A. Gaudry, les Ancêtres, page CO
doivent être des marsupiaux modifiés, une objection vient naturellement aux lèvres: pourquoi le milieu européen a-t-il eu la vertu de transformer les marsupiaux de l'ère secondaire en placentaires, et pourquoi le milieu australien n'a-t-il pas eu cette vertu? Et cependant le nombre des siècles accordé aux marsupiaux émigrés en Australie l'emporte sur celui qui a suffi à leurs frères européens pour évoluer en placentaires.
Ce fait, si contraire à la tbéorie de l'évolution, avait frappé Charles Lyell; il en fit part à Darwin. « Je vois, lui répondit Darwin, que vous considérez comme une difficulté la non-tram formation^ en Australie, des marsupiaux en placentaires. Mais je crois que nous n'avons aucune raison de nous attendre à cette transformation, car nous devons considérer les marsupiaux et les placentaires comme descendant de quelque forme intermédiaire et moins élevée *. »
En supposant qu'on découvrît cette souche prétendue commune aux aplacentaires et aux placentaires dans les terrains antérieurs au lias, il faudrait démontrer par quel procédé une branche est devenue marsupiale et l'autre placentaire. Or la scieiice moderne ne connaît pas encore de procédé capable d'obtenir une telle bifurcation évolutionniste. C'est ainsi qu'en essayant d'échapper à la difficulté de la non-transformation des marsupiaux, Darwin tombe
d. Darwin, Correspondance, tome II, page 211.
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dans deux autres non moi as f^raades. à savoir : Thypothèse conjecturale d'oo aoeétre comman aax deax sooft-classes des mammifères et ia diffîcolté d*avoir à expliquer comment de cet ancêtre hypothétiqae ont pn naître à la fois et diverger le placentaire et Taplacentalre.
An demeurant, le fait positif et brûlai est que les marsupiaux n^ont pas évolué en placentaires ; cela est conforme, comme le dit Pictel, à tous les enseignements de la zoologie et de la physiologie ; ni les croisements, ni l'action incessante du milieu et des agents extérieurs, ni la sélection, ni la divergence des caractères ne sont capables de transformer un aplacentaire en placentaire.
Conclusion. — Ainsi sur le terrain même de la morphologie, les deux conditions fondamentales de la théorie de révolution, à savoir: série non interrompue de passages et évolution nécessaire de tous les groupes, sont infirmées par les faits :
i^ La première condition Test, du moins dans Tétat actuel des découvertes paléontologiques; il est extrêmement peu probable que les hiatus entre les classes soient un jour comblés ; entre les embranchements, ils ne le seront jamais, ainsi que le démontre* la coïncidence des plans de structure et des plans de (l«'veloppement embryogénique ; or ces plans sont irréductibles;
â^î La seconde condition est absolument infirmée par les faits; on peut même s'attendre à ce que les découvertes futures viennent augmenter le nombre
des espèces qui n'ont pas évolué. On en a eu naguère la preuve h, la suite des dragages effectués par le Challenger y le Talisman et par le Travailleur: des crinoïdes qu'on croyait éteints depuis Tère secondaire vivent encore aujourd'hui au fond des mers. On a vu plus haut Texemple du poisson dipnoé cératodus récemment découvert dans les rivières de l'Australie.
En résumé, soit dans le domaine de la physiologie, soit dans celui de la morphologie, soit dans ses deux conditions fondamentales durant le cours des âges géologiques, la théorie de l'évolution a échoué dans sa tentative gigantesque de faire du règne animal entier un arbre unique, aux rameaux divergents, mais unis par un lien étroit, celui de la parenté due à une commune origine.
Aussi rhypothèse de la filiation des espèces estelle regardée aujourd'hui par ses partisans, par ceux du moins que n'aveugle pas le fanatisme, plutôt comme un idéal à atteindre que comme une vérité suffisamment établie sur les faits. « Nous tendons vers elle, dit M. AlbertGaudry, comme vers la source où nous démêlerons le pourquoi de tant de ressemblances que nous apercevons entre les figures des anciens habitants de la terre... Lorsque Darwin a prétendu qu'il y avait eu des transformations, il a répondu aux aspirations d'un grand nombre d'observateurs ; mais quand ce SQ/vant illustre a voulu expliquer de quelle manière les transformations avaient été produites, de graves objections lui ont été oppo-
2VG LA CAUSE PKEMIÈKE
sées par des hommes très exercés dans l'étude de la nature*. »
Appendice. — Pour exposer et critiquer révolution darwinienne, je n'ai eu recours qu'aux faits cités et aux appréciations données par Darwin lui-même et par ses plus éminents disciples en France, A. Gaudry pour la zoologie, Saporta pour la botanique,
Mes guides pour l'esprit critique sont Quatrefages et P. J. Piptet de Genève.
Qaatrefages est le savant illustre qui, avec Henri Milne Edwards, présenta et appuya chaudement la candidature de Darwin en qualité de correspondant de l'Académie des Sciences. A propos d'un livre où Quatrefages avait exposé les travaux de Darwin, celui-ci lui écrivit une lettre {Correspondance^ tome II, page 426) où on lit ces lignes : « Un grand nombre de vos critiques sont sévères, mais toutes sont faites avec une parfaite courtoisie et dans un esprit essentiellement juste. Je puis dire en toute sincérité que faime mieux être critiqué par vous de cette façon que loué par biéii d'autres... Vous parlez souvent de ma bonne foi, et nul compliment ne peut me faire un plus grand plaisir; mais je puis vous rendre le compliment avec intérêts, car chaque mot que vous écrivez porte l'empreinte de votre véritable amour pour la vérité, i
Quant au grand paléontologiste, F. J. Pictet, l'un des esprits les mieux pondérés de ce siècle, voici ce