LA SUPPLIQUE DES SIGNATURES
Une des plus belles coutumes de l'humanité a été de fêter toujours la pose des premières pierres. Les anciens plaçaient la pierre fondamentale des édifices au milieu des chants, des cris de joie, et du son des instruments. Job représente même les anges qui avaient été créés avant les hommes, comme poussant des cris de joie au moment où Dieu s'apprête à poser les fondements de la terre. Cette coutume est pleine d'espérance : parce qu'on a posé la pierre fondamentale, on voit déjà en espérance tout l'édifice.
Eh bien, au sortir de notre délicieuse et inoubliable audience auprès de Pie IX, nous nous disions, l'un à l'autre, avec des transports d'allégresse : Mon frère, soyons pleins d'espoir en la cause de notre peuple, car nous avons baisé ces mains qui, depuis cinquante ans n'ont pas cessé de bénir, nous avons embrassé ces pieds qui affermissent partout où ils se posent,' nous avons bu ces paroles de vie qui font palpiter les cœurs, et nous avons pu lui dire : « Vicaire de Jésus- Christ, nous entrevoyons déjà l'entrée des restes d'Israël dans l'Eglise de Dieu, parce que vous avez pris en mains la cause de notre peuple avec une amoureuse révérence. »
La reconnaissance nous fait placer ici le portrait de notre insigne bienfaiteur.
On a donné de la sensibilité humaine, cette belle définition : « qu'elle est en quelque sorte l'âme de notre âme, et en anime toutes les facultés. » Jamais définition n'a mieux trouvé son application qu'en celui qui devait être Pie IX.
La sensibilité était vraiment F âme de sa belle âme. Toutes ses autres facultés étaient incontestablement merveilleuses: intelligence vive, regard pénétrant, tact exquis, cœur aimant, mémoire qui prenait sa source dans son cœur. Mais la sensibilité dominait ce riche fond, pénétrait tout, agrandissait tout, attendrissait tout, elle était vraiment l'âme de son âme et animait, en les rehaussant, ses autres facultés.
En preuve de cette riche et bienfaisante sensibilité, il nous suffirait de prendre à témoin les paroles et le geste protecteur de l'auguste Pontife sur notre Postulatum. Mais il nous plaît de greffer la cause d'Israël sur deux actes de sensibihté concernant, l'un, Jésus en son Tabernacle eucharistique, l'autre, la Vierge Marie notre sœur immaculée.
Pie IX, admettant un jour en sa présence quelques religieuses, les conduisit dans sa chapelle privée où l'on conservait le Très Saint Sacrement. Il leur dit alors avec une grâce exquise : « Le pauvre Pape a besoin, lui aussi, d'être un peu seul avec Jésus ; j'ai tant de choses à lui dire, tant de lumières à lui demander, tant de conseils, tant de grâces ! )) Puis s' étant mis à genoux avec elles et ayant prié un instant, il se releva, ouvrit le tabernacle, leur fît voir, sur la partie interne de la petite porte, un monogramme du nom de Jésus en diamants et ajouta : « Je mets là tout ce que j'ai de plus beau et de plus précieux ; tout pour lui, c'est le grand Seigneur et Maître. » Ces paroles, il les prononça avec une telle onction, tant de piété et d'amour, que les religieuses en furent émues et édifiées.
0 restes d'Israël, quand la miséricorde divine vous accordera la grâce de l'illumination, emparez- vous de l'affirmation de Pie IX sur le Christ présent au Tabernacle eucharistique : « C'est le grand Seigneur et Maître », et à votre tour mettez à ses pieds ce que vous aurez de plus beau et de plus précieux.