‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 27 sur 85 · D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

D'ESPAGNE

0 bons Espagnols, après avoir été rudes un instant, vous étiez devenus tendres comme des mères. Nous osons dire que vous nous considériez avec un attendrissement respectueux, avec un contentement sans partage. Ce fut pour nous comme un pressentiment et un avant- goût de la manière dont seront traités dans l'Eglise tous les pauvres Juifs nos frères, lorsqu'un jour ils se convertiront.

L'Archevêque de Valence (Mgr Mariano Barrio y Fernandez). — Nous le remercions de sa signature au nom d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; — « et au nom de Jésus- Christ )) acheva-t-il, pour montrer qu'Abraham, Isaac et Jacob n'étaient que les préparateurs de la bonne nouvelle. Il ajouta gravement : « Puissent- ils entrer bientôt dans l'Eglise, Arche de Noé, car c'est là seulement qu'ils trouveront le salut dans le grand déluge qui nous menace. »

L'Evêque d'Ai^ila (Mgr Blanco). — « Reliquiœ salvaa fient ! Je prierai pour eux ma grande Thérèse qui aimait à prier pour la diffusion de la sainte Eglise dans tout l'univers. ))

L'Evêque de Jaèn (Mgr Monescillo). — Après avoir signé, le visage radieux, et avec des gestes magnifiques, il entonna le Benedictus, commençant par ces mots : per viscera misericordiœ ; puis il reprit en entier ce chant triomphal de la miséricorde. — Tout ému, nous lui dîmes : « Les paroles de Votre Excellence sont une prophétie, nous ne les oublierons jamais.

L'Evêque de Salamanque (Mgr Lluch). — Déjà avant la Révolution de 1835, les Israélites pouvaient venir en Espagne. Dans la persécution au Maroc contre eux et les chrétiens, car les Marocains les confondirent tous comme espa-

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gnols, un certain nombre d'entre eux se réfugièrent en Espagne. Les enfants des deux Testaments se retrouvèrent dans le malheur. L'Evêque actuel de Salamanque, qui était alors évêque aux îles Canaries, accueillit une pauvre fille de dixneuf ans qui aborda, un jour, dans une barque à une des îles. Il la confia aux Sœurs de Saint- Vincent de Paul, et après huit années d'instruction et d'épreuve, il la baptisa. Elle est aujourd'hui fervente chrétienne. — A ce récit que r Evêque de Salamanque voulut bien nous faire, nous nous empressâmes de répondre : « Merci mille et mille fois. Monseigneur, d'avoir si paternellement accueilH l'enfant d'Israël. » Et r Evêque de répliquer : « Je les accueillerai toujours avec tendresse ; et vous, continuez vos luttes avec eux dans la douceur et dans l'honneur, la bénédiction de Dieu est sur vous. Je serai heureux de vous bien recevoir à Salamanque. »

L'Evêque d'Alicante (Mgr Cuber o y Lopez de Padilla). — « Pour les Israélites, notre signature est préférable à une amphore de vin d'Alicante. Plaise au ciel qu'ils goûtent bientôt le vin qui fait fleurir les vierges, çinum germinans ifirgines ! »

L'Evêque de Burgos (Mgr Rodrigo Yusto). — « Jadis, deux Israélites, le père et le fils, se convertirent : l'un devint Evêque de Burgos, le second fut placé sur un autre siège épiscopal ; ils firent tant de bien que leur mémoire est toujours en vénération à Burgos.

L'Evêque de M inorque (Mgr Jaume y Garau). — Quelle tendresse il nous a témoignée ! « Oh ! que votre peuple m'est cher!... peuple miraculeux, inexterminable. Avec leurs mains ils montrent le Christ : le voilà, et ils ne le voient pas. Que je suis heureux de vous avoir connus, après vous avoir lus. Je suis malade, j'ai la tête bien fatiguée, je suis venu au Concile par obéissance, je n'y fais que deux choses : audio et oro. Et j'écouterai toujours avec attendrissement

tout ce qui me viendra de vous et de votre peuple, et je prierai : audiam et orabo. Gens prœdilecta a Deo : cette prédilection m'a toujours été au cœur. Soyez bénis d'être venus me voir. »

L'Archevêque de Tarragona (Mgr Fleix y Solans). — « Un Evêque espagnol a signé, tous les Evêques espagnols signeront. Nous sommes un bataillon. Nous sommes pauvres, nous sommes dépouillés, mais nous avons la richesse de l'unité, nous avons sur toutes les questions l'unité de principe. » Ces Espagnols sont admirables ; c'est le bataillon carré de l'Eglise, comme le disait l'archevêque de Tarragone.

Le Patriarche des Indes (Mgr Iglesias y Darcones). — « Je vous remercie de m' avoir fait contribuer à cette œuvre touchante. Nous tous Espagnols, c'est avec bonheur que nous vous avons donné nos signatures. »

L' Evêque de Barcelone (Mgr Monserrat y Navarro). — « Je suis bien heureux de contribuer à cette régénération. J'ai donné autrefois le baptême à une jeune Juive venue de Paris. A Barcelone il y a plusieurs familles israélites devenues catholiques depuis bien des années, elles gardent précieusement leurs noms de l'Ancien Testament, ce qui est très respectable. »

L' Evêque de Gibraltar (Mgr Scondella). — « Il y a dans ma ville 1500 Juifs venus du Maroc, ils se montrent très reconnaissants envers l' Evêque. Un soir 250 d'entre eux, menacés de mort au Maroc, abordèrent éplorés dans notre port ; ils disaient : Oh ! si, au moins, nous rencontrions un Evêque, il nous sauverait î Je les abritai tous, les logeai et nourris durant trois jours et fis pour eux une quête qui rapporta 15.000 fr. L'amiral Romain des Fossés re-

cueillit pour sa part 6.000 fr. parmi sa flotte. Moi qui les ai nourris et protégés, comment ne signerai- je pas un appel pour eux au festin de la vérité, de l'unité et de l'amour? »

L'Archevêque de Grenade (Mgr Monzon y Martins). — « Leur conversion sera, comme dit saint Paul, résurrection de la mort à la vie pour l'univers ; nouveaux cieux, nouvelle terre... Je me charge, quand le Postulatum sera déposé, de faire avec quelques autres Evêques un nouveau Postulatum, c'est-à-dire de présenter la formule de vœu, et je l'appuierai de toutes les forces de mon cœur. » — A ces mots, nous nous écriâmes: « Ohî merci. Monseigneur, vos paroles sont providentielles; c'est après la prise de Grenade en 1492 que nos pauvres frères furent chassés de l'Espagne, et aujourd'hui c'est l'Archevêque de Grenade, l'homme dont le nom rappelle ce souvenir, qui vient lui-même nous dire : Je ferai tout pour être utile à votre nation. Oh l merci. Monseigneur, que le Dieu des magnifiques coïncidences vous récompense. » — « Oui, nous avons dû leur fermer notre Espagne, mais nous saurons, dans un autre temps, leur ouvrir notre Eglise et tous nos cœurs. «

L'Evêque de Cuença (Mgr Paya'y Rico). — « J'ai participé un peu à la régénération d'un enfant d'Israël, et je veux faire pour tous ce que j'ai fait pour un . » Sa Grandeur nous fit le récit suivant : « Un jeune Juif fils d'une famille espagnole établie à Constantinople avait été envoyé à l'école d'un Rabbin. Celui-ci lui donne la Bible en lecture. Le livre des Rois frappe les regards du jeune étudiant. Il pose cette question au Rabbin : « Les Juifs ont- ils un royaume quelque part dans le monde? » Le Rabbin répond : (( C'est pas ici le lieu de discuter, qu'il vous suffise d'apprendre à lire. » — L'étudiant riposte : « Mais ne suisje pas venu ici pour m' instruire? » Le Rabbin est forcé de répondre : « Non, il n'y a pas de royaume juif quelque part. )) — « En ce cas, reprend le jeune adversaire, le sceptre

est sorti de Juda, et comme le sceptre ne doit sortir que lorsque celui qui doit venir sera venu, il faut conclure que Celui qui doit venir est venu. » — Outré de dépit, le Rabbin accable de punitions son élève, puis le reconduit chez son père en disant : votre fils est un impie. Alors commence pour le pauvre enfant un véritable supplice. Le père l'a jeté en réclusion, mais le petit prisonnier a pu se procurer une Bible, et, dans le silence de son cachot, il l'étudié passionnément ; Isaïe attire plus particulièrement son attention au Liii^ chapitre : L Homme de douleurs, et il se dit au fond de son cœur : Ce Jésus que les chrétiens disent le Messie pourrait bien l'être. Rendu à la liberté et au sein de la famille, il se tait par prudence. Le père, riche négociant, donnait tous les samedis une petite somme d'argent à chacun de ses enfants. Le jeune aspirant à la vérité biblique conserve soigneusement son trésor matériel, et, lorsqu'il le juge suffisamment grossi, il part et s'embarque. Arrivé en Espagne, après différentes péripéties, il est recueilh par de saintes femmes, et il leur confie son secret. Grâce à leur entremise, il a le bonheur d'être présenté à un chanoine de la cathédrale qui le presse sur son cœur, et qui, devenu quelques semaines plus tard Evêque de Cuença, lui donne le baptême et en fait le plus heureux enfant de Marie. »

Après ce récit, la signature de F Evêque de Cuença ne clôturait- elle pas d'une façon touchante l'ensemble des signatures espagnoles.

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