CHAPITRE XXXIII
La grande séance où. se définit le dogme de l'InfaUUblUté et la place toute miséricordieuse qu'on nous permet d'y occuper.
I. Le 18 juillet 1870, journée que le Seigneur a spécialement faite pour lui-même. Description de la salle conciliaire. Célébration de la messe par le Cardinal Barili : le Saint-Père nous avait accordé le privilège de la servir pour représenter les oracles exprimés par les successeurs d'Aaron avec le concours de l'Arche d'alliance. — II. Entrée de Pie IX. L'Evêque de Fabriano donne lecture de la constitution apostolique sur le magistère infaillible du Pontife romain. — III. Le recueil des votes par l'appel nominal des membres de l'assemblée : les placet et les abest. Episode du non placet d'un évêque du royaume de Naples ; semblable épisode de la part d'un évêque de l'Amérique. Addition des suffrages : 533 pour, 2 contre. — IV. Le Souverain Pontife confirme de son autorité suprême la lecture des canons et décrets. Longue acclamation au dedans et au dehors de la basilique. La nature physique ellemême s'associe à la manifestation : tonnerre, éclairs, ténèbres. Comparaison avec le Sinaï. — V. Allocution de Pie IX qui révèle les trésors d'amour renfermés dans son cœur. Conduite touchante des deux évêques protestataires, les larmes coulent de bien des yeux. — VI. Le soir même de cette journée, la nouvelle de la déclaration de guerre entre la Prusse et la France émeut Rome et les Evêques. L'extension du bienfait du dogme de l'Infaillibilité jusque dans les troubles de la société civile nous est prophétisée par une parole magnifique de Monseigneur Manning. Un Evêque de l'opposition nous explique comment il s'est fait que deux non placet ont été prononcés dans l'assemblée conciHaire en face de l'auguste Pontife ; entente des opposants déjouée par un coup de Providence. — VIL Dernier entretien avec Pie IX, son magistère infaillible accepté par nous au nom des restes d'Israël. Une liaison entre ce dernier entretien et le tout premier que nous avions eu avec Pie IX peu après notre conversion au cathohcisme.
Comparaison du phénix employée par l'auguste Pontife, à propos de la basilique de Saint-Paul-hors-les-murs. Beauté miséricordieuse de cette comparaison. 0 Pie IX, consentez à ce qu'elle s'applique aux restes d'Israël.
Rarement l'adage biblique : « Hœc est dies quant fecit Dominus ; exultemus, et lœtemur in ea, c'est ici le jour qu'a fait le Seigneur, réjouissons- nous, et soyons pleins d'allégresse ». trouva une plus saisissante application que le 18 juillet 1870.
Dès le point du jour, la basilique vaticane se remplit de monde. Tout ce que Rome compte d'étrangers est là, brûlant du désir d'assister à l'un des actes les plus solennels et les plus graves de ce siècle ; les Romains inoccupés sont là aussi, car il s'agit pour eux d'entendre proclamer un titre d'honneur qui se reflète sur eux.
Pénétrons dans la salle conciliaire :
Cette salle comprenait tout le bras gauche de la croix latine qui forme l'immense basilique de Saint- Pierre. Au fond, s'élevait une estrade demi- circulaire, et au centre de cette estrade était le trône du Saint- Père. De là il dominera tout et apparaîtra comme le Christ enseignant. A droite et à gauche étaient les places des Cardinaux, puis les places destinées aux Patriarches. — De l'estrade partaient les rangs de stalles, disposées en amphithéâtre de chaque côté de la salle. Dans ces stalles vont siéger les Primats, les Archevêques, les Evèques, les Abbés et les Supérieurs des Instituts religieux. Au devant de la porte et par conséquent en face du trône pontifical, était placé l'autel et à gauche de l'autel on avait disposé la chaire ou ambon.
Depuis deux jours on avait fait tomber les portes de la
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salle conciliaire ; l'heure du secret était passée ; l'Eglise disait à tous ses enfants d'entrer.
Tous les Pères sont à leur place sur les bancs du Concile. Nous ne verrons jamais rien de plus imposant que cette salle immense au moment ou commença la messe. Les 535 Evêques s'étageaient les uns au-dessus des autres, à la droite et à la gauche du trône pontifical. C'était une forêt de mitres blanches que va dominer la mitre d'or du Souverain Pontife.
La messe commence, célébrée par Son Eminence le Cardinal Barili, et servie par les deux frères jumeaux Joseph et Augustin Lémann en simples surplis.
Petite plante d'hysope apparaissant à la fente d'une muraille de Judée, nous avions obtenu du Souverain Pontife l'insigne privilège de servir la messe conciliaire. Le Pape nous avait accordé cette faveur pour représenter l'ancienne synagogue chez laquelle le Grand Prêtre, successeur d'Aaron, jouissait de l'assistance divine, lorsqu'il décidait les questions relatives à la religion après avoir consulté l'Arche d'Alliance.
Après la messe, nous nous assîmes sur les degrés de l'autel et alors, si bien placés au centre même de la salle du Concile, nous fumes témoins oculaires et auriculaires des gestes et épisodes que nous rapportons ici en toute vérité et simplicité.
Le saint Sacrifice n'était pas complètement achevé quand le Saint Père, revêtu de ses habits pontificaux, fait son entrée par la chapelle Grégorienne, entouré de sa noble antichambre et des principaux personnages de sa cour. A un signal du maître des cérémonies, l'assemblée entière se prosterne à genoux, et le Pape invoque avec elle l'assistance
du Saint-Esprit et des célestes protecteurs énumérés dans les Litanies des Saints.
Monseigneur Valenziani, évêque de Fabriano, monte ensuite à la tribune et donne lecture, à haute et intelligible voix, de la constitution apostolique sur la primauté de Pierre et de ses successeurs et sur le magistère infaillible du Pontife romain. Nous ne relatons ici que ce qui concerne le magistère infaillible, et ce qui a été prononcé en latin, nous le rapportons en français, d'après une traduction empruntée au journal V Univers.