BATAILLE DE NASHVILLE
Le lendemain matin, Hood s'avança sur Nash ville, où Schofield s'était retiré après la bataille de Franklin, et où Thomas avait concentré le gros de ses forces. Le général confédéré mit le siège devant la place le 2 décembre et l'investit étroitement pendant environ deux semaines. Longtemps, l'opinion a prévalu dans la Confédération que le général Hood, — en s'ari'êtant devant Nash ville et eu commençant les opérations du siège, avait commis l'erreur capitale de la campagne, et que s'il avait choisi une autre plan, et avait traversé audacieusement b Cumberland en s'établissant lui-même dans les communications de l'euiiemi, il aurait pu forcer Thomas et évacuer Nashville et à se replier dans le Kentuck3^ C'était là la grande crainte du général Grant. Cet officier général, dans son rapport |dcs opérations de 1864, dit ce qui suit au sujet de la situation de Thomas à Nashville. '■' Avant la bataille de Nashville, je devins très anxieux au sujet de ce qui ne parnissait un délai inutile. Cette inquiétude s'accrut quand j'appris (|ue l'ennemi avait envoyé une force de cavalerie au delà de la rivière Cumberland, dans le Kentucky. Je craiguiiis (|ue toute l'armée de Hood ne traversât à son tour et ne vint nous donner de grandes contrariétés dans cette région. Après avoir insisté auprès du général Thomas sur, la nécessité de prendre immédiatement l'offensive, je me rendis
HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS
dans l'Ouest pour surveiller en personne les opérations. Mais en arrivant à Washington, je reçus une dépêche du général Thomas annonçant qu'il avait attaqué l'ennemi et donnant les résultats de la bataille tels qu'ils étaient au moment de l'envoi de la dépêche. Cette nouvelle me réjouit, et dissipa toutes mes appréhensions.
Dans la nuit du 14 décembre, Thomas se décida à livrer bataille. Son plan était de faire une feinte sur le flanc droit de Hood pendant qu'il masserait le gros de ses troupes sur la gauche confédérée, appuyée sur la rivière Gumberland et où les canonnières fédérales pouvaient coopérer au mouvement. La violence de l'action ne tomba qu'à la nuit, quand l'ennemi attaqua les avant-postes de la gauche confédérée. Mais Hood disposa promptement son aile droite en conséquence, et le reste de la journée fut employé par l'ennemi à balayer les retranchements confédérés avec de l'artillerie, pendant que l'infauteiie cherdiait en vain une position favorable.
Protégé par l'obscurité, Hood parvint à réorganiser sa ligne, et le lendemain matin il se trouvait en position le long des collines Overton, à environ deux milles a l'arrière de sa première ligne. Cette nouvelle ligne était forte ; elle s'étendait sur la longueur des crêtes boisées des collines ; les clés de cette position étaient les chemins de Granu}^ White et de Franklin, conduisant à Franklin, Columbia, Pidaski et au versant inférieur de la rivière Tennessee. La supérioiité munérique de Thomas lui permit de jeter de fortes colonnes sur la gauche et le centre de Hood, mais toutes ces attaques furent successivement repoussées. Il était quatre heures de l'après-midi, et la journée se décidait en faveur des Confédérés, quand un incident extraordinaire vint clianger la face de la situation. Déjà, a-t-on dit depuis, Hood se préparait à annoncer une victoire complète quand la brigade de la Floride de Finney, de la division Bâtes, placée à la gauche du centre de la ligne confédérée, s'enfuit devant vne siwj)Ie ligne de (iraUlenrs ennemis ! Au même instant, la panique gagna toute la division Bâtes et la ligne de bataille fut brisée ; puis, voyant une l)rèche faite dans la ligne, la totalité des deux corps d'armée prit l'alarme à son tour et s'enfuit dans le plus grand désordre, sans opposer la moindre résistance au choc de l'ennemi. Ce fut une panique honteuse ; les fusils furent
abandonnés dans les retranchements improvisés des Confédérés, et tout ce qui était de nature à embarrasser la fuite fut jeté au loin par les troupes quand elles traversèrent les chemins de Granny White et de Franklin. Une telle retraite, si inattendue et si précipitée, — un tel abandon d'une victoire presque gagnée, ne peuvent avoir eu pour causes qu'une complète démoralisation de l'armée, la fatigue d'une campagne longue et ardue, et l'inutilité des efforts immenses faits jusque-là. En un mot, cette déroute fut la réaction des grandes souffrances de la campagne, produites dans un moment où le succès de la bataille n'était pas encore décidé. On voit qu'il a sufh d'un incident de nulle importance pour développer tout-à-coup cette
réaction au moment le plus critique de la campagne.
Cinquante pièces d'artillerie et presque tout le train de wagons du général Hood restèrent entre les mains de l'ennemi. La perte de Thomas, en blessés et tués, était très faible, et ce ne fut que la lenteur et le manque de vigueur de la poursuite qui permit à l'armée décimée et désorganisée de Hood d'effectuer sa retraite. La cavalerie de Forrest et le général Walthall, avec sept brigades, couvrirent le mouvement rétrograde. Arrivé sur les bords de la rivière Tennessee, Hood se trouva dans une position désespérée ; complètement dépourvu de pontons, il eut été forcé de se rendre si le général Thomas eut continué sa poursuite ; mais ce dernier commit la grande erreur de rester inactif à Nashville, et il donna le temps à l'armée vaincue des Confédérés de construire des ponts sur le Tennessee, et les canonnières fédérales qui voulurent s'opposer au passage furent tenues en échec par des batteries de 32. (LXXII). Hood réussit à traverser la rivière Tennessee ; mais, de toute la brillante armée qui avait franchi le même cours d'eau quelques semaines auparavant, il n'en ramenait qu'une portion vaincue et démoralisée ; sa perte se montait à plus de dix mille hommes, la moitié do ses généraux et presque toute son artillerie. Telle fut la désastreuse conclusion de cette campagne du Tennessee, qui eut pour résultat la désorganisation de l'armée splendide que Johnston avait remise à Hood devant Atlanta, et la fin virtuelle du plan de défense de la partie de la Confédération située à l'ouest des monts Alleghanys. (LXXIII)
(LXXII) L'auteur commit ici uue double erreur : lo. Les canonnières fédérales furent tenues en échec par des pièces de campagne de 12 ; 2o. Oe qui i-estait des forces de Hood traversa le Tennessee au moyen de trains de pontons appartenants à l'armée. [N. du trad.)
(LXXIll) Plusieurs grandes erreurs lurent commises dans cette campagne; elles sont attribuables, incontestablement, à l'inexpérience de Hood
comme commandant en chef. Le général Hood n'aurait jamais dû permettre à l'ennemi de se retirer sur le chemin de Yranklin par un mouvement de
.flauc, lait eu face de son propre front de bataille. Quand il atteignit Franklin, Hood aurait dû concentrer toutes ses forces, tourner la position et placer
sou armée en forme de fer à cheval en travers du chemin de Nashville ; par ce moyen il aura.it capturé toutes les troupes du géner.il Schofield, en
n'éprouvant que des pertes peu importantes et assuré ainsi le succès de la cause sacrée du Sud.
Après avoir échoué dans son attacpie de front, — attaque qui coûta la vie à un si grande nombre d'officiers et de soldats, — -Hood aurait dû ne pas ailer plus loin et proclamer qu'il avait accompli le but de sa campagne, en attirant l'ennemi au nord de la rivière Big Harpeth, et en isolant les garnisons de Chattanooga et Knoxville. Une telle proclamation aurait empêché la démoralisation de ses troupes et trompé l'ennemi pendant plusieurs semaines ; ce délai eut permis à Hood de prendre les arrangements nécessaires pour se retirer le moins désavantageusement possible de la position défavorable qu'il
occupait. Mais il préléra s'avauccr sur Nasliville, où le géuéral Schofield s'était retiré avec ses forces venant de Franklin, et où Thomiia concentrait les troupes venues de l'ouest et du nord pour la défense. Eu arrivant î\ Nasliville, au lieu d'attaquer immédiatement avec toutes ses force-, même au risque d'un échec, Hood préféra diviser ses forces et envoyer une division d'infanterie et la plus grande partie de sa cavalerie, sous Forrcst, puur surveiller ou capturer un petit détachement fédéral stationné à Murfreesboro. Cette distraction d'une partie considérable des forces confédérées hii^isa au général Thomas un temps amplement suffisant pour concoitrer une force très supérieure, avec laquelle il prit l'offensive et battit complètement les Conléderé devant Xashville.
Ainsi furent perdus les résultats d'une campagne qui auraient pu exercer une intlueuce immense sur les opérations de l,ee en A^'irgluie et sur le sort de la Confédération. (iV. Jv îrad.)