CHAPITRE ly
ADMINISTRATION DE M. BUCHANAN.-EPISODBS DU KANSAS ET DE JOHN BROWN- LIVRE DE HELPBR.-ELECTION TRESIDENTIELLE DE 1860.
Le« plus émineata homines d'état de rAinérique étaient GonvaÎDcus que le moyen le plus sûr de conserver l'Union était de maintenir l'équilibre sectionnel en tenant une balance égale de pouvoir entre le Sud et le Nord. Déjà, en 1820, au moment du compromis du Missouri, cet équilibre avait été violemment ébranlé. La représentation sénatoriale du Nord et du Sud ét^it alors si également répartie, que la décision à prendre au sujet du Missouri devait infailliblement décider do la suprématie politique en faveur de la section qui emporterait cet Etat. Cette contestation se termina en faveur du Sud, mais non sans entraîner une mesure de proscription contre l'esclavage.
L'admission du Texas dans l'Union fut le signal d'une ?iutre rivalité de pouvoirs. Le Sud s'augmenta d'un nouvel Etat, mais cette acquisition «ntraîna la guerre avec le Mexique, et la constante émigration de toutes lefi parties du wionde peupla rapidement les nouveaux et immenses terriitoires qui tombèrent sous l'influeuce du Nord.
Lorsqu'il fut question de l'admission de la Californie, on -persuada au Sud de ne pas B'op2)oser à l'entrée de cet Etat, malgré sa Constitution anti-esclavagiste ; comme compensation on lui offrit de remettre en vigueur la législation sur les esclaves fugitifs et quelques autres avantages aussi insignifiants. Au cri de : "l'Union est en danger," le Sud consentit au sacrifice (jue l'on exigeait^ de lui ; ses représentants au Congrès ne s'opposèrent pas à ce nouveau compromis de 1850. La Caroline du Sud avait menacé de se sécéder, iimis les autres Etats méridionaux n'étaient pf»« encore préparés à répondre à cette audacieuse tentative d'indé|)endance : toutefois, ils déclarèrent formellement que cette concession, ironiquement qualifiée de compromis, était la dernière qu'ilsTaisaient aux Etats du Nord; qu'elle devait être considérée comme " finale," et que dorénavant toute discussion au sujet de l'esclavage devait ê^e exclue des délibérations du Congrès.
En 1852, Franklin Pierce fut élu président des Etats- Unis. Son adhésion à la doctrine des Droits d'Etats et à la démocratie du Sud fit espérer que sous son administration, la concession faite par les Etats à esclaves serait réellement la dernière, et qu'un régime constitutionnel et pacifique prévaudrait dans la contrée. Cependant, au début du premier Congres qui s'assembla pendant sa présidence, une nouvelle et violente cause d'agitation s'éveilla tout à coup.
Le territoire du Nebraska avait demandé son admission dans l'Union. M. Stephens A, Douglas, sénateur de l'IUinois, formula, en sa qualité de rapporteur du Comité des Territoires, un projet de loi établissant deux territoires, — Nebraska et Kansas, — au lieu d'un seul, et déclarant que les mesures adoptées en 1850 abolissaient virtuellement l'Acte de Compromis du Missouri. " Ce Compromis, était-il dit, était incompatible avec le principe de non interveiUion dv Congrès relativement à V esclavage^ dans les Rtats et Territoires reconnus par cette législation de 1850 communément appelée Mesures de Compromis. Cet acte de Compromis du Missouri était, par conséquent, déclaré nul et de nul effet, son véritable but ayant été, non de légiférer l'esclavage dans aucun Territoire ou Etat, ou de l'en e\'cluro, mais bien de laisser U peuple de chaque Etat complètement librti de former et de régir ses propres institutions domestique* dans la lin)ite précisée par la Constitution des Etats-Unis." Ce bill passa aux deux Chambres en 1854,
Cette adoption du bill du Kansas-Nebraska fut regardée par le Sud comme une victoire parce qu'elle entraîna le rappel du Compromis du Missouri. En effet, cette dernière mesure était agressive au Sud en ce qu'elle proscrivait l'esclavage dans une certaine limite. Au fond, cependant, cy rappel fut plutôt une question de principes qu'une mesure pratique ; les hommes d'Etat les plus clairvoyants du Sud prévoyaient bien que les Etats du Nord-Ouest étaient destinés à être peuplés par l'émigration du Nord, et, par la
force des circonstances, adopter ses institutions ("••'■). On supposait que la phraséologie du Bill de Kansas-Nebraska ne pouvait donner lieu à aucun équivoque. La déclaration que le peuple des Territoires avait tout pouvoir à pro})os de l'esclavasTe. signifiait que cette autorité devait se manilester dans la formation d'une constitution d'Etat, et que, l)uisqu'elle avait l'esclavage dans ses attributions, elle devait s'étendre, par conséquent, sur toutes les autres institutions domestiques.
Au Nord, le rappel du Compromis du Missouri fut le signal de violentes manifestations. M. Douglas fut pendu en effiigie dans plusieurs villes et amèrement blâmé par les assemblées populaires ; sa personne môme fut sérieusement menacée. Le sentiment abolitioniste du Nord se développait rapidement au milieu de toute cette agitation ; cette question de l'esclavage dans les Territoires fit naître un nouveau groupe politique : le .parti Républicain, appelé communément ^jar^îi Républicain Noir, et professant contre l'esclavage la même hostilité que le parti de l'Abolition, mais en différant par le choix des moyens. Le parti Républicain, adoptant le principe financier de Protection et penchant en faveur d'un gouvernement centralisateur, s'attacha bientôt les hommes riches et intelligents du Nord ainsi que l'aristocratie mercantile de cette section.
En peu de temps ce parti acquit une puissance formidable. Lors de l'élection présidentielle de 1852, John P. Haie, candidat choisi par le parti abolitioniste de cette époque en opposition à M. F. Pierce, n'avait reçu aucun vote de majorité d'Etat et seulement 175,296 votes populaires. Mais après le rappel du Compromis du Missouri le parti ab(»litioniste, devenu " parti Républicain," emporta le Nord et le Nord-Ouest aux élections de 1854 et 1855. Nathaniel Banks, — un abolitioniste de l'école du Massachussetts, — fut élu orateur de la Chambre pour la trente et unième session congressionnellc.
Pendant cet intervalle, la question du Kansas-Nebraska était laissée à l'écart. Personne ne supposait que le bill de M. Douglas était à double entente et que, par une différente interprétation des expressions, il pouvait être converti en une mesure anti-esclavagiste, contraire aux intérêts du Sud. Les rapides progrès du parti Républicain Noir, en engageant les Démocrates du Nord à faire quelques concessions au sentiment sectionnel que la question de l'esclavage irritait, mirent au jour cette arrière-pensée.
Il doit être remarqué ici que la doctrine de " non-intervention," dont le but était d'empêcher toute action du Congrès sur les Territoires à propos de l'esclavage, avait été affirmée par la Cour Suprême des Etats-Unis. Dans la cé-
lèbre " affaire de Dred Scott," un esclave avait demandé son affranchissement, en s'autorisant de sa résidence légale au dessus du ])arallèle de 36° 30' Nord, limite fixée par le Compromis du Missouri. La Cour Suprême avait décidé que le Congrès n'avait pas le pouvoir d'émettre une telle loi ; qu'elle devait être considérée comme nulle et de nul effet. ; et elle avait, de plus, déclaré " que la Constitution reconnaissant l'esclave comme une propriété et ne faisant aucune distinction entre les différentes formes de propriété, tout citoyen avait le droit évident de garder dans les Territoires tout ce que la loi lui reconnaissait comme son bien légitime."
Ainsi les droits du Sud, par rapport aux Territoires, étaient parfaitement délimités ; les tentatives faites par le parti Républicain noir pour exclure l'esclavage des Territoires par l'intermédiaire de l'autorité fédérale, avaient été déclarées inconstitutioimelles par la première autorité judiciaire du pays ; il était aussi admis que le bill du Kansas- Nebraska signifiait formellement que l'esclavage était dans les attributions des législatures des Etats ou des Territoires, assumant Je caractère d'Etats. Cependant une nouvelle controverse se ])réparait ; le sentiment anti-esclavagiste allait susciter une autre contestation "qui devait s'affirmer par une méthode et un succès différuuts.