IV. — Les créations successives
La théorie des créations successives est communément attribuée à Cuvier; elle ressort des conclusions du premier mémoire sur les espèces d'éléphants fossiles que Cuvier lut à l'Institut, le i^»* pluviôse an IV (24 janvier 1796); mais comme le fait remarquer Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, non seulement Cuvier n'a pas soutenu cette hypothèse, mais dans l'article t Nature » du Dictionnaire des Sciences naturelles, il va jusqu'k dire : « Nous ne croyons pas même à la possibilité d'une apparition successive des formes diverses. » Le système qu'on s'obstine à attribuer à Cuvier, ajoute Isidore Geoffroy, est donc
278 LA CAUSE PHEMIÈRE
selon lui non seulement faux, mais impossible *• Quoi qu'il en soit, Pictet fait observer avec jus tesse que cette prétendue théorie des créations successives signifie simplement que toutes les explications données sur le renouvellement des faunes sont insuffisantes. C'est en vain que les partisans de Tévolutio n essayent d'enfermer leurs adversaires dans ce dilemme : « ou révolution, ou les créations successives » , il reste un troisième parti à prendre, lequel se formule en deux mots : Je ne sais pas. Quand on ne sa it pas, on cherche à savoir, on travaille. C'est pourquoi Je ne sais pas est aussi scientifique que les théories qui s'efforcent d'expliquer les faits par des causes naturelles, à l'exclusion de toute intervention théo logique. Savoir ignorer est môme supérieur à toute théorie qui croit malgré Vévidence avoir trouvé la solution du problème ; car si Ton croit avoir trouvé la solution, on ne cherche plus dans une autre direction, on use son temps et son intelligence à des travaux condamnés d'avance à rester stériles.