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CHAPITRE XXXVI

^ji^i, m Î8C4 BANS LAA'ALLEE DE LA VIRGINIE -BATAILLES I)E WINCHES- TEE, DE FISHEirS ÎIILL ET HE CEDAR CEEEK.

AOIJX-OCTOKKE ISfî t--

La série non interrompue Je.s dtsastres de Hood avait son pendant dans une autre partie de la guerre, — sur un théâtre plus petit, il est vrai, mais tout aussi important et déjà illustré par les faits d'armes les plus héroïcpies de la guerre de la Confédération. Ce second mémorial de malheurs était la campagne du général Early dans la vallée de la Virginie. Dans toute cette campagne, jamais le général confédéré qui la dirigeait ne remporta une victoire ; il perdit toute son artillerie et annihila pratiquement sa propre armée. Mais, C|uoique semblable au grand mouvement de Hood par les résultats, la campagne de la Vallée doit être appréciée à un tout autre point de vue ; et bien qu'il y eut, en plusieurs occasions, des fautes manifestes commises, il est beaucoup de circonstances qui excusent la fatale conclusion de cette campagne, que le gén('ral en ayant la cliai'ge considérait lui-même comme une aventure désespérée.

Nous avons déjà fait remarquer que le but capital des opérations d'Early était semblable à celui que se proposait KStonewall Jackson dans la même vallée en 'JS62, — attirer une portion des forces fédérales dans cette région, et amoindrir ainsi la force de l'ennemi dans la contrée basse de la Virginie. D'un autre côté, il était également important de garder, autant qu'il était possible, les contrées productives du bassin de la Shenandoah et du cheniin de fer de Gord.onsville, mais les opérations de cette campagne devaient être surtout un auxiliaii:e stratégique du plan de défense de' Sichmoîid et de Petersbure.

En conséquence de l'attitude menaçante de Lee, qui, depuis qu'il avait traversé le Potomac, s'était vu assez fort pour envoyer en Pennsylvanie un détachement qui brûla la ville de Chambersburg le 30 juillet, — le général Grant n'avait pu rappeler à lui les Sixième et Dix-neuvièm>corps ; il avait vu, au contraire la nécessité d'augmenter les éléments de défense des frontières de la Pennsylvanie et du Maryland. Les districts miHtaires connus sous les noms de départements du Centre, de la Virginie occidentale, de Washington et de la Susquehanna, furent consolidés en une seule grande division territoriale et placés sonsle commandement du général Sheridan. Ce nouveau commandant était un homme d'une nature active et pratique, d'un tempérament excessivement belliqueux, et d'un esprit tout matériel ; — antagoniste sérieux, quoique n'ayant jamais donné de i:)reuves distinctes de génie militaire, ne s'était fait remarquer que par la rigide exécution des tâclies à lui assignées par ses. supérieurs. Le général Sheridan avait sous ses ordres une force assez considérable pour mettre en sa faveur toutes les chances tXe succès. En addition à sa colonne d'opérations actives, consistant en deux corps d'armée, — Sixième et Dix-neuvième, — l'infanterie et la cavalerie de la Virginie occidentale, sous Crook et Averill, on lui donna deux divisions de l'armée du Potomac, connnandées par Torbert et Wilson. Sa force totale d'infanterie s'élevait ainsi à trente-cinq mille mousquets; et sa grande supériorité en cavalerie lui était très avantageuse dans un pays ouvert et admirablement disposé aux opérations de cette armée.

Le "-éuéral Lee était depuis longtem}>s persiiadé qu'il général Lee désirait ardemment, à cette époque, que cette était trop faible pour attaquer les travaux ennemis devant | éventualité se présentât.

Petersbur'^-. Par des éclaireurs dignes de foi, et au moyen | A peine les troupes de Andersen et de Fitzliuo^h Lee de diverses reconnaissances à l'arrière du flanc de l'ennemi, eurent-elles atteint Culpepper Court House, qu'une dépê il s'était assuré qu'il était impossible de les tourner. Sa

seule ressource était donc la stratégie et l'organisation d une nouvelle campagne dans la Vallée pour développer, s'il était possible, une crise quelconque dans la situation à Petersburg et à Riclimond.

Le 4 août 1864, un ordi'e fut émis du quartier général de l'armée de Lee, établissant la disposition des colonies d'opérations. La division Kershaw, du corps de Longstreet, et la division de cavalerie de Fitzhugli Lee devaient se porter sur Culpepper Court House. Le lieutenant général Andersen commandait alors le corps d'armée Mu général Longstreet ; ce dernier officier n'était pas encore rétabli de la blessure reçue aux batailles de Wilderness, Andersen fut assigné au commandement de l'expédition. Les forces qui devaient en faire partie étaient retirées de la ligne opposée à Grant sur la rive méridionale du James ; la division Fitzliugli Lee formait alors la droite des Confédérés dans le voisinage de la station Pteam, sui' le chemin de fer de Weldon. • . .

L'intention du général Lee, telle qu'elle fut expliquée à ses officiers, était d'envoyer'les troupes de Kersliaw et de Fitzliugli Lee sur la frontière de Maryland, où même dans l'intérieur de cet Etat, pour coopérer avec le mouvement d'Early. Lee voulait inquiéter les forces fédérales de Washington et des environs autant que possible, et leur faire croire à la présence d'une forte armée confédérée dans cette région. Aussitôt arrivé à Culpepper Court House, Fitzhugh Lee devait se diriger sur Alexandrie et faire une démonstration dans le voisinage de cette ville ; une fois des informations sûres obtenues au sujet de la force et des dispositions de l'ennemi, Andersen et lui avaierit pour instructions de traverser le Potomac vers Leesburg, pendant que Early passerait le même fleuve à un point supérieur ; les forces réunies devaient alors converger sur Washington ou faire un mouvement qui put être traduit comme tel par l'ennemi. Le général Andersen fut envoyé avec cette expédition, bien qu'il n'y eût qu'une seule division de son corps d'armée qui en fit partie, mais comme l'ennemi savait que cet officier général commandait le corps de Longstreet, sa présence pouvait lui faire croire que le corps entier, au lieu d'une sim[)le division, l'accompagnait. Il était possible, dans ce cas, que Grant envoyât une force équivalente pour contrecarrer le mouvement, mais alors, le reste du corps de Longstreet aurait été expédié promptement à Andersen, et la démonstration aurait eut lieu sur une 2)lus grande échelle. En un mot, le général Lee expliqua qu'il allait essayer, par cette manœuvre, d'attirer Grant hors du voisinage de Kichmond. Une autre alternative se présentait : c'est que Grant, supposant le général Lee considérablement affaibli par la distraction de tout im corps d'armée, ne se déterminât à attaquer ; or, le

che fut reçue du général Early annonçant la concentration d'une force considérable sur son front de bataille, et rapportant que ses troupes ])lacées dans la partie inférieure de la Vallée avaient été forcées de se replier sur la forte position de Fisher's Hill : Early demandait des renforts. Anderson et Lee se j^ortèrent immédiatement à son secours, en marchant sur Front Royal par le défilé Chester, dans les montaçrnes Bleues. Anderson et Fitzhugh Lee arrivèrent à Front Royal le 10 août, et s'assurèrent que Early était à Strasbourg, à quelque dix milles de distance. Le chemin qui reliait ces' deux places en courant le long de la base de la montagne Massanutton, ou Fort Mountain, était en possession de l'ennemi, qui avait aussi concentré des forces importantes sur le front de Early.

Suivant les ordres du général Anderson, Fitzhugh Lee partit le 16, au lever du jour, pour s'aboucher avec le général Early et combiner avec lui une attaque simultanée sur l'ennemi. Le chemin direct étant en possession des Fédéraux, Lee fut obligé de traverser les montagnes Massanutton, hauteurs excessivement rudes et escarpées s'étendant en trois rangées courant à très peu de distance l'une dé l'autre. Le général Lee n'était accompagné que d'un seul officier d'état-major ; l'ascension de ces collines était parfois si rapide que les deux voyageurs étaient obligés d'avancer à dos de mulets. Us arrivèrent enfin au quartier-général de Early pendant l'après midi; Lee arrangea les détails de ractioii avec Early, repartit pendant la nuit et arriva au quartier-général de Anderson le 17, au lever du jour. Mais l'ennemi avait déjà commencé sa retraite et l'occasion de frapper un coup décisif fut perdue. L'ennemi avait reconnu la position dn général Anderson à Front Royal, dans la matinée du 16, et s'était emparé, à l'aide d'une force de cavalerie, de G-uard Hill, hauteurs dominant toute la rive septentrionale de la fourche nord de la Shenandoah, en face de Front Royal. Craignant que la force qui occupait cette position ne s'accrût incessamment par l'arrivée d'autres troupes fédérales et qu'elle n'y érigeât des travaux, Anderson résolut d'attaquer dans l'après midi du 16 avec la brigade Wickham, delà division Lee, appuyée par la brigade d'infanterie de Woftord ; après un combat assez animé, les Confédérés réussirent à s'emparer de la colline. Le 17, aux premières heures du matin, Anderson et Lee se portèrent en avant, poursuivant la retraite de l'ennemi. A Winchester, elles rallièrent la colonne du général Early, chassèrent les Fédéraux à travers la ville en capturant un canon et quelques prisonniers. La poursuite continua pendant la journée du lendemain, et l'ennemi fut chassé jusque dans la forteresse de Harper's Feny.

La force confédérée se composait maintenant des divisions d'infanterie de Rodes, de Riimson. de Gordon et da

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFEDERES

Wai-ton et de la division de cavalerie de la Vallée commandée par Lomax, placées sous les ordres des généraux Early et Breckinridge, et de la division d'infanterie de Kershaw, jointe à la division de cavalerie de Fitzliugh Lee sous le général Anderson. Or, Anderson et Early avaient tous deux été faits lieutenants-généraux le même jour; mais le premier avait droit à la prééminence, comme ayant été fait major-général avant Early. Cependant, Anderson se trouvant dans le département militaire assigné à Early, ne pouvait assumer le commandement, et Early étant subordonné à Anderson par la raison d'ancienneté, il en résultait un état dec hoses anormales; produisaient beaucoup de confusion et un manque complet de coopération.

Au lieu d'une campagne vigoureuse qui, par son caractère oifensif et menaçant, eut obligé Grant à envoyer un grand nombre de troupes pour la neutraliser, rien ne fut fait. Près d'un mois se passa en marches et contre ma]-ches dans le voisinage de Charlestown, sans produire aucun résultat sérieux. Le général Lee, voyant enfin qu'aucun résultat n'était obtenu, ordonna à Anderson, si toutefois celui-ci n'avait aucun objet important en vue, de revenir avec la division de Kershaw sur Culpepper Court House, où il serait en position de se replier sur le gros de l'armée, si Lee se décidait à tenter un mouvement sur l'ennemi de'vant Petersburg, — mouvement alors projeté.

En conséquence, le 1-5 septembre, Anderson se mit en route pour Culpepper avec la division Kershaw. Early se trouvait alo^s dans le voisinage de Winchester, s' étant replié à l'arrière pour s'assurer des approvisionnements, après que l'ennemi eut été chassé de l'autre côté de la rivière, ►^heridaii était entre Charlestown et Berryville ; son avant-garde couvrant cette dernière place. Les piquets de cavalerie des deux armées étaient à petite distance.

BATAILLE DE WINCHESTEE.

Le mois d'août et le commencement de septembre se passèrent en opérations d'un caractère indécis et incertain. Malgré sa grande supériorité numérique, l'ennemi paraissait ne pas vouloir se décider à risquer un engagement général qui eut eu pour résultat d'ouvrir aux Confédérés les Etats du Maryland et de la Pennsylvanie, avant qu'une autre armée fédérale eut pu s'interposer pour arrêter leurs opérations. Mais l'excès de ces précautions ne fut que momentané ; le tempérament agressif de Slieridan prévalut sur la prudente timidité de Grant, et ce dernier céda et écrivit plus tard, dans ce st}le ambitieux qui paraît être le propre de la littérature militaire: "Le général Sheridan exprima une telle confiance dans le succès, que je ne vis qu'un seul mot d'instruction à lui donner ; le mot: Allez /"

Sheridan avait des raisons toutes puissantes pour manifester une telle confiance dans le succès. La force effective <\\\ gcnera! Early, réduite par Penvoi de la division Ker-

shaw aux lignes de Petersburg, était réduite à environ huit mille cinq cents hommes d'infanterie, trois bataillons d'artillerie et moins de trois mille hommes de cavalerie. Ceuxci étaient, pour la plupart, armés de carabines Enfield, mais dépouivus de pistolets et de sabres, et ils ne pouvaient être comparés à la brillante cavalerie de l'ennemi, si bien fournie d'armes et d'équipements.

Le lendemain du départ de Kershaw, Early disposa ainsi son armée : la division d'infanterie de Ramseur (très aflaiblie et comptant tout au plus cpiinze cents hommes) et la division de cavalerie de Lee, sous Wickham, (le général Fitzliugh Lee avait été placé au commandement général de la cavalerie) furent postées à AVinchester. La petite division d'infanterie de Wharton et la cavalerie de Lomax, étaient aux environs du dépôt Stephenson, sur le chemin de fer, à cinq milles de Winchester. Les divisions Rodes et Gordon, sous le commandement immédiat du général Early, marchèrent sur Martiusbui'g pour briser le chemin de fer de Baltimore à l'Ohio, que les Fédéraux avaient réparé depuis la dernière excursion des Confédérés. Martinsburg est à envii'on vingt-deux milles de Winchester. En considérant la situation des deux armées, on veul'a que le général Sheridan occupait une position sur le flanc de Early; plus près du chemin de la Vallée, — ligne de communication du général Early, — par White Post, que la plus grande partie des Confédérés, et qu'il avait, en outre, l'avantage de menacer l'arrière de la droite de Early, à Winchester. Sheridan vit l'opportunité d'une attaque ; Kershaw et sa forte division étaient partis, et les restes des forces confédérées éparpillées sur une étendue de vingtdeux milles. Il se décida à prendre l'offensive et s'avança dans l'intention d'attaquer et d'occuper Winchester avant que Early put revenir sur ses pas. Dans l'après-midi et la nuit du 18, il commença son mouvement à Berryville, à onze milles de Winchester.

Le matin du IS, le général Early, quoique dans l'ignorance au sujet des projets de l'ennemi, quitta Martinsburg et campa, pendant la nuit, avec les divisions Gordon et Rodes, dans le voisinage de Bunker's Hill, à environ douze milles de Winchester.

Le 19, au lever du jour, les piquets confédérés furent repoussés et l'artillerie de l'ennemi ouvrit le feu sur ia petite division de Ramseur, postée au-delà de Winchester. La division de cavalerie de Lee se plaça bientôt en position à la gauche de Ramseur, et la bataille commença. Jamais soldats ne se battirent mieux ; Lee soutint les assauts furieux et répétés d'un ennemi dont la supériorité numérique était excessive, et maintint le combat jusqu'à onze heures du matin, quand l'avant-garde de Rodes arriva sur le champ de bataille. Les troupes de Rodes furent aussitôt lancées contre l'ennemi, mais leur commandant fut taé quelques moments api'ès. Gordon arriva ensuite et se plaça à notre extrême ûjauche. Wiiarton, à ki î^t..^ ai l'iuicidnas

division de Breckinridge, arriva le dernier, quoique posté plus près de Winchester que Eodes et Gordon, mais il avait tenu en échec, au dépôt Stephenson, deux divisions de la cavalerie ennemie sous Torbert, qui avaient été envoyées aux environs de cette place pour retarder la nuirche des troupes se concentrant sur Winchester.

opposition à celles de Orook ; mais la disprt)portion du nombre atténuait grandement l'etiicacité de cette opposition, et le flanc gauche des Confédérés restait menacé.

Le mouvement qui plaça Breckinridge en ligne de bataille sur le front de Crook rendit libres deleurs mouvements les deux divisions de cavalerie de Merritt et d'Averill, sous

Une portion de la cavalerie de Lomax arriva avec Bre- le commandement de Torbert. Leur ligne était formée à la

ckinridge ; l'autre partie était venue depuis quelque temps d(^à ; ces troupes, jointes à la plus grande partie de la division de cavalerie de Lee, furent envoyées à l'extrême droite et placées en face de la cavalerie de AVilson, pour empêcher celle-ci de s'étendre aux alentours et de prendre possession du chemin à l'arrière de Winchester.

Avant l'arrivée de Breckinridge, Gordon avait repoussé l'ennemi par une brillante charge en ordre de bataille, mais s'étant lui-même avancé trop loin, les Fédéraux l'avaient repoussé à leur tour. Une batterie de six canons, soutenue par une brigade de cavalerie, avait été postée à l'extrême srauche de Gordon ; cachée derrière la crête d'une colline, elle ne put être aperçue de l'ennemi, qui s'avança impunément dans cette diiejtion, sa droite etfleurant prts^ue la

droite de Crook, en demi cercle, et enveloppant complètement la gauche et l'arrière des Confédérés. Tous les hommes de la ligne confédérée furent étroitement engagés. Quelques centaines de cavaliers, et un faible régiment d'infanterie, sous le colonel Patton, retirés de la partie de notre lio-ne opposée à Crook, anêtèrent momentanément le mouvement menaçant de la cavalerie ennemie, mais bientôt, ils durent céder. Le terrain était découvert ; chaque mouvement de l'ennemi pouvait être parfaitement vu })ar les Confédérés, mais il ne restait })as de troupes disponibles pour s'opposer à l'action de la cavalerie, — action qui allait décider du succès de la journée. La gauche des Confédérés fut complètement tournée; l'ennemi se porta à l'arrière du reste de leurs lignes, et notre infanterie, (jui pendant si longtemps

position masquée. A peine la ligne eut-elle dépassé la bat- vivait tenu en échec un ennemi quatre fois plus nombreux, terie, que son intrépide commandant, le major Breathed, i fut prise entre l'infanterie fédérale, de face, et sa cavalerie, (--) fit placer ses pièces sur la cîrae de la colline, et ouviit là druite ; sous leur assaut combiné, elle céda, la ligne se lin feu d'une extrême violence sur les rangs des Fédéraux, | rompit en confusion et se retira du champ de bataille, sur surpris d'une telle agression. Ce fut plus qu'un feu d'enfi- j Winchester, l'ennemi à sa poursuite, lade. La ligne de bataille de l'ennemi fut bientôt rompue ; i Dans cette bataille, le général Early perdit deux mille

Gordon saisit l'occasion, se retourna et chargea à son tour l'ennemi ; la retraite dégénéra en déroute. Toutes les chances de la journée étaient jusque là en faveiu- des Confédérés.

Mais en ce moment, la réserve de l'infanterie ennemie, formée de la plus grande partie du Huitième Corps (de Crook) fit son apparition à l'extrême droite. La marche jusque là victorieuse de Gordon fut interrompue et sa division se trouva en danger d'être prise en flanc. Les troupes de Breckinridge, arrivant en ce moment, furent placées en

cinq cents prisonniers et cinq pièces d'artillerie ; mais elle fut signalée par des traits d'un courage extraordinaire chez les hommes qui surent tenir leur terrain si efticacemeut contre les forces écrasantes de l'ennemi. Il est à peu près certain qu'avant le moment où Sheridan lança sa cavalerie contre la gauche des Confédérés, ceux-ci étaient victoiieux. Ce ne fut que lorsque la cavalerie s'avança jiar le chemin de Martinsburg, atteignit l'arrière des Confédérés et les chaigea par le flanc et par l'arrière, que notre ligne fut mise en déroute. Il est vrai que dès l'arrivée de cette

(*) Le général Fitzliugli Lee parle en ces termes de cet officier, si connu duiis les armées de la Virginie poar son courage, et regarJé par ce même "■énéral comme " l'homme le plus témérairement brave qu'ii eût jamais vu." L'incident que nous relatons se rapporte aux premières batailles de Lee sur le Rapidan :

'• IjC major Breathed, commandant mon artillerie montée, plaça, suivant mon ordre, une pièce d'artillerie sur un petit monticule vers lequel nous nous retirions, en disputant l'avance de l'ennemi sur Spottsyivania Court liouse. Nous savions que l'inLuteric ennemie marchait en colonne à travers un bois, et le but que je me proposais était de faire feu sur l'avant-garde de cette colonne, quand elle déboucherait dans la plaine, pour faire croire à l'ennemi qu'il allait rencontrer une vive opposition à sa marche et l'obliger à se développer en ligne de bataille, tirailleurs en front, etc. Le délai qu'un tel mouvement devait occasionner pouvait être utile à notre inlanterie. qui arrivait en ce moment par un chemin parallèle au Court House. Sous la surveillance personnelle du major Breathed, l'artillerie prit sa position et ouvrit le feu à l'instant exact où la tète de colonne débouchait. Un succès complet couronna cette démonstration ; l'avant-garde de l'ennemi fut dispersée et ce ne fut qu'avtc une certaine difficulté qu'une ligne de bataille, avec les tirailleurs en avant, fut formée, pour continuer le mouvement. J'étais à cheval près de Breathed et je lui ordonnai de retirer son unique pièce, mais le succès l'avait excité au point qu'il me demanda de lui permettre d'envoyer quelques boulets de plus à l'ennemi. Il continua de tirer jusqu'au moment où l'ennemi arriva à une si petite distance (ja'il i)ut entendre distinctement la sommation de : " Rendez ce canon, s. .. . rebelle," faite par l'ennemi. Le cheval de Breathed venait d'être tué. Les canonniers sautèrent sur les leurs, ne doutant pas que le c&non ne tombât enti'c les mains des Fédéraux, et battirent rapidement en retraite au iDas de la colline : Breathed resta seul. Il rattela la pièce, et sauta sur un cheval du train qui fut presque aus-sitôt tué sous lui. Prempt comme l'éclair, il tirason couteau, coupa les traits et s'enfuit rapidement, quand une balle vint encore abattre sa troisième monture au moment où il gagnait le chemin. Un autre des chevaux de la pièce fut dételé et Breathed recommença son essai, lilntre la position de la pièce et les bois s'éten'dait un terrain libre, et entièrement à la vue de rennenv'. Brcath'^d le traversa sans encombre et il s'échappa presque m.iracnleaFemer;t a travers une grêle de balles.

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

cavalerie, on pouvait prévoir le résultat final. La ligue "d'Early se brisa en confusion ; son artillerie résista, mais inutilement, jusqu'à ce que l'ennemi l'eut [uise à bout portant; et à la nuit, les forces confédérées étaient en pleine retraite vers la haute vallée.

BATAILLE DE EISHEll'S HILL.

Le général Early se retira à Fisher's Hill, près de Stras- Inirg, position protégée du coté de l'ouest par les montagnes Nortli et surveillant la branche septentrionale de la rivière Shenandoah. Ces avantages rendaient Fisher's Hill une des positions les plus fortes et les plus propres à la défense de la Vallée de la Virginie. Mais un officier confédéré, auteur d'une juste appréciation de cette campagne, fit à ce sujet les remarques suivantes : " Quand le général Early prit position sur la grande chaîne de colhnes au dessus de Strasburg, et attendit qu'on l'attaquât, il commit une erreur que le général lui même reconnaîtrait probablement aujourchui. Le terrain n'est pas proj^rc à une action défensive, et les forces qui l'occupaient ne pouvaient soutenir une attaque qu'à la condition d'être assez nombreuses. Le général Jackson était de cette oi^inion, dit-on, et il est certain qu'il ne s'arrêta jamais dans cette position. Le général Early le fit, et fut enveloppé par la gauche. "

Le 22 octobre, Sheridan disposa les forces pour une attaque directe sur la position du général Early, pendant que la cavalerie de Torbert suivait la vallée de Luray pour atteindre Newmarket, à vingt milles à l'arrière d'Early, et lui couper la retraite. Au moment où les Fédéraux faisaient une fausse attaque de front, un corps d'infanterie entourait la gauche d'Early, postée sur la montagne North, la prenait de flanc et par derrière et la chassait de ses retranchements. Toute la ligne confédérée fut aisément rompue, et Early se vit bientôt forcé de reculer dans le plus grand désordre, en perdant onze canons. Heureusement il put assurer la sécurité de sa ligne de retraite, en opposant une faible division de cavalerie, sous le général Wickham, à l'avance des troupes fédérales de Torbert, à Milford.

Le général Early retraita jusqu'aux passes inférieures des montagnes Bleues. Il avait perdu la moitié de son armée et l'on supposait que ces désastres décideraient son remplacement. Sheridan le poursuivit jusqu'à Staunton et aux défilés des montagnes Bleues, mais avant de retourner à Strasburg et de prendre position sur la rive septentrionale du Gedar Creek, ce commandant fédéral conçut et exécuta un acte de barbarie qui lui assignera une place parmi les généraux du Nord qui se sont acquis une si triste réputation de cruauté : il se détermina à dévaster la partie supérieure du bassin de la Shenandoah avant de l'évacuer. Cette mesure impitoyable ne fut pas seulement appliquée aux récoltes, aux provisions et aux fourrages, mais elle s'étendit aux premières nécessités de la vie matérielle; on brûla les moulins, on détruisit les instruments aratoires, pour que cette lâche vengeance fut

ressentie par le pays pendant un grand nombre d'années. Dans une lettre écrite de Strasburg. le général Sheridan rapporte ainsi conplaisemmant ces détails, comme si, au lieu d'être un impérissable témoignage d'infamie, ils étaient le mémorial d'un haut fait d'armes : " En nous repliant sur ce point, nous avons rendu toute la contrée, depuis les montagnes Bleues jusqu'à la montagne North, complètement intenable pour les rebelles. J'ai détruit plus de deux mille greniers ou hangars remplis de blé, de foin et d'instruments aratoires ; plus de soixante dix moulins remplis de farine et grain ; j'ai ramené devant l'armée plus d<3 quatre mille têtes de bétail et tué ou distribué aux troupes non moins de trois mille moutons. Cette destruction embrasse les vallées de Luray et de Little Fort, aussi bien que la vallée principale. " On a vainement tenté de justifier cette atrocité et d'autres de même genre commises par l'ennemi, en jjrétendant que si la propriété particulière des habitants de la Confédération n'avait pas été détruite, elle aurait été convertie par le gouvernement de Richmond en propriété publique et employée à sa perpétration. Une fois pour toutes, on peut affirmer qu'un tel prétexte exclut tout sentiment d'humanité dans la guerre et ne peut que conduire fatalement aux dernières extrémités de la guerre à l'état sauvage. Les journaux du Nord exprimèrent un jour une indignation profonde en rapportant qu'un officier fédéral avait mis à mort quelques enfants apjmrtenant à une tribu d'indiens hostiles en prétendant que, si on ne les tuait pas, ils grandiraient et deviendraient plus tard des hommes et peut être des chefs prêts à combattre l'autorité des Etats Unis. Mais la logique d'un tel raisonnement n'est pas plus discutable que les sophismes émis pour justifier les attaques à la propriété individuelle et les actes de destruction et d'horreur commis par des hommes comme Sherman et Sheridan. Il est certaines choses, même en temps de guerre, que leur nature même rend inviolable, quelles que puissent être les conséquences de cette inviolabilité. La guerre moderne n'est pas basée sur la logique ; elle n'est pas seulement une question de ruine absolue du vaincu; elle n'est par " la cruauté " en substance, comme le disait Sherman aux maire d'Atlanta ; elle reconnaît certaines conditions d'humanité et réprouve certaines rigueurs qu'aucun raisonnement égoïste ne peut atténuer. Un écrivain d'une autorité reconnue a écrit à propos des lois des nations : " Quand les armées françaises désolèrent le Palatinat par feu et l'épée, en 1674 et en 1689, il y eut en Europe un cri d'indignation générale contre cette manière de faire la guerre, et quand le ministre français Louvois prétendit que le but de ces rigueurs était de protéger les frontières contre une invasion ennemie, l'opinion universelle soutint que les avantages que la France avait retirés de cet acte n'étaient j)as proportionnés aux souffrances infligées, et que l'acte en lui même était injustifiable.

BATAILLE DE CEDAIi CREEK.

Ayant reçu quelques renforts, le général Early retourna

dans lu Vallée en octobre. Ces renforts se composaient de la division d'infanterie de Kershaw, comptant deux mille sept cents hommes, d'un faible bataillon d'artillerie et d'environ cinq cents hommes de cavalerie; le total balançait à peu près les pertes éprouvées par Earl}'^ à Winchester et à Fisher's Hill. Le 9 octobre, la cavalerie du général Rosser, qui menaçait l'arrière de Sheridan, fut attaquée sur le chemin de Strasburg, tandis qu'une division de cavalerie fédérale gagnait un chemin détourné et prenait à son tour Rosser en flanc; dans ce combat l'ennemi prit onze pièces d'artillerie et plusieurs centaines de prisonniers. Le ]S octobre, Early se trouvait de nouveau à Cedar Creek, entre Strasburg et Winchester, avec moins de dix mille hommes, et environ quarante pièces d'artillerie. Cette force était trop disproportionnée pour une bataille en rase campagne, aussi Early se détermina-t-il à employer la ruse. L'ennemi était posté sur une ligne de collines basses, le Huitième Corps à gauche, le Dix-Neuvième au centre et le Sixième à la droite, et aussi quelque peu à l'arrière et en réserve. L'intention d'Early était de faire une feinte avec de l'artillerie légèj-e et de la cavalerie contre la droite de l'ennemi, tandis que le gros de ses forces se porterait sur la gauche, formée par le Sixième Corps.

Le mouvement commença un peu après minuit. Pendant que des démonstrations étaient faites sur la droite fédérale, où une vive fusillade annonçait que le combat s'engagait entre les lignes de tirailleurs, 'les colonnes confédérées, dont la mission était d'attaquer de flanc, s'avançaient péniblement à travers une contrée sauvage et traversaient la fourche septentrionale de la Shenandoah, à un gué situé à environ un mille à l'est de l'embouchure de Cedar Creek dans cette rivière. Cette marche de sept milles fut faite dans le silence le plus [)rofond. En grand nombre d'endroits, la colonne devait déliler homme par homme et souvent chacun des soldats devait s'accrocher aux buissons pour ne pas rouler sur les flancs escarpés de la montagne. Au lever du jour, la colonne était arrivée au gué; la division Gordon en tête, puis celle de Ramseur, et enfin la division Pegram, en l'éserve. Une brume épaisse favorisait leur marche. Les piquets ennemis n'avaient pas encore pris l'alarme; plusieurs éclaireurs, il est vrai, disaient avoir entendu un bruit sourd et voilé dans les buissons, mais on ne fit aucune, attention à ce que l'on crut d'abord une illusion, et l'ennemi négligea de faire une reconnaissance. Early réussit ainsi à amener sa colonne, sans être aperçu, à l'arrière et à la gauche de la force fédérale, et il ne restait désormais qu'à tomber à l'improviste sur l'ennemi et à engager rapidement la bataille.

La surprise fut complète. Le Huitième Corps ne put former sa ligne de bataille, et au bout de cinq n^inutes, il n'était plus qu'un troupeau de fugitifs; un grand nombre d'hommes ne virent d'autre alternative que de se constituer prisonniers. Le Dix-Neuvième Corps, à son tour, fut bientôt

mis en déroute. Les braves soldats d'Early poussèrent vivenu'ut en avant, chassant devant eux tout le centre et la gauche des Fédéraux, tuant grand nombre d'ennemis dans leurs propres camps, et capturant dix-huit pièces d'artillerie, quinze cents prisonniers, une très grande quantité de petites armes, des wagons, tentes, etc., etc.

La letraite de l'ennemi devint générale, le Sixième Corps essayant, autant qu'il lui était possible, de la protéger. A Middletown, l'ennemi s'arrêta et fit une tentative pour reformer sa ligne de bataille; mais les Confédérés le menacèrent d'un mouvement de flanc, prirent possession de la ville, forcèrent encore mie fois l'ennemi à retraiter, — finalement, croyaient-ils, — vers Winchester.

La vigueur de la poursuite fut perdue ici. L'ardeur des Confédérés victorieux s'éteignit tout à coup et les soldats commencèrent à s'abandonner au pillage, sans prendre garde à la faible distance qui les séparait de l'ennemi, et se contentant de tirailler à l'avant-garde et de continuer un faible engagement d'artillerie. Mais l'ennemi n'avait en aucune façon l'idée de continuer sa retraite sur Winchester. Au premier endroit propice entre Middletown et Newtown, les troupes fédérales se rallièrent, une ligne compacte fut formée et bientôt l'ennemi fut prêt à résister à toute poursuite des Confédérés et à prendre à son tour l'offensive.

Les journaux du Nord, avec leur engouement habituel pour les scènes mélodramatiques, ont tous rapporté une singulière histoire de l'apparition soudaine de Sheridan en cette circonstance critique: Sheridan, montant un cheval noir couvert d'écume, arrivant à toutes brides de Winchester, où il avait passé la nuit précédente, rassurant son armée en déroute et rétablissant la bataille. Mais il est avéré que Sheridan n'arriva sur le champ de bataille que lorsque son armée fut réorganisée, la nouvelle ligne formée et toutes les dispositions faites pour prendre l'ofl^ensive, — dispositions qu'il n'altéra en aucun point. La contre-charge ne fut faite qu'à trois heures de l'après-midi. Les Confédérés n'étaient pas préparés à y résister; ils étaient démoralisés par le pillage; quand l'ordre fut donné de marcher, ils exécutèrent le mouvement sans enthousiasme, et quand le général Early se décida à tenter une marche en avant, il fut forcé de manœuvrer avec de grandes précautions tàtant le chemin avec l'artillerie.

Au premier- contact avec l'ennemi, la ligne occupée par la division Gordon fut rompue ; les divisions Kershaw et Ramseur cédèrent également et battirent en retraite et bientôt le champ de bataille fut couvert de fuyards. L'artillerie se replia en tirant lentement, soutenue seulement par l'ancienne brigade de Pegram et jjar celle de Evan. Au travers du Cedar Creek, la cavalerie ennemie chargea à l'arrière du train de Confédérés sans provoquer la moindre riposte de ceux-ci ; le pont jeté sur une partie étroite du chemin entre h; ruisseau et Fisher Hill ayant été brisé, lee

HISTOIRE DE LA GUERRE DES CONFÉDÉRÉS

canons et les wagons furent abandonnés. Une grande quantité de matériel d'ordonnnnee et de médicaments furent capturés ainsi que vingt-trois pièces d'artillerie, outre celles que le général Early avait déjà jierdues dans la matinée. Environ quinze cents hommes furent faits prisonniers par l'ennemi, ce qui compensait amplement sa perte de la matinée. La victoire s'était complètement déclarée en faveur des Fédéraux et quand la nuit vint, l'infanterie fédérale occupait ses anciens campements et sa cavalerie poursuivait les débris de l'armée du général Early.

A proj^os du désastre du Cedar Oreek, le général Early fit à ses troupes une proclamation par laquelle il attribua à leur mauvaise condnite la perte de la journée, et il chercha à détourner de lui la censure que ces événements allaient soulever. Il écrivit : "J'avais espéré vous féliciter de la splendide victoire remportée par vous dans la matinée du 19, à Belle G-rove, sur le Cedar Creek, où vous avez surpris et mis en déroute deux corps de l'armée de Sheridan et repoussé le troisième à plusieurs milles, et où vous avez capturé dix-huit pièces d'artillerie, quinze cents prisonniers, plusieurs drapeaux, une grande quantité de petites armes et bon nombre de wagons et d'ambulanct^s ainsi que les camps des deux coi'ps d'armée l'cponssi'^s, — mais j'ai la mortification de vous annoncei- que, ])ar la mauvaise conduite que vous avez montrée ensuite, vous avez perdu tons les fruits de votre victoire et l'avez convertie en un sérieux désastre. Si vous étiez restés à votre poste, fidèles à votre devoir et à votre drapeau, cette victoire eut été une des plus brillantes et des plus décisives de la guerre, vous eussiez glorieusement vengé les revers de Winchester et de Fisher's Hill, et vous vous seriez rendus dignes de l'admiration et de la gratitude de votre pays. Mais un un grand nombre d'entre vous, et parmi eux se trouvaient quelques officiers commissionnés, cédant à leur honteux penchant pour le pillage, ont déserté leur drapeau pour s'em])arerdes dépouilles abandonnées par l'ennemi, et ceux qui étaient d'abord restés à leur postes, voyant leurs rangs affaiblis jiar l'absence des pillards ne firent qu'un faible effort pour recouvrir la fortune du jour quand l'ennemi, à une heure avancée de l'après midi, nous attaqua avec ses colonnes affaiblies, — cédèrent à une panique sans cause, s'enfuirent en confusion du champ de bataille, et convertirent ainsi en un désastre ce qui était une victoire splendide."

Mais cette tentative de justification de cette conversion subite d'une victoire en un désastre, donnée comme défense personnelle du général Early n'est pas entièrement judicieuse. Si des soldats s'abandonnent au pillage sur un champ de victoire, leur commandant est la partie responsable, à moins qu'il ne soit démontré que ce dernier a employé les mesures les plus extrêmes pour arrêter un délit qui rend possible d'un chatimonl igiK^minieux et sans appel celui qui s'en rend coupable, — or que, en dépit de tous ses efforts, ses hommes se sont entièrement soustraits à son

contrôle. Tel n'était pas le cas ; on ne peut cacher ce fait bien évident, que jîcndant quatre ou cinq heures le général Early se trouva dans la Câudition d'an homme ayant perdu la vigueur d(î la poursuite, et consentant à se contenter d'un demi succès. Cette disposition de s'arrêter ainsi à moitié chennn d'une victoire complète et de se satisfaire d'un demi triomphe, n'est pas ])articulière à la bataille de Cedar Creek ni au général Early ; plus d'un autre commandant confédéré montra le inên)e inanque d'énergie. Quand Early calculait les fruits de son commencement de victoire et s'arrêtait ainsi à mi die min, les colonnes ennemies se réoiganisaient, et leu!' rciinx impétueux le surprit, dispersa ses espérances, et convertit son succès en un désastre inattendu. Cette histoire n'est pas différente de celle d'autres batailles des Confédérés où des commandants médiocres compromirent ainsi leurs avantages.

Le général Early avait éprouvé luie défaite dont son armée ne se releva jamais. La bataille du Cedar Creek termina virtuellement la campagne de la vallée et la plus grande partie de l'infanterie d'Early fut renvoyée aux lignes du général Lee. Breckinridge fut envoyé au commandement des forces opérant dans la Virginie occidentale. Les trois divisions Kodes, Gordon et Ramseur (composant l'ancien second corps d'armée confédérée) furent placées sous les ordres de Gordon, le seul survivant des trois, et renvoyées aux lignes de Petersburg et de Richmond. Presque tous les hommes de la cavalerie turent envoyés en congé temporaire, le gouvernement ne pouvant plus fournir de fourrage à leurs montures. Early resta à Staunton, où il établit son quartier-général ; l'armée de la Vallée ne comptant désormais pour tout effectif que les débris de la division Wharton.

Le malheureux commandant continua pendant quelque temps à manœuvrer péniblement du haut en bas de la vallée ; mais toutes les opérations sérieuses avaient cessé ; il n'existait plus dans la contrée assez de fourrage pour un corps de cavalerie de quelque importance ; et quelques semaines après, le général Early fit sa dernière apparition sur la scène de la guerre à Waynesboro, oïi les troupes de son commandement, environ mille hommes d'infanterie furent capturées ; Early et deux officiers d'état-major s'échappèrent et atteignirent Charlottesville. Tel fut la fin déplorable de ce qui restait de l'armée de la Vallée, et de cette entreprise qui pouvait sauver Richmond et changer la fortune de la guerre.

En conséquence des désastreux événements que nous venons de racconter, mais seulement à une époque ultérieure et à la veille de la cessation totale de la guerre, le général Early fut relevé de son commandement, et le général Lee lui écrivit la lettre suivante, où se révèle sa générosité caractéristique :

Aii. liatlcunnf-géj'iéral J. A. Eurhj, Fnriikliii Coini IIoiisc [Virginie].

QrJARTIER-ftEXKRAL DES ARMEES DES Et.VTS CONFEDERES,

30 mars 18G.5, ■ Clier ]\!oii<:ieur, — Mon télégramme vous a informé que j'ai cru néces-

Faire de faire un changiMiient de coinniaiiiknt dans votre département, mais il e?t dû à votre zèle et aux pafrioticiues services que vous avez rendus de vous e.xpliqucr les raisons qui ont déterminé cette décision. I-a situation des aflTaircs es-t telle (pie nous ne devons négliger aucun moyen qui puisse contribuer à développa r avec toute l'extension possible les ressources dont nous disposons, ou à les rendre aussi efficaces que nous le pouvons. Four cela, il est nécessaire que nous ayons l'appui cordial et eutbousiaste du peuiile et la confiance entière des soldats ; sans ces élénieuts, tous nos ctlbrts seraient enibarassés et nos moyens de résistance alfaiblis. J'en, suis uriivé, à mon grand regret, à cette conclusion que vous ne pouvez conmiander cette coopération si essentielle à notre succès. Les revers que vous avez éprouvés dans vos opcrations de !a Yallee, que l'armée et le peuple ont principalement ai)preeices par leurs résultats, ont, je le crains, porté atteinte à votre influence sur rime et l'autre et ne leraient dorénavant qu'ajouter eucorc aux difiicultes qui, dans toutes circonstances, accompagneraient vos opérations militaii'es dans le sud-ouest de la Virginie. Quoique ma contiance personnelle en vos capacités, votre zèle et votre dévouement à notre cause reste intacte, je pense néanmoins que je ne pourrais m'opposera ce qui parait être le courant de l'opinion publique, sans commettre une injustice vis-à-vis do votre propre réputation, et un dommage au service. Je me vois, par conséquent, obligé de clicrcber un commandant qui paraîtra plus à même de développer les force? et les ressources du pay.s, et d'inspirer de ia confiance aux soldats ; pour choisir cet oftieier, je dois faire abnégation de mon opinion personnelle et en déférer à celle des personnes mêmes qui peuvent dispo.scr de ces conditions do succès. Je suis sûr que vous comprendrez et apprécierez ces motifs, et cjue personne ne sera plus prompt que vous à acquiescer à toute mesure que les intérêts du pays semblent e;cigcr, en faisant abstraction de toute considération personnelle. V.n vous remerciant de la fidélité et de l'énergie avec lesqiu-lles vous avez toujours eo.ieouru à mes efforts, et du counige et du dévouement dont vous avez constamment fait preuve [>our le service du pays, je suis, etc. etc.

R. E. L]<]E, ^rrciiém/.

Les journaux ciitiquèreut sévèrement le géixéral Early, mais il est nécessaire de prendre en considération que ces défaites successives eurent lieu au moment où le peuple du Sud était devenu irritable, exigeant, et impatient d'être

ranimé par l'annonce, maintenant assez rare, d'une victoire. Earh^ n'était pas populaire, mais il avait la réputation d'être un soldat résolu et tenace, et le nom de "son vietix grognard," que lui donnait le général Lee, convenait en tous points à un commandant qui émaillait ses discours de jurons, s'habillait avec une négligence pittoresque et s'était rendu faïueux par ses ex[)loits personnels sur le cliamp de bataille. (••'-) Des journaux ont attribué la plus grande somme des désastres de Early dans la Vallée à sa passion prétendue poiu' les liqueurs fortes. Mais cette accusation fit l'objet d'une investigation particulière d'un comité du Congrès, qui la repoussa ; toutefois renqtlête n'établit pas que le général Early fut partisan de l'abstinence absolue de liqueurs fortes-, ou comme im de ses amis, d'origine irlandaise, le faisait remarquer, (^ue le général Early fut "abruti parla j sobriété,"— mais on prouva, d'une manière péremptoire, qu'il ne s'enivra janiais au moment du combat et qu'aucune des infortunes de sa carrière militaire ne doit être attribuée à une imprudence de ce genre.

Le caractère réel de la campagne du général Karly se

démontre par les faits mêmes de sa narration. Une de.s

principales causes d'insuccès fut sans contredit la dispro[)or-

tion du nombre, mais ou ne peut nier que la })erte d'Early

en artillerie fut extraordinaire, même dans de telles circons-

I tances, et qu'à Cedar Creek, ce général n'ait pas montré la

vigueur et la fermeté d'un bon chef d'armée. Ses pertes de

! pièces d'artillerie étaient si fréquentes qu'elles donnèrent

ilieu, à des mauvais plaisants de Richmoiid, d'écrire sur les

canons envoyés à l'armée de la Vallée l'adresse suivante :

"Au général Sheridan, aux soins de Jubal Early." En un

mois, il avait ])erdu cinquante canons. En un mot, on peut

(^') Le général Early était un homme d'un âge déjà mûr, d'une npparencc athlétique et vigoureuse. Sa taille approchait, si elle n'excédait pas, six pieds; sa forte corpulence semblait défier la fatigue. Les cheveux bouclés, d'un noir déjà grisonnant ; son regard profond et étlncelant, son sourire ouvert et expressif, mois quelque peu sarcastique, complétaient l'ensemble de cette physionomie caractéristique. Early s'habillait de gris; mais un long usage avait obscurci celte nuance; ses vêtements i!c portaient aucune espèce de garnitures ou d'ornements. Un chai)eau à larges bords ombrageait cette tète énergique. Ses traits attiraient l'attention de chacun. Dans cet œil fier, l'observateur pouvait lire toute la résolution de son caractère ; dans son sourire malin, le témoign.Tge de cet esprit mordant et humoristique qui lui avait valu une réputation toute particulière dans l'armée. Ses saillies mordantes et son regard acéré le rendaient un adversaire invincilile dans toutes sortes de joutes d'esprit. Les soldats raccontaient des centaines de fines reparties de lui, et se plaisaient surtout à citei' cet incident de la defaiie de Fisher's Ilill où nos troupes, en pleine retraite, se dispersaient de tous cotés, sans obéir aux ordres de leur commandant qui s'exclamait en '. ain: " Mon Pieu, n'y a-t-il donc aucun de mes hommes qui se ralliera au Vieux Jubal ? " (nom familier que lui donnniriit ses soldats). A quoi un philosophique fantassin repondit avec calme : " De ralliement, jamais ; général." — Un mot semblable, ([ui jjcut n'être p;-s vrai, mais que toute son armée répétait, e.st caractéristique : " Maintenant, que l'ange du jugement dernier embouche sa trompette," dit-il. en apprenant la retraite de Lee, "le moment est venu de mourir." Sa prononciation lente et un certain accent traînard dans la voix donnait un caractère sarcastique h s?s plaisanteries. II îifl'ectionnait particulièrement certaines reparties vives et les lançait avec le même sang froid qu'il déployait sur le ebamp de bataille. Une de ces saillies réjouit un jour toute l'armée. En marchant h la tête de sa colonne, enveloppé dans son uniforme ' gris et poudreux, il rencontra un de ses anciens collègues de la Convention de la Virginie, qui s'était fiiit remarquer par ses vives instigations à la sécession, mais rpii, lorsipic la guerre avait telafé, n'avait pas jugé à propos de prendre les armes pour la cause qu'il défendait. \^ctu comfortablement, habit civil et linge en ordr(> parfait, il salua Early en le rencontrant. "Je crois que vous avez dit que les Wliigs ne se batteraicnt pas," lui dit Early, avec son expression munlante habituelle, fai-anl allusion aux déliais de In Convention, où ICarly s'était primitivement opposé à la sécession. Le coup était rude et bien appliciué. Une autre anecdote donnera mieux encore une idée de son caractère bizarre. Après Fisher's Ilill, quand toute l'armée était en retraite complète, le général Early marchait à côté de Brecliinridge. On pourrait supposer que la conversation des deux officiers avait trait aux événements désastreux de la journée, mais la vérité est que le général Early semblait s'en préoccuper fort peu. En pleine déroute, serrés de près par un ennemi furieux, quelle ne fut la surprise de Brcckinridge en entendant son compagnon lui adres.ser cette froide et nonchalante question : " Eh bien ! lireckinridge, que pf-nsez vous de 'a décision de la Cour Suprême dans l'affaire Dred Scott, et de l'influence qu'elle a eue sur les droits du Sud par rapport aux Territoires?" L'homme rpii s'amusait ainsi à des discussions politique.^, entre Fish-r's Hill and Woodstock, le 22 septembre 1864, devait être d'nn tenipérament tenace et peu facile à ébranler. Beaucoup de personne.^ do l'arnuo et du ]U'Uple ont pu mettre en doute la profondeur de son jugement, — p:rsonnc n'a jamais osé lui contcEtcr la véritable essence du courage.

HISTOIRE DE LA GUJEERE DES CONFÉDÉRÉS

dire (]m

(laus SCS upcnilioiis do la Vallée, Eai'ly liC coiumii n.iicuuo ciT'.jiiv ilagraute, et no lit rien qui put attii'or vnr lui uiio critiMUO sévèi'O et directe, pjais, d'un aiiti'e côté, il fut luiii de dé[)loye!- les qnalités nui caractérisent \\n bon couiij);ujdant, il ne .s'éleva point an-deysus do hi niédiocriiéj et lii HU[)éri!irité luiniôriciue de l'enuerni pesant lourdenieut snr lui, i' njarcîia l'atalenientà sa pj'opre destruction (LXXIV). L'efï'et que produisirent les résultats de la campagne do la Vallée sur la situation autour de Rielimond peut être considéré conum- décisif. Eii effet, cette conclusion désasti'euse rendit disi)onil)lc nue force considéraLlc que rappela à lui le général Grant, tandis que le généi'al Lee, de son côté, ne put faii'c rcîitrer dans ses lignes, cornuie équivalent, (pie les débris d'une année démoralisée. JJn des plus luiuts et des plus intelligents oflicicrs de la Confédération n'hésita pa.s à manifester sou opinion que "' la l)atail!e de V^inclies- 1er avait été le p-oint critirjue où la fortune de la guerre s'était déliaitivonient tournée contre l'armée de la Virginie." Cette ap[)i'éciatio'n n'a rien d'exagéré si l'on considère npacl él^îiit le l;ut de la cami);'.u-nc d'Eai-h'. Une l>at:iille livrée

dans l;i Vaiioe et nu l'ésnltat c^cisif ])0uvajent sa.uver Kiclunond. Telle était l'idée du i'énéral TiCe. Des batailles furent livié'cs, muis avec des résultats décisifs en faveur de l'iMmemi; et la capit;ile confédérée tomba.

L"o[>inion prévalait à Iticlimoud, — et les j'éceufs événements de la Vallée ne pouvaient (ju'appuyer cette assertion,

cpje la cavalerie confédérée de la Virginie étail

ue\'enue

ntenu

entièrement inoîlicaee et n'avait aueuiierjieut nnii la hi'ilhurte réputidion qu'elle s'était a^eipiise dans les premières i)é)'io!les de la guei're. Mais c'est une. grande injustice ({u'un examen a[ipro('oniJi refutei'a facilement, SLiitout si l'on considère f-'S brilhints fifits d'armes de' la

division du u'énéral Fitz!

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