La cause perdue
L'exposé des faits de la guerre des Confédérés a été soumis à beaiieoup d'influences destinées à disparaître ; tantôt ils ont été confondus avec des rumeurs à sensation, tantôt ils ont été défigurés par un violent esprit de parti. ])ans ces conditions, non-seulement un j)areil exposé n'est plus de l'histoire, mais c'est une école trompeuse pour l'opinion actuelle. En composant un com[)te-rendu de cefte guerre dont l'exactitude soit basée sur les témoignages contem[)orains, en pesant et vériiiant tous les faits, en les réunissant sous la forme d un récit compact, et en les mettant en relief })ar des résumés étendus de l'esprit de la presse, tant en ce pays qu'en lMn'o[)e, l'auteur aspire à placer l'histoire de la guerre d'Amérique au-dessus des mensonges politi(jues, à la dégager de tout voile et de tout déguisenumt ; enfin, à la, rendre complète sous trois points de vue : le récit des faits, le ra.p[)ort de ces faits avec le sentimerd, public, et les le^^ons que leur enchaînement entraine et inspire. Tels sont précisément les trois éléments de l'histoire. Si l'auteur a atteint: son but, il ne croira pas avoir produit un chef^l'œuvre littéraire, mais il aura contribué d'une manière inq)ortante à la diffusion delà vérité, en satisfaisant à la curiosité sans avt>ir recours à la "sensation" et en formant l'opinion pul»li(jue sa.n.s violence. ^
L'auteur désire ajouter une explication sur le plan de l'ouvrage. Il est impossible de faire de l'histoire lui tout intelligil^le et profitable, sans garder une certaine unité drcunafiqiie dans la narration. C'est par cette unité que les leçons de l'iiistoire frappent l'esprit et produisent l'impression la plus vive; mais pour conserver cette nnité, il devient nécessaire de passer s(Uis silence beancoup d'incidents peu importants, n'ayant qu'un caractère épisodique, ou passant inaperçus dans la chaîne logique des événements. C'est dans cette intention cpie l'auteur a jugé convenable de ne donner que peu de déN'eloppements aux faits secondaires qui n'ont pas affecté la fortune générale de la guerre, et de s'appesantir sui- les liatailles ou autres événements qui ont influé sur son résultat final. Au lieu d'une chr(»iologie confuse, il a tenu à- mettre sous les 3'eux du lecteur un résumé concis et logique cpii concentrera son attention sur le courant principal de l'histoire et lui fera connaître à la fois les causes et les conséquences des événements.
CIIAPITP.E PIIEMIER.
\'l';iUTAl]LE ESSENCE DE L'UNION EEDEJÎALIÎ.
K ni |»uiiit de ])liilo.so[»irie politique n'a été aussi bien déniontié (lue celui de la valeur temporaire dn piincii)C fédéral. Mis à l'éprouve à ditïérentcs épO((ues de l'iiistoirc,
confédéiation d'Etats, ut (|ue le pays élait ;ippelé à une auti'e destinée p(ilitique.
11 }■ a iei lieu de renian|Uer (|ue ces uiêuies lioiiiuies
dans le conseil des Amphyctions, dans la lin;ue Acliéenne, <lu Sud (jui, deimis plus de trente ans avant la guei-re de dans les Provinces Unies do Hollande, au Mexique, dans ISfJl, désespéraient déjà de la continuation de l'Union, rAniérique Centrale, en Colondue et dans la réimblique jetaient les premiers à reconnaître les grands bienfaits qui Argentine, ce ]U'incipe n'a eu, en toutes ces a]q)lications, étaient résultés de leur association primitive. Sur oi qu'une existence épliémére ; ces formes de gouvernement : [toint, aucune contestation ne ])Ouvait être élevée; tout ont succombé, ont fait place à une centralisation de pou- citoyen américain ne }»arlait de cette Union des ])r(.'voirs, ou ont dégénéré en une dissolution et mic anarcliie miers jours qu'avec le })lus profond et 'le })lus légitime complètes. Il est évident, en efïét, que le princi])C iedéi'al ! respect, et reconnaissait ouvertement que la })rospérité de n'est ai^plicable qu'à des communautés politiques à, l'état i chacun était due à l'union de tous. Par elle, la pojtulation embryonnaire, que sa vertu est essentiellement tem[)oraire, avait [)rodigieusement augmenté, le sol avait été cultivé, et que les Etats arrivés à leur période de virilité r(nrt ton- le commerce et l'industiie avaient pris un essor immense, la joiu'S rejeté. Sans doute, le fédéralisme a ime l'aison d'être richesse du pays s'était accrue d'une manière rapide ; en un dans des circonstances exceptionnelles et pour un temps j mot, chacun des Etats était arrivé à cette époque de matudéterminé, mais ce principe est, dans son essence même, rite où ses piopres forces })rodnctiiccs lui permettaient de provisoire, et tous les efforts faits pour le rendre permanent, i prospérer isolément. IjC parti (jui, à un cei-tain moment, quoiqu'ayant abouti, en certaines occasions, à une pi'ospé- demanda l'autonomie des Etats du Sud, ne lit sini})]ement
rite fictive et à un grand déploiement d'activité matérielle, ont finalement donné pour résultats des commotions intestines et rextinction de cette forme de gouvernement. N'est-il pas naturel, en effet, que des membres d'um? confédération,
qu'afîirraer cette doctrine : que la vie en commun n'étant plus indis[)ensable à la sûreté ou à la force de chacun des associés, le princi[)c fédéral, admis à Torigine pour le l)énéfice de tous, n'avait plus de raison d'être, et devenait même
après avoir avancé dans la vie })olitique et être ariivés à la dangereux en raison des l'ivalités et des contestations intesmaturité et à la puissance^ soient avides de leur indépen- ; tines qu'il ne pouvait manquer de susciter, dance et de leur libre action, et supportent impaticnunent , La soui'ce de ces abus était dans l'essence même de un système fnulé sur les nécessités passées d(^ leurexis-,la Constitution de l'Union. (juoi(|u»î le })rinci[)e fêiléi'al y tence primitive .? i dominât, son action n'était pas exclusive; certains di'oits
Coleridge, le profond observateur anglais, disait un étaient réservés au })Ouvoir central, et c'est la subordination jour qu'il regardait les Etats-Unis comme "de splendides ; du princijie fédéial au 2)rincii(e de concentration (j[ui ennuitériaux devant servir tôt ou tard à la construction de -gondra ces difficultés toujours croissantes, les([uelles se terdeux ou trois grands gouvernements." De[)uis plus d'une minèrent entin par la sécession et la guerre, génération, il était déjà admis par un parti en Amérique et! Avant d'entier dans le détail de C(\s abus, il im})orte de par tous les hon.imes intelligents de toutes nations; bien déterminer quelles étaient la natn.re et la puis.sanco (]ue l'Union américaine avait accompli sa n)ission comme du pacte fédéi'al. Four cela, il faut remonter jusqu'a,ux prc-
LA CAUkSE perdue
miers jouis de l'iiulr|i(.'iul;ince, et étudier l'origine et le dé\i'l(i})peiiient des grands i)iU'tis ])()liti(pies américains. La rii[iture nr l'ut pas seulement due à la laiLlcssc inlicronte du jirineipe fédéral, elle fut aussi la conséquence des violentes eDiiti'uverses des partis, de la violation de la véi'itable idée unii)niste, de res})rit de faction (^ui s'infiltra chez les p-ouvernants et finit i»ar l'eniiiorter de haute lutte sur le ])alriotisnie éclairé, incapalile de l'ai-iéter dans sa niarcho rapide vers une catastrophe finale.
(^uand les treize colonies do rAni('ri(|ue du Nord résolurent de secouer le joug de la (Jrande-Bretagne, des Comités de correspondances furent étal)lis dans le sein de ch.aeune d'elles. En mai 1774, apiès que Lord Dunmore eut dissout la (liamhre dix Bou/'r/cois (Législature Coloniale) de la Virginie, quati-e- vingt-neuf menil)res de cette assemblée se réunirent à la Iioh'i</h Tnvcrn, à Williamshurg, et, entre autres mesures, recommandèrent que chacune des colonies envoyât des re})résentants à un congrès-général, dont la mission devait être de veiller au.\ intérêts communs des Colonies, "t d'aviser ati mo^-en de les défendre efficacement.
Le 4 juillet 177G, le Congrès publia une déclaration d'indépendance. Cette déclaration })ortait que les Colonies se constituaient en." Etats libres et indépendants," aflii-mant ainsi leur souveraineté respective et repoussant formellement l'idée de centralisation émise par le New-Hampshiie (]ui, le LO juin 1776, iivait (q>té }K.)ur que les Treize Colonies Unies fussent déclarées " >i/i Etat libre et indépendant."
A cette é[)0(:|ue, le seul agent comnrun à tous l(\s Etats était un Congiès (jui n'avait, en réalité, aucun ])ouvoii' lé"-islatif. Par la sagesse et la modération de ses actes, il acquit d'abord la confiance de ses constituants, mais la contiiuiation de la guerre de l"Indé[)cndance, en rendant nécessaires et fréquentes les réquisitions d'hommes, d'argent et d"ap})rovisionnemenfs, amena de sérieuses difficultés; souvent les décisions du Congrès furent entièrement méconnues ou formellement répudiées ])ar les Etats. (J'est alors ([u'un reconnut la nécessité d'investir cette Assemblée de ])oiiv(i!rs suffisants. Cette mesure ne pouvait être et ne fut dcciilée (|uc de l'assentiiuent de tous les Etats, (jui s'engagèrent sé[>arément à se soumettre au,\ lois que dicterait la sûreté co nmune. Les divers articles de ce pacte d'alliance f!ir<;nt a.doplés [lar les treize Etats en 1777.
(,'i'tte }ïren)ière confédération des Etats d'Amérique fut donc la consé([uence de la guerre <iu'ils avaient ù soutenir solidairement pour conquérir lem- indépendance. Ce fut un danger conunun et innninent ([ui les conduisit à former vme associ.'ition au.K termes de laquelle chaque Etat, abandonnant la dénomination de Colonie, acquiesça '' scj)cir6mcnt à une ligue ferme basée sur l'aujitié, la solidarité dans le danger, le maintien des libertés acquises et la prospérité mutuelle et générale ; " chaque adhérent du pacte s'engageait à
défendre ses confédérés "contre toute atta(|ue faite sur le Etats ou un des Etats, sous prétexte de religion, souveraineté, commerce ou à ra])pui de prétentions quelconqTies."
Dans le but d'éviter toute confusion de pouvoirs, les Etats alliés souscrivirent à un article distinct qui déclarait exjdicitement (juc ''• c/iaqiit' EUd couscivcrdif sa souvcralndé, sa liberté, son indé])endance et tous les pouvoirs, juridictions ou di'oits qui u'étaient pas confiés par une clause expresse du i>résent pacte, aux Etafs-T^nis assemblés en Congrès."
]j'objet et le caractère de cette confédération ou union étaient ainsi clairement définis. Sous l'empire du pacte fédéral, la guerre de l'Indépendance ])rit une tournure favorable aux Etats-Unis, et se termina par le traité de })aix de 1783, en vertu duquel la Grande-Bretagne reconnut l'indé- }iendance de cliaqiie Eled, nommé séjinrém.erd, sans faire infei'venir l'idée collective.
Comme cette confédéi-af ion avait sa source dans la nécessité d'une alliance défensive contre la Grande-Bretagne, ce fut cette considération (|ui détermina son caractère et fixa la limit(^ de ses attiibuiions. Le lien fédéral fut donc plus qu'une alliance purement militaire; son ])ut était aussi d'unir les ressources des fjtats, de ci'écr une association financière et de ''garantir le crédit publi(; tant à l'intérieur qu'à l'éfrangei'." Quoiijuo })artielle et imj)arfiite, cette confédération accouiplit un.e des grandes transformations de l'histoire, travail immense (|ue peut-être aucune autn; oiganisation politique n'eût pu inenei' à bonne lin. Elle créa une solidarité entre les Cohuiies devenues Etats indé^jcndants et fut la pierre fondamentale d'une union plus étroite ; c'est en ce sens qu'il faut a}q)i'écier sa valeur réelle et les services -qu'elle a rendus. De violents antagonismes traçaient une ligne pi'ofonde de démarcation enti'e les diiférrintes Colonies ; les passions religieuses étaient surexcitées ; des obstacles naturels et les restrictions imposées })ai' les législations commerciales empécluiient tout ra})})rochement. Les différences d'administration, de manières et d'habitudes les rendaient encore plus étrangères les unes aux autres. Dans ces périlleuses circonstances, le conl-rat d'union, si léger qu'il fût, eut assez d'importance pour initier les Etats récemment formés à une nouvelle vie politique et fut le prélude de cette magnifique carrière de pros[)érité (;[ui date de la déclaration d'Indépendance.
Cette Confédération, est-il dit }ilus haut, n'était (^l'un contrat poli(i(j[ue partiel et imparfait. Elle n'exista en réalité ([ue pendant d(Uix a,ns, quoi(iue le terme nonunal eût été de huit ans; cinq ans furent passés à en débattre les clauses et ce n'est qu'en 1781 ({u'ellc fut 2)rati(]uement consonnnée. Pleine de défectuosités notoires, elle n'eut aucun pouvoir de mettn; à exécution la volonté collective des Etats, aucune juridiction sur les individus, et seulement une autorité mal définie et confuse sur les relations des Etats avec l'étranger; les traités qu'elle concluait dépendaient des
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
règlements coinnierciaux dos diffrients Etats. Ayant subsisté pendant le teni])S nécessaire à la poursuite de la guerre Je pouvoii' central vit se détacher j^eu à })cu ses 2)rérogatives et céda sous la pression de nou\eanx événements. Il est à remarquer que l'association qui s'était foi'mée d'après ce contrat et qui avait piis le titre " d'Union Perpétuelle," fut virtuellement dissoute par le libre consentement de chacun des Etats qui la composaient.
Une convention des délégués des diflerents Etals s'assembla à rhiladel[)hie en mai 1787; elh> avait été convoquée par le Congrès "dans l'unique but de réviser les statuts de la G^onlédération, et de communiquer, tant aux Congrès qu'aux législatures d'Iitat, les améliorations ou additions rendues nécessaii'cs jiar les exigences du monu'ut et pour la prései'vation de TUnion;" ses suggestions une fois acceptées par le Congrès, les Etats devaient les ratifier. Ce fut cette Convention qui donna le jour à ces deux fétiches politiques de l'Améi'ique, la Constitution de 178!) et l'Union basée sur elle, et qui se rendit i)ar là r()])jet des extravagantes adulations de trois générations.
Ces engouements et la qualification de : " les meilleurs et les plus sages des honuues," donnée aux délégués de cette Convention sont dénués de raison. Ces hommes sor-
taient des classes inférieures de la société, étaient pour la plupart tiès ignorants et très inexj)érimentés ; beaucoup d'entre eux étaient complètement illettivs et d'autres n'étaient arrivés qu'à ce point de l'éducation où l'homme est indécis, dogmatique, visionnaire et incapable de toute conceiition pratique.
Hihlreth, l'iiistorien américain, a fait une très justc^ ie~ marque, qu'il a payée de sa i)0]mlaiité. '■ l'n jiarcourant nos annales révolutionnaires, dit-il, on se rend eomjdc de la grande erreur dans laquelle tond)e l'idée populaire en donnant aux pèi'es de notre Répidilique un caractère mystique, grandiose et tout autre que ccdui que la vérité historique doit leur accorder.
Cette fausse appréciation est due au style emphatiqiu^ de la littérature américaine et à la natui'O toute particulière des t'ai (s d'armes et c^)isodcs de la Révolution, lesquels foiniaiciit le s.ujet constant des déclamations où chaque oi'ateur cherehait à surpasser ses pi'édécesseurs en éloges ampoulés. (^hioKjui^ étudiée par des observateurs laborieux et consciencieux, (-t malgré tous les documents, l'histoire de cette é[)()(juc n'en est pas moins altérée })ar des exagérations qui déroulent toute juste appréciation et se résument en une a^iothéose confuse." (••'■).
('") ]mi ISiJCi, meiiic après l'cxpériLUicc de l;i guenv. lo presidciiL Joliudoii declunilt que les autours de la Oonsiitutiou avaient cte mspiiésjHd- la sagcssa (hi'inc ci '' que leurs travaux avaient nécessite une lumière su})ericure à l'experienee humaine. " Ceci est, pour le nioin-, une opinion e\truvau'ant(>. >J'oua verrons plus tard ([U'il y avait dans la Constitution un élément d'ori^'inalite et de vertu féconde, mais, à pat iclu, il sulHt d'un apci'cu sueeinet de l'h'stoirede tr(jis générations constamniriit en conflit ])our mettre en relief les omissions et les énormes défectuosités de cette Con-titution (pu s'est vue, bien mal à propos, l'objet des lionnnages imujerites de 1 liunianite entière.
Dans un autre ouvrage, l'auteur ii cimmere de la manière su'vante les passages défectueux de la ConôtituliMi :
'• On est irrésistiblement porté ù penvcr que les auteurs de la Canslitution étaient telleui'nt absorlies par la jalouse controverse qui se poursuivait entre les grands et les lictits Etats, qu'ils ont négligé beaucoup de grandes questions vitales, (pii se sont depuis posées en énigmes menaçantes dans la suite de l'iiistoire politique américaine. A part les conii)rom;s effectués entre les éléments jaloux, les débats et les travaux de celte Convention sont une des plus grandes manifestatiuni d'impuissance et d'imprévoyance ({uc l'histoire ait consignée. Le-; auteurs de la Con-titulion ont fait preuve d'une ignorance des besoins du pays et d'un manque de prescience politique sans exemple dans les fastes de riiumanite civilisée.
'■ Vn système d'esciavago des noirs existait dans quelques lîltats. La Convention ne s'en préoccupa point et les seules clauses de la Constitution qui aient rapport à cette importante question sont une loi relative a la remise des fugitifs " tenus en service ou pour travaux," et un pariigraph-- confus et enqiirique déterminant la ivi)re,-.eutation poiiulaire. Bien que ces deux articles de la Constitution admettent et constatent l'esclava^-e, combien n'est-d pas à regretter qu'elle n'ait p ;s formule une déclaration explicite ;i ce sujet, chose ipù aurait pu être faite si facileuient et (jui aurait place cette question au-dessus non seulement de toute po s'bilité de rupture, mais aussi de toute controverse de parti':'
" Pendant de nondjrcuses anné s, uno autre question qu'il eût été facile de prévoir, agita les Chambres américaines. Jusqu'à quel point le (Jouvernement général pouvait-il s'occuper des améliorations intérieures'? llien dans la Constitution ne précise la limite de ce droit qui a dû, cependant, frapper l'esprit de ses auteurs. Combien sont vagues et (lucllc élasticité présentent ces pouvoirs domiés au Congrès de " régler le commerce, " de '■ déclarer la guerre '' et de '■ lever et entretenir des armées ! " ■ .
Durant une période plus longue encore, et avec une violence (pii faillit une Ibis devenir f itale a l'Union, la" (luestion du tai-if " lit lo sujet de grand. 'S contestations entre deux partis : l'an, protégeant le trésor ; l'autre se déclarant en faveur d'un système de prnliil.)llion. r,es deux s'autorisaient de l'article delà Constitution qui " règle le commerce, " et lo manque d'explications précises sur un sujet d'une telle inqxii'tuicc eir^endra une controverse' qui commença au début de l'histoire de l'Union, pour ne se terminer qu'à l'époque dosa dissolution.
Quand- on considère l'étendue des possessions que l'Union avait déjà au moment de son organisation, et l'inimmie expaiision b'rritoi-i île qu'il elait facile de pressentir, on conçoit à peine que les honimes qui ont crée la Constitution n'aient ]»as précise, d'une manient eonqilète et (>xplicite, la forme de gouvernement do ces territoires. Cette question si grosse de complications : le pouvoir du (iouvernemenl Ccneral sur lt!S territoires, de mémo que la vraie nature des organisations territoriales, la législation et les privilèges politi^pies des habitants de ces po.sses h.ns, tout cela est entièrement mis hors do cause et remplacé par cette simple et insignifiante formule :
" De nouveaux Etais peuvent être admis par le Congrès en cette Union. " Art. IV, Section 3.
" En addition à ces flagrantes omissions, on peut signaler uns faute dont on avait demandé la rectification dans la Constitution des Etals Confédérés et qui avait, dans ces derniers tenqjs, beaucoup occupe l'opinion publi<iue. Il .s'agit de la loi (pii régit les membres du (î.ibinet et les. exclut de toute parti- cqjation aux débats des Cîliambrcs. Ta conséquence politique de celte défectueuse organisation du gouvernem-nt e^t (pie les relations entre le Congrès et le Pouvoir Executif prennent un caiactère de communications privées et souvent vulgaires, par lesquelles le Pouvoir Executif compromet sa dignité' Les relations entre le Parlement Britannique et le ministère, par exemple, sont tilles qu'à un moment donné, un vote de censure peut changer l'admi-
La Constitution formée jiar cotte Convention, ([uoiqne sagesse des législatures d'Etat et non aux travaux des ausingulièreniont dét'eetuenso et ])eu digne de l'épitliète tours de ia Constitution ; un plein développement fut ainsi de "])ros(|ue divine" que lui donnait le démagogisnic donné au dogme l'udimentaire de la Convention. Les amenaméricain, contient néanmoins un principe neuf et admi- déments suivants, compris dans les déclarations officielles ral)li> (]ue les péripéties des débats (mt mis au ynw. Un d'au moins six ou linit Etats, furent projjosés par eux comme parti dans la Convention prétendait logiquement ([ue le une des conditions de leur acquiescement à la Constitution: pouvoir de l'Assemblée était limité à une siin})le révision ' lAnninenilion de eertiiins di-oits dans lu ConsUtution ne s(ra, pas des articles de la Conledémtion telle .lu'clle existait, et s'op- ''"•"'?'^? ^'^ "'^^"^^''•^- ^ "'^'' «'^ ^ "'^''^'" '^« '">^''^« '^''^''^ '■^^^''•^"^^ l""' '"^
posait à tout empiétement du principe fédéral. Un autre " Les iionvoirs mou délégués aux l'^.tat--Unis par la ('onsdlutidU, ou
. , 1 •, 1. •! •! ,• 1 i T)i7ij j non |)roliibes par elle aux ]*jtats. seront réservés jiar les Ktats resrK'clil's ou
jiarti demandait l annihdation (W> gouvpj'nemcnts d Ltat, pnr le r;eiiple, '
et un troisième, se tenant enti'e ces diMix extrêmes, recom-
, ., j ,c L- \ -^ - V L'Union, ain>à constituée, ne fut donc nbune nationalité
mandait un gouvernement " national compose d un pou- ' '
. . ,. ^. , . , . , consolidée, ni une simijle répul)li(iue avant des ai)i)endices
uprem.e, ayant juridiction sur cirtams objets communs . . ' ^ ^ ^ . ;^ -^ ^
voir s à 1 0
, 7^ •* i' , -, 1 -i 1 1 , • Tv/r • territoriaux, ni même une ligne d'ICtats sans ])OUvoir
us les Etats, dont u devait être le mandataire. Mais ' . . . ,. . ";
, , , . ., . , .IX- d'actions mutuelle sur chacune des individualités qui la com-
quand dans ce dernier ])arti la question de représentation
, . ,.,,. ,,. , , , 1 -riL i posaient. Elle fut une association d'Etats souverains avant
tut soulevée, une diiticulte se présenta : les grands Ltats '- .„ . ,
, , . , . , ,• 1 ro" v i^ne autorité commune et qualifiée i)0ur atteindre cliaqne
demandaient une représentation aux deux Cliambres pro- ^ . / i- i i
,. , , , 1 ,• . T 1 ,-, m ; eo;»?»e/7'rtVi'^ dans la limite des pouvoirs à elle délégués par la
portionnee a la population, tandis que les petits Ltats ^
T . , .-v , T.. • X ,-^ , 1 communauté, et employée, dans certains cas, comme 1 ex-
revendiquaient une entière égalité sur ce point. Un s accorda ' . . . .
p , , , , ,• -, 1 7,17^^ iiression de l'identité nationale américaine,
enlin a créer une représentation mixte du «e^jVc et des -/i/a/6' ^ ,.„..,
, T 1 r>,i 1 -, /< ^ . , . Eors du retrait des C'olonies de l'empire Britannique, le
dans cliacune des Chambres du Congres, et c est sur ces . . .
T ,. , • 1 r* ,-, .• i" T-., . TT • 1- A . i)eui)le américain préiéra se constituer en treize souverai-
bases que lut assise la Constitution des Ltats-l'nis d Ame- ^ ^ ^
notés séiiarées idutôt que de se l'éumr sous une autorité rinuc. i 1 1 ^ ^
commune ; en agissant ainsi, les Colonies avaient en vue
La grande nouveauté de cette Constitution, l'association j.^ ,^.^,^,^^6 j,. i^ur existence, de leurs libertés et de leurs
du principe de souveraineté des Etats à celui du pouvoir j,,op,iétés. Elles créèrent le gouvernement Fédéral et lui
commun délégué par eux, ayant une action sur les joi^„^,,c„t la double mission de les défendre contre toute
indlridu^ sous certaines spécifications d'autorité, et étant ,,tt,u|ne de l'étmnger et contre toute agression intestine des
par conséquent plus qu'une simple' ligue fédérale, est le .,,^1,^^ contre les petits Etats. Elles évitèrent do le revêtir
résultat de circonstances tout à fait fortuites, et c'est à tort ^^,^j^^^. ^,,^^^, ^.^..^^^j^ autorité, de peur <ju'il ne devint dange-
que la vanité américaine la considère comme une décou- ^.^^^^ ^^^^^^^ j,^ souveraineté particulière de chacune d'elles,
verte à priori mise au jour par^la sagesse de nos premiers ^^ ^^^^^^, empêcher toute action agressive des Etats puissants
pères. Ce système de rej)résentation mixte du peu})le et des f.(jj-,^,.g Ug faibles
Etats eut une origine toute accidentelle dans la jalousie qui j^,^ première Confédération avait posé en principe que
éclata entre les membres de la convention, et doit êtro a p^Juion serait perpétuelle;" néanmoins, comme nous
plutêt considéré comme le fruit du hasard que comme la p^^vons vu, c'est une convention ultérieure qui créa la Cons-
production élaborée de la prudence humaine. Ce compromis ^-^^^^-^^^^ actuelle des Etats-Unis. L'article VII disait "que
fixa d'une manière positive la répartition de la représen- les ratifications de neuf Etats seraient suffisantes pour l'éta-
tation des grands et des petits Etats et fut d'une importance i^ji^gement de cette Constitution entre les Etats qui la sanc-
immense comme une mesure nécessaire et initiatrice à une liouneraient." En effet, cette Constitution fut sanctionnée
combinaison de plusieurs Etats souverains et d'une républi- j-.,|,,,,j ^.^^ ,^0 portion seulement des Etats qui composaient
que simple. U est à supposer que les auteurs de la Constitu- j.^ pi-iniitive Union, chacun dans une date différente et agis-
tion ne comprirent pas d'abord toute l'importance du prin- ^.^^^^ ^.^^^^ ^,^ capacité d'Etat souverain. Cette seconde union
cipe politique qu'ils avaient émis et la longue suite des tv^aonc formée des Etats qui se, sx'cé(?ère«i de la première, et
conséquences qu'il devait entrailier ; comme il arrive «ou- ^^^^^^^ trois d'entre eux, dans leurs formules de ratification,
vent à des hommes primitifs, ils firent, sans le savoir, une gg réservèrent expressément le droit éventuel de sécession.
découverte importante, mais n'en compi-irent pas toute l'immense portée.
Ce principe émis par la Convention fut par la suite entièrement perfectionné par des amendements dus à la
La Virginie donna ainsi son assentiment à la Constitution : " Nous, délégués du peuple de la Virginie, dûment qualifiés, etc., etc., etc., au nom du peuple de la Virginie, déclaions et faisons connaître que les pouvoirs garantis de
nistrution des iiflaire.s piililiriues. Celte facilité n'existe pas dans le système américain ; s'il existe au Congrès une opposition au Pouvoir Exécutif, ce dernier ne peut eonnnuniquer avec ses partisan? que d'une manière indirecte et par des moyens d'intrigue. It en résulte infailliblement la corruption, la fraude et une application erronée et injuste de la législation du pays.
HISTOIRE DE LA aUERRE DES COÎs^FÉDÉRÉS
la Constitution étant dérivés du peuple des Etats-Unis, peuvent être retirés par lui s'ils sont employés h son préjudice et pour son oppression. L'Etat de New-York déclara " que les pouvoirs du gouvernement pouvaient lui être repris par le peuple s'il le jugeait nécessaire à son bonheur." L'Etat du Rhode-Island se servit du même langage.
Il importe, en lisant l'histoire des Etats-Unis, de se prémunir contre la pensée qu.o l'Union ait été, eu aucun sens, nue révolution constitutionnelle* ou l'inauguration d'un nouveau système politique. Les institutions civiles des Etats étaient déjà satisfaisantes en tous points; l'Union n'était qu'un accord mutuel et n'eut d'autre mission (pie celle qui tût ainsi conférée. Elle n'ajoutait rien aux garanties personnelles lii aux libertés individuelles déjà acquises; cinq siècles auparavant, ces droits avaient été formulés avec la même force et la même clarté dans la (Jrandc Charte anglaise. Les gouvernements des colonies les possédaient, les avaient confirmés, et ils devinrent le bouclier de la liberté américaine.
L'idée neuve et grande de la Constitution fédérale fut d'abord cet arrangement liai'mom'eux et défini des relations établies entre les gouvernements d'Etats et le pouvoir central, par lequel les Etats conservaient une autorité exclusive dans leurs aiîaires domestiques, et le gouvernement fédéral le contrôle exclusif des relations entre Etats, et avec l'étranger ; ensuite, une grande économie réalisée par les Etats, et enfin l'exiguité des prérogatives laissées au gouvernement fédéral. Ces prudentes dispositions portent évidemment le cachet du véritable " self gov^u'ument,'' posent en principe le fait que les Etats étaient les créateurs de l'Union, et que leui's attributs étaient inhérents à leur essence même, tandis que le gouvernement fédéral dérivait des Etafs et n'avait que les pouvoirs que ceux-ci lui avaient octroyés.
Les deux grandes écoles politiques de rAméri(pie, — celles de la Consolidation et des Droits d'Etats, — ont leur origine dans la manière d'apprécier ces relations entre les Etats et le gouvernenn^mt gén('']-al. Toutes les controverses dont fait mention l'histoire politique du [)ay8 se rattachent incidenuncnt à ces deux grandes ili)c(riiu\s ou leur sont subordonnées. Telle est, par exemple, la contestation au sujet du système d'esclavage établi dans les Etats du Sud. Le parti de la Consolidation, dominant au Nord, agita d'abord cette question et y vit une occasion d'affirmer ses principes ; il rendit le gouvernement de Washington passible, dans la linnte de ses attributions, de l'existence de celte institution. J)e son côté, le parti des Droits d'Etats admeitait que, si la forme du gouvernement eût été consolidée, le pouvoir central aurait eu logiquement le droit d'abolir resclavage ou de l'établir dans la totalité de l'Union; mais les Etats ayant gardé leur souveraineté, en vue piincipalement d'éviter tout contrôle ou toute immixtion du Gouvernement central dans leurs atiaires intérieures, le
parti nordiste ne pouvait pas p-lus attaquer les institutions domestiques du Sud qu.o le système analor^-ue existant à
Cuba ou au Brésil.
Cotte différence entre les doctrines des partisans de Droits d'Etats et de Coiisolidation, peut être brièvement et rigidement formulée; les premiers, consigneraient l'Union comme un pacte conclu enfre les Etats ; les c^conds, comme un gouvernement national placé au-dessua deux. La première école s'appuyait sur les expressions même do la Constitution. L'article YII était ainsi conçu :
" La l'citificiition dfs Conventions de neuf Etats sera suffisaiile pnur rétablissement d'une Constitution entre les Etats la ratiiiaiit ainsi."
L'école des Droits d'Etats s'appuyait aussi sur le texte des fameuses résolutions affirmées par le Kentucky et la Virginie en 1798. Ces l'ésolutions ne sont que le corollaire des ex})ressions soigneusement étudiées de la Constitution, qui excluent tor.te idée d'une soumission des Etats souvera,ins et indépendants à un gouvernement commun et unique. Les résolutions do la Virginie furent présentées par M. Madis(3n et celles du Kentucky par M. Jefferson. Voici le texte do la première résolution du Kentucky :
lo. Il est )-cso/;î, qno les flifferonts Etats qui composent la Coniedéi'otion américuiue sont unis à leur gouvernement gênerai, non \yAv un piineipe de soumission illimitée mais que, par un pacte intitulé : "Con.uitntion pour les Eiats-Unis et ses amendement?, " ils ont créé, en vue de certaines éventualités, un gouvernement général auquel ils ont délégué des pouvoirs définis, chaque Etat se rései'vant entièrement tons les di'oits cju'il ne remettait pas entre les mairis de cette autorité ceutralc ; qu.e, en tant que ce gouvernement dépassait les pouvoirs à lui délégués, son acU'on devenait nulle, sans torco et sans autorite ; que ce gouvernement aiir-i constitué par un pacte li'avait pas qualité i)0ur juger d'uiic manière exclusive et finale l'étendue des pouvoirs k lui délègues, si ce n'est que dans le cas d'appel à sa discrétion, mais non en sa capacité d'exécuteur do la Constitution ; dans toute autre éventualité iparmi lies parties n'ayant aucun juge conmuin, chacun d'eux a un droit égal de juger dans sa pi'opré cause, tant pour les infiactior.s faites à ses prérogatives que pour les mesures à prendre pour les défendre. " ■ ■
Le conflit entre ces deux écoles politiques éclata dans toute sa violence Dcndant la mémorable controverse de la question de taiiC, en LS31-LS32. Daniel AVebster, du Massachusscts, et John C. Cîallioun, do la Caroline du Sud, ces deux types bien caractérisés des hommes d'Etat des deux sections, illustrèi-eut ces déliais en commentant chaque prin ci|!e gouvernemental et tirent des annales parlementaires do leur temps l'iiistorique complet du système politique américain.
M. Calhoun concluait logiquement que les résolutions du Kentucky et de la Vir..;iaie impliquaient le droit de sécession, mais il ne jugeait pas à propos d'employer alors un tel remède. Il vivait dans un temps où, en dehors de son propre Etat, rép;nait un profond sentiment êrattachement à l'Union et il eût été impolitique de liraver ouvertement l'opinion populaire à ce sujet. Au fond M. Calhoun professait, avec une grande conviction, rm profond attachement pour l'Uni(»n. Dans un discours à. ses constituants de la Caroline du Sud, il déclara un jour que jamais il n'avait entriUenu de sentiment hostile à l'Union, et qu'il avait toute raison d.'y être attaché, quand il se rappelait que près de la moitié de sa vie avait été passée à son service et que la somme de ré|)u-
tation qu'il avuit acquise était indissolublenient liée à son existence.
Ce fut la tâche du grand liomnie d'Etat carulinien de trouver des remèdes aux torts qui faillirent amener la désunion. Alors, ses propres affections et le vœu populaire l'engageaient à soutenir l'Union, mais, en même temps, il ressentait profondément la pression exercée par elle sur le iSud. Il s'agissait pour lui de trouver un teiine moyen qui pût à la fois satisfaire au vœu populaire de maintenir l'Union, et à la nécessité urgente de mettre un obstacle à l'agression progressive du Nord et à l'esprit de domination sectionnelle. M. Calhoun réussit à accîommoder ces deux considérations ; il trouva une des plus belles et des plus ingénieuses théories de la politique américaine, théorie dont l'application devait préserver et parfaire l'Union et y introduire ce principe d'adaptation aux besoins du moment, qui est la première vertu des gouvernements sages. Il proposa qu'en cas de contestation entre les Etats et le Gouvernement-Général, il en fût référé à une Convention de tous les Etats pour une décision sans appel. C'était, en éloignant toute idée de destruction de l'Union, placer au-dessus d'elle luie sauvegarde auguste, et, au lieu de citer le ])i'incipe contesté devant le tribunal de In passion populaire, l'assigner devant une assendilée d'Etats souverains.
M. Calhoun expliqua tout au long cette doctrine. ''Qu'il arrive, dit-il, un conflit entre un des Etats et le Gouvernement-Général, il est une autorité supérienie qui doit primer. Le pouvoir qui a créé ce gouvernement, qui l'a revêtu de toute son autorité et qui peut à volonté agrandir, diminuer ou abolir les droits qu'il lui a délégués, est l'arbitre qu'il faut invoquer. Les Etats eux-mêmes doivent juger ; les trois quaits de leurs membres forment, de fait, un pouvoir qui est la Constitution elle-même et dont les décisions sont sans appel. Dans un tel cas, l'action du pouvoir est limitée ; un Etat, agissant en sa capacité souveraine et comme partie du pacte constitutionnel, peut forcer le gouvernement créé par ce pacte à soumettre la question en
litige à l'arbitrage des constituants." M. Calhoun insistait, avec raison, sur ro[>portunité de cette mesure qui, loin d'eti'e auarchiquc ou révolutionnaij'o, était "le seul fondement solide de notre sy.stème et de l'Union elle-même." Cette défmition de la vraie nature de l'Union est un modèle de sagacité et d'habileté politi([ue. En opposition à ime école vulgaire et superficielle qui attribuait aux ijistitutions d'Etats un certain caractère de divisions provinciales, il afhr niait qu'elles n'étaient en aucun sens, ni bostiles à l'Union, ni d'un caractère agressif; qu'elles^ pei'sonnihaient la vraie gloire de l'Amérique, et que l'honune politique le plus sage était celui qui observait constannnent cette " distribution auguste" de pouvoirs entre le Gouvernement-Général et les Etats, et qui pouvait faire msirchei- de front les droits de chacun avec le bien-être de tous.
On a un curieux exemple de la mauvaise foi du Xord dans la nomenclature des noms donnés par lui au Sud et à ses partisans. La doctrine ingénieuse et éminenniuMrfc conservatrice de M. Calhoun, dant le lut dirvcf éUtJt (h: saurrr rU/iiov, reçut le nom de " Nullification," et son auteur celui de " Désuniorjiste." ]\[alheureusement, le monde jugea les partis (^t les lionnnes i]n Sud d'après les publications superficielles du Noi'd, et il fut longtemps à comprendre que le système de servitude établi au Sud n'était pas Vcsclovage, que John C. Calhoun n'était pas un dé:,uriionhr/e, et que la guerre de 1804, déclarée par les insurgés du Nord à l'autorité de la Constitution, n'était pas une o-t'hcli/on sudiste. Les noms sont peu de choses en apparence, mais ils créent une première impression, décident des sympathies des masses, et forment souvent comme un nuage d'idées préconçues que les plus intelligents efforts ne parviennent pas toujours à dissiper entièrement. Mais il n'y a pas ici lieu de faire la nomenclature des partis américains; la véi'itable valeur des termes dont on a faussement qualifié le Sud sera aisément saisie en suivant l'argumentation générale et le développement de notre narration.
CHxlPlTËE II
^NTAGO:^ISME SECTÎONNEL.-FREMIERS SYMPTOMES DE DIVISION
llalgré le geime fatal de dissolution que renferme en lui-même le priucijie fédéral, il ne peut pas être contesté que la rupture de rUaion eût pu être encore indéfiniment retardée par UiUe pi.ili tique habile et attentive. Nous- avons vu que déjà, à une des périodes les })lus critiques de notre histoire, l'homme d'E tat le plus remai'ipialde du temps, John C. Calhoun, av;iit proposé de modifier le i)rincipe fédéral de rUniiui en tenant ingénieusement en échec l'esprit de controverse, mesure (pii ]jou,vait pj'olonger pour un long terme l'existence de T Union, et qui aurait certainement réalisé un magnifique exem[)le d'association politique.
Mais déjà existait iuie autre cause de désrun'on [)lns vivace encore que cette essence fatale du fédéralisme, c'était cette animosité sectionnelle qui, éclipsant bientôt toute contestation partielle d'Etats, mit en op])osition deux véritables nations séparées seulement ]'ar une frontière géographique et accomplit ainsi somnuiiremcnt ce que de moindres difficultés eussent mis un temps très lonç»; à décider. ■
Nous avons déjà fait brièvement mention de cette division du Nord et du. Sud, si bien marquée par les grands contrastes qui existent entre les caractères respectifs de leurs pO|>ula.tions. Concentrées sur un espace de terrain plus limité, CCS difFérences n'eussent pu produire qu'une sim])le scission de parti ou la formation de classes sociales séparées; mais se répandant sur toute l'étendue d'un continent, ces motifs de désacord cessaient d'avoir le caractère de faction politique et consommaient, en réalité, une séparation entre deux nations ou communautés bien distinctes. Un auteur anglais contemporain remarque avec beaucoup d'à propos : " Pour bien se rendre compte des difficultés de la politique américaine, il importe de les considérer, non comme l'antagonisme de parties rivales ou diversement intéressées d'un seul corps politique, mais comme l'action politique de deux communautés ou peuples distincts, parlant, à la vérité, le même langage et unis par un lien fédéi-al, mais opposés en ]rrincipes et eu intérêts, de civilisations différentes, et jaloux compétiteurs du pouvoir politique."
Ou ne peut lire et comprendre l'histoire de la politique
américaine qu'en se rendant bien compte de cette division capitale et en considérant le Nord et le Sud comme deux commanautés étrangères existant dans une Union imparfaitement a.|)pelée Confédération d'Etats. S'il néglige ou oublie cette théorie, le lecteur se trouve en lace d'un amas confus defiiits inexplicables et de controverses confuses, dont il cherche en vain à faii'C une analj'se raisonnée.
Cette "animosité sectionnelle," qui forme le fait le plus saillant de l'histoire des Etats-Unis, remonte certainement à 1787. Dans la Convention créatrice de la Constitution, M. Madison percevait déjà, dans la controverse entre les grands et [)etits Etats, une autre contradiction d'intérêts. Selon luii, la dilférence d'étendue territoriale n'était pas l'unique motif du désaccord entre les Etats ; il était une divergence d'intérêts plus pratique : celle qui résultait de reifet du climat et de l'institution de l'esclavage. "Ces deux causes, disait-il, concom'ent à f )rnier une grande division d'intérêts' dans les Etats-Unis, et s'il devient nécessaire d'établir un pouvoir défensif, il doit être donné mutuellement à ces deux sections." Dans la convention de la Caroline du Sud qui l'atitia la Constitution, le général Pinckney ])arlait ainsi des dissemblances existant entre les populations des Etats méi'idionaux et septentrionaux : " La qualificatiou de méridional {souihern) s'applique au Marjdand et à tous les Etats situés au Sud de sa frontière. Dans cette section, on neut certainement observer une différence accentuée tant dans les habitudes et les manières da peuple qire dans son climat et ses productions.''
Ainsi se reconnaissait déjà, à cette ôjioque, cette division bien caractérisée d'un Nord et d'un Sud politiques, division que la ligne de démarcation tracée par l'esclavage rendait encore plus distincte. De tait, cette existence séparée de deux corps politiques se fait pressentir dans le texte même de la Constitution : l'article qui fixe le chiifre de trois cinquièmes de la population esclave conune sa proportion à la représentation nationale, étaldit virtuellement cette séparation en cherchant à concilier les intérêts divero:ents
des Etats esclavagistes et des Etats non possesseurs d'esclaves ; il [ieiit être considéré comme up compromis entre les deux secti<uis, ou pluiôt envisagé à nu point de vue ]dus élevé et plus philosophique, comme nu traiié entre deux nations d'une civilisation entièrement dilfôrente. Nou.s verrons, en etxbt, que cette distinction de Nord et de Sud, fondée en apparence sur la délimitatinu de rescluvnge et sur la dittérence de climats, était réellenient ])lus radit'alc encore et tenait à l'essence même de la civilisation de chacun, et qu'à une certaine péi-iodo de sou liistoire, l'Union put être considérée, non connue i\n lien Iraternel unissant divers Etats, mais comme une alliance l^jrcée et l'association polique de deux peuples essentiellement diliercnts.
Quand le général Sullivan se plaignait à Washington de l'opiposition qu'un parti de la Nouvelle-Angleterre faisait à sa nomination au poste de ministre de la guerre, "parce qu'il avait apostasie les principes de sa section en votant, en quelques occasions, en faveur des Etats du Sud," il fiiisait déjà pressentir le dessein formel qu'avaient les Etats du Nord de s'emparer du contrôle exclusif du gouvernement, à leur profit particulier.
On se tromperait en considérant les controverses soulevées par l'existence de l'esclavage comme des contestations indépendantes et libres de tout parti pris. Loin d'être une question d'une portée morale, cette institution fut envisagée comme le point de distinction le plus sensible et le mieux caractérisé que l'animosité sectionnellc pût trouver. Devenue, par cette raison, l'objet des controverses les plus amcres et des hostilités les plus violentes, la question de l'esclavage s'envenima à un tel point que souvent elle fut jnise à tort comme la cause piincipale du conflit, tandis qu'elle n'en était, eu réalité, qu'un simple incident.
C'est parce qu'elle était la principale distinction entre lés autonomies soci;il'^s du Nord et du Sud, «que cette question de l'esclavage prit une tournure si agressive ; on en trouve la preuve dans l'iiistoire mêm.e de cette institution. En effet, pendant la première période de l'indépendance, alors que les haines sectionuelles étaient beaucoup moins violentes, les projets de hn relatifs à la législation de l'esclavage étaient admis sans opposition et comme étant les conséquences logiques de l'état de choses sanctionné par la Constitution. En VJ'Jo, la loi statuant sur les esclaves fuiiitifs fut passée sans op})Osition au Sénat, et }!ar un vote de quarante-huit contre sept à la Chambre ; la Louisiane et la Floride, teriitoires à esclaves, furent admis sans contestations ; les Etats du Kcntucky, du Tennessee, du Mississipi et de l'Alabania, entrèrent successivement dans l'Union sans (ju'il leur fût fait aucune question l'clative à leurs institutions domestiques ; quant au territoire du Nord-Ouest, l'action du. Congrès fut basée sur une oi'donnance anti-esclavagiste existant déjà dans ce territoire antérieurement à son organisation définitive ; ])ar cela même, cette action n'avait aucune portée annihilatrice. Eien, dans ces premiers jours, ne pouvait faire prévoir les horribles scènes de désolation que
cette controverse de; l'esclavage devait plus tard occasionner dans le pays tout entier.
Cette agitation à propos de l'esclavage, subordonnée, en réalité, à la question de domination sectionnellc, donna au Nord l'occasion de se jioscr en philanthrope et de cacher sa haine sous le voile de la conscience et de la libre controverse. La Convention de Hartford, en 1814, organisée par les adversaires du Sud, proposa d'abolir la rei)résentation proportionnelle des esclaves et de Ibrmer une nouvelle base de l'ôpartition, conforme seulement au nombre des personnes libres des Etats-Unis. Quelques années après, ces dissensions devinrent encore plus ti-anchées ; les deux sections se disputèrent violemment la suprématie à propos de l'esclavage. La législation au sujet de l'admission du Missoun", en 1S20, par laquelle un degré de latitude fut fixé connue limite de l'institution de l'esclavage, révéla la véiitable nature de la controverse en affirmant ouvertement ce qui était à l'état latent : l'existence distincte d'un Sud et d'un Nord politiques essentiellement distincts. C'est dans cette législation du Missouri, symptôme préliminaire de la désunion, que doit être cherché le point de départ de ces hostilités violentes qui déchirèrent l'Union pendant quarante ans et aboutirent enfin à un conflit armé. " L^ne démarcation géograpdiique, écrivit M. Jefferson, coïncidant avec une division bien marquée de principes moraux et politiques, ne i^eu.t pas, une fois conçue et admise par les passions humaines, être cflixcée ; chaque irritation ne fait que la rendre de plus en ])lus ])rofonde, "
Le Nord, )'econnaissant ou s'imaginant que cette institution de l'esclavage était la cause dominante de la su])ério~ rite de civilisation du Sud, donna à sa haine le caractère de philanthropie et diffama cet esclavage comme une relique de la barbarie et le résumé de tous les crimes. Néanmoins, quoiqu'il ait j)u être dit sur cette institution, il est impossible d'en lire l'histoire sans reconnaître l'immense impulsion qu'elle communiqua à la marche du })rogrès. Pendant un demi siècle, elle alimenta le comnierce du monde d'une denrée dont la production annuelle était évaluée à deux cents millions de dollars ; elle fonda un système industriel par lequel le capital, identifié en intérêts au travail, le favoris;i et le protégea ; elle donna au monde le spectacle d'une conti'ée riche et plantureuse où la })auvreté était inconnue et où l'oidre social était préservé par une police gratuite, et où de fertiles régions, exploitables seulement par le travail servile, devinrent un des grands foyers du progrès matériel de l'humanité.
Nous n'entrerons 2)oint dans une discussion ayant })i'ur objet le côté moral de cette institution, mais le doute nons est permis sm- la véritable opportunité du mot " esclavage" appliqué par l'exagération des écrivains du Nord et admis par le jugement et les sympathies du monde, à propos du système de servitude établi au Sud. Ce système, doux dans son essence et dans son application, initiait progressivement l'Africain A la civilisation moderne, lui garantissait l'exis-
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES
tence et une somme de droits individuels analoo-uc à ses besoins, et en faisait un type de quiétude morale et matérielle (-).
Il serait inutile de pousser plus loin ces considérations, car, à part quelques milliers de fanatiques, le Nord ne considérait pas la question de l'esclavage au point de vue de la morale. Comme il est dit plus haut, elle fut admise comme un prétexte convenable de discussion entre deux corps politiques hostiles et de différentes civilisations.
Déjà, pendant la période coloniale, ces différences entre les populations du Nord et du Sud étaient fortement accusées. Les. premiers pionniers du Nouveau-Monde apportèrent d'Angleteri'e les caractères de dissemblance qui les distinguaient dans la mère-patrie. Non-seulement l'origine, mais les croyances religieuses et politiques tendaient à les sél)arer en deux camps ; il n'y eut pas de contact entre les Puritains exilés qui s'abattirent sur les côtes froides et infertiles de la Nouvelle-Angleterre et les Cavaliers qui élevèrent leurs manoirs sous le brillant soleil du Sud et gardèrent leur aversion nobiliaire ])0ur les régicides et les Têtes Rondes de Cromwell.
On voit déjà percer le moderne yœnkee dans les lu-emiers temps de la colonisation, quoique ce ne soit que plus tard que ce type se développa davantage par l'addition de nouveaux vices. L'intolérance des Puritains, leur a|)reté au gain, leu.rs foi'mes extérieures de piété, leur législation partiale, l'élasticité de leurs principes moraux, leur matérialisme, leur égoïsme et cette soif ardente d'accroissement, sont autant de traits distinctifs qui se retrouvent cliez leurs descendants ("•■'■"■■■■). D'un autre côté, l'émigration des Carolines et de la A''irginie se distinguait par la noblesse des sentiments, l'urbanité des manières, un ti'ain de vie seigneurial, un
amour romanesque des aventures guerrières ou cynégétiques, en un mot, par ce raractèn:> lios])ilalie]' et généreux particulier à l'aristocratie éclairée.
L'esclavage avait établi au Swl une civilisation particulière. Cette civilisation n'était })as iiTéprochable, mais les qualités toutes particulières et aristocratiques qui-la carac- I térisaient étaient dus à l'institution servile. Si l'on a eu 'quelquefois des actes de cruauté à constate]', il n'en est pas moins vrai que Tusagc! modéré du commandement contiibuait à donner au caractère des gens du Sud l)eaucoup de cette dignité et de cet esprit chevaleresque et courtois qui le distingue. On a aussi ol)jecfé que l'organisation du travail noir, en dispensant les blancs de toute occupation physique, fiiisait naître en eux des habitudes dissolues, résultat de l'oisiveté ; mais il importe aussi de constater que les habitants des Etats méridionaux lu'olitaient de ces mêmes loisirs pour se perfectionner dans les arts, les sciences, et })our acquérir cette su[)ériorité intellectuelle qu'on ne peut lenr
: contester. A l'aristocratie foncière et éclairée du Sud, le
Nord ne pouvait op])Oser qu'une Ijourgeoisie mercantile,
présomptueuse et matérielle. De cette infériorité manifeste résultat une liaine violente de la société du Nord contre l'aristocratie sudiste. On voit percer cette envieuse hostilité dans toutes les contestations qui se sont ])endant si longtemps élevées entre les deux sections.
La civilisation du Nord était matérialiste, moins raffinée, et beaucoup plus ostentatrice que celle des Etats à esclaves. Le Sud, contrée agricole, couverte d'immenses forêts et de nombreux marais, dépourvue de mouvement industriel et n'ayant (qu'une pojiulation é])arse, paraissait anx yeux d'un spectateur su[»erficiel un pays pauvre et retardataire, tandis que le Nord se prévalait d'uwe supériorité qui n'était
(•") On peut relater ici une Jéfeuse très logique et très senteneieuse île l'aviUituge moral de l'esclavage laite par le sénateur géorgien Toonib?, en 18.i(>, au Trémont House de Boston. En voici la substance: "La supériorité de la race blaicbc sur la race noire est {nouvéc ; la subordination léa;alo ou pratique est l'état conséquent de la race noire dans la société mixte ; l'intérêt des deux ckineuis, et [irineipaloinent de la race noire, exige (lue cette subordination soit fixée, contrôlée et protégée par la loi."
En résumé : La condition normale de la race noire o.^t la subordination à la race blanche ; c"est l'oî^ganipation de ce riiiiport moral qui constitue le prétendu "esclavage"' établi aii Sud. -
(**) Déjà, dans les premiers temps de la révolution, le général Washington percevait celte disposition du caractère vanhe.^ Duis nue Ictîre particu lière adressée, en 1775, à Richard tienry Lee, et datée de son camp de Cambridge, il inolive, de sérieux griefs contre les troupes néo-anglaises de son commandement. A^oiei un extrait de cette lettre, qui est restée pendant longtemps en la possession de la famille Lee, et qui fut seulement rendiîc publique pendant la dernière guerre :
" Je soumets donc à votre considération la question d'opportunité de celle résolution du Congrès qui laisse la nominaiion de tous
les officiers au-dessous du rang de général aux Etats d'où sont sortis leurs corps rcspectils. Ceci me paraît mauvais pour deux raisons : d'abord, parce que cette mesure peut doimer la prépondérance et le pouvoir à une seule des Colonie?, et ensuite, parce qu'elle découragerait l'ardeur mililairc des Etats autres que ceux de la Nouvelle-Angleterre, car ce sont les personnes de ces qiiatre derniers l'ita's seulement qui ont accaparé les emplois publie^. Ne serait-il pas préférable de donner au commandant en chef le droit de choMv provi.soi renient ses officiers, c-n laissant au (!ongrès contineulal ou à un Comité de ce Congrès, le droit d'approuver ou de rejeter ces nominations? Dans ce cas, chacun aurait chance d'être élu, d'après ses propres mérites, tandis que, de l'autre manière, tous les eiiiplois sont donnés aux habita.nt3 des quatre Etals de la N'ouvclle-Anglctoirc, ce qui, dans mon opinion, est impolitique. J'ai déjà eu l'occasion de sévir rigoureusement contre plusieurs des officiers envo'/és par le gouvernement du Ma-sachnaetts, depuis que je suis dans ce camp; j'ai cassé un colonel et deux capitaines pour lera- lâcheté à l'action de Bunker llill ; deux autres capitaine; pour avoir changé les rôles de leurs compagnies, dans le but d'obtenir une paye plus i'oi'te et ])!ns de provisions, et un autre, pour avoir déserté son poste quand l'ennemi était en sa présence et incendiait une maison proclio de lui. De ])lus, j'ai un colonel, un major, deux capitaines et dfux officiers subalternes aux aiTèt?, attendant leur jugement. En un mot, je ne ménage pas les coupabli^s, et cependant je ne suis pas trop rassuré sur ie compte do=! autres, ctir ce . peuple paraît être totalemcîit indifférent à tout ce qui ne concerne pas ses propres intérêt>
qir;t[»paionte. Ces différences d'aspect s"e\[)li([uent par Tactivité niaiiuiactui-ièi-e et niercautile du Noi'd opposée aux tendances agricoles des Etats du Sud ; mais si ces derniers se >:ont plus lentement i^euplés et enrichis que le Nord, il n'en est pas moins reconnu cpie leur supériorité morale était incontestable.
Souvent les étrangers ont tourné en ridicule cette tournure exagérée de l'esprit américain, qui ne voit rien au monde de comparable aux institutions et aux hommes de son pays. Le gouvernement de Washington, prétendait-on, était l'idéal du parfait; les institutions démagogiques de l'Amérique n'avaient pas d'égales; -la littérature du [>ays, l'éducation superficielle du peuple étaient les phares intellectuels du monde; en ui\ mot, les Américains étaient les rois de la terre. De Tocqueville disait que les Américains n'étaient pas éloignés de se croire une race humaine supérieure aux autres peuples.
Mais il faut remarquer que cette boursouflure et cette exagération ridicules sont spéciales au caractère yankce, et appartiennent en propre à la civilisation présomptueuse du Nord. Ce fut Daniel Webster qui écrivit, dans un docmnent diplomatique, que l'Amérique était le seul "grand pouvoir républicain." Ce furent des orateurs yankees qui formèrent cette école de réthorique dont le caractère distinctif était de n'admettre rien eii dehors d'une admiration irraisonnée et exclusive pour les institutions nationales. Ce sont eux encore qui exaltèrent outre mesure l'aigle américaine et qui parlèrent de l'Union comme de l'institution humaine la plus parfaite.
Dans les Etats du Sud, au contraire, cette exagération outrée n'avait pas coyrs. Mieux civilisé et plus éclairé, le peuple du Sud estimait les hommes et les choses à leur juste valeur et opposait un contraste fi-appant à l'esprit emphatique des populations du Nord;. ce qui, chez ces dernières, excitait une admiration insensée et donnait lieu à des manifestations ampoulées, laissait le premier dans l'indifférence. Cette modération, interprétée par la vanité du Nord comme un signe évident d'ignorance et d'insensibilité, était, en réaliti'?, la marque d'une civilisation supérieure.
Ce contraste est surtout flagrant, dans la manière dont
chacune des deux sections parlait ou pensait de cette fétiche politique de l'Amériijue, — l'Union. Au Nord, il n'y avait pas d'expression assez fervente, pas de métaphore assez ambitieuse pour l'exalter, l'épithète de "glorieuse" était de\enue le couiplcnient familier de ce mot magique. Il est vrai que cette Union était pour le Nord une source iutarissable de prolits, un })!'ct('xte à scandaleux tarifs et un moyen d'accroissement sectionnel. C'est à ce point de vue qu'il l'envisageait.
Le Sud, au contraire, la considérait sous un tout autre jour. Quoique l'estimant à sa valeur réelle et s'abstenant de toute manifestation ampoulée à son endroit, il n'en éprouvait pas moins une vénération itt.om/c pour l'Union, bien différente de l'admiration ellrénée, mais intéressée du Nord. Il ne pouvait en être autrement, la raison en étant aux croyances politiques des deux sections. Au Noixl, où le principe des droits d'Etats n'avait que peu d'adhérents et où l'on considérait l'Amérique comme une simple démocratie, l'Union n'était qu'une dénomination géographique, un nom impuissant et sans titre à afléction populaire. Au Sud, où la doctrine des Droits d'Etats ])rcvalait et attribuait à l'Union sa réelle dignité, le peuple avait pour elle un attachement sincère parce qu'il était désintéressé; il ne voyait en elle, ni un motif de lucre, ni l'éclat d'rui vain mot. Pour luif l'Union, comme il la comprenait, était ccUe que Calhoun avait décrite comme une association qui liait mutuellement des Etats souverains par les hautes considérations de l)Oune foi, par des relations d'équité et de bienveillance, par l'attraction sociale et par la sympathie qui résulte d'une commune destinée de puissance, de gloire et de renom. Mais, hélas ! ce noble rêve de M. Calhoun ne fut jamais réalisé; le Sud, violemment arraché à ses sentiments d'attachement moral et platonique à l'Union, dut se reconnaître enfin exploité par elle au profit de la section opposée.
Pour se rendre compte do la manière dont l'Union devint profitable au Nord et pernicieuse au Sud, il est seulement nécessaire de comparer les divers éléments de prospérité des deux sections, et d'étudier les sources et le développement récipro(pie.
^iiAPiTiiif] in.
]>ECLL\' OU SUD DANS L'UNION-OPPllESSION l-'ISCAUE.
Il u'es p;is rare d<.' voir, dans les pays de grande étendue, le flux de Li populatidu et de l'esprit d'entreprise se déplacer et changer son centrer d'action. G(^p('ndant, le mouvement de ce genre qui s'opéra en Amériqui^. peu de t;.mps après la révolution en transportant ces deux éléments de succès du Sud au Nord, l'ut si marqué et si bien caractérisé par la division sectionnelle, que la raison doit en être attribuée à des causes toutes spéciales et biiu définies. Potu'se rendre compte de ces causes, et expliquer ce transfert subit et bien déterminé de la jiopulation, du commerce et de l'activité d'une section à l'autre, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rétrospectif sur l'iiistoire de l'Amérique.
Pendant la péiiode révolutionnaire, la Virginie tenait le j)remier rang parmi les Etats. Patrick Henry la désignait comme "l'Etat le plus puissant de l'Union." " La Virginie, disait-il, ne surpasse-t-elle pas tous ses confédérés en nombre d'lial)itants, en étendue de territoii'e, en situation géographique, en abondance et en richesse ? " — Pendant la guerre de l'Indépendance, les armes delà Virginie avaient brillé d'un grand éclat ; aucun des autres Etats n'avait fait preuve d'autant de bravoure et de patriotisme. Comme le disait James Monvoe, lui-même soldat de la liévolution : " La Virginie avait bravé tous les dangers ; de Québec à Boston, de Boston à Savannah, le sang de ses enfants avait arrosé le sol."
La conclusion de la paix fut le signal d'une détresse commerciale qui affligea les Etats américains. En effet, leur indôpendan.ce politique avait été chèrement achetée ; le gouvernement britaunique se vengeait de l'issue défavorable de la guerre par les sévères restrictions qu'il opposait au commerce avec les Etats et l'influence, en ce sens, c|u'il exerçait sur d'autres contrées européennes. Les tabacs de la Virginie et du Maryland étaient, ou'prohibés, ou lourdement taxés ; le riz et l'indigo des Carolines subissaient les mêmes conditions, mais la Nouvelle-Angleterre surtout eut à souffrir bien plus cruellement que les Etats du Sud, où la fertilité du sol était une ample compensation aux dif-
ticultés du négoce. Avant U Révolution, laCIrande-Bretagne offrait un débouché à ])lus des Irois quarts des exportations des huit Etals du Nord ; la fin de la guerre leur ôta ce marché. L'Elat du Massfl-chusetts se plaignit de son indép(nidance quand il s'a})er(;.ut du tort qu'elle faisait à son connnerce de ]»êcheries et d'huiles qui alors constituait sa princi})ale souice de richesse. La branche la plus importante de l'industrie néo-anglaise, la pêchi' à la baleine, tomba peu à peu i)ar l'effet de cette politique de l'ancienne métro})ole. Appauvris par ces mesures, et la siériiité de leur sol ne les .encourageant pas à l'exploitation agricole, un grand nombre de ces descendants des Puritains se décidèrent à émigrer vers des régions moins arides, où l'hopitalité et une complète égalité de droits les invitaient.
Il n'est donc pas étonnant que pendant cette première période de l'Indépendance, le Sud ait été reconnu comme le siège de la puissance américaine. La fertilité de son territoire attiiait une constante émigration des froides régions du Nord. Déjà, dans la Convention qui créa la Constitution, un délégué de la Nouvelle-Angleterre, M. Butler, déclarait avec regret "que la population et la puissance de l'Union se portaient évidemment au Sud et au Sud-Ouest. -'La division sectionnelle, telle qu'elle existait à cette époque, laissait huit Etats au Nord, cinq au Sud; ceux-ci avaient vingtneuf voix à la Chambre des représentants ; les premiers, trente-six. Malgré cette supériorité niunérique des Etats du Nord, l'opinion générale était que le Sud devait infailliblement attirer à lui la majorité de la population et devenir le centre de la puissance. Ce n'était pas sans raison que l'on pensait ainsi. Le peuple de la Nouvelle-Angleterre se rendait en foule au Kentucky, et même dans les contrées plus lointaines, en dépit des efforts des hommes })ublics du Nord qui cherchaient à diriger cette émigration vers les terres inoccupées du Maine, alors une province du Massacliusetts, Quoique le prix des terrains eût été fixé, dans cette région, à un dollar l'acre, cette facilité d'acquisition n'attira pas cependant les éinigvants sur les bords inhospitaliers du
Penobscot. Des avantages plus sérieux les attendaient au
Sud; la prospérité agricole de la Yii'giuie, qui la rendait le
premier Etat de l'Union : la fertilité des prairies onduleuses
du Kentucky, la rieliesse forestière du Frankland, — nom
donné alors au district occidental de la Caroline du Nord, —
fascinaient les émigrants dont le nondjre augmentait sans
cesse.
La A'irginie n'avait pas alors besoin de cette émigi'ation
d'hommes et d'activité pour tenir le premier rang dans l'Union. En 177S, sa population était déjà estimée à plus d'un demi-million d'habitants, et sa force armée à cinqv.ante mille miliciens. Son système foncier, — cpii reposait sur l'exploitation de la grande propriéti' par les fermiers ou tenanciers, et régularisait la répartition du travail, — la plaçait, sous le rapport de l'exploitation agricole, beaucoup au-dessus des autres Etats et. attirait à elle l'émigration saine et vigoureuse de la bourgeoisie rui'ale anglaise. Le Chesapeake était l'artère du commerce ; Alexandiie, alors la première ville commerciale de l'Etat, était, croyait-on, l'objectif du connnerce continental. I/élection de Geoi'ge Washington à la présidence des Etats-Unis empêcha l'ac- .complissement d'un projet cju'il avait d'unir, par le Potomac et la rivière James, la baie de Chesapeake à la rivière Ohio, et d'attirer ainsi le connnerce du bassin mississipien rpii, au lieu de prendre la route des lacs, aurait afflué vers la Virginie et fîiit d'Alexandrie l'entr.epôt du commerce des fourrures. Partout, cette prospérité de la Virginie se manifestait; en la faisant entrer dans l'Union, un grand nombre de ses hommes d'Etat avouaient qu'ils sacrifiaient à la cause commune la complète autonomie d'un empire naissant.
La Virginie offre l'exemple le plus frappant de la décadence industrielle etnuniériquc du Sud qui fit suite à cette prospérité. Pour faire mieux ressortir cet affaiblissement, voyons ce qu'était cet Etat à deux époques différentes, séparées l'une de l'autre par un intervalle de moins d'une
génération.
Au moment de l'adoption de la Constitution, la Virginie
était au zénith de la prospérité. Son système agricole enri-^
chissait ses habitants. En 180U, elle faisait un commerce
considérable avec l'Europe et les Antilles. Elle importait
non-seulement pour sa propre consommation, mais aussi
pour celle d'une bonne partie de la Caroline du Nord, et
peut-être du Tennessee. Elle présentait enfin l'aspect d'un
pays prospère, fei'tilc et animé.
Yai 1829, on estimait, à la Convention d'Etat, que les
terres de la Virginie avaient perdu la moitié de leur valeur depuis LSI7. La propriété servile avait décliné ; on pouvait acheter un esclave pour cent cinquante dollars. Le système foncier s'était graduellement éteint. Les terrains autrefois cultivés étaient convertis en pâturages. Les fermes avaient disparu ; à leurs places s'élevaient des vacheries et des bergeries. Après une ère heureuse de prospérité, le silence et la ruine s'étaient tout à coup installés en maîtres dans cette contrée jadis si active.
Cette 'subite décadence qui affligea tout le Sud, mais priiicipalement l'Etat de la Virginie, est un des faits qui doit intéresser le plus vivement l'observateur et l'historien. La raison ne doit pas en être cherchée dans les théories spécieuses, mais bien dans l'enchaînement visible des faits accomplis.
Pendant longtemps, les écrivains du Nord ont attribué ce singulier abaissement du Sud en population et en industrie à l'existence de l'esclavage. Quoique cette théorie fut motivée en apparence par l'accroissement et la prospérité des Etats libi-es, cette assertion n'en est pas moins radicalement faus,-e. L'esclavage n'était nullement la cause de cette décadence ; il existait déjcà dans les Etats du Sud pendant leur pjemière période de richesse; la Virginie, aux plus beaux jours de sa splendeur, avait toujours été un Etat à esclaves. Ce n'est donc pas à l'institution servile que doit être attribué ce déclin matériel ; d'autres exemples peuv.ent prouver d'ailleurs à quel point cette théorie est erronée. Au Brésil et à l'île de Cuba, où l'esclavage est en vigueur, l'agriculture est dans un état prospère et la richesse publique s'accroît journellement, tandis qu'à la Jamaïque, où cette institution a été abolie, le commerce, l'industrie et l'exploitation agricole se sont péniblement ressentis de cette mesure.
Les véritables causes de ce phénomène historique se réduisent à deux: une cause géographique et une cause
politique.
lo. L'achat de la Louisiane, quoique étant un accroissement territoual et politique pour le Sud, fut cependant un des motifs de la décadence dont nous avons parlé plus haut. L'ouverture du Mississipi détourna le courant de l'émigration du Nord f(ui, au lieu de continuer à se rendre au Sud et au Sud-Ouest, choisit de préférence les régions arrosées par les tributaires supérieurs du Mississipi et peupla
ainsi l'Ouest et le Nord-Ouest.
2o. L'autre cause, de beaucoup plus importante, fut la
législation partiale du Congrès et la répartition inégale,
entre les deux sections, des bénéfices découlant de l'Union
des Etats.
Dans cette dernièi'e considération se trouve la clef du
système politique de l'Américpie. Le grand défaut de la Constitution fut de baser le pouvoir d'une manière trop exclusive sur le chiffre constamment variable de la po/w7r/iion. Il y eût dans le sein de la Convention un certain nombre de délégués du Sud cpii n'attachèrent aucune importance à la suprématie numérique de la section opposée, pensant que le recensement qui devait suivre accuserait cette majorité en faveur des Etats méridionaux. De leur coté, les Etats du Nord comprirent tout l'avantage qu'ils avaient de s'emparer ainsi du pouvoir au début de l'alliance ; toute l(?ur énergie fut, par la suite, employée à la conserver. Us y réussirent complètement.
La population, dans les contrées où elle n'est pas trop accumulée et où la production suit la même proportion
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
qu'elle, est le principal élément de la vichcsse publique qui, à son tour, favorise raccroissement de la population. Deux mesures du Congrès, l'exclusion de l'esclavage des territoires et l'interdiction du commerce des esclaves détournèrent l'émigration de sa voie primitive et assurèrent à la section favorisée du Nord l'avantage de la supériorité numérique et par conséquent, de la majorité représentativQ.
L'effet de cette augmentation sectionnelle est rendu plus sensible par des chiffres. La population du Sud, quoiqu'ayant considérablement augmenté depuis la Révolut'on, n'avait pu cependant arriver au niveau de la jjroportion de représentation : cette proportion de 33,000, au début de l'Union, s'était élevée, en 1860, à 127,381 babitants par représentant. Dans la j>remière Chambre des représentants, la Virginie comptait dix délégués, et l'Etat de New- York six ; le dernier recensement donnait trente représentants à ce dernier Etat, et onze à la Virginie. La Caroline du Sud, qui était représentée au premier Congrès par la proportion d'un sur treize, ne nommait, d'après le recensement de 1860, que quatre représentants sîir un total de deux cent trentetrois. Le Nord avait donc fv,\d le pouvoir repiésentatif. La majorité dont il disposait Ivii rjermettait d'assumer tous les bénéfices de l'Union et de })romulguer des mesures désastreuses pour la section rivale.
Cette domination sectionnelle engendra une série d'actes iniques et sans précédents dans l'histoire ; des systèmes de tarif et de protection d'une partialité révoltante furent établis. La Virginie, qui avait accepté la Constitution dans l'espérance que le pouvoir donné au Congrès de " régulariser le commerce " serait exercé dans un sens libéral, fut cruel lement déçue. " Depuis que je suis sorti de l'enfance, disait M. Watkins Leigh dans la Convention Virginienne de 1822, je n'ai vu aucune mesure commerciale du gouvernement Fédéral qui ne fat préjudiciable aux Etats agricoles et possesseurs d'esclaves du Sud."
Tandis que l'agriculture, source unique de la prospérité du Sud était entièrement négligée par l'administration, l'industrie manufacturière, ressource principale du Nord, était l'objet de toute la sollicitude des législateurs ; les exactions continuelles commises sur les Etats à esclaves servaient à encourager, sous forme de primes d'appropriation ou de " protection," les manufactures yankees aux dépens du Sud. " Protection " était le cri poussé par chaque Etat du Nord. Le Massachusetts, quoique étant opposé à la taxation de la mélasse importée, demandait énergiquemont la " protectection " pour le rhum qu'il en retirait, et que des droits très élevés pouv^iient seuls protéger contre la rivalité du rhum de la Jamaïque. La Pennsylvanie réclamait " protection" pour ses fonderies et ses papeteries. Le Connecticut déclarait que, sans '' protection," ses manufactures de cordages et de tissus de laine étaient condamnées à une ruine inévitable. L'Etat de New- York voulait simplement protéger tout ce que son peuple pouvait produire. Les Etats du Sud, forcés de céder à toutes ces exigences, devenaient
ainsi dupes d'une majorité sectionnelle, et au lieu de participants au pouvoir, tombaient peu à peu au rang d'administrés.
Le tarif 75î-o^ec/et<r de 1828, que M. Calhoun appelait si justement " le Bill d'abominations," fut émit par une Convention de partisans du Nord, à Harrisburg (Pennsylvanie) ; de cotte Convention étaient exclues toutes les sections du pays que l'acte proposé devait rendre tributaires des Etats manufacturiers.
Le sénateur Benton disc^it, en parlant du tarif de 1828 : '' Ce système eut pour résultat d'enrichir le Nord et d'ap- ] auvrir les Etats du Sud. Pendant la période coloniale, ces derniers étaient incontestablement les plus prospèies ; un demi siècle après l'Indépendance, les rôles étaient renversés ; le Nord s'était prodigieusement agrandi, ses villes étaient devenues de grandes cités ; le Sud déclinant n'avait que des villes tombées en décadence ou restait dans un état stationnairc ; Charleston, son principal port, avait perdu de son importance dejjuis la Révolution. Le Nord devint le prêteur sur gages du Sud, les planteurs empruntèrent aux capitalistes yankees et hypothécairent leurs patrimoines. Les Etats du Sud attribuèrent ce résultat à l'action du gouvernement Fédéral qui prélevait un droit sur l'industrie agricole d'une section pour favoriser l'industrie manufacturière de l'autre, avec l'aide tarifs protecteurs. "
Faisante ensuite un retour vers les premiers jours de l'ère de prospérité du Sud, le même homme d'Etat rappelait cette opulence et cette splendide générosité des planteurs, alors que Tactivité et le bien-être régnaient partout. Dans ces temps heureux, l'hospitalité cordiale des familles suppléait à l'absence des auberges, inconnues aux voyageurs ; les fêtes somptueuses se succédaient sans relâche ; les esclaves se
ressentaient eux-mêmes de cette opulence princière
" Le contraire, sinon complet, mais bien caractérisé de cette ' situation existe maintenant, disait M, Benton, et excite les regrets de ceux à qui la mémoire de cet heureux temps est toujours présente. "
L'histoire de la législation commerciale de l'Amérique met suffisamment en relief les vexations iniques qu'eurent à subir les Etats méridionaux. Le tarif de 1816 eût son origine dans la dans la nécessité d'organiser un budget qui put faire face à la dette de cent trente millions de dollars que les Etats-Unis avaient contractée, quatre ans auparavant, pour subvenir aux frais de la guerre contre l'Angleterre. Quelques manufactures ayant été établies dans les Etats du Nord, pendant cette guerre, on introduisit le système de " protection " dans le tarif, dans le but de protéger ces essais d'industrie nationale. Cette demande de " protection " était, en elle-même, si simple et si modérée que le Sud n'y fit aucune objection et que John C. Calhoun lui-même recommanda l'adoption du tarif de 1816. Cependant, sous cette logique apparente, il y avait tout le danger d'un précédent ; une fois ce système de protection admis en principe, les exigences des intéressés grandirent coustam-
leent et se mauifcslèreut de plus en plus intenses en 1S20, 1S24 et eu 1828. Quand, eu 1831, il fut officiellement prouvé au Congrès que les difficultés financières qui avaient nécessité l'organisation du tarif étaient complètement surmontées, et que le gouvernement avait, on réalité, prélevé nn revenu du double des exigences du budget, le Nord n'en exigea pas moins le mtrintien de la protection et résista vi- "•oureugenient à toute tentative de rai)i)el ou d'amélioration du tarif existant. ,
L'opposition que faisait le Sud, par l'organe puissant de Calhoun, au maintien du tarif, était cependant dictée par le« règles de la plus simple justice et de la jdus grande })rudenoe. La dette publique était si bien amortie, qu'il suffisait d'un laps de trois ans, avec le revenu existant alors, pour l'éteindre complètement ; trois années de plus devaient laisser un surplus de douze ou treize millions dans le Trésor. Ces arguments })récis ne firent cependant pas fléchir le Nord, qui insista impudemment sur le maintien du tarif protecteur. Le résultat de cette célèbre controverye qui ébi'anla l'Union jusque dans ses fondements, fut un compromis ou une modification du tarif Grâce aux menées démagogiques de Henry Olay, du Kentucky, qui flattait les passions populaires du Nord et lecueillait les fruits do son infidélité à sa section, — ce compromis laissa au tarif assez du funeste principe de [irotection pour satisfaire, au moins femporairemont, la rapacité du Nord.
Mais ce tarif amélioré de 1833, ne fut qu'un compromis trompeur que le -Nord n'accepta qu'avec l'intention formelle de l'éluder et de reprendre le terrain perdu à la première occasion. Effectivement, en 1842, cet arrangement fut répudié et les droit 4 sur les produits manufacturés encore augmentés. A partir de ce moment, le système financier des Etats-Unis devint de plus en plus piotecteur ; le Sud, n'ayant ni grandes manufactures, ni grands centres de population industriels, ni intérêts maritimes, continua à d<^cliner taudia (^ue la protection donna un essor immense à la prospérité de l'autre section. Le commerce d'intercourse, quoique alimenté par les productions agricoles du Sud, se faisait cependant par l'intermédiaire des ports du Nord, et devint, par conséquent, un nouveau sujet de " protection."
PaiTûi ces mesures arbitraires qui plaçaient la puissance collective de l'Union entière aux mains d'une section avide, il iraporte aussi de citer la législation maritime. Sous prétextes de primes, de droits de tonnage, d'encouragement des pêcheries, etc., le Nord parvint, grâce à sa majorité représentative^ à exploiter le Sud d'une manieie si mani-
feste, que celui-ci ne fut plus, eu léalité, que le tributaire do son puissant rival.
Le Sud, cependant, avait dans le parti démocratique du Nord im allié politique qui lui permit de se maintenir au pouvoir pendant presque toute la période d'oppression fiscale dont nous avons parlé. Cette alliance est un des faits saillants de l'histoire politique américaine ; de la part des démocrates nordistes, elle était loin d'être désintéressée, quoique les principaux meneurs de ee parti afïïrmasserit leur adhésion à la doctrine des Droits d'Etats. Prodigue de protestations, le parti démocratique du Nord suivait, en réalité, une ligne de conduite égoïste et habilement perfide ; s'il fît une opposition constante au parti Whig, quant aux contestations purement politiques, il se garda bien, dans les questions financières, de voter contre les intéi'ièts geetionnels du Nord. Son alliance avec le Sud n'avait donc aucune portée pratique ; elle donnait à ce dernier la prééminence politique, mais dès que les intérêts matériels immédiats étaient en jeu, les démocrates du Nord faisaient cause commune avec les démagogues do leur section. Malheuieusement, la confîanee trompeuse que le Sud prof^sait envers les démocrates fut toujours trahie dans les moments décisifs, et fit plus de tort à la section niôridionale qu'une opposition franchement déclarée.
Le déclin de la puissance du Sud dans l'Union fut donc le résultat de cette série d'actes illégaux que nouB venons d'exposer brièvement. Par la force numérique, — • principe opposé à la véritable essence du système gouvernemental américain, — l'Union instituée pour le bénéfice mutuel de tous les contractants, devint pour le Nord une source dé puissance et de richesse, tandis qu'elle dépouillait le Sud de presque tous ses éléments de prospérité matérielle.
Sans doute, cett« prééminence numérique fut j)endant longtemps balancée par l'habileté anpérieure des hommes politiques du Sud qui, dans les questions de parti, éloiloignaient de 1 discussion toute idée d'antagonisme sectionnel, mais il était facile de prévoir que, tôt ou tard, cette animosité devait librement se déchaîner. Quelle que fut celle des qucvstions sectionnellea sur laquelle le Nord résolut d'agir en masse, sa majorité devait infailliblement rendre son action irrésistible, il ne pouvait rester que l'option entre la soumission pure et simple et l'essai d'un nouveau système politique. Nous verrons qu'en 1860, le Nord se décida à agir en masse et que le Sud fCit, en conséquence, irrési.stiblement forcé de tenter la désunion.