la vôtre. Ils continuent à Rome la règle que vous aviez établie à Jérusalem. Vous pouvez être propriétaires partout ailleurs, et la catholicité est assez vaste ! partout, excepté à Rome. )) Ils n'insistèrent plus.

On conviendra que l'assemblage des preuves d'intérêt données par Pie IX à la cause d'Israël était déjà respectable ; mais voici la plus touchante et aussi la plus solennelle.

Dans la ville de Bologne, qui faisait partie des Etats pontificaux, un petit enfant, Edgard Mortara, avait été confié par sa famille israélite à une nourrice catholique. Il tomba si dangereusement malade que la nourrice lui donna le baptême pour qu'il devînt un ange auprès de la Très Sainte Vierge. Il fut rendu à la santé. Quand la nourrice s'éloigna de la famille, elle crut de son devoir de révéler que l'enfant était catholique. Grand tapage dans la synagogue de Bologne ; on pressa le père et la mère de quitter les Etats pontificaux. Pie IX en fut informé, et il ordonna qu'on lui amenât l'enfant et sa famille. « Cet enfant est devenu catholique, dit- il au père et à la mère, et vous en êtes la première cause parce que vous l'avez confié à une nourrice catholique. En justice, je dois veiller sur un enfant qui a reçu le baptême, j'en réponds devant Dieu ; d'autre part je ne veux pas vous le dérober et vous en priver. Eh bien, pour concilier ma responsabilité et votre affection, je vous propose d'habiter Rome ou une autre ville de mes Etats, et je pourvoirai à vos différents besoins. »

Jusqu'alors la Révolution avait jeté des fleurs à profu-

sion sur le passage du Pontife, espérant l'entraîner ou plutôt le faire tomber dans ses desseins. Mais Pie IX, comme le Christ son Maître, porté sur le pinacle du Temple, avait répondu à la Révolution : il est écrit : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. Retire-toi, Satan. )> Depuis lors, la haine révolutionnaire ne guettait plus qu'une occasion pour changer ses fleurs en épines, et pour remplacer le pinacle du Temple par le sommet du Calvaire. Le baptême du jeune Mortara servit ses desseins de haine, on parvint à entraîner le père et la mère dans le complot : ils quittèrent Rome tandis que, de son côté, Pie IX retenait l'enfant- Alors il y eut dans la presse révolutionnaire une explosion de haine qui dépassa tous les récits que nous pourrions en faire. Les oreilles nous en tintent encore. Ce fut une véritable meute autour du Pape. On hurlait : Au rapt 1 au rapt î Tous les gouvernements se laissèrent intimider, et donnèrent tort au représentant de la Vérité éternelle. Pas un n'examina la question au point de vue des intérêts de Jésus- Christ. Tous, sans exception, blâmèrent la décision et la conduite du Pape. Napoléon III est mort. Nous pouvons dire la vérité. Dans un entretien sur cet enfant, Pie IX nous dit un jour à nous-mêmes : « Vous ne saurez jamais tout ce que votre gouvernement a imaginé pour me faire renoncer à cet enfant. Menaces, caresses, promesses, il a tout employé. Mais était-ce à moi, un représentant de Jésus-Christ sur la terre, à abandonner devant la meute une âme baptisée? Moi le Pape, pouvais- je jeter margaritas ante porcos ! »

A cette date 1858, commencèrent donc les malheurs de Pie IX. La Croix du Calvaire avait remplacé le pinacle du Temple.

Tel est le fait historique. Et maintenant voici la philosophie que nous y découvrons par rapport à la régénération morale du peuple juif.

Les Juifs n'ont pas encore compris tout ce qu'il y a eu de magnanime dans l'attitude de ce vieillard, de ce Pontife s' exposant à tout plutôt que de se séparer d'une âme juive devenue chrétienne. Ils ne l'ont pas compris, ils ne pouvaient pas le comprendre. Les gouvernements, les princes, les sages du siècle ne l'ont pas compris davantage, parce que la même cécité qui pèse sur les restes d'Israël depuis dix- neuf siècles, est devenue, à cette heure, le partage d'un grand nombre chez les nations chrétiennes : ils ont des yeux et ils ne voient pas. Mais un jour l'histoire dira ceci : Il fut un temps où l'un des successeurs de saint Pierre fut placé dans cette alternative: ou renoncer à un enfant juif baptisé, ou s'exposer à se voir dépouillé de sa royauté temporelle. Il n'hésita pas et ses malheurs commencèrent. « 0 mon fils, s'écriait un jour le saint vieillard en se penchant vers Edgard Mortara qui était à ses pieds, mon fils, vous m'avez coûté bien cher. »

Il n'hésita pas. Eh bien! nous osons le dire, ce fut là le plus grand acte de régénération morale qui se soit jamais fait, et qui se fera peut-être jamais en faveur du peuple juif. On pourra trouver dans l'avenir des moyens de régénération plus puissants et mieux écoutés. Mais rien ne vaudra jamais l'acte de ce Pontife se laissant dépouiller, et triste jusqu'à la mort, plutôt que de se séparer d'une âme juive baptisée.

Veut- on savoir ce que vaut l'âme d'un juif ? Qu'on regarde Pie IX, dépouillé de tout, mais retenant à ses côtés, sur le Calvaire, l'enfant de ses douleurs !

Un jour, quand le peuple juif se convertira, il se mettra à genoux devant l'attitude de ce Pontife, et chaque père le montrant avec amour dira à son fils : « Que sa louange demeure éternellement non seulement dans ta bouche, mais encore dans la bouche de tes enfants, et des enfants de tes enfants, maintenant et à jamais! »

(( Mon fils vous m'avez coûté bien cher, avait dit le Pape au jeune Mortara )>, et il avait ajouté : « Restez bien fidèle. » L'enfant en grandissant est resté fidèle. Un jour que nous nous promenions avec lui, et que nous causions des vérités de la religion, il s'écria avec transport : « Oh ! quel malheur, quel malheur, si ma nourrice ne m'avait pas baptisé! » Pie IX changeant son nom d'Edgard lui donna son propre nom, et l'heureux adolescent devint Pie Mortara. Son éducation fut confiée aux chanoines qui desservent la belle église de Saint- Pierre- aux- Liens. Dans ses procédés d'exquise délicatesse, Pie IX exigeait que, tous les mois, l'enfant écrivît une lettre à ses parents qui avaient quitté les Etats pontificaux ; alors même qu'on ne lui répondait pas, une lettre partait de Rome chaque mois. Cette persévérance de respect et de tendresse finit par amener de suaves résultats, tenus secrets. Quand Pie Mortara eut atteint l'âge d'homme, honoré du sacerdoce et devenu lui-même chanoine de Saint- Pierre- aux- Liens, il parcourut en apôtre les principales villes de l'Europe, racontant avec l'effusion de son âme les grandes grâces que Dieu lui avait faites, et bénissant le nom de Pie IX son bienfaiteur. Il a donc pris rang dans l'avant- garde des fils d'Israël convertis où brillent les noms des Drach, des Goschler, des Jarac, du très Révérend Père Hermann, des deux frères Ratisbonne. Tous ensemble nous avons confiance que nous aiderons à renouveler, en faveur des restes d'Israël, un beau miracle dont l'église de Saint- Pierre- aux- Liens conserve l'indéniable témoignage.

On gardait précieusement à Rome une chaîne de fer que le Prince des Apôtres avait portée sous Néron. L'impératrice Eudoxie, femme de l'empereur Valentinien, ayant reçu une autre chaîne qui avait également lié le Prince des apôtres à Jérusalem, en fit don au Pape saint Léon. Le Souverain Pontife ordonna alors qu'on lui apportât celle qui était

conservée à Rome. Dans ses mains vénérables, les deux chaînes se soudèrent aussitôt d'elles-mêmes pour n'en faire plus qu'une. Chaque année, le l^'' août, on célèbre cet événement par une fête solennelle dans l'église qui porte le vocable de Saint- Pierre- aux- Liens et où est déposée cette insigne relique, si éloquente pour des fils d'Israël.

Un jour viendra où, de même que la chaîne apportée de Jérusalem se noua par une soudure instantanée à l'attractive chaîne de Rome, de même les restes de l'ancien peuple de Dieu se fusionneront, dans une étreinte d'amour, avec les fidèles de l'Eglise catholique.

Le rôle de saint Léon coordonnant entre ses mains les deux chaînes de Rome et de Jérusalem vous revient de droit, ô magnanime Pie IX, ô illustrissimes évêques réunis au Concile du Vatican : à vous de rapprocher les restes d'Israël avec les brebis réunies sous vos houlettes, de telle sorte qu'il n'y ait plus qu'un unique bercail, iinum ovile; à vous de renouveler suavement le miracle de soudure abrité dans l'église de Saint- Pierre- aux- Liens par un appel d'honneur et d'amour adressé aux attardés d'Israël, selon cette annonce consolante du prophète Osée : In vinculis traham eos, in vinculis caritatis, je les attirerai par des liens, par des chaînes de charité.

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