II. — Ère tertiaire
I. Terrain pliocène. — En 1863, à Saint-Prest, village situé aux environs de Chartres (Eure-et-Loir), célèbre par les restes d'animaux fossiles qu'on y a découverts, un géologue, M. Desnoyers, crut trouver sur des crânes d'elephas meridionalis et de cerf megaceros ainsi que sur des os de ruminants l'empreinte. de la main de Thomme. Le terrain appartenait à l'étage de pliocène. Après une discussion approfondie, la plupart des géologues refusèrent d'admettre les conclusions de M. Deanoyers, soit parce que l'empreinte de la main de l'homme leur parut douteuse, soit princir paiement parce que dans le gisement de Saint-Prest on n'avait trouvé aucune arme, aucun instrument; Charles Lyell avait surtout insisté sur l'absence de ce genre de preuves.
En 1866, l'abbé Bourgeois, reprenant les fouilles à Saint-Prest, découvrit des silex taillés, têtes de lances ou de flèches, poinçons, grattoirs, marteaux, c'està-dire ce genre de preuves que réclamaient les savants
1. Tout le monde a pu voir à l'Exposition universelle de 188î> des os quaternaires sur lesquels était sculptée par la main de l'homme la représentation du mammouth. L'homme a donc vécu en même temps que le mammouth.
anglais. La communication de Tabbé Bourgeois fut faite à l'Académie des scienceSj le 7 janvier 1867, par l'intermédiaire et avec l'adhésion formelle de l'éminent géologue, M. d'Archiac.
AMonte-Aperlo, près de Sienne (Toscane), dans un terrain pliocène, M. Gapellini découvrit des ossements de baleine fossile qui portaient des entailles faites par l'homme. « Les dernières objections relatives à l'existence de l'homme tertiaire, dit Quatrefages, me semblent devoir tomber devant l'examen quelque peu attentif des incisions que portent les os du balœnotus découvert par M. Gapellini... L'existence de l'homme à l'époque pliocène est désormais hors de doute *. » Ces découvertes font remonter l'existence de l'homme jusqu'au temps où régnait {'^Éléphant méridional.
IL Terrain miocène ancien. — En 1868, à Thenay (Loir-et-Cher), dans la couche la plus ancienne du miocène, l'abbé Bourgeois découvrit des silex dont les uns étaient taillés intentionnellement, et dont les autres étaient craquelés par le feu; or le feu, l'homme seul peut l'allumer. *
A l'embouchure du Tage, dans un terrain miocène ancien, à Otta, on découvrit des silex taillés. Le
1. QoATREPAGEs, VEspècc humaine^ chap. xiii. — Voir aussi Vernkau, l'Enfance de l'humanité, page 45. Bibliothèque des Merveilles. — Dans la séance de l'Académie des sciences, 29 juillet 1895, M. Marcelin Boule a présenté un racloir en silex trouvé sous une défense de Téléphant méridional. La présence d'objets de l'industrie humaine ajoute une nouvelle et indiscutable preuve à la contemporanéité de Thomrae et de Tcléphant méridional.
2^S LA CAUSE PHEMIÈRE
coagrt's des anthropologistes fut unanime pour reconnaître fjiie le terrain appartenait au miocène. Quant aux silex taillés, les membres du congrès se partageront.
Au Piiy-Gourny, près d'Aurillac (Cantal), M. Rames rt^colta tle nombreux silex dans une couche datant incorUest:itiïement de la période miocène. Un certain nombre d'entre eux ont été taillés intentionnellement, (fiiprès ce qu'affirme M. de Quatrefages.
Lf s^ dtsr.Qssions au sujet de l'homme tertiaire ont repvh avec Tardeur qu'avait suscitée naguère la question de rhumme quaternaire. De nouveau on a vu iiux iii\{^ Jhatériels opposer les arguments métaphy- ^i(ïues. « A quelque point de vue qu'on se place, dit .M, dy Lîipparent, Vhmnme ne peut apparaître que voiHtnt k rmironnement du monde organique, après que le n'^ij^ne animal et le règne végétal ont reçu l'un et l'autre tinis luiiis développements. A l'époque miocène, ces dcj veloppriiients sont encore beaucoup trop incomplets pour que la présence de l'homme sur la terre ne soit pa-"? coo'^idLTée comme un véritable anachronisme, et cela Bufllt h nos yeux pour permettre de rejeter un fait d'îulJeurs aussi mal établi que celui de Thenay ' . »
Si Jii rli' rouverte de Thenay n'eût pas été établie sur des niit> inattaquables, un géologue aussi instruit que Vest M. <lc t.apparent Teût combattue, à l'aide de faits po&itify el non par des considérations a priori. En regard de ces lignes qui dénotent chez leur auteur une
ï. A. iPtv L\PPARB\T, Traité de Géologie, page 1192.
LE PLAN DE LA CRÉATION ET LE RÔaNB ANIMAL 249
si étrange éclipse de l'esprit scientifique, il est bon de reproduire les paroles par lesquelles M. deQuatrefages, président, ouvrait, en octobre 1890, le Congrès des Américanistes : « Permettez-moi de rappeler les deux règles que j'ai suivies constamment dans l'étude des questions si ardemment controversées que soulève l'histoire de l'homme.
t La première est d'écarter absolument toute considération empruntée, soit au dogme, soit à la philosophie, et d'en appeler uniquement à la science, c'està-dire à l'expérience et à l'observation.
« La secondé est de ne jamais isoler l'homme des autres êtres organisés, et d'accepter que, pour tout ce qui n'est pas exclusivement humain, il est soumis à toutes les lois générales qui régissent également les animaux et les plantes. De là il résulte qu'on ne saurait regarder comme vraie une doctrine, une opinion quelconque, qui fait ou tend à faire de Thomme une exception parmi les autres êtres organisés.
« Je regarde comme démontrée l'existence de l'homme tertiaire * . »
Lorsque des hommes aussi profondément religieux que M. de Quatrefages, l'abbé Bourgeois et M. d'Archiac, mort récemment dans un monastère, déclarent que l'existence de l'homme tertiaire est expérimentalement démontrée, c'est que les preuves apportées ont résisté victorieusement à l'examen et au contrôle le plus sévère. Aussi dans le Congrès qui, en 1890, a
i. Revue scientifique, 18 octobre 1890, pages 481-48i.
réuni les géologues et les anthropologistes les plus éminents du monde civilisé, personne ne s'est levé pour dire à M. de Quatrefages : « Je proteste! non, je n'admets pas que Thomme ait vécu au temps de rère tertiaire, r Aujourd'hui on peut affirmer qu'en omettant les théologiens et les constructeurs de systèmes métaphysiques à priori, Texistence de l'homme tertiaire est acceptée des savants comme Test celle de l'homme quaternaire. L'homme a donc vécu au temps où régnaient le mastodonte et le dinothérium * .
1. Si l'homme est apparu dans le miocène ancien, il s'ensuit qu'il est antérieur au fameux singe anthropomorphe dryopithecus de Saint-Gaudens, lequel n'a été trouvé que dans le miocène supérieur. Si l'homme est antérieur au dryopithecus, il est impossible qu'il descende de lui. Ce fait ne peut manquer de faire plaisir aux braves gens qui repoussent avec une si touchante indignation l'hypothèse d'une origine simienne. Elles ne se doutent pas, ces âmes candides, que l'homme ne vaut que proportionnellement à la moralité de ses actes, et que, par suite, à ce point de vue, il importe peu qu'il soit issu ou non d'un singe ou d'un cachalot.