‹ La cause des restes d'IsraelChapitre 26 sur 85 · D'ITALIE · texte numérisé non relu

D'ITALIE

L'Evêque de Patti (Mgr Célésia). — « Oui, la voix du Concile viendra en aide à votre zèle, Dieu vous prépare des victoires. «

Etats Sardes.

L'Evêque de Pignerol (Mgr Renaldi). — « La conversion des Juifs ! elle doit venir tôt ou tard ; mais il vaut mieux commencer à présent. »

L'Evêque à' Iglesias (Mgr Montixi). — Après avoir signé il prononça cette finale du Magnificat : Abraham et semini ejus in sœcula. »

L'Evêque d'Alexandrie (Mgr Golli) était ce prélat dont nous avons parlé plus haut, dans le chapitre : r argument irrésistible; il refusait de signer parce que son nom ne figurait dans aucun postulatum, mais sa résistance fut vaincue par ce cri de nos cœurs : « Refuserez- vous de donner votre signature pour le retour du peuple qui vous a donné Jésus et Marie. )) Il aimait, du reste, beaucoup notre nation et se complaisait dans les études hébraïques. Il nous raconta la conversion admirable d'une jeune Juive de quatorze ans, dans son diocèse. Le bruit s'était répandu qu'elle avait demandé et reçu le baptême : alors rumeurs, appel à la justice, et devant les juges, réponses sublimes de l'héroïque enfant ; on lui dit : « Vous ne saviez pas ce que vous faisiez, vous n'étiez pas libre. » — « Oh! si, répondit- elle avec vivacité, je suis libre, bien libre, et je sais bien ce que je fais. » — « Mais tu ne nous aimes donc plus, lui dit son père. » — (( C'est parce que je vous aime, que je voudrais vous voir tous comme moi. » L'enfant est aujourd'hui à Acqui, entourée d'une stricte surveillance de la part de sa famille. La flamme un jour retrouvera sa liberté et jaillira plus vive.

152 ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES d'ITALIE

Le Patriarche de Venise (Mgr Régnier). — « Nous avons admiré dans vos lettres votre patriotisme. Oui, aimez la cité de David, aimez votre peuple. »

L'Evêque de Mondoi>i (Mgr Ghilardi). — Savant dominicain, plein de vivacité et d'urbanité, qui nous dit : « Oh ! les pauvres Juifs, nous les avons trop négligés. Il faut leur adresser une invitation, une apostrophe vive où il y ait de la flamme : Venez, pourquoi restez- vous en arrière, arrivez donc dans nos bras. »

L'Evêque de VintimiUe (Mgr Biale). — « J'ai 85 ans. » — « Ce sera. Monseigneur, un des actes les plus consolants de votre belle vieillesse ! » — « Oh ! oui, puisse t- il me por- , ter bonheur ! je suis un pauvre Evêque, j'ai fait peu de bien. Ah ! pour contenter les hommes, peu de chose, peu de bien, en apparence suffit. Mais pour contenter Dieu ! »

L'Evêque à' Aies (Mgr Casula). — « Votre apostolat est un acte de révérence de la part de Dieu vis-à-vis de votre nation : Dieu veut que chaque nation se régénère autant que possible par ses propres membres ; c'est admirable de la part de ce grand Dieu qui nous traite tous avec un souverain respect. ))

Duché de Parme et de Modène.

L'Evêque de Parme (Mgr Cantimori). — « Il y a quelques années, j'ai eu la consolation de conférer le baptême à huit Israélites. Que Dieu bénisse votre œuvre, je ne l'oublierai pas au saint sacrifice de la Messe. »

L'Evêque de Reggio (Mgr Macchi). — Après avoir signé, le charitable Evêque emprunta cette exclamation au saint Evangile : fiât cor unum et anima una, unum oi^ile et iinus pastor !

CHAPITRE XII Signatures et paroles des Archeoêques et Eoêques d'Espagne,

Début de nos démarches auprès des Archevêques et Evêques espagnols : véritable assaut livré par l'amour. Deux évêques se défendent de signer notre Postulatum^ à cause de l'indigne conduite des Juifs du Moyen Age dans la péninsule espagnole. Plaidoirie que nous inspire la Vierge de Saint-André délie Fratte. Tendresse avec laquelle les deux Evêques nous donnent, quelques semaines plus tard, leurs signatures. — II. L'Archevêque de Valence souhaite l'entrée des Israélites dans l'arche de l'Eglise avant le grand déluge qui nous menace. L'Evêque d'Avila et sa prière à la grande Thérèse. Le Benedictus de l'Evêque de Jaën. L'Evêque de Salamanque sauve de la fureur marocaine une jeune fille juive et lui procure le salut éternel. Suaves propos des Evêques d'AHcante, Burgos, Minorque. Le bataillon carré de l'Eglise d'après l'archevêque de Tarragone. — III. Les mercis du patriarche des Indes et de l'Evêque de Barcelone. Touchante assistance de charité prodiguée par l'Evêque de Gibraltar à 250 israélites fuyant le glaive des Marocains. Après la prise de Grenade en 1492, les juifs soupçonnés d'avoir conspiré avec les Maures avaient été chassés de l'Espagne : dans notre visite à l'Archevêque de Grenade en 1870 pour lui présenter le Postulatum, c'est ce prélat qui nous promet tous ses efforts pour faire entrer les pauvres exilés dans l'Eghse de Dieu et dans le cœur des chrétiens. Récit de TEvêque de Guença sur la courageuse controverse d'un jeuno israélite de Gonstantinople avec un rabbin.

Le début de nos démarches auprès des Archevêques et Evêques espagnols fut un véritable assaut livré par l'amour. Nous dûmes monter à l'assaut de certaines signa-

tures qui se cantonnaient dans des arguments abrupts et se défendaient comme derrière des tranchées. Mais la Vierge miraculeuse de Saint- André- délie- Fratte nous inspira des réponses stratégiques, de même qu'autrefois Notre-Dame de Cavadonga anima, dans la noble Espagne, l'ardeur des compagnons de Pelage.

Voici les faits :

Les Juifs n'habitent plus l'Espagne depuis 1492. Jusqu'à cette date, l'Espagne avait été pour eux la terre hospitalière par excellence ; si hospitalière qu'ils l'avaient surnommée avec Rome le paradis des Juifs. Mais, en 1492, ils furent surpris conspirant avec les Maures ; ils devaient livrer aux Maures la foi et les intérêts de ce noble pays. L'indignation fut immense. Tous les Juifs furent chassés, avec défense de pouvoir jamais habiter en Espagne. Nous voici à la fin du xix® siècle. Il y aura bientôt quatre siècles écoulés, depuis que les Juifs ont quitté l'Espagne. Néanmoins l'impression pénible que leur perfidie y a laissée, fut telle, qu'elle n'est pas encore effacée. Aussi lorsque nous nous présentâmes devant deux vieux évêques espagnols qui habitaient ensemble à Rome, avec notre Postulatum déjà couvert de signatures, leur premier mouvement fut de le repousser avec énergie.

Racontons en détail cet incident, pour la gloire de Dieu et aussi l'honneur de la vieille foi espagnole.

Ce jour-là, l'un de nous deux, malade de la fièvre, n'avait pu accompagner son frère. Cela expliquera pourquoi la conversation se fit au singulier.

A peine avais- je commencé à exposer aux deux Evêques (espagnols) l'objet de ma visite que l'un d'eux me dit d'une voix encore forte et brève :

« Du moment que j'ai su que vous travailliez pour le peuple juif, je me suis promis de vous aider de mes prières, j'ai prié et je prierai; mais quant à vous donner ma si-

gnature pour les Juifs, afin que le Concile fasse quelque chose pour eux?... jamais.

— Mais, Monseigneur, répliquai- je, voyez donc : que d'Evêques qui ont signé ! N'est-ce pas un attrait et une garantie pour votre propre signature?

— Ils ont signé, répondit- il avec feu, mais moi je ne signerai pas ; et quand tous signeraient, eh bien, je m'abstiendrais encore.

— 0 Monseigneur, permettez- moi d'insister.

— Non, répliqua-t-il avec plus de véhémence ; pour les Juifs, il n'y a rien à faire.

Alors, après un moment de silence, maître de mon émotion, mais profondément ému, j'élevai la voix et me permis de dire : « 0 Monseigneur, lorsque l'Eglise naissante n'était encore composée que de Juifs qui avaient suivi Jésus- Christ, s'ils avaient raisonné par rapport aux nations de la gentilité de la même manière que Votre Grandeur raisonne par rapport à la nation juive, s'ils avaient dit : il n'y a rien à faire ; eh bien, jamais la ge utilité, dont la noble Espagne fait partie, ne se serait convertie. »

Blessé par cette repartie, le fier évêque espagnol me dit : « Vous ne devez pas venir ici pour nous faire la leçon. »

— Oh ! non. Monseigneur, mais pour plaider la cause de notre peuple ; et permettez que j'aie pitié des miens.

— Je prierai, vous ai- je dit, mais rien de plus. Enhardi par le ton de bonté avec lequel il prononça ces

paroles, j'ajoutai : « Pourquoi ne voulez- vous pas, Monseigneur, qu'on fasse pour mes frères les Israélites ce qu'on a fait pour les protestants et les schismatiques ? Pie IX leur a tendrement écrit, l'Eglise leur a fait un appel. »

Monseigneur répondit : « Les protestants et les schismatiques, l'Eghse a eu raison de les appeler, parce qu'ils ne lui sont pas complètement étrangers ; ils ont un lien avec elle, ils ont le baptême ; ils sont dignes d'être appelés. »

— « Eh bien, répliquai- je, les Israélites mes frères sont dignes aussi d'être appelés par l'Eglise ; parce que d'abord ils sont toujours chers à Dieu à cause de leurs pères, et parce que c'est d'eux qu'est né le Christ selon la chair. »

A ces mots, le deuxième Evêque qui jusque-là avait gardé le silence, murmura lentement : « C'est vrai. »

L'antique rudesse espagnole, personnifiée dans le premier Evêque, rudesse admirable au fond, parce qu'elle s'inspire de la défense de la foi et qu'elle a raison de se tenir en garde au souvenir de la perfidie des Juifs, cette rudesse fut émue. Le noble Evêque me dit : « Ecoutez, je suis un des plus jeunes parmi les évêques espagnols, il ne conviendrait pas que mon nom paraisse en premier. Recueillez les signatures des autres évêques espagnols, et quand vous les aurez, je vous donnerai la mienne. La hiérarchie demande ce retard. ))

Je répondis à Monseigneur « que je respectais et approuvais de toute mon âme sa décision, parce que néophyte dans l'Eglise catholique, mon plus grand bonheur était de contempler tous les jours avec ravissement la beauté de sa hiérarchie. » Et avec effusion j'embrassai les mains des deux Evêques.

Quelques semaines après, nous revînmes, mon frère et moi, à leur demeure, avec notre cahier couvert de signatures espagnoles. Dès qu'ils nous aperçurent, les deux Evêques nous dirent : « Comme saint Paul, ne voudriez- vous pas être anathème pour vos frères qui sont du même sang que vous? » — «Oh! oui, nous empressâmes- nous de répondre, si de notre sang pouvaient sortir la lumière et le salut de quelques-uns de nos frères, nous le donnerions avec toute l'allégresse de notre cœur. » — « Deo gratias, s'écrièrent-ils, nous avons retrouvé les frères de saint Paul. » Et ils nous entourèrent de caresses, de prévenances, de tendresse. Ils signèrent leurs deux noms que le ciel connaît.

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