ET VITALITÉ DE L'ÉGLISE
(( scellé : nous ne r aurions jamais ouçert » Merci, Monsieur le Rédacteur, pour cette précieuse récompense ; nous voulons faire en sorte de la mériter pour tous nos autres écrits, persuadés que votre propre courtoisie nous aidera à garder la condition de votre hospitalité.
Votre premier article sur notre livre peut se résumer en ces deux grandes lignes :
Le judaïsme est florissant de santé ;
Le catholicisme est extrêmement malade ; pourquoi alors solliciter les Israélites qui se portent bien, à quitter la région de la santé, pour entrer dans la région des maladies et de la mort ?
Eh bien, souffrez que nous vous l'apprenions, c'est le contraire qui est la vérité ; nous allons l'établir. Renversons donc vos deux propositions : dissolution dans la Synagogue et santé chez l'Eglise.
§ L Est-il vrai que le Judaïsme soit florissant de santé?
L D'abord, d'une manière générale, il faut convenir que depuis ce qui s'est passé au Calvaire, notre nation n'a jamais été florissante de santé.
Vous allez sans doute vous efforcer de protester en montrant le peuple juif pourchassé, traqué, coupé en morceaux, jeté dans tous les coins du monde et, malgré cela, contre toutes les lois du temps et de la destinée humaine, ne cédant pas à la mort et, après dix- neuf siècles de tourmente, se retrouvant debout sur les cendres de ses oppresseurs : mais, prenez garde, vous confondriez, comme du reste le rabbinisme l'a toujours fait, la perpétuité avec la santé, avec la vie. La perpétuité n'est pas la vie, n'est pas la santé, pas plus que dans les siècles éternels la perpétuité des réprouvés ne constituera pour eux la vie et le bonheur. Or, oui, nous le reconnaissons et le proclamons bien haut, oui
nous avons été conservés, et conservés par un vrai miracle, mais cette conservation n'a pas été pour nous la vie.
La vie avait passé ailleurs. Il y a deux grands miracles parallèles qui sont partis le même jour du Calvaire et vont se prolongeant à travers les siècles et les espaces : le miracle de la conservation du peuple juif et le miracle de la conservation de r Eglise ; les hommes du Sinaï et le rocher de Pierre. Or, c'est auprès de Pierre et dans l'EgHse seule, que s'est manifestée et s'est déployée la vie ; nous, nous avons pu durer, mais notre durée n'était pas la vie !
Etablissez donc, en effet, si vous le pouvez, que ce qui constituait essentiellement la vie dans le judaïsme ne nous a pas manqué durant ces dix- neuf siècles.
Nous n'avions plus le Temple,
Nous étions sans sacerdoce.
Nous ne pouvions plus célébrer la Pâque,
Nos généalogies ayant été brûlées, nous ne pouvions
même plus nous reconnaître, Nous n'avions plus de mission.
Tous les peuples nous repoussaient avec horreur, La terre et le Ciel nous manquaient à la fois. Nous étions le Juif- Errant !
Nous ne vivions donc pas, nous durions. Nous durions à la façon de ces momies que nos pères avaient pu autrefois contempler en Egypte. Car, nous aussi, nous étions enveloppés de bandelettes qui nous serraient, qui nous emprisonnaient, qui comprimaient en nous toute pensée, tout mouvement : ces bandelettes, c'est-à-dire les prescriptions rabbiniques ; ces bandelettes, c'est-à-dire les observances étroites du Talmud, véritables entraves, prescriptions cent fois plus étroites que les prescriptions de Moïse, tout cela nous tenait immobiles, tout cela nous conservait comme
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dans un cercueil ; et pour nous soustraire à l'action de l'air, pour nous préserver du contact de l'atmosphère chrétienne, nous avions encore le ghetto !
C'est ainsi que, prodigieux ossements, nous avons duré sans avoir la vie ; et, par conséquent, Monsieur le rédacteur, il n'est, depuis l'ère chrétienne, aucune époque de l'histoire où l'on puisse raisonnablement appliquer au Judaïsme votre superbe qualification « florissant de santé ».
II. Mais peut-être n'entendiez- vous comprendre, sous cette expression, que l'époque plus particulière qui commence à l'acte d'émancipation, en 1791? Sous le règne du droit commun le judaïsme serait, d'après vous, devenu rapidement prospère et florissant de santé.
Permettez- nous de vous répondre que vous vous bercez là d'une belle illusion, que partagent du reste tous vos confrères dans la presse Israélite. Vous en êtes venus en effet à vous persuader que le Judaïsme est aujourd'hui très florissant, parce que les Israélites peuvent prétendre aux charges civiles et politiques des principaux Etats de l'Europe, et parce que vos consistoires bâtissent en liberté de magnifiques synagogues. C'est là une erreur habituelle hélas ! aux yeux Israélites, qui confondent toujours le dehors avec le dedans. Poursuivons, si vous le voulez bien, la comparaison si triste, mais si instructive, des tombeaux égyptiens.
Durant dix- neuf siècles, vous étiez donc l'immobilité ; le Talmudisme vous emprisonnait dans ses entraves et le ghetto était votre asile de silence et de mort. Mais voici que, tout à coup, en 1791, votre immobilité a tressailh : vos ghettos se sont ouverts : bon gré, mal gré, vous avez dû secouer vos entraves talmudiques et, les flots de l'atmosphère vous envahissant de toutes parts, voici que vous n'êtes plus V immobilité, vous êtes la décomposition,
Oui, VOUS êtes la décomposition ;
Vous êtes la décomposition, parce qu'il s'est formé chez vous des déchirures ou des partis, des dissidences incurables sur le peu qui vous restait du mosaïsme : ce qui ne s'était jamais vu depuis la dispersion. Vous croirez peut-être nous échapper, en répliquant : Au moyen âge, nous avons eu des partis, les Caraïtes et les Rabbanites (1), et néanmoins sur l'essentiel nous avons gardé l'unité. Vous dites vrai : au moyen âge, sur l'essentiel vous avez gardé l'unité ; mais aujourd'hui, c'est justement autour de cet essentiel, c'est-à-dire autour des restes du mosaïsme, que vos partis se déchirent :
Parti des Israélites libres- penseurs et rationalistes, qui sont fiers, eux aussi, de repousser toute Révélation, la mosaïque non moins que la chrétienne ;
Parti des Israélites progressistes, qui retiennent la Révélation, mais à condition de la plier aux idées modernes, en réformant à leur guise les lois, les prières et les usages qu'elle a prescrits ;
Parti des indifférents, qui ne tiennent au judaïsme que parce que la naissance les y a placés ;
Parti des conservateurs, dont les rangs se meurent ! C'est là que nous vous rencontrons, vous, Monsieur le Rédacteur, avec votre plume solitaire ; car tout l'enthousiasme, toutes les faveurs du judaïsme français vont au journal progressiste les Archives, votre rival, qui dogmatiquement vaut moins que vous.
Osez dire que cette décomposition ne se trouve pas dans votre sein? Voici vingt ans que vos consistoires et vos journaux sont pleins des batailles, des tristesses, des clameurs et du râle de ces partis.
(1) Les Rabbanites admettaient, outre le texte biblique, des traditions. Les Caraïtes repoussaient les traditions.
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Vous êtes la décomposition, parce que quand nous voulons chercher s'il est au moins quelque précepte respecté de vous tous, défendu par vous tous, qui vous groupe et vous constitue encore véritablement comme juifs, nous n'en trouvons plus, entendez-le bien, nous n'en trouvons plus.
Il y avait trois grands devoirs extérieurs, publics, caractéristiques, possibles malgré la dispersion, qui tranchaient visiblement votre existence de toutes les existences de ce monde, qui vous constituaient véritablement juifs aux yeux des peuples ; devoirs fidèlement remplis par vous tous jusqu'en 1791, et que vous appeliez : le respect des lois alimentaires — l'observation du sabbat — l'étude et la pratique de la langue hébraïque. Vous ne vous nourrissiez pas comme les autres ; vous ne vous reposiez pas comme les autres ; vous ne parliez pas comme les autres, vous étiez des Juifs. Or, de ces trois grands devoirs israélites, que sont devenus les deux premiers? « Nos frères d'aujour-
« d'hui SONT ATTEINTS D'UNE GRAVE MALADIE : Hs SOuf-
« jrent comme israélites, d'une phtisie morale. On a déjà « oublié le sabbat, les lois alimentaires... tout ce qui fait de « Visraélite un israélite. »
Qui a écrit cela?
Vous, Monsieur le Rédacteur, vous, votre feuille, 1' Univers le l^J* juillet 1869. Et comment l'avez- vous oublié pour oser dire cinq mois plus tard, le 15 novembre 1869, que le judaïsme est « fort et florissant de santé» ?
Puis écoutez ce qui suit par rapport à la langue sainte : « NOUS POSONS EN FAIT quc sur dix jeunes gens de quinze (( ans, neuf ne possèdent plus les éléments de la langue hé- « bràique. Et si le conseil supérieur de V Instruction publique « n'avait pas rendu obligatoire V étude de la petite histoire « sainte de M. Duruy, nos jeunes gens çiçraient dans une « sainte ignorance sur V existence de nos patriarches. Nous « n'osons parler de la Bible : on ne la lit guère. »
Et encore :
« On peut préi^oir le jour, bien rapproché de nous, si « DEJA il n'est arrivé, OU le rabbin sera seul dépositaire « de la science sacrée ; et ce triste monopole, ce priç^ilège « honteux pour nous, finira par l'écraser de son poids. »
Et qui a publié cela?
Votre feuille encore, Monsieur le Rédacteur, votre feuille, en 1868. Et vous avez dit vrai, et vous n'avez rien exagéré. Mais aussi, Monsieur, est-ce là être « fort et florissant de santé .)> ?
Voilà donc le Judaïsme qui se décompose et qui s'en va, dans ce qui vous différenciait et vous caractérisait aux yeux des autres peuples : vous êtes en train de vous nourrir comme tout le monde, de vous reposer comme tout le monde, de parler comme tout le monde.
Que vous reste- 1- il alors pour être au moins juifs en secret, et dans le for intérieur?
La Circoncision et le dogme de l' Unité de Dieu.
Mais cette circoncision elle-même, êtes- vous bien sûr qu'elle subsistera dans un avenir prochain? Vous avez vous-même exprimé des craintes, il y a quelques mois : (( Soixante-six médecins juifs de Vienne ont adressé à Vad- « ministration de la communauté de cette i^ille un manifeste « contre le commandement divin de la Circoncision. Ce mani- « feste, si, à Dieu ne plaise, il pouvait jamais être pris en con- « sidération, exciterait les gouvernements à défendre le signe « de V immortelle alliance que le Seigneur a daigné accorder « à Abraham et à ses enfants. Et ce sont des Juifs qui au- « raient ainsi dénoncé et fait condamner une des plus gran- « des et des plus saintes lois de notre Dieu. » Votre rival des Archives, lui, l'enfant terrible, déchire le voile plus au large: ^^ Beaucoup de familles israélites, dit- il, ne font accom- « plir la circoncision qu'avec répugnance et non avec la « conscience d'un devoir à remplir ; d'autres ne la font plus
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(( accomplir du tout, à moins d'être forcés par des considé- « rations extérieures, des pressions de famille. ))
Et tenez, Monsieur le Rédacteur, pour achever de vous justifier à vous-même vos propres alarmes, nous écrivions ces lignes lorsque le dernier N^ des Ar chiites, celui du 15 déc. 1869, est venu nous apporter la grave nouvelle suivante :
Congrès rahhinique de Philadelphie.
L'assemblée déclare et adopte que :
L enfant mâle d'une femme juii^e est, lorsqu'il ne
serait pas circoncis, par le seul fait de sa naissance, membre de la communauté fuiçe.
Que vous en semble. Monsieur? Et ce sont quinze rabbins qui portent ainsi atteinte aux sources mêmes du Judaïsme ! Et d'après vos propres correspondances, ceui de l'Allemagne ont hâte d'en venir là.
Or, la circoncision menacée.
Le sabbat méprisé.
Les lois alimentaires délaissées,
La langue hébraïque oubliée.
En définitive que vous reste- 1- il?
Le dogme de l'Unité de Dieu.
Adonai erad, l'Eternel est un ! c'est votre croyance, mais c'est la nôtre aussi. Oh ! non, nous n'adorons pas trois Dieux depuis que nous sommes catholiques : nous le jurons, la main levée vers le Sinaï! Adonai erad, l'Eternel est un ! nous mourrions pour le soutenir. Mais alors, cher Monsieur, vous voyez bien que nous avions raison d'affirmer que le vieux mur de séparation achève de s'écrouler, que vous n'êtes plus si loin de nous, que vous n'avez plus qu'un petit espace à franchir pour nous rencontrer ; oh ! franchissez-le, nous vous en conjurons, et que Dieu vous en fasse la
grâce : nous serions si heureux d'honorer vos cheveux blancs en les introduisant nous-mêmes dans la région de la santé, de la beauté, et de la lumière !
Donc, en résumé, vous n'êtes pas la santé, vous n'êtes pas la vie, parce que vous avez été V immobilité, et que vous êtes maintenant la décomposition. Toutefois, il importe de faire une restriction, ou plutôt une distinction très importante. Vous êtes la décomposition, vous Israélites de l'Occident, mais vos frères de l'Orient sont encore l'immobilité. Comme l'observait très judicieusement le vénérable et savant Patriarche de Jérusalem dans sa lettre que nous avons publiée : « Le Talmudisme domine encore en Orient ; « c'est lui qui écrase et tient dans la servitude intellectuelle « les malheureux restes de votre nation... tandis qu'en Oc- « cident le rationalisme et l'indifférence envahissent toutes (( les Synagogues ; et les descendants du Père des croyants « deviennent des incroyants. » Et ainsi, Monsieur, en dernière analyse : à votre droite la décomposition, à votre gauche l'immobilité ; nous vous mettons au défi de montrer en vous autre chose.
§ II. Est-il vrai que le catholicisme soit extrêmement malade?
I. Tandis que vous vous persuadiez que le Judaïsme était fort et florissant, vous avez décidé que le Catholicisme était au contraire extrêmement malade. Mais nous vous devons cette justice que vous ne vous en êtes pas réjoui ; ce qui est déjà la marque d'un noble cœur, et un point d'appui pour la grâce. Voici donc ce que vous avez écrit : « A Dieu ne plaise de nous réjouir des malheurs de l'Eglise: « nous en sommes consternés ; l'impiété nous attriste et « nous fait peur partout où elle se montre. Mais nous ne « saurions fermer les yeux à la lumière de la vérité ! La so- « ciété chrétienne est extrêmement malade. L'Eglise est
« comme une vieille maison qui menace ruine. Son état (( est devenu tellement grave, qu'on a reconnu l'impérieuse « nécessité d'appeler des cinq parties du monde une nom- « breuse légion de docteurs en consultation ou en Gon- (( cile ».
Encore cette malheureuse confusion du dehors avec le dedans ! Tout à l'heure, négligeant dans le Judaïsme la décomposition du dedans, vous disiez : « le Judaïsme est prospère )) parce qu'il vous présentait au dehors une certaine prospérité de surface ; et maintenant n'apercevant dans le catholicisme qu'une certaine décomposition du dehors, vous vous écriez : « le Catholicisme est extrêmement malade )), parce que vous ne vous rendez pas compte de l'impérissable santé qu'il possède au dedans. \
Et, en effet, le catholicisme ou l'Eglise a un dedans incorruptible. Ou plutôt le cathohcisme n'a pas un dedans, il est lui-même le dedans ; et la société avec ses nations, ses siècles et ses phases, est le dehors. Le dehors peut se modifier, le dehors peut se dégrader, les nations peuvent défaillir: quoi qu'il arrive en ce dehors, le dedans reste imperturbable, le catholicisme reste le catholicisme. Voyez- vous. Monsieur, le Catholicisme est l'Arche d'alliance au bois de cèdre incorruptible; et la société est le Temple agrandi de Jérusalem. Et si un jour doit venir où la société, comme le Temple après toutes ses reconstructions et toutes ses vicissitudes, doive être la proie des flammes. Dieu ne le permettra, soyez- en sûr, qu'autant qu'il aura renouvelé d'abord son miracle d'amour : qu'après avoir soustrait et recueilh dans son sein l'Arche d'Alhance incorruptible !
C'est pourquoi, faisant face à votre objection, nous disons hardiment :
Le présent n'est plus la foi, mais l'Eglise est la foi :
Le présent n'est plus même la raison, mais l'Eglise est la raison ;
Le présent n'est plus la justice, mais l'Eglise est la justice ;
Le présent n'est plus la vertu, mais l'Eglise est la vertu ;
Le présent n'est plus l'ordre, mais l'Eglise est l'ordre î
Le présent n'est plus la paix, mais l'Eglise est la paix !
Ah ! elle se porte bien, notre Eglise ; elle se porte bien dans son dogme ; elle se porte bien dans sa morale et dans son culte ; elle se porte bien dans son apostolat ; elle se porte bien dans sa catholicité, où, si l'on ne rencontre plus de gouvernements, on rencontre des foules ; elle se porte bien dans sa hiérarchie, dans ses neuf cents évêques qui, le jour du 8 décembre, ont entonné et accentué ensemble le même Credo, c'est-à-dire leurs articles de foi essentiels. Owï, elle s'est rassemblée en Concile, et, comme vous le dites très bien, en consultation ; mais c'est pour vous guérir, pour guérir tous ceux qui, comme vous, se meurent ! Venez la voir ici, Monsieur, notre Eglise, et, nous vous en répondons, vous serez étonné de sa voix, étonné de son aisance, étonné de ce visage où il n'y a pas une ride. En face de votre immobilité, vous aurez rencontré Y immutabilité ; et en face de votre décomposition, vous aurez rencontré la plénitude : la plénitude et l'immutabilité qui sont la santé à sa plus haute puissance î
II. Au point où nous en sommes, il faut que vous consentiez à ce que nous vous apprenions le secret de cette santé imperturbable.
Mais avant de vous le faire connaître, permettez- nous de vous rappeler un axiome qui, dans la langue de l'école, est nommé l'axiome des axiomes, tant il est naturel ; la lumière des lumières, tant il est clair ; la force des forces, tant il est granitique ! Cet axiome, l'Ecole l'énonce ainsi : quod est, est, ee qui est, est. Vous l'avez entendu, ce qui est, est ; voilà l'axiome granitique et irréfragable ; contre lui
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tout raisonnement est inutile, parce que dire d'une chose qu'elle n'est pas quand elle est, c'est aller contre l'évidence ; contre lui, toute colère, toute conspiration est puérile, parce que travailler à ce qu'une chose ne soit pas, quand sa nature est d'être, et d'être essentiellement, c'est aller contre une force désespérante ; vous vous épuiserez et vous passerez, alors que ce qui est demeure ; quod est, est, ce qui est, est.
Il suit de là qu'ici- bas rien n'est véritablement fort: car, remarquez ceci, dans l'univers rien n'est, mais tout devient ; tout devient, c'est-à-dire que tout est dans un mouvement perpétuel, tout change, tout passe, rien n'est jamais stable ni définitif. Tout marche et rien n'arrive ; tout s'acquiert et s'établit et rien n'est jamais établi ni acquis; tout se forme et rien n'est achevé! Nous avons beau poursuivre partout, autour de nous comme en nous, d'une poursuite pressante, infinie, désespérée, l'être des choses, partout leur être s'évanouit et nous échappe, et leur perpétuel deç^enir nous dépasse et nous emporte. En un mot, ici- bas rien n'est, mais tout devient et par conséquent rien n'est fort.
Ecoutez toutefois. Un jour, sous notre regard ému et avide de la vérité, deux pages inspirées se rencontrèrent, l'une racontait la genèse du peuple juif, et l'autre racontait la genèse de l'Eglise. Dans la première, nous lûmes que dans la solitude âpre et mystérieuse des grands déserts de l'Orient, au milieu d'un buisson qui brûlait sans se consumer, Dieu révéla son suprême attribut au pâtre qui fut Moïse : « Je suis celui qui suis, tu diras aux enfants d'Israël que Celui qui est t'envoie vers eux. » Dieu s'appelle Celui qui est ; Ah î sans doute, Dieu a plusieurs noms ; il s'appelle la Vérité, il s'appelle la Vie, il s'appelle V Eternel et V Immense, il s'appelle le Saint; mais au-dessus de tous ces noms, il en est un qui les domine, qui les couronne, et le voici : Dieu est. Il est, ce mot tout court est la plus belle définition de Dieu : il est, il est Celui qui est ; il est absolu-
ment et il est toujours; au présent comme au futur, il est; et mille louanges ne disent pas plus que ce seul mot : il est !
Et par un sillon de lumière que la grâce nous fit, notre regard tomba ensuite sur la genèse de l'Eglise. Et la scène s'était agrandie, et elle n'embrassait plus seulement les profondeurs du Ciel, elle embrassait les profondeurs des siècles et de l'humanité. Un jour donc Celui qui est, descendu non plus dans le buisson du désert, mais dans la chair de l'homme. Celui qui est, disait avec serment à un grain de sable ramassé sur les bords d'un lac de Galilée : Moi qui suis, ego sum qui sum, Moi qui ne change pas, ego Deus et non mutor, Moi je te dis à toi : que tu es, non pas que tu seras, non pas que tu deviendras ; pour toi, oh ! pour toi il n'y aura jamais de devenir ! mais que tu es, que tu es Pierre, tu es Petrus ; toi, tu es la pierre qui est, le roc qui est sur la terre, comme Moi je suis Celui qui suis dans le Ciel ; toi et Moi immuables tous deux, éternels tous deux ; tu es, tu es Pierre, tu es Petrus.
Et voilà, voilà la magnifique alliance entre l'être de Dieu et l'être du Pape ; voilà le prodigieux retentissement de l'être indestructible de Dieu dans l'être indestructible de la Papauté; et voilà, Monsieur, ce qui fait la santé de l'Eglise et la tranquillité de Pie IX !
Qu'importe, après cela, que dans une réunion publique de Paris on ait prononcé des paroles comme celles que vous nous citez :
Réunion publique de Belleç^ille du 13 noi^embre :
Le citoyen Rochefort. — « J'ai un fils de huit ans, il n'est pas baptisé, il ne le sera jamais, ce sont mes com^ictions. )) (vifs applaudissements).
« Entendez- vous, nous dites- vous, les cruels applaudis- « sements du peuple, à la voix retentissante de la néga- « tion de votre religion? Entendez- vous les cris de satis-
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« faction poussés par les fils aînés de V Eglise, aux craque- « ments sinistres de votre édifice? Le coq a chanté quand (( un de vos apôtres reniait son maître ; aujourd'hui ce « sont les hommes qui chantent, c'est toute une assemblée « de chrétiens qui bat des mains à l'abjuration publique « de la foi catholique ! »
Ah ! Monsieur, celui qui avait renié son maître quand le coq chanta, parce que son maître avait permis que la faiblesse l'envahît tandis que lui-même se laissait envahir par la mort, celui-là, a depuis lors été tellement converti que, comme le Christ ressuscité ne meurt plus, Pierre converti ne tombe plus ; non, il ne tombe plus, ni dans ses actes ni par les actes d' autrui, c'est-à-dire qu'il ne peut ni faillir ni être renversé. Et c'est pourquoi le 259^ successeur de ceux qui ne tombent plus, sentant, à l'ouverture du Concile du Vatican, tressaillir dans son être la force inexterminable de ce tu es Pierre, n'a pas craint d'avoir la magnifique audace de cette parole : Il n'y a rien de plus fort que V Eglise : V Eglise est plus forte que le Ciel lui-même.
III. Il faut finir par vous. Monsieur. L'Eglise est tellement la vie que, depuis quelques années, elle vous fait vivre vous-mêmes. Au milieu de votre décomposition, et comme pour la cacher à vos propres yeux, vous faites bâtir, avonsnous dit, de superbes synagogues. Mais qu'est-ce donc qui vous désespère dans ces synagogues, vous en particulier. Monsieur le Rédacteur, vous, colonne solitaire et ébranlée du vieux parti Talmudiste : qu'est-ce donc qui vous désespère ?
C'est que dans ces Synagogues vous avez aperçu des rabbins transformés par leur habillement en véritables ecclésiastiques ; c'est que vous y rencontrez des enfants de chœur dirigés et exercés comme ceux de nos cathédrales ; c'est que nos orgues vous réveillent et produisent parmi vous un sentiment étrange ; c'est que, selon l'aveu formel
des Archives Israélites, on retrouve des pages entières de Bourdaloue et de Massillon sur les lèvres épuisées de vos prédicateurs. Ce n'est pas tout. Voici même que les noms de nos sacrements commencent à circuler et à s'habituer au foyer des familles juives : par exemple, n'est- il pas de bon ton dans les salons du grand monde israélite, de désigner l'initiation religieuse sous le nom nouveau de première communion? Et ainsi, pour couvrir et colorer les derniers débris du Judaïsme, vous en êtes réduits à les christianiser, rendant par cet emprunt, que vous n'êtes plus maîtres de ne pas contracter, un éclatant hommage à la vitalité de notre riche Eglise.
Eh ! bien, oui, empruntez- lui, à cette Eglise qui est si bonne ; empruntez, elle fera face à tous vos emprunts, à toutes vos détresses. Vous avez lu, Monsieur, notre commentaire de l'histoire de Joseph, voici un nouveau détail que vous y pourrez ajouter. Après que Joseph se fut découvert à ses frères, le bruit s'en répandit dans le palais de Pharaon qui en eut une grande joie, et Pharaon dit à Joseph : (( Donnez cet ordre à vos frères, et dites-leur : « chargez vos ânes de blé ; retournez au pays de Chanaan ; « amenez de là votre père avec toute votre famille, et venez « me trouver. Je vous donnerai tous les biens de l'Egypte, « vous vous nourrirez de ce qu'il y a de meilleur dans le « pays. N'ayez point de regret aux choses que cous ne pour- (( rez emporter, parce que toutes les richesses de l'Egypte seront « à i^ous. ))
0 vous, que nous avons pressé plutôt que combattu, bon vieillard, qui dans vos cheveux blancs et dans vos vertus naturelles êtes pour nous une personnification touchante du peuple juif, le Prince qui gouverne l'Eglise nous a donné cet ordre : « Amenez votre père avec toute votre famille, et venez me trouver. » Venez donc, oh î venez, et n'ayez point de regret aux choses que cous ne pourrez emporter. Ne re-
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grettez pas le sabbat, ne regrettez pas vos lois alimentaires, ni votre circoncision si dure ; n'ayez point de regret, encore une fois, à toutes ces écorces, à toutes ces observances usées que vous ne pourrez emporter : le Prince vous nourrira de ce qu'il y a de meilleur dans l'Eglise, parce que toutes les richesses de V Eglise seront à i^ous.
Les cibbés LÉ m an n.
Rome, l^"^ janvier 1870, en la fête de la Circoncision du Sauveur.
La publication de cet écrit nous valut bon nombre de témoignages approbateurs ; il suffira d'en citer deux :
Son Excellence le Patriarche de Jérusalem, Mgr Valerga, nous dit : « Je suis heureux de vous féliciter, c'est tout à fait bien. Continuez toujours à les traiter avec la même douceur et le même honneur. »
L'Evêque de Quimper, Mgr Sergent, écho des Evêques de France, ajoutait : « C'est de mieux en mieux, c'est presque plus saisissant que votre première brochure. »