CHAPITRE XVII
Signatures et paroles des Archeoêques et Eoêques d' Autriche-Hongrie.
I. L'hommage de notre brochure La question du Messie et le Concile du Vatican à sa Majesté l'Empereur et à son auguste famille nous concilie la bienveillance des Evêques de l'Empire, et favorise notre quête de signatures. — II. Charmant accueil du Cardinal de Schwartzenberg et du Comte de Schônborn ; la laine des brebis du Cardinal. Un piquant récit de l'Archevêque primat de Hongrie sur un Congrès tenu à Pesth par les Juifs rationalistes, et sur la répugnance de l'Empereur à signer les décisions du Congrès. Témoignage flatteur de l'Evêque de Cattaro sur la vertu des femmes juives. Cordialité charmante des Evêques de la Dalmatie à notre égard : le nectar de cette cordialité. — III. Pénible révélation de l'Archevêque de Transylvanie qui se termine par un transport d'admiration envers notre entreprise. — IV. L'Evêque de Cassovia constate que les femmes juives ont plus de propension au catholicisme que leurs époux. Amusant souhait de l'Evêque de Szathmar. L'attente de l'argent plus tenace que l'attente du Messie, selon l'Evêque de Giavarino. — V. Charmante bataille de gestes entre l'Evêque de Trieste, le général des Camaldules et nos humbles personnes.
Nous avions adressé notre brochure La question du, Messie et le concile du Vatican à Sa Majesté l'Empereur, à Sa Majesté l'impératrice Caroline- Auguste, et à l'archiduchesse Sophie. Cet hommage aux souverains, connu des archevêques et évoques de l'Empire, nous concilia de suite leur bienveillance.
Les dispositions du Dieu des miséricordes pour nous fa-
ciliter notre quête de signatures étaient admirables, et nous touchaient profondément. Elles variaient avec la diversité des pays représentés par les évêques. En Autriche- Hongrie, où les habitants souffraient et se plaignaient de l'oppression mercantile des Juifs, c'est la bienveillance impériale qui vient au secours des deux petits quêteurs de signatures.
Le cardinal- archevêque de Prague (Mgr de Schwartzenberg). — (( Mon père et moi, nous nous servions, pour nos affaires, de l'entremise d'un juif qui avait toute notre confiance : quel homme honnête ! Je lui vendais la laine, non pas de mes ouailles, mais de mes brebis, car, dans la Bohême, on élève de grands troupeaux de moutons.
Ce Prince aux manières distinguées nous fît cette observation d'une grande justesse : « Il faut, quand on veut les rendre chrétiens, commencer par respecter leur mosaïsme. Moi, Schawrtzenberg, si on me disait d'oublier mes traditions de famille, les hauts faits de mes ancêtres, leurs exemples, leurs conseils, je ne le pourrais, ce serait m' arracher le cœur. Eh bien, pour eux c'est la même chose, il faut leur dire que l'Eglise veut qu'ils conservent leurs belles traditions de famille. »
La visite à ce Prince d'une exquise affabilité nous avait été ménagée par les soins du comte de Schônborn, son secrétaire et notre ami. Plus tard, ce Schônborn qui faisait alors ses études ecclésiastiques, lui succéda comme archevêque de Prague, puis comme cardinal. Il nous écrivit alors cette touchante demande : « Mes chers amis, priez pour que je sois bien humble sous la pourpre. »
L'archevêque primat de Hongrie. — Il nous raconta ce piquant épisode à propos de l'antagonisme entre les juifs
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lettrés qui sont rationalistes et les juifs du commun qui restent talmudistes : « Un Congrès tenu à Pesth était formé de rationalistes. On nomma dix- huit commissaires qui portèrent les décisions du congrès à l'empereur. Et l'empereur, stupéfait des décisions, ne pouvait se résoudre à signer; c'était l'abrogation de la loi de Moïse, le rationalisme, le nihilisme à signer. Enfin, il le fit avec répugnance, influencé par le ministre des cultes. Les commissaires se présentèrent dans les diverses communautés pour appliquer les décisions. Ils furent chassés à coups de pierre et frappés à coups de bâtons.
L'évêque de Cattaro (Mgr Marchich), en Dalmatie, et l'évêque de Spalatro (Mgr Marco Galogera). — « Parmi les Israélites de nos localités, il y en a qui nous émeuvent véritablement par leur bienfaisance. A Spalatro, nous dit Mgr Galogera, pas une femme juive corrompue, et cependant, chose remarquable, elles sont obligées de travailler, pour gagner leur vie, chez les familles chrétiennes ; et de plus, à côté du ghetto, où les juifs continuent à résider, se trouvent les maisons de prostitution. La corruption n'a pu entrer dans le ghetto ». Cette haute vie morale a toujours frappé l'évêque, et lui fait bien augurer du dessein miséricordieux de la Providence. « L'éducation privée est chez eux très touchante ; leur défaut, c'est toujours la déchéance dans leur vertu commerciale ». Ces bons évêques nous offrent une pipe ; sur notre refus : « Vous ne refuserez pas au moins, dirent- ils, de goûter le vin de la Dalmatie. » Et alors l'évêque de Spalatro nous dit : « Quand vous viendrez en Dalmatie, je désire vous offrir l'hospitalité, vous viendrez alors expérimenter le cœur de l'évêque. » L'évêque de Cattaro ajouta : « Et aussi le mien ». Nous répondîmes : cor episcopi Dalmatœ, necnon i>inum illius sunt iitraque valde bona. Ils nous conduisirent ensuite chez leur archevêque de Zara qui fut très bon.
L'archevêque d'Alba Giulia en Transylvanie (Mgr Giovanni Vanesa). — « Vos anciens coreligionnnaires sont très nombreux en Transylvanie. Depuis que la liberté de conscience y a été proclamée, quelques centaines de Juifs à Bozodiyfaln, qui avaient judaïsé en silence, ont profité de cette liberté pour retourner publiquement ad vomitum suum ; les jeunes comme les vieux se sont fait circoncire ; on les appelle sabatarii. Ce scandale a fait beaucoup de mal » . Affecté d'abord par ce souvenir, le vénérable Evêque reprit courage quand nous lui eûmes exposé nos labeurs et notre but. « Elle est admirable, votre entreprise, s'écriat-il, elle me fait du bien. »
L' Evêque de Cassoi>ia (Mgr Giovanni Perger). — Cet evêque, comme la plupart de ses collègues de Hongrie, se plaint du joug que les Juifs font peser, principalement par leurs mauvais journaux. Mais il reconnaît que les femmes juives ont plus de propension au catholicisme que leurs époux, et la raison en est que la femme chrétienne est plus honorée que la femme juive par leurs époux respectifs. Dans plusieurs écoles normales et même dans des écoles tenues par les Ursulines, les jeunes filles israélites se mêlent volontiers aux jeunes chrétiennes. La conclusion de cet état de choses est qu'il faut entreprendre la conversion des Juifs par la femme, ad feminam causa rei^ertitur. Et là- dessus, le perspicace prélat nous engage à composer pour la femme israélite un traité aimable, court et vif.
L' evêque de Szathmar (Mgr Biro de Kezdi-Polany). —
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« Puissions- nous les baptiser bientôt, et être contraints de les baptiser par aspersion. »
L'évêque de Giavarino (Mgr Giovanni Zalka). — « Dans mon diocèse, il y a de nombreuses agglomérations de juifs, beaucoup sont pauvres et très pauvres, ils sont également tenaces » — « Attendent- ils le Messie? » — « Ils attendent de l'argent. »
Le Tyrol, aux mœurs si chrétiennes, ne pouvait manquer de figurer dans l'aréopage de bienveillance.
L'évêque de Tr teste (Mgr Bartholomeo* Légat). — Son accueil fut des plus affables ; il nous parla avec tristesse de la colonie juive de sa ville, qui possède cinq synagogues, mais qui est composée de juifs caraïtes, secte qui s'attache uniquement à l'Ecriture et rejette la Tradition.
L'affabilité du prélat se fit propagatrice. Comme il logeait dans le couvent des Camaldules, il s'empressa de nous amener le général de ce saint Ordre. Le Pape Grégoire XVI, prédécesseur de Sa Sainteté Pie IX, en était sorti. Le général, abbé mitre, rivalisa avec l'évêque de bienveillance à notre égard et d'encouragement.
Il y eut alors une charmante bataille de gestes. Dans son humilité, le Général des Camaldules ne voulut-il pas baiser nos mains ; confus, nous l'arrêtâmes, et nos mains prenant les siennes vinrent se réunir ensemble dans celles de l'évêqui qui nous fit baiser son anneau avec attendrissement. Cette petite scène nous rappela le Psaume délectable de David consacré à l'union fraternelle : Ah ! que c'est une chose bonne et agréable que les frères soient unis ensemble... c'est comme la rosée du mont Hermon qui descend sur la montagne de Sion. Ils étaient la rosée de l' Hermon, et nous étions la montagne de Sion.